Skip to main content

Full text of "Les origines du culte des martyrs"

See other formats


^vfT 



: 

S si 
j 


| 

i 

1 

'. 

1 

1 
: 








• V 






BN#*# 



■SPSf^' 



>^s 







LES ORIGINES DU CULTE DES MARTYRS 









Approhaniilms Sitpcrioribus ecclesiasticis 



Jules De Mi i ter, Roui ers. 



LES ORIGINES 



I'V 



CULTE DES MARTYRS 



PAR 



HIPPOLYTE DELEHAYE, S. I. 

•M 

BOLLANDISTE 



BRUXELLES 

BUREAUX DE LA SOCIÉTÉ DES BOLLANDISTES 

22, Boulevard Saint-Michel. 

1912, 




CAROLO • DE SMEDT 
ALBERTO- PONCELET 
EGREGIIS- SODALIBVS 
I X • PACE • CVM • SANCTIS 



PREFACE. 

Le culte des saints peut être étudié, à des points 
de vue divers, dans la littérature hagiographique 
et dans la vie de l'église. 

La lecture des écrits destinés à glorifier les saints 
n'est peut-être pas le moyen le plus sûr d'approfon- 
dir le sujet. Ces œuvres, tantôt naïves et spontanées, 
tantôt rédigées avec quelque recherche, attestent 
généralement plus de zèle que de talent, laissent 
trop souvent l'impression d'un effort sincère mais 
impuissant, et ne nous disent pas, la plupart du 
temps, ce qu'il importe le plus de savoir. C'est bien 
plutôt en recueillant les faits, en essayant de suivre, 
dans les documents, les grandes manifestations de 
la piété chrétienne, que l'on se fait une juste idée de 
la place que les saints ont occupée dans l'histoire et 
qu'ils tiendront toujours tant qu'il y aura des chré- 
tiens dans le monde. 

Nous avons examiné rapidement la question litté- 
raire dans un petit livre sur les Légendes hagiogra- 
phiques. Aujourd'hui nous voudrions aborder le côté 
historique du sujet, rechercher le point de départ 
et suivre les principaux développements du culte des 
saints dans le monde antique. 



VI PREFACE 

La plupart des matériaux de ce travail étaient 
rassemblés et le cadre en était tracé avant l'appari- 
tion du livre de E. Lucius, Die A nf ange des Heiligen- 
kults in der christlichen Kirche, œuvre posthume, édi- 
en E904 par M. G. Anrich, successeur de Lucius 
dans la chaire d'histoire ecclésiastique à la faculté 
de t 1 éologie protestante de l'Université de Stras- 
bourg. I >ien que notre essai ait été conçu indépen- 
damment de ce savant ouvrage, il y aurait de 
l'injustice à dire que, tel qu'il parait aujourd'hui, 
il ne lui doit rien. Outre le concours précieux d'un 
perpétuel contrôle, il nous a servi à préciser bien 
des idées, à nous confirmer dans celles que nous 
partagions avec l'auteur, et, plus encore, il sera 
bien permis de l'ajouter, dans celles qui nous sépa- 
nt de lui. Nous ferons remarquer, pour justi- 
fier cette publication, dont l'utilité pourrait être 
contestée, que nous avons développé certaines par- 
ties du sujet à peine touchées par Lucius, et puisé 
abondamment à une source, qu'il semble avoir 
figée de parti pris, nous voulons dire les anciens 
rtyrologes. Sans vouloir prétendre que l'intro- 
duction de cet élément suffit à renouveler le sujet, 
nous pouvons dire qu'il éclaire certaines difficultés 
et l'on constatera que, désormais, il n'est 
lis de le négliger. 
I. "étude que non. abordons étant d'une grande 
ité, nous avons essayé de circonscrire le 
îjet et d'alléger l'exposition de tout détail inutile. 



PRÉFACE VII 

Comme le culte des saints est sorti du culte des 
martyrs, il paraît naturel que la recherche des ori- 
gines ait les martyrs pour objet principal sinon 
unique. Même ainsi réduite, la matière se présentait 
encombrée d'une foule de thèmes accessoires, ques- 
tions de rites, de discipline, d'histoire littéraire, 
incontestablement intéressantes, mais nullement 
essentielles, et difficiles à traiter sommairement. Ce 
sont là d'excellents sujets de travaux spéciaux, pour 
lesquels les ouvriers ne manqueront pas. 

Qu'on ne s'attende donc pas à trouver ici un 
résumé de tous les ouvrages récents qui touchent 
de quelque manière à l'histoire du culte des saints. 
Si rien n'a été négligé pour assurer à ces recher- 
ches une base solide, tout appareil d'érudition qui 
ne sert pas à éclairer la matière, a été résolument 
écarté. 

Même dans les limites ainsi tracées, ce travail 
pourra recevoir des compléments. Nous ne préten- 
dons pas tout connaître, et notre reconnaissance est 
assurée à tous ceux qui nous aideront à combler 
les lacunes. Mais qu'il soit permis de faire remar- 
quer à ceux qui s'étonneraient de certaines omis- 
sions, qu'il est deux catégories de noms et de livres 
que l'on est amené à ne point citer : ceux qu'on 
ignore et ceux qu'on connaît trop. 

Tout en visant, dans les références bibliographi- 
ques, à la plus grande concision, on a évité de mul- 
tiplier les sigles, dont l'abus donne à certaines 



VIII PREFACE 



pages crudités l'aspect d'un traité d'algèbre. Aux 
abréviations consacrées par ge et qui doivent 

être familières à tout lecteur cultivé, nous n'avons 
ajouté que les suivantes, qui simplifient singuliè- 
rement les citations : BHG, BHO, BHL. Elles dési- 
gnent respectivement les trois répertoires publiés 
par les Bollandistes sous les titres de Bibliotheca 
hagiographica graeca (Bruxelles, 2 dt édition, igog), 
Bibliotheca hagiographica oricntalis (Bruxelles, ig 10), 
Bibliotheca hagiographica latiua (Bruxelles, i8gg, 
supplément ign). Les numéros qui les accompa- 
gnent permettent de retrouver sans peine toutes les 
éditions des textes hagiographiques auxquels ils se 
rapportent. 

Bruxelles, 22 août igi2. 



LES 

ORIGINES DU CULTE DES MARTYRS 



CHAPITRE PREMIER. 

LA DIGNITÉ DU MARTYRE. 

Depuis qu'il s'est trouvé dans la communauté chrétienne 
d'héroïques défenseurs de la foi qui n'ont pas hésité à faire 
au Christ le sacrifice de leur vie, le nom de martyr est 
devenu le titre le plus glorieux qu'un homme puisse ambi- 
tionner. Le sang le plus pur versé pour la plus noble des 
causes, l'attachement inébranlable à des réalités invisi- 
bles, la force d'âme dominant les défaillances de la nature, 
en un mot, tout ce qui élève l'homme au-dessus de lui- 
même, voilà ce qu'évoque en nous l'idée du martyre telle 
qu'elle s'est imposée à la conscience chrétienne à l'époque 
même où les bûchers fumaient encore. 

Sans vouloir nier qu'aux premiers assauts de la persé- 
cution sanglante les fidèles n'aient admiré le courage des 
victimes, le sentiment qui paraît avoir dominé parmi eux 
n'est pas celui qui se développa plus tard, lorsqu'on se 
rendit compte du rôle réservé au martyre dans le sein de 
l'église. Si toutes les époques de violence furent regardées 
comme des épreuves redoutables, il était bien naturel que 
le choc brutal heurtant soudainement des âmes paisibles 
et candides produisit tout d'abord une impression de stu- 
peur et d'effroi. Le réveil, on peut le croire, fut doulou- 
reux, et les premières larmes qui coulèrent sur les tombes 
des martvrs furent des larmes amères. La première tour- 



LA DIGNITE DU MARTYRE. 

mente, à Jérusalem, dispersa la communauté entière, 
sauf les apôtres, par toute la Judée et la Samarie. Le 
diacre Etienne, glorifié plus tard comme le chef illustre 
d'une armée de héros, ne reçut pas, à sa mort, les hon- 
neurs du triomphe. Quelques braves gens l'enterrèrent et 
les funérailles furent, comme toujours, accompagnées de 
grandes lamentations '. A Rome l'hécatombe des chré- 
tiens sacrifiés par Néron semble avoir laissé surtout 
l'impression d'une grande catastrophe, et partout les tour- 
mentes furieuses qui s'abattirent sur les premières chré- 
tientés ne semèrent parmi les fidèles que l'angoisse et la 
douleur. 

Mais l'âme chrétienne se ressaisit bientôt. La parole du 
Maître s'impose à sa réflexion et, sous quelque forme 
qu'elle arrive, elle ne tarde pas à porter ses fruits. Il avait 
prédit ces épreuves. « Vous serez menés à cause de moi 
devant les gouverneurs et les rois, pour me rendre témoi- 
gnage, devant eux et devant les gentils '-'. Souvenez- 
vous de la parole que je vous ai dite : le serviteur n'est 
pas plus grand que le maître. S'ils m'ont persécuté, ils 
vous persécuteront vous aussi » \ En même temps il pro- 
clamait heureux ceux qu'attendait un soit si peu enviable 
en apparence. Heureux ceux qui souffrent persécution 
pour la justice, car le royaume des cieux est à eux. Heu- 
reux serez-vous lorsqu'on vous insultera, qu'on vous persé- 
cutera et qu'on dira faussement toute sorte de mal contre 
vrais, à (anse de moi. RéjOuissez-VOUS et soyez dans 

l'ail» : ■ votre récompense est grande dans les 

cieux 

3 Mutt :. [0, 13. 

31 lo. 15. - 

. Matth. 5. 10-ia C;. 6, 2z-2>. 



LA DIGNITE DU MARTYRE. 3 

Sans cesse, d'ailleurs, il prêche le renoncement et 
L'amour de la souffrance, et exhorte ses disciples à le sui- 
vre en portant courageusement la croix. Celui cpii ne la 
prend pas n'est pas digne de lui '. Que le disciple ne 
recule pas devant le sacrifice suprême : « Celui qui voudra 
sauver sa vie la perdra., et celui qui perdra sa vie à cause 
de moi la sauvera * ». Et puis, « il n'y a pas de plus grand 
amour que de donner sa vie pour ses amis " ». Au temps 
de Cyprien on se rendait bien compte de l'efficacité de 
cet enseignement sublime, et le saint évêque l'appelle 
evangelium Christi unde martyres fiunt *. 

Les apôtres, remplis de l'esprit de Dieu se montrèrent 
dès les premiers jours, pénétrés de cette doctrine si nou- 
velle. A Jérusalem, conduits devant le Sanhédrin et battus 
de verges, ils s'en vont joyeux d'avoir été jugés dignes de 
souffrir pour le nom de Jésus '. 

Le puissant écho que la parole du Sauveur trouva dans 
l'âme passionnée de S. Paul ne devait pas moins impres- 
sionner les fidèles. Partout, dans ses épîtres, il se glorifie 
des souffrances endurées pour le Christ. Il porte partout 
dans son corps la mort de Jésus r ' ; il achève, dans sa 
chair, ce qui manque aux souffrances du Christ 7 . Rien 
ne pourra le séparer de l'amour du Christ, ni la tribula- 
tion, ni l'angoisse, ni la persécution, ni la faim, la nudité, 
le péril ou l'épée 8 . Il désire de partir et d'être avec le 



H Marc. S, 3.4 ; Matth. 10, 38. 
(3) Luc. 9, 24 : Marc. 8, 35 ; Matth. 10, 39. 

(3) Io. 15, 13- 

(4 Epist. 38, Hartel, p. 580-S1. 

(5) Ad. 5, 40, 41. 

(6) //. Cor. 4, 10. 

(7) Col. I, 24. 
(S) Rom. 8, 35. 



4 LA DIGNITE DU MARTYRE. 

Christ '. «Le Christ est ma vie, et la mort m'est un 
n 

Et apixs avoir recueilli ces effusions enflammées du 
ir du grand apôtre, le chrétien contemplait en esprit la 
vision mystérieuse montrant sous l'autel les âmes de ceux 
qui a\ aient été immolés pour la parole de Dieu, revêtues de 
robes blanches et associées au grand triomphe du Christ "'. 
là dans l'Ancien Testament même il apprenait à admirer 
la constance dans la foi et le mépris de la mort dont les 
trois enlants delà fournaise et les Machabées étaient de 
si glorieux modèles: ceux qui embrassaient la nouvelle 
toi en abandonnant le judaïsme, avaient pu, clans divers 
écrits qui couraient alors, s'édifiera d'autres exemples de 
fermeté et de grandeur d'âme '. 

Certes, il suffisait du souvenir de l'enseignement aposto- 
lique ou de la lecture des saints Livres pour concevoir une 
haute idée du martyre. Etre admis adonner au Christ la 
plus grande marque d'amour, devenait un honneur et un 
privilège digne des plus hautes ambitions. 

Des l'époque des persécutions, les écrivains ecclésias- 
tiques reflètent les sentiments (pie la perspective du mar- 
tyre taisait naître dans les grandes âmes . 

i Phil.l, 23. 
Ui l'hil. i, 2r. 

. 6, 9-11 ; 20, 4. 

\\ .Bous ii- Die Religion des Judentums, zweite Aufl. (Bec- 
lin, 1906), p. 218. 

I aux questions qui nous occupenl ici et au 

cuit. ■ il onl été recueillis par plusieurs auteurs. Il 

il Petau, Dogmata th. • I > ■ tncai natione, 

I. XIV, 1 . 10-18 : 1. XV. Ensuite I. db Florj s. De inclyto agone marty- 

rit, ( Allobrogum, 1735, in fol.; F. W. Gass, Das christliche 

■ thum in den ■ fahrhunderten, Zeitschrcfi mu- die his- 

1 ■ 1. ; .: ; \Ç2 ', l86o, p. 315-3S1 ; J. P. KlRSCH, 

revondei G der H iligen im christlichen llterlum, 

/, 1900. 



LA DIGNITÉ DU MARTYRE. 5 

Ils n'en parlent qu'avec enthousiasme et célèbrent 
le sort enviable du fidèle qui donne sa vie pour le Christ. 
Pour eux le martyr est le chrétien parfait, l'imitateur du 
Christ et des apôtres, l'âme pure par excellence '. Le 
baptême de l'eau lave la tache du péché, mais ne prévient 
pas contre les retours de la faiblesse humaine. Le baptême 
du sang — cette comparaison devient classique de bonne 
heure - efface la souillure définitivement, et rien désor- 
mais ne pourra ternir la beauté de l'âme du martyr a . 
Aussi, le catéchumène immolé pour la foi avant son 
baptême n'est-il en rien inférieur à ceux qui ont reçu le 
sacrement. Il a été baptisé dans son propre sang 3 . 
Ceux qui ont souffert pour la loi sainte portent des cou- 
ronnes * ; les joies du ciel leur sont assurées, et ils pré- 
cèdent toutes les autres âmes dans les délices du Paradis. 
Au dernier jour ils ne seront point jugés mais siégeront 
aux côtés du souverain juge '. 

Quoi d'étonnant qu'à l'envi on les proclame bienheu- 
reux, qu'on accumule autour de leurs noms les épithètes 
d'honneur et de bénédiction, uaKcipioç, bcatus, beatissimus f 
benedictus, fortissimtis r '. Heureuses aussi sont les églises à 



i Clément d'Alexandrie, Stromata, IV, 4, 15 ; 9, 75. 

(2) On trouvera les plus anciens textes sur le baptême du sang dans 
H. Windisch, Taufe und Siiit.se im iiltcstcn Chrislentum bis au/ Orig - 
nés (Tùbingen, 1908 . pp. 414 suiv., 481 suiv. Ceux de S. Cyprien dans 
E. W. Watson, The style and language of St. Cyprian. Studia biblica 

ET ECCLESIASTICA, t. IV (Oxford, 1896), p. 289. 

(3) Canottes Hippolyti, 101, Achelis dans Texte und Untersuchungen, 
t. VI (Leipzig, 1891), p. 91. 

i Hermae Pastor, Sira. VIII. 2. 1, 6. 

15) Déjà dans Hippolyte, Comment, in Danielem, II, 37 : oùtoç y«P 
oùkéti ovbi Kpiverui àXXà Kpiveî, uepoç ibiov e'v Tf| TTpuiTn civa- 
OTdaei e'x UJV - Bonwei soi, p. 112-14 ; Okic.ène, Exhort. ad martyr ium, 
28, Koetschau, p. 24; Cyprien. Eptst. 6. Hartel, p. 481; Denvs 
i> Alkxandrie dans Eusèbe, Hist. ceci. VI, 42. 5. 

Beatus est a mrant. Beatissimus se rencontre par ex.dansCvrRiEN, 



6 LA M'. MU DU MARTYRE. 

qui Dieu accorde le suprême honneur de choisir des mar- 
tyrs dans leur sein '. Car comme le nom de Jésus est 
élevé au-dessus de tous les noms, le martyr est élevé au- 
dessus de tous les justes à qui a manqué la gloire de verser 
leur sang pour la foi '-'. 

Les sentiments d'admiration, parfois l'expression d'une 
sainte envie dont les écrits des docteurs ont gardé tant de 
traces sont tout autre chose que l'effet d\\n enthousiasme 
de commande ou le fruit de la réflexion tardive s'exerçant 
sur des événements lointains, déformés parla perspective. 
L - plus belles pages écrites à la gloire des martyrs sont 
tombées de la plume des témoins de leur héroïsme. Sans 
parler des auteurs à qui nous devons les plus anciennes 
relations contemporaines, des hommes comme Tcrtullien, 
Clément d'Alexandrie, Origène, Hippolyte, Cyprien ont vu 
1er le sang de leurs amis, de leurs proches, de leurs 
fidèles persécutés pour la foi, et tel d'entre eux a écrit dans 
l'attente du moment fatal où son propre nom irait grossir 
la liste des victimes. 

Mais ni pour eux ni pour les autres chrétiens appelés à 
rendre témoignage, ce n'était là un moment redoutable. 



F.pist. m. / pist 15, Hartj 1 . pp. 492, 513. dans Actu Mariant et Iacobi, 
1 1. 3 : : • et bcatissimi '1ms Cyprien, Epist. m, p. 490; F.pist. 76, 

p. 828; benediclus clans Passio Perpétuât, III : 1 m : 1 1 i.ien, Ad Marty- 
ras, t, 3 ; Oehi i r, i. I. pp. 3, 7. 

1 ' ■ r-, H.\i: 11 i . |'. 404-05 : O beatam ecclesiam nostram 

quant sic honor divin itionis inluminat, quant temporibus >a>st> is 

çlor: m irtyrum sanguis inlustrat, Brat ante ni operibus fratrum 

lida h a tir fa 1 1 ■ t ;n martyrum cruore purpurea . Floribus eiusnec 

■ 

'.atio l martyrium, 50; Tdx« bi icctl u'iaîrep ti- 
uiui aman nii toO In ropdaôrinev, \r\00Q A"|'">vr<i ti'i 11 

tmi TUiiin aiiian TÛIV uapTi'ipmv àfOpaO 

- ■ ■ Ka\ oôtûiv ttX<"v in|in\MiKviuv nap' 8 ù\\)û)Br\oav âv 

iapTupn.aavt€ç bé. Koetschai . p. 46. 



LA DIGNITÉ DU MARTYRE. 7 

Phénomène nouveau dans l'histoire du monde, la mort au 
milieu des supplices était devenue le terme des plus hautes 
ambitions, depuis qu'elle apparaissait comme la voie la 
plus courte pour aller rejoindre le Christ, l'orgueil et l'es- 
pérance du fidèle. 

Quel spectacle extraordinaire que celui de ce vénérable 
évêque brutalement arraché à son église, traîné à Rome 
pour v subir une mort terrible et ne manifestant d'autre 
crainte que d'être soustrait au supplice par l'intervention 
de trop charitables amis. L'antiquité n'a point de héros à 
mettre en parallèle avec Ignace ; elle n'a rien connu qui 
éeale les accents de cette lettre aux Romains d'où déborde 
la passion du martyre. 

« J'écris à toutes les églises et je mande à tous que volon- 
tiers je meurs pour Dieu, pourvu que vous ne m'en 
empêchiez point. Je vous conjure de ne pas me témoigner 
une bienveillance déplacée. Laissez-moi devenir la nourri- 
ture des bêtes, par lesquelles je pourrai jouir de Dieu. 
Je suis le froment de Dieu : je dois être moulu parla dent 
des bêtes pour que je sois trouvé le pur pain du Christ. 
Caressez plutôt les bêtes pour qu'elles deviennent mon 
tombeau et ne laissent rien de mon corps, afin que je ne 
sois à charge de personne. Alors je serai un véritable dis- 
ciple du Christ, lorsque le monde ne verra plus même mon 
corps. Priez le Christ pour moi afin que par ces instruments 
je devienne un sacrifice à Dieu » '. 

Est-il rien de plus touchant que cet ardent désir du mar- 
tyre dans un enfant comme le jeune Or-genc, se jetant au 
devant du péril sans écouter les supplications de sa mère, 
et celle-ci ne trouvant d'autre moyen de le retenir que de 
cacher ses vêtements. Mais l'enfant ne sait point détourner 

(i) Ad Roman., IV, i, 2. 



S I.A DIGNIT] DU MAKTN Il . 

la pensée de l'objet de ses vœux. En ce moment son père 

I >nide est en prison et sera bientôt conduit à la mort. 

II lui écrit une lettre qui n'est qu'une chaleureuse exhor- 
tation au martyre et le supplie de ne point faiblir en consi- 
dération des siens '. 

Le vieil évêque de Lyon, Pothin, déjà plus que nonagé- 
naire et accablé d'infirmités, trouve dans son désir du 
martyre la force de se traîner au tribunal et de rendre au 
Christ un témoignage triomphant '-'. La grande préoc- 
cupation de Félicité, entrée au cachot avec les espérances 
de la maternité, est de n'être point séparée de ses compa- 
gnons. Cette perspective seule la désolait : in magno erat 
luctu "'. 

Cyprien, tout en modérant ses transports, en considéra- 
tion du bien de ses ouailles, ne peut contenir sa joie en 
songeant aux lettres de l'empereur qui vont régler son sort 
et l'envoyer au supplice : Quas litteras cotulie speramus 
ventre, stantes secundum fidei firmitatem ad passionis toleran- 
tiatn et exspectantes de ope et indulgentia Dominivitae aeternae 
coronam 1 . Et l'on sait comment il accueillit la sentence. 
Cypricwus episcopus dixit : Deo grattas '. C'est aussi ce 
qu'avait répondu Speratus au nom de ses compagnons : 
Deo grattas a^i)iius r '. De même le martyr Lucius, dont parle 
Justin, remercie le juge qui le condamne à mort ', et 
I rtullien avait le droit de dire du chrétien condamné pour 
sa foi : damnatus gratias agit \ 

1 1 Eusi v.a. II. I . VI, 2, 3-6. 

.• Dan l l Int. <•<•</.. V. 1. . 

Perpétuai BH1 61 ; ; , 2. 
1 p / pist. So, 1. Hartel, p. 841 
5) Acta ;.■,.(. 1 1 ■ i 1 m . 1 . 1 -.ni. 

trtyrum Scillitanor «m, BHL. 7527, 15. 
ta I] i, Otto, t. I, p. 30a 

ticum, 1 : < 1 Apolog., xlvi ; ! butant, 1 : magisque 

tutti quant absoluti gaudentus. 0] hler, t. I. ) p. 116, 284, 539. 



LA DIGNITE DU MARTYRE. 9 

Et cette joyeuse ardeur qui les poussait au sacrifice ne 
les abandonne plus. Perpétue et ses compagnons vien- 
nent d'être condamnés aux bêtes : ils rentrent gaiement 
dans la prison '. Les condamnes de Lyon sont soutenus 
par la joie du martyre et l'espérance des promesses. Ils 
s'avancent avec allégresse, portant sur leurs visages une 
majesté qui les transfigure '-. Carpus, le martyr de 
Pergame, au moment où on met le feu au bûcher s'écrie : 
« Sovez béni, Seigneur Jésus-Christ, fils de Dieu, d'avoir 
jugé un pécheur comme moi cligne de cette part qui est 
la vôtre :> ». 

En Palestine, le martyr Porphyrius, après avoir subi les 
plus cruels tourments, marche vers le bûcher d'un front 
où rayonne la joie et une sainte audace. Le juge a beau 
s'acharner sur lui. lui déchirer les chairs et les entrailles. 
Pas une plainte, pas un gémissement ne sort des lèvres du 
martyr, insensible, dit Eusèbe. comme le bois et la pierre*. 
Cette héroïque endurance, cette imperturbable séré- 
nité au milieu des plus horribles tortures est loin d'être 
un cas isolé. L'église de Smyrne raconte en ces termes 
les combats de ses martyrs : « Qui n'admirerait leur 
intrépidité, leur patience, leur amour pour Dieu ? Déchi- 
rés par les fouets au point que les veines, les artères, tout 
l'intérieur du corps était mis à nu, ils supportèrent leurs 
souffrances de manière à attendrir les assistants et à leur 
arracher des larmes ; ils poussèrent la force d'âme jusqu'à 
ne faire entendre ni murmures, ni gémissements, nous 
montrant bien à tous qu'à ce moment même où on les tor- 
turait, les martyrs du Christ étaient ravis hors de leur 

l) Passio Perpétuât, vi. 6 : hilares descendimus ad carcercm. 
(2) Dans Eusèbe, Ilist ceci., VI, 1, 34. 
131 Passio sanctorum Carpi, Papyli et Agathonïcae, BHG' 293. 41. 

4) De martyr ibus Palaeslinae, XI, 19. 



IO LA DIGNITÉ DU MARTYRE. 

chair, ou plutôt que le Seigneur lui-même les assistait et 
leur parlait » '. 

Blandine, jeune et frêle, au point d'inquiéter les fidèles 
qui redoutaient pour elle l'épreuve de l'amphithéâtre, se 
sent remplie d'une telle vigueur qu'elle lasse les bour- 
reaux acharnés sur elle depuis le matin jusqu'au soir. 
Elle perdait le sentiment de la douleur et reprenait de 
nouvelles forces à répéter : « Je suis chrétienne et il ne se 
« commet rien de mal chez nous-'. » Au diacre Sanctus 
de même les plus effroyables supplices ne purent arracher 
que ces mots : < Je suis chrétien. » Tandis qu'on lui appli- 
quait des lames ardentes, il demeurait inébranlable 
comme s'il eût trouvé sa force dans la source d'eau vive 
qui jaillit du Christ. Dans ce corps affreusement tordu 
et mutilé, le Christ lui-même souffrait et accomplissait des 
merveilles, repoussant l'antique ennemi et montrant par 
son exemple que rien n'est à redouter là où est la charité 
du 1' rien ne fait souffrir où est la gloire du Christ 5 . 

I. bourreaux épuisèrent également toute la série des 
tourments sur Alexandre, le médecin Phrygien, sans lui 
arracher ni un gémissement ni une parole. Dans son cœur 
il conversait avec Dieu '. 

Ravi tase, P I lancée en l'air par une 

h*- furieuse, sans s'apercevoir de rien '. Un des mar- 

tvrs rie Palestine montre une telle insensibilité au milieu 

tourments qu'on eût dit un être spirituel, sur qui la 

douleur n' ne prise K 

.11 IG«. 1556. n, 2. 
///:/. eccl., v. 1, 18, i'». 
Dans 1 fltst. eccl., v, 1. 2". 1 \. 

. I [r.t. eccl., V, I, 51. 
! < • Perpétuât, xx. s. 

t l>e martyribus l'alacstinac, xi, 12 : ùaapKoç b' iJuairep 

KKl (l.îiilUUT 



LA DIGNITÉ DU MARTYRE. II 

Les martyrs avaient conscience de pouvoir compter sur 
une force surhumaine ', et Félicite en donnait le secret 
à un de ses gardes qui s'étonnait de l'entendre gémir dans 

les douleurs de l'enfantement, elle qui ne semblait point 
craindre lesbétes féroces : - En ce moment c'est moi qui 
souffre : mais alors un autre sera en moi qui souffrira pour 
moi. parce que moi aussi je souffrirai pour lui *, » 

Le Christ présent et souffrant dans le martyr est une 
idée qui revient fréquemment sous la plume des témoins. 
Chnstus in martyre est, disait Tertullien 3 . Le Christ souf- 
frant dans le corps défiguré du diacre Sanctus y opérait 
des merveilles ' et l'auteur de la Passion des saints 
Marien et Jacques, dit, en parlant d'un de leurs com- 
pagnons, qu'il attirait les regards des païens par la grâce 
du Christ que l'approche des souffrances faisait déjà 
briller sur son front s . « Ne vous laissez pas effrayer par 
ks supplices, écrit S. Cyprien aux futurs martyrs : celui 
qui est en nous est plus grand que celui qui est en ce 
monde 6 . » Et Hippolyte : « Lorsque quelqu'un des 
saints est appelé au martyre et que Dieu opère en lui de 
grandes choses, tous sont dans l'admiration et louent 
Dieu " . » 

Cette assistance sensible de la grâce divine, la présence 
invisible du Christ aux côtés de l'athlète durant le com- 

(i) Passio Pcrpctuac. ix. n. 
.' Passio Pcrpctuac, xv, 6. 
(3) De Pudicitia, 22. Reifferscheid, p. 272. 
Dan- EusÈBE, Hist. ceci., v, 1. 2$. 
5) P. Franchi de' Cavalieei, La Passio Mariant et Iacobi, iRoma, 
1900s p. 58. 
16 Epist. 10. Haktel, p 490. 

7) Comm. m Danulcm. 11, 38. 4. Ronwetsch. p. 116. A rapprocher 
des textes que nous venons de citer ce passage des Acta Saturnini 
BHL.74921, 15 : Sed proconsul stultus non tntelliçcns contra se non homi- 
nes sed Dcum in martyribus dimicare cet. 



12 LA DIGNITE DU MARTYRE. 

bat achevait de conférerai! mart\ r un caractère sacré qui 
le désignait à la vénération des fidèles. Les martyrs eux- 
mêmes avaient conscience de la grandeur du titre qu'on 
leur donnait, et par humilité, ceux de Lyon refusèrent ce 
nom glorieux, le réservant au Christ, et à ceux qui par 
leur mort avaient définitivement scellé la confession de 
leur foi '. 

Ils savaient également qu'en versant leur sang ils deve- 
naient l'orgueil et l'honneur de leur église, et S. Cyprien 
écrivant à son clergé et à son peuple reconnaît qu'il ne 
doit pas frustrer les fidèles de Carthage de la gloire de son 
martyre, qu'il n'est pas indifférent pour lui de mourir 
n'importe où. « Ce serait diminuer la gloire d'une église 
aussi illustre que la nôtre, si dans une ville dont je ne suis 
pas évéquc,à Utique, je recevais la sentence de mort pour 
la confession de la foi, et si delà j'allais au Seigneur avec 
l'honneur du martyre. Pour moi même, comme pour vous 
je ne cesse de demander dans mes prières et de souhaiter 
ardemment, comme je le dois, d'être au milieu de vous 
pour confesser la foi, pour souffrir et partir de là pour 
aller au Seigneur '. » Le testament des XL martyrs ne 
se comprend pas si l'on ne suppose dans ceux qui le rédi- 
ge rent une pleine conscience de la place éminente que 
l'attente du sacrifice leur assigne dans l'église *. 



! [ î EBE, Hi I ceci., v, 2, 3. 

1 / pist. Si. Il \i 1 1 1 . |>. 841. 

i ' : T'MÇ KUTÙ TTÛOaV TTOXIV KfM X'' 1 ! 1 "^' "'fH'lÇ d" 

mOKÔiroiÇ Tl Kal TTpeafliiTt'poiç, btaKÔVOlç jf Ki/i 6|U0X<rrnTaîÇ Ki/i 

» xicXncnaOTiKoîç. N. Bonwetsch, Dos Testament 

Wàrtyrer, Studien zui ' ichte dei Théologie und 

Kikche, I I. . 1897 .[ 75 - C'était également pour les famil- 

mprend, un grand 1 omptei un martyr parmi 

■nstate avec tristesse que son père sera s< ul 

1 Famille à ne p;< "iiir de s<m martyre. Passio Pcrpctuac. v, 6. 



LA DIGNITÉ DU MARTYRE. 13 

Le respect et la déférence dont les communautés chré- 
tiennes se faisaient un devoir d'entourer les condamnés et 
les prisonniers pour la foi, sont la conséquence logique de 
la haute idée qu'elles avaient conçu de la dignité du mar- 
tyre : bien naturel aussi était l'empressement avec lequel 
une charité délicate veillait à leur adoucir les souffrances 
de la captivité. Les prêtres et les diacres ont pour mission 
d'aller les visiter pour les instruire et les consoler '. 

Nous en connaissons quelques-uns qui se distinguèrent 
dans ce ministère, comme les diacres Tertius et Pomponius 
qui pénétrèrent dans le cachot où étaient détenus Perpétue 
et ses compagnons 2 . A Alexandrie le diacre Eusèbc, 
au témoignage de l'évêque Denys, se lit remarquer en 
suivant la vocation spéciale qui l'entraînait vers cet exer- 
cice de charité envers les confesseurs et les martyrs, et il 
rendait les derniers devoirs à ceux-ci au péril de ses 
jours 3 . Heraclas, le futur évéque d'Alexandrie, ne se 
rendit pas moins célèbre par les soins qu'il prodiguait aux 
martyrs de toute condition. Il ne s'introduisait pas seule- 
ment dans leur prison, mais il ne les abandonnait point au 
moment de l'interrogatoire, les assistait même à l'heure 
du dernier supplice, et les embrassait sans se soucier de la 
fureur des païens *. 

Les martyrs de Lyon ne furent pas non plus négligés 
par les fidèles : ' et l'évêque de Carthage, Cyprien, veille à 



(i)Cyprien, Epist. 15, Hartel, p. 513. 

121 Passio Perpétuas. 3, 7. Dans la Pussio Montant et Lucii, (BHL. 
6309), 9, c'est par le sous-diacre Herennianus et par Ianuarius, encore 
catéchumène, que le prêtre Lucien fait parvenir des vivres aux mar- 
tyrs. 

(3) Dans Eusèbe, Hist. ceci., VII, It, 24. L; diacre Eusèbc devint 
plus tard évéque de Laodicée en Syrie. 

4 Dans Eusèbe, Hist. eccl., vi, 3, 3, 4. 

15 Dans Eusèbe, Hist. eccl., v, 1, 12, 



14 LA DIGNITÉ DU MARTYRE. 

ce qu'une tradition déjà ancienne dans l'église ne subisse 
pas d'interruption. - Bien que je me souvienne, écrit-il à 
ses prêtres et à ses diacres, de vous avoir souvent avertis, 
dans mes lettres, d'avoir grand soin de ceux qui ont glo- 
rieusement confessé le Seigneur et sont détenus en prison, 
je me reprends à vous exhorter encore à ne laisser man- 
quer de rien ceux qui n'ont rien à désirer du côté de la 
gloire. Et plût à Dieu que ma situation me permit d'être là 
en personne. Je m'acquitterais de grand cœur de tous les 
devoirs de ce ministère de charité envers nos vaillants 
frères 1 .» Ailleurs dans su correspondance il montre les 
fidèles s'empressant autour des confesseurs avec un zèle 
qui eût pu provoquer des mesures restrictives de la part 
des autorités. Il recommande la discrétion et essaie de 
réglementer les visites. « Si les frères, pour satisfaire 
leur de leur affection envers les confesseurs que Dieu 
a déjà daigné rendre illustres par de si glorieux commen- 
cements désirent les visiter, il faut qu'ils le lassent avec 
prudence et qu'ils n'y aillent pas beaucoup à la fois ni en 
troupe, de peur de provoquer du mécontentement et de se 
taire refuser d'entrer. En voulant tropavoir nous perdrions 
tout > Et il ajoute ce détail intéressant qui montre que 
l'on parvenait à faire jouir les prisonniers de la participa- 
tion aux saints mystères: « Que les prêtres qui vont dans la 
prison faire l'oblation pour les confesseurs y aillent tour 
iur avec un autre diacre ; le changement de personnes 
attirera moins d'ennuis '. » 

Sous forme de préceptes, qui nous font connaître en 
détail les u ? la discipline qui s'établirent en 

matières, les Constitutions apostoliques s'expriment ainsi : 



pitt, ta, Hartel, p. 502. 
i Epist. 5, Hartbl, p. 479. 



LA DIGNITÉ DU MARTYRE. 15 

« Si quelque chrétien est condamné par les impies pour 
le nom du Christ et la foi en Dieu, aux jeux du cirque, aux 
bêtes ou aux mines, ne le uégligez pas, mais que le fruit 
de votre travail et de vos sueurs lui fournisse sa nourri- 
ture et de quoi obtenir de ses gardes quelque soulagement 
ou quelques soins, et que les souffrances de votre bienheu- 
reux frère soient allégées, grâce à vous, le plus possible. 
Car celui qui est condamné pour le nom du Seigneur 
notre Dieu, celui-là est un saint martyr, le frère du Sei- 
gneur, le fils du Très-Haut, l'habitacle du Saint-Esprit. 
Il faut donc que vous tous les fidèles, par l'intermédiaire 
de votre évêque, vous serviez les saints de vos biens ou 
de votre travail ; et si vous n'avez rien, jeûnez pour que 
vous puissiez leur distribuer une part '. » 

Le tableau si touchant de la sollicitude des premiers 
chrétiens pour leurs martyrs, a trouvé, on le sait,un paral- 
lèle singulièrement intéressant dans la satire de Lucien 
connue sous le nom de Mort de Pérégrinus. Pérégrinus, un 
aventurier sans scrupules, après bien des exploits se con- 
vertit au christianisme. Il est arrêté et jeté dans les fers. 
Les chrétiens essaient d'abord de l'enlever ; mais n'y 
pouvant parvenir ils lui rendent toutes sortes de bons 
offices. La prison est assiégée par les fidèles et les chefs 
corrompent les geôliers pour obtenir de passer la nuit 
auprès de lui. Ils introduisent toute espèce de mets et 
vont faire la lecture de leurs livres saints. Mieux encore, 
les chrétiens de plusieurs villes d'Asie lui envoient des 
députations pour le soutenir et le consoler. Ils ne recu- 
lent devant aucun sacrifice, et bientôt Pérégrinus se voit 
en possession d'importantes sommes d'argent -. 



(1) Const. Apost., Y, 1, 1-3, Fcnk, t. I. p. 337. 
; De morte Peregrini, 11-13. 



l6 LA DIGNITE DU MARTYRE. 

Ceci, dans la pensée du satirique, n'est qu'une charge ; 
mais bien des traits répondent à la réalité. Les députations 
des villes d'Asie rappellent les messages envoyés à S. 
Ignace sur le chemin du martyre pour lui porter les hom- 
mages des églises d'Éphèse, de Magnésie, de Tralles, de 
Smvrne '. « Lorsque vous avez appris, écrit-il aux Ephé- 
siens, que j'arrivais de Syrie, chargé de chaînes pour notre 
nom et notre commune espérance, comptant bien sur vos 
prières pour obtenir de combattre les bêtes à Rome, et par 
là devenir un vrai disciple, vous vous êtes empressés de 
venir me voir -. » Et il remercie ceux de Smvrne de lui 
avoir rendu toute sorte de bons offices "'. 

L'empressement des chrétiens autour de la prison, on l'a 
vu, est également de l'histoire. Les condamnés sont l'ob- 
jet des prévenances et de la générosité de la communauté, 
qui les traite bien ', trop bien, au dire de Tertullien, que 
son rigorisme entraine ici sans doute à ses exagérations 
coutumières '. On les exhorte à persévérer ; on leur 
écrit pour soutenir leur courage. Les écrits de Tertullien, 
de Cvpricn,d'()ri^cne, spécialement destinés aux martyrs, 
it des témoignages touchants de l'intérêt avec lequel 
pasteurs et fidèles suivent les péripéties de la lutte enga- 
gée, de l'amouret i\u respectqu'ils portent aux élus île Dieu. 



(ii I \ ' , Ad lîph., i, z ; Ad Magnes., z ; 6, i ; Ad Trall., i, i ; 

Ad •»;• in., 'i. z ; m. 2] i:. 

(a Ad Eph., i, i. Voir Liohtfoot, The apostolic Fathers, part II, 
vol. II, i., p. 30. 

17. Smyrn., 9, a : kktù TrdvTa mé (iveTruûaciTe. 
^Tertullien, . l</ martyras, 1. < >ehi 1 r, t. I. p. z : Inti r carnis ali- 
ment licli martyres designati, quaevobis et domina mater ecclesia 
de u ri inguli fratres de luis propriis in carcèrem sub- 
ministrant. Id. Ad martyras, z, Oehlbr, p. 7-8. Immoetquae tusta sunt 

ipen fratrum. Voii aussi Passio 
Montant et lu ::. 1)1 IL. 6009, 9 ; Passio Saturnini BHL. 7492, 17. 
151 Deieiunio adv. Psychuos, iz, Rbipferschbid, p. 290-91. 



LA DIGNITÉ DU MARTYRE. 17 

Car le respect domine tout autre sentiment. On baise 
leurs chaînes ', en leur parlant, on leur donne des titres 
d'honneur. Domina soror, dit en s'adressant à elle le frère 
de Perpétue -, et Célérinus écrivant à Lucien, qu'il 
appelle Domine /rater Jilectissime, met en tête de sa lettre : 
Lucianus Cclerino domino si dignus fuero vocari collega in 
Christo salutem 7 '. Ce nom de Seigneur, dominus, qui avait 
une signification si haute, est resté dans plusieurs langues 
le titre officiel réservé aux martyrs et aux saints '. Ter- 
tullien lui, a trouvé une expression heureuse qu'il adresse 
aux martyrs marqués pour le supplice : martyres designaii, 
dit-il, en faisant allusion à la plus haute magistrature du 
peuple romain, et il s'excuse en même temps de leur don- 
ner des conseils : nec tanins ego snm ut vos alloquar :i . 

Cette dignité devant laquelle tout le monde s'incline 
donne droit à certains privilèges. On est persuadé que Dieu 
ne refuse rien aux martyrs. Le frère de Perpétue lui dit : 

Madame ma sœur, tu es maintenant en haute considé- 
ration, au point de pouvoir demander une vision qui 
t'apprenne si ce doit être la mort ou l'acquittement. Et 
moi, ajoute Perpétue, qui savais que je m'entretiens avec 



(1) Tertullien, Aduxorcm 2, 4 Oehler, t.I. p. 6S9 : quis in carccrcm 
ad osculanda vincula martyris reptare patietur ? S. Ignace écrit à 
Polycarpc : rà beaud uou à iyçânr\aaç. Zahn, Fgnatius von Antio- 
chien (Gotha, 1873), p. 415 veut entendre cette phrase dans le sens 
matériel. Lightfoqt, The apostolic Fathers, part. II, vol. II, 1, p. 341, 
n'y voit que l'expression d'un sentiment de respect et d'affection. 

(2' Passio Perpétuât, IV. 

I3) Epist. 22, Hartel, p. 533. Dans la lettre précédente, p. 530, 
Célérinus s'exprime ainsi : Perte vd per eos dominos meos qui coronati 
fucrint . 

(4I Voir notre article Sunctus, dans Analccta Bollandiana, t. XXYIII, 

P- 179- 

(5) Ad martyr as, 1, UEHLER, t. I. p. 3. 

Cul. Mari. i 



l8 LA DIGNITE DU MARTYRE. 

Dieu qui m'a comblé de bienfaits, je lui promis sans hési- 
ter et lui dis : Je te le ferai savoir demain '. » 

L'église non plus ne peut rien leur refuser, et parleur 
intervention nombre de malheureux, qui dans un moment 
de faiblesse avaient renié la foi, obtiennent la faveur d'être, 
comme auparavant, reçus à la communion. Les martyrs 
de Lyon, semble-t-il, exercèrent cette sorte de droit de 
grâce *. Tertullien constate aussi l'usage d'aller deman- 
der aux martyrs dans la prison la paix que l'on ne trouve 
pas dans l'église *, et il reprochera plus tard aux catho- 
liques de reconnaître aux martyrs un pouvoir qui appar- 
tient à Dieu seul '. 

En Afrique d'ailleurs, les martyrs et les confesseurs en 
usèrent si largement et avec si peu de discrétion que la 
discipline ecclésiastique s'en trouva relâchée et que l'auto- 
rité dut intervenir pour réprimer les abus 5 . Mais avec 
quelle douceur et quels ménagements l'évêque adresse ses 
représentations aux confesseurs et leur fait comprendre 
qu'ils ont obéi à de mauvais conseillers : « J'apprends, 
mes chers et vaillants frères, leur écrit S. Cyprien, que 
l'imprudence de quelques-uns vous presse et fait vio- 
lence à votre réserve. Je vous conjure et vous prie instam- 
ment de \ous souvenir de l'évangile et de considérer 
quelles étaient les grâces accordées autrefois par les 
autres martyrs vos prédécesseurs et quelle circonspec- 
tion ils apportaient en tout cela. Comme eux pesez 

: Passio Perpetuae, IV, i, 2. 

1 h I isèbb, /// /. cal., \', 2, 5: t\uov unavraç, éb^a)ueuov bè 

■ VU. 

^ A.l Martyr as, 1. Oehi i r, t I. p. 5. 

■ t Depudi itia, zz, Ren 1 brs< hsid, p. 271. 

rift fur die historische Théologie, i86d, p. 424- 
345 ;B . ' vprian London, 1897), P- 8g-95 î Monceaux, Histoire 

littéraire de l'Afrique chrétienne, t. II (Paris, 1902), p. 26-36. 



LA DIGNITÉ DU MARTYRE. 19 

attentivement les requêtes, vous souvenant que vous êtes 
les amis de Dieu appelés à juger un jour avec lui. Prenez 
bien garde aux œuvres et aux mérites de chacun ; consi- 
dérez l'espèce et la gravité de la faute. En faisant des pro- 
messes inconsidérées ou en agissant mal à propos nous 
exposerions L'église à rougir devant les païens eux- 
mêmes '. > 

Cette question des lapsikxt l'origine d'un schisme, celui 
des Novatiens, dans l'église de Rome S et d'autres égli- 
ses furent troublées par les divergences de vues qui se 
firent jour en cette matière. Ce fut un des sujets de la cor- 
respondance de Denys d'Alexandrie avec Fabius d'Antio- 
che, qui penchait du côté de la rigueur \ Il lui fait 
doucement entendre qu'il convient, en général, de ratifier 
la sentence des martyrs, appelés à siéger avec le souverain 
juge, et de ne pas les désavouer lorsqu'ils ont admis à la 
réconciliation des pécheurs repentants *. 

Parfois la porte des cachots s'ouvrait et rendait à la 
liberté ces courageux confesseurs qui avaient déjà affronté 
les tortures et n'attendaient plus que la mort. L'église 
n'oubliait pas leur passé héroïque et continuait à honorer 
en eux la grâce du martyre à laquelle n'avait manqué que 
le couronnement. Un rang d'honneur leur était réservé 
dans la communauté chrétienne. « La place à droite,est-il 
dit à Hermas, est pour ceux qui se sont déjà rendus 
agréables à Dieu et qui ont souffert pour son nom :i . » 
Le titre de martyr, ou, pour parler avec plus de préci- 



(i) Epist. 15, 3, Hartel, p. 515. 

(2) Cf. Monceaux, Histoire littéraire de l'Afrique chrétienne, t. II, 

P- 3*"39- 

(3) Eusèbe, Hist.eccl.,\'l, 44. 

(4) Dans Eusèbe, Hist. eccl., VI, 42. 

(5) Hermae Pastor, Vis. III, 1, 9. 



20 LA DIGNITE DU MARTYRE. 

sion, le titre de confesseur, donnait un droit reconnu à 
prendre rang dans le clergé, et mena souvent aux premiers 
honneurs dans la hiérarchie. Le plus ancien témoignage 
que nous ayons à cet égard est celui d'Hégésippe, qui, 
parlant des parents du Sauveur amenés devant Domitien 
et renvoyés par lui sans être inquiétés davantage, ajoute 
qu'ils lurent plus tard mis à la tête de diverses églises «à la 
fois comme martyrs et parents du Seigneur ' ». Il y a 
bien d'autres exemples à citer Ainsi, ce confesseur qui fut 
préféré à Valentin. « Valentin, nous raconte Tertullien, 
comptait sur ses talents et son éloquence pour arrivera 
l'épiscopat. Indigné de voir passer un autre candidat grâce 
à la prérogative du martyre, il rompit avec l'église ven- 
tante \ » Aselépiade qui avait confessé la foi durant 
la persécution de Sévère, devint évêque d'Antioche 3 , 
Alexandre qui avait été gardé en prison durant la même 
persécution, devint évêque de Jérusalem '. L'histoire 
du confesseur Natalius ' celle de Calhste dans les Phi- 
ophumena 6 , celle du prêtre Maxime ' et du prêtre 
Moyse 8 à Rome témoignent à leur façon de cette disci- 
pline. 
La correspondance de S. Cyprien nous révèle d'autres 
intéressants ; comme ceux d'Aurélius et de Célérinus, 



i 1 1 I ■ si be, Hist. eccl., III, 20, 6. 

l^i Advenus I ' <■'■ ntinianos, \. ( )ehi er, t. II, p. 385. Voir sur tout 
II. Ai m lien des oyientalischen Kirchenrechts, Texte 

. 1 BRS1 CH EN, t VI, 1 L89I . p. 221 2Z+. 

i . //: t. c,< /.. VI, II, (. 

h ■ I .7. 

i , V, 28, xi. 

IX. 11-12, I < '-Si HNEIDEWIN, p. 4.V>-' ~ 

: I ■.. Epist. 49 (Corneille), 55, Hartel, p. 61)8-626. 

I i ... , VI, 43, 6. 

Cyprien, l pi '55, Hautel, p. 627. Ci. l- . Ibst ceci., VI, 

43- - 



LA DIGNITE DU MARTYRE. 21 

dont l'un est qualifié cVillustris adtdesccns a domino iam pro- 
bains '. tandis que l'autre est proclamé clcro nostro non 
humana suffragaiione sed divina dignaiione coniunctus '-'. Trop 
jeunes tous les deux pour recevoir le sacerdoce, ils sont 
désignés pour l'office de lecteur, mais avec les émolu- 
ments du rang plus élevé auquel ils peuvent prétendre 3 . 
Numidicus avait confirmé dans la foi un grand nombre de 
chrétiens, parmi lesquels sa propre femme, qui avaient 
souffert un glorieux martyre. Lui-même conduit au sup- 
plice, lapidé, à moitié brûlé, avait été laissé pour mort. Sa 
fille étant allée à la recherche du corps de son père pour 
lui donner la sépulture, le trouva respirant encore. On 
le ranima, et il guérit de ses blessures. Cyprien signifie à 
son clergé que le prêtre Numidicus sera désormais inscrit 
parmi les prêtres de Carthage et uobiscum sedeat in clero, 
luce darissima confessionis inlustris et virtuiis ac fidei honore 
sublimis *. 

Les Canons d'Hippolvtc supposent une réglementation 
très minutieuse, dont les prescriptions sont énoncées 
en termes fort remarquables. Les voici, en peu de mots. Si 
quelqu'un a l'honneur d'être appelé au tribunal pour la foi, 
de souffrir une peine pour le Christ et d'être ensuite remis 
en liberté, il mérite le rang de prêtre, devant Dieu, et non 
par l'ordination épiscopale.Sa confession vaut pour l'ordi- 
nation. Si on le fait évêque qu'il soit ordonné. Celui qui a 
confessé la foi sans être torturé est digne du sacerdoce ; 
mais qu'il soit ordonné par l'évêque Suit une disposition 
spéciale pour l'esclave martyr qui, lui aussi, devient 



(i) Cyprien, Epist. 38. Hartel, p. 580. 

(2) Cyprien, Epist. 39, Hartel, p. 582. 

(31 Cyprien, Epist. 39, Hartel, p. 584. 

.41 Cyprien, Epist. 40, Hartel. p. 585. 



22 LA DIGNITE DU MARTYRE. 

prêtre '. Le huitième livre des Constitutions apostoliques 
fait l'éloge des confesseurs, qui prennent rang entre les 
lecteurs et les vierges. Ce n'est pas l'ordination qui lui 
confère son titre ; mais il est digne de grands honneurs 
pour avoir confessé le nom de Dieu et de son Christ. 
Toutefois, si l'on veut qu'il soit évéque ou prêtre ou 
diacre, il faut lui imposer les mains 2 . 

Sans vouloir rechercher dans quel sens précis les églises 
de Vienne et de Lyon désignent par deux fois l'ensemble 
des martyrs sous le nom de KXfjpoç tujv uapTÛpuiv % nous 
constatons que de bonne heure le fidèle qui n'hésite pas à 
confesser la foi au prix de son sang occupe un rang 
d'honneur dans l'église. Le groupe des martyrs est une 
portion choisie, une sorte d'aristocratie marquée d'une 
distinction surnaturelle et assurée du respect de tous. 

Entourés de l'amour et de la vénération de leurs frères, 
les martyrs ne laissent pas de provoquer l'attention du 
dehors et d'être pour les païens, qui ne devinent pas le 
secret de leur héroïsme, le sujet d'un profond étonne- 
ment. Le mépris de la vie présente, l'empressement à aller 
au devant de la mort ' sont devenus à leurs veux comme 
la caractéristique du chrétien, et les apologistes peuvent 
rappeler sans ostentation que chez nous on n'a pas peur 
de mourir : « Volontiers, dit S. Justin, nous mourons en 

Canones Hippolyti, VI, 43-47, Achi li . p. ''7-68. 
Ui Constit. Apostol., VIII, 23, Funk, t. I, p, 526 ; Rahmani, Testamen- 
tum domini ftostri Iesu t hristi (Mogunti : 19), p 93-95. A con 
rcr ce texte du Sa< ramentaire Grégorien : Or émus etpto omnibus épis- 
resbyteris, diaconibus, acolythis, exorcistis, lectoribus, ostianis, 
ifessoribu inibus, vidais, et pro omni populo sancto Dei. 

D 1 .'., V, 1. î6 et 48. Sur ia signification du 

mot KXfïpoç, voir A. Ritschl, Di Entstehung der altkatholischen 
Kirche, zweil Aufl Bonn, 1857), p. 390-394. 

Lu( il ••. De morte Peregrini, 13 : txàvTcç aûroùç t'rniMhôuaiv oi 
TToMoi. 



LA DIGNITÉ DU MARTYRE. 23 

confessant le Christ ' ; nous nous soucions peu de ceux 
qui tuent -, » et il revient souvent sur ce thème * 
dont les païens ne songent pas à contester la réalité. Leur 
stupeur, en Noyant les chrétiens se jeter au devant des 
supplices, se traduit souvent par des exclamations rappe- 
lant celle du proconsul Arrius Antoninus : « Malheureux, 
si vous voulez mourir, vous avez des précipices et des 
lacets '; » Les esprits superficiels les regardent comme 
des désespérés, et jettent sur eux un regard de commiséra- 
tion 5 . 

D'autres, mieux avisés, comme ceux qui assistèrent au 
supplice de Blandine, ne peuvent contenir leur admira- 
tion fi , et à un grand nomhre, le spectacle de la constance 
des martyrs inspire des réflexions salutaires 7 . Ainsi, 

(1) Apologia 7,39, Otto, p. 112. 

(2) Apologia I, 11, Otto, p. 35. 

(3) Apologia I, 57, Otto, p. 154 ; Apologia II, 12, p. 232. Cf. 
Epistula ad Diognet., 1. 

(4) Terti/llien, Ad Scapulam, 5, Oehler, t. I, p. 549 : Arrius Anto- 
ninus in Asia cum persequeretur instanter, omnes illius civitatis christiani 
ante tribunalia eius se manu fa et a obtulcrunt. Tum il le paucis duci iussis 
reliquisa.it, w bei\oi, ei BeXexe àTroSvn.o'Keiv, xpniuvoùç f\ Ppôxouç 
Ix^tê. Dans Y Apologeticum , 50, Tcrtullien fait ainsi parler les païens : 
lirgo, inquitis, cur qucrimim quod vos insequamur, si pati vultis, cum 
diligere debcatis per quos patimini quod vultis ? Oehler, t. I, p. 297. 

(5) Terïullien. Apologeticum, 50, Oehler, t. I, p. 298 : desperati et 
perditi existimamur ; Lactance, Divinarum institutionum V, 9, Brandt, 
p. 426 : quiautem tnagni aesttmavcrint fidem cultoresque se Dei non abne- 
gaverint, in eos vero Mis carnificinae suae viribus, veluli savguinem 
sitiant, incumbunt et desperatos vocant, quia corport suo minime parcunt. 

(6) Dans Eusèue, Hist. ercl., V. I, 56 : txùGn, kgù aÙTr), kcù aùxwv 
Ô|uo\otoûvtujv tiûv éOviûv on |un,?'>eTTtJbTTOTe irap' ccùtoîç Tuvn, Toiaûxu 
kcù ToaaÛTa erruOev. 

(7) Tertullien, Apologeticum, 50, Oehler, t. I, p. 301 : illa ipsa 
obstinatio, quant e.xprobratts, magistra est. Quis enim non contcmplationc 
eius concutitur ad requirendum quid intus in re sit ? Voir encore Ad 
Scapulam 5, Oehler, t. I, p. 550 : Quisquc enim tantam tolerantiam 
spectans, ut aliquo scrupulo percussus, et inquirere accenditur, quid sit 
in causa, et ubi cogneverit verttatem, et ipse statim sequitur. 



24 LÀ DIGNITE DU MARTYRE. 

Justin, les oreilles pleines encore des atroces calomnies 
que l'on répandait contre les chrétiens, ne put s'empêcher 
de penser que des hommes esclaves de la volupté ne 
sauraient avoir pareille attitude devant la mort, et ne 
devraient, logiquement, avoir d'autre souci que de pro- 
longer leur existence '. Parfois l'effet est si soudain 
et si profond, que le simple spectateur s'en retourne 
chrétien clans l'âme, ou que le bourreau se joint à la 
victime comme ce fut le cas pour Basilide qui conduisait 
Potamienne au supplice '-'. Partout l'impression fut vive, 
et l'on peut dire avec Eusèbe que, dans le monde entier, 
le spectacle du courage des martyrs, démonstration écla- 
tante de la merveilleuse puissance du Christ, était pour 
les témoins un sujet d'étonnement ". 

Si quelque chose encore pouvait manquer à la gloire de 
ces héros, nous dirions que le martyre a reçu l'inévitable 
consécration de tout ce qui est grand et noble ici-bas, et 
qu'à sa manière la faiblesse humaine lui a payé son tribut 
d'admiration. Eblouis par l'éclat incomparable qui l'envi- 
ronne, des enthousiastes irréfléchis se sont parfois préci- 
pités au devant de la mort, sans se douter que leur pré- 
somption allait être punie par une chute lamentable. Ces 
défections jetaient une ombre sur l'héroïsme d'autrui, et 
si les martyrs volontaires se tirent parfois pardonner leur 
lérité par une intrépidité sans défaillance, l'église, en 

1 1 Apologie* II, 13, On o, p. 233. 

BB, Hist. cal.. VI, 5. A rapprocher l'histoire du 
.nant chrétien, rapportée d'après Clément d'Ale- 
xandrie par Eusèbe, Hist. ceci., II, 9, 2. 

(3) Eusèbe, Hist. eccl., VIII, 12. 11. Comparer ce t d'HiP- 

i"i -, i! , in Danielem,\l, 38, .\ : i'iviku (àp 6v nç tiïjv ufiiuv étti \xap 
TÛpiov K\r|0rj ku'i laeyaXi a htto 0eoO tic uùtôv YcvnôQ, 

■'TTitVTK iî>6vT> Zoiuiw... TToMoi <^bè bf GtÙ^-Tinv 

TTiaTti'muvT' ..m'itiuç koù> aÛTol jaùp'Oupeç^ 0€OÛ -fivovTui. 

Bi p. 116. 



LA DIGNITÉ DU MARTYRE. 25 

général ne les approuvait pas '. Lorsqu'on y réfléchit 
bien, on ne trouve dans ces excès de zèle, dans ces défail- 
lances même qu'une preuve de plus de la grandeur du 
martyre. 

Il est plus pénible de constater que parfois dans certai- 
nes âmes vaillantes la délicatesse des sentiments ne fut 
pas à la hauteur du courage. On voudrait n'avoir à repro- 
cher la iactatio martyrii signalée par Tertullien, qu'à des 
hommes comme Praxéas -'. Mais Cyprien est obligé de 
se plaindre de la conduite de certains confesseurs de 
Carthage, et de déplorer leur orgueil : quosdam iiisokntcr 
cxtollit confessionis suac tumida et inverectmda iactatio 3 . 

Il v eut pire encore. Car il se trouva des misérables 
pour exploiter la situation privilégiée que les martyrs 
avaient conquise dans l'église. En voici qui se trouvant 
par leurs crimes mis au ban de la communauté, se refont 
une virginité en simulant une condamnation au travail 
des mines*. Des débiteurs poursuivis par le fisc, des 
criminels de droit commun cherchent, en s'offrant au 
persécuteur, ou une mort honorable, ou la réhabilitation, 



il La lettre de l'église de Smyrne après avoir loué le courage du 
martyr Germanicus et rappelé la défection du Phrygien Quintus qui 
avait trop présumé de ses forces, ajoute : bià toûto oùv, àbeXcpoi, oùk 
éTTGUvoûuev toùç irpooiôvraç éauToîç, éireibri oùx outujç bibdaxei 
tô eùa-fféXiov. Martyrium Polycarpi, iv. 

2 Adv. Praxeam, 1, Oehler, t. II, p. 653 : Nam iste primus ex Asia 
hoc genus perversitatis intulit Romani, homo et alias inquiétas, insuper de 
iactationc martyrii inflatus ob solum et simplex et brève carceris taedium, 
quando, etsi corpus suum tradidisset exurendum,nihil profecisset, dilec- 
tionem Dei non habens. 

131 EptSt. II, II \KTEL,p. 496. 

4 Tertullien, De Pudicitia, 22, Oehler, 1. 1, p. 844-45 : Ut quis- 

que ex consensione vincula induit adhuc mollia in novo custodiae nomine, 
statim ambiunt moechi... AUi ad metalla confugiunt et inde communica- 
tores revertuntur, ubi iam aliud martyrium necessarium est delictis post 
martyrium novis. 



26 LA DIGNITÉ DU MARTYRE. 

souvent même, de l'argent ou une vie commode en prison 
grâce aux libéralités des fidèles '. 

Les sec tes elles-mêmes tâchent de détourner sur elles 
quelques rayons de la gloire que le sang versé fait rejaillir 
sur la grande église. Les montanistes vantent leurs mar- 
tyrs 2 et deux grands schismes issus de la dernière persécu- 
tion, ceux des Mélétiens et des Donatistes prennent, comme 
suprême recommandation, le titre d'église des martyrs 3 . 
Avec les Circoncellions, l'opprobre de l'Afrique, comme 
dit S. Augustin, ces hordes de fanatiques qui se ruent à la 
mort et trouvent des admirateurs qui les égalent aux 
nobles victimes des persécutions, nous atteignons aux 
derniers excès, qui ne sont plus que la caricature du mar- 
tyre l . 

Jetons un voile sur ces déviations morbides d'une admi- 
ration passionnée qui vinrent parfois attrister l'église 
sans atteindre le prestige des vrais martyrs. 

D'après l'étymologie du mot, le martyr est un témoin, 
et comme on n'est témoin que d'un fait, la question s'est 
posée de savoir à quel fait se rapporte son témoignage, 
l'oiir les chrétiens de la première génération, la réponse 



ii Breviculus collationis cum Donatistis, III, 25, Petschenig, t. III, 
p. 74 : Quidam etiam in eadem epistula facinorosi arguebantur et fisc i 
débitâtes, qui occasions persecutionis vel carerc vellcnt oncrosa tnultis débi- 
tés vita velpurgare se putarent et quasi abluere fucinora sua vcl certe 
adquirere pecuniam et in custodia deliciis perfrui de obsequio christiano- 
r uni. 

2 Soui ; antimontanistc dans I 1 ebe, Ihst. ceci.. Y, 16, 20 : èn\ 

TOÙÇ ll'/f>TI'f>'i Ki/Tiii|.i l'i fi IV TTtipillVTKl, \«'fOVTfÇ TTOXXoÙÇ <'x?:lV Mi/|> 
TUpOtÇ Kft'l TOUT' flViU TFKUl'lpUiV TTirïTOV Tf)Ç OUVlijtHIIÇ TOP Tfl/.p' 
dOTOÎÇ X^folKVoli TT|l()i|il-|TIKon TTVfÙjaaTOÇ. 

; Du» m sni . Histoire ancienne de l'Église, t. II. p. 100; Monoeat*, 
Histoire littéraire de V Afrique chrétienne, t. IY, p. 462. 

Augustin, ( ontra Gaudcntium, 3$. Pe i schenio, 1 . III. p. 231. 



LA DIGNITÉ DU MARTYRE. 27 

est aisée. Ils ont pu se porter garants de la vérité des évé- 
nements qui sont à la base delà révélation chrétienne; 
ils attestaient ce que leurs yeux avaient vu, ce que leurs 
mains avaient touché. Mais il n'en est plus de même 
pour leurs successeurs, qui ne sont plus que des témoins 
indirects, et ne rapportent que par ouï-dire. Et puis, 
comment expliquer que, de deux hommes qui confessent la 
foi avec la même fermeté, celui-là seul a un droit strict au 
titre de martyr qui meurt dans les tourments ? 

On a eu recours à plus d'une explication subtile et la 
discussion des solutions proposées nous mènerait loin '. 
Il est clair pour tout le monde qu'un martyr de la persé- 
cution de Dèce, par exemple, ne peut attester comme 
témoin l'existence mortelle du Christ ; il peut affirmer sa 
propre crovance, proclamer sa confiance inébranlable en 
des biens qui ne tombent pas sous les sens Mais ce n'est 
pas là un témoignage proprement dit. 

On a eu tort, évidemment, de s'attacher d'une façon 
trop exclusive à la signification primitive du mot, et de 
supposer qu'une logique rigoureuse préside à l'évolution 
du langage. Les mots survivent fréquemment aux situa- 
tions qui les ont créés. Que de lois n'arrive-t-il pas qu'un 
titre ne s'explique guère que par les circonstances parti- 
culières qui en ont déterminé le choix, et que le cours des 

(1 F. Kattenhusch, Der Mdrtyrertitel. Zeitschrii-t fur die 

M rTKSTAMENTLICHK WlSSENSCHAI-T UNI) DIE KVNDE DES UrCHRISTEN- 

tums, t. IV (1903), p. nt-127: D. Heinrici, Das altchristlichc Mârty- 

rertum, Jàhrruch der Preussischbn Missionsconferenz [Leipzig, 

i t \, p. 14-42; P. Ai.lari), Dix leçons sur le martyre (Paris, 1906), p. 

311-12 ; L. Laberthonnièrb, Letémoignage desmartyrs, Annai.es de 

PHILOSOPHIE CHRÉTIENNE, t. CLIII i-,< 6-1907), p. 60-90 j P. AlI.ARD, 
Le témoignage des martyrs, IBID.. p. 291-300, avec la réplique de L. 
Labcrthonnière ; P. de Labriollb, Martyr et confesseur, dans Bulle- 
tin d"ascienne littérature et d'archéologie chrétiennes, t. I 
ligii), p. 50-54. 



28 LA DIGNITÉ DU MARTYRE. 

événements ne laisse plus subsister que de lointaines ana- 
logies ? C'est ainsi que le titre de martyr pouvait s'appli- 
quer, dans le sens rigoureux à des martyrs de l'âge apos- 
tolique, comme à S. Etienne: tô oûucx Ziecpdvou toû 
udpTupôç Cou, car ils étaient en mesure d'attester quelque 
chose de plus que la fidélité à leurs croyances. Mais s'il 
n'en est plus exactement ainsi quelques années plus tard, 
il est bien clair que la chaîne des martyrs est ininterrom- 
pue, qu'ils meurent pour la même cause, que leur témoi- 
gnage est surtout un hommage à la divinité du Christ 
qu'ils proclament préférer à tous les biens de ce monde et 
à qui ils font joyeusement le sacrifice de leur vie. 



CHAPITRE II. 

L'ANNIVERSAIRE ET LE TOMBEAU. 

Les marques de respect et de vénération dont le mar- 
tyr se voit entouré dès avant l'issue du combat ne sont 
point des manifestations du culte. Le culte ne peut com- 
mencer qu'à la mort du héros, parles honneurs funèbres 
rendus à la glorieuse dépouille. Faut-il dire qu'il ne revê- 
tit pas, dès le début, les formes rituelles qui supposent 
une longue tradition ? La loi chrétienne ne décrétait pas, 
avant qu'il y eût des persécutions, une manière détermi- 
née d'en glorifier les victimes. Les circonstances indi- 
quèrent aux chrétiens la conduite à tenir, et Julien leur 
cherchait une bien mauvaise querelle quand il leur 
reprochait d'innover sur ce point, contrairement aux 
traditions apostoliques '. 

La société au sein de laquelle l'église recruta ses 
membres avait une manière consacrée par un usage 
immémorial, d'honorer les morts. Pas plus que nous, nos 
ancêtres n'eurent le pouvoir de se soustraire au milieu ou 
ils vivaient. Ils acceptèrent, dans les pratiques quotidien- 
nes de la vie sociale, tout ce qui n'était pas incompatible 

(i) Cyrille d'Alexandrie, Contra Iulianum, X : Travra iTt\\-\p\hao.TÇ. 
Tdrpujv kuî uvr|ucxTUjv, kuItoi oùk eïprjrai irap' ûuîv oùbupoû toîç 
Tdqpoiç Trpoa.<u\ivbeïa9ai kûù TTepierrav uùroûç. P. G. t. LXXVI, 
p. 1016. 



30 l'anniversaire et le tombeau. 

avec leur foi, sauf à en modifier insensiblement l'esprit 
sous la poussée des idées nouvelles. 

Les chrétiens honorèrent donc leurs illustres morts 
comme le faisaient les contemporains. La question se pose 
simplement de savoir comment l'idée chrétienne s'accom- 
moda des lois et des usages existants, par quelles influen- 
ces précises elle les transforma ou leur donna une sanction 
définitive. 

Rigoureusement parlant, }e culte des morts dans l'anti- 
quité classique comportait deux degrés. Au dessus des 
honneurs que la famille rendait à ses défunts se plaçait 
le culte des héros pratiqué parla cité entière, plus solen- 
nel, plus étendu, plus durable aussi, digne en tout point 
des êtres supérieurs auxquels il s'adressait. 

Ces esprits ne sont ni des dieux ni des demi-dieux. Ils 
ont vécu sur la terre égaux aux simples mortels. On sait 
le heu où sont ensevelis leurs corps, et leurs restes sont 
L'objet de la vénération publique. Ce n'est qu'après leur 
mort qu'ils sont entrés dans une vie plus haute, et, dans 
cette existence qui n'aura point de terme, ils sont cloués 
d'une puissance surhumaine '. 

Les honneurs qui leur sont rendus ressemblent, au 
premier abord, à ceux que réclament les grandes divi- 
nités de l'Olympe ; on leur dresse des autels, et on leur 

Nous nous sommes surtout ins] l.. Rohde, Psyché, & Aufl. 

iburg in B., 1898 ,i.I. p. 146-99. Suivant d'autres auteurs, Je> hi 
lient plutôt des dieux déclassés. Ce n'est pas le lieu ici de discuter 
cette théorie et d'autres encore. On verra que no lusions sont 

entièrement indépendantes de l'idée que nous pouvons nous former 
de la classe à laquelle appartiennent les héros. C'est la nature du culte 
qu'on leur rend qui nous impoi te. On pi ut 1 onsulter encore Nae<",i;i 5- 
ïhomerische Théologie des griechischen Volksglaubens 
(Nùrnbei . 1857), p. 105-118; F. Deneken, Héros dans Rom m 
/ exikon der griechischen und rômischen Mythologie, t. I, col. 2441-2589 ; 
I Wassnbr, Deheroum apud graecos cultn, Kiliae, i88j. 



l'anniversaire et le TOMBEAU. 3 1 

offre des sacrifices. Mais ces sacrifices sont réglés par un 
rituel spécial. Tandis que l'on immole aux dieux en plein 
jour, les héros doivent attendre la tombée de la nuit pour 
recevoir le tribut de leurs dévots. Oûeiv est le terme usité 
pour désigner le grand acte religieux lorsqu'il s'adresse 
aux dieux ; èvcrriÉeiv quand il s'agit des héros. L'autel 
des dieux est élevé ; celui des héros est bas, et près 
du sol. Des victimes spéciales leur sont réservées. On 
leur offre des animaux mâles au pelage noir, que l'on 
sacrifie la tête en bas, et dont la viande doit être entière- 
ment consumée parle feu au lieu de servir de nourriture 
aux vivants. 

Ces détails caractéristiques suffisent à montrer que 
primitivement, et selon la théologie antique les héros 
n'étaient point confondus avec les dieux, et que les hom- 
mages qu'on leur rendait se rattachaient plus directement 
au culte des morts. 

Telle est la conception primitive. Mais à l'époque où le 
christianisme paraît, elle ne répond plus aux idées cou- 
rantes. Le peuple ne distingue plus avec netteté entre les 
héros et les dieux. Plus d'un héros a pris rang parmi les 
divinités, tel Héraklès et Asklépios, et beaucoup d'autres 
plus obscurs, qui, dans certaines localités du moins, sont 
invoqués sous le nom de Geôç '. On leur attribue un pou- 
voir analogue à celui des dieux, tout au plus en restreint-on 
quelque peu l'exercice à des lieux déterminés. Le sens du 
rituel spécial institué en leur honneur finit par se perdre 
et les distinctions fondamentales s'effacent. Le héros, quel 
qu'il soit, apparaît comme intimement uni à la divinité, 



(ii Aux textes que l'o.i cite à ce propo?, ajouter ceux de la Pas- 
des IV Couronnés, où il est couramment question du deus Asclepius. 
Voir Acta SS. nov., t. III, p. 77378- 



3- l'anniversaire et le tombeau. 

et le culte dont il est l'objet devient une des formes les plus 
populaires de la religion antique. 

Ce n'est évidemment pas de ce côté qu'il faut aller cher- 
cher le type des premiers honneurs rendus aux héros 
chrétiens, et je ne sais si jamais personne a pu le prétendre 
sérieusement. Un culte aussi essentiellement païen dans 
son esprit et dans ses rites ne pouvait inspirer aux fidèles 
que des sentiments de réprobation. Il était pour eux enta- 
ché de toutes les abominations de l'idolâtrie, et l'on ne 
découvrira aucun lien historique entre le martyr chrétien 
et les héros du paganisme. 

Considérée à ce point de vue, la solution de la question 
des origines ne saurait être douteuse. C'est dans les usa- 
ges funéraires se rapportant au commun des mortels que 
mais verrons se dessiner les linéaments essentiels du culte 
des martyrs. 

Bien que le tableau des rites et des coutumes usitées 
chez les Grecs et les Romains ait été souvent tracé, il 
semble utile de les rappeler avec quelque détail, sans 
insister beaucoup — on comprendra aisément pourquoi — 
sur les particularités propres à chaque peuple, sans signa- 
ler surtout des divergences purement locales '. 

Partout on regarde comme un devoir sacré de veillera 
épulture des morts, à tel point que les enfants \ sont 
tenus même vis-à-vis de parents indignes. C'est un acte 
d'insigne cruauté de la refusera qui que ce soit. On sup- 
plée, au besoin, à l'inhumation réelle par l'érection' d'un 
cénotaphe. 

i) Outre l'ouvi ' le Rohde, nou 

Marqvardt-Mau, Dos Pri ■■■ der Kûmer. Leipzig, 1886; Mo. 

Bestattung, dans Pauly-Wissowa, Realencyclopaedie dey clas- 
■. : rtumswissenscltaft, t. III, j>. 33 i-5'y; Hermann-Blumner,!^/»/"- 

I Antiquit.Uen, t. IV-" (Freiburg i. B. 1882s p. 361-87. 



l'anniversaire et lb tombeau. 33 

Aussitôt après le décès, on terme les yeux au mort et il 
est procédé à la toilette funèbre. Le corps est lavé, par- 
fumé, entouré de bandelettes, plus souvent revêtu d'habil- 
lements, parfois d'étoffes précieuses. Enfin on l'expose 
sur un lit de parade, orné de couronnes et de fleurs. 

Le lendemain, le corps est transporté au lieu de la 
sépulture. Dans les temps antiques le convoi n'a lieu que 
la nuit, à la lueur des torches. Celles-ci continuent à figu- 
rer dans le cortège lorsque se répand l'usage des obsèques 
en plein jour. 

Le plus souvent, à l'époque romaine, le corps est brûlé 
et les os sont déposés dans le tombeau. Mais si l'incinéra- 
tion est devenue la pratique la plus commune, l'inhuma- 
tion n'a jamais cessé d'être en usage, surtout dans les 
familles moins aidées. Avec les cendres ou le cadavre on 
enferme souvent des objets ayant appartenu au mort ou 
conformes à son état et à ses goûts. 

La loi romaine défendait d'ensevelir à l'intérieur des 
villes. Les tombeaux sont donc construits en dehors de 
l'enceinte, mais à une faible distance pour n'en pas rendre 
l'accès impossible. Ils sont le plus souvent échelonnés le 
long des routes conduisant aux portes de la cité. 

Le troisième jour qui suit les funérailles, les parents du 
défunt retournent au tombeau, où se célèbre un repas 
funéraire offert au mort ; de même le neuvième jour. A 
Athènes la cérémonie se répète souvent encore le trentiè- 
me. A Rome les obsèques sont suivies d'un deuil de neuf 
jours, le novemdial, qui se termine par un sacrifice et un 
repas. 

Les fêtes générales des morts (vexûcna, parentalia), jours 
des roses ou des violettes (rosalia, dics violationis) , d'autres 
jours encore désignés par le testateur ou choisis par les 

Cuit. Mart. 3 



34 l'anniversaire et le tombeau. 

survivants ramènent plus d'une fois la parenté auprès du 
tombeau, et. suivant les circonstances, on rend honneur 
au mort par un repas, des libations, des fleurs, des par- 
fums, de l'huile répandue sur la stèle. 

Mais le jour par excellence de la commémoraison 
du défunt c'est son anniversaire '. Il se célèbre, non pas 
comme on pourrait le penser, à la date de la mort ou de la 
mise au tombeau, mais à la date de la naissance, dont la 
célébration, appelée YevéGXia pour les vivants, porte dé- 
sormais le nom de Yevécna. 

Ce tribut, annuellement payé à la mémoire du défunt, 
incombe avant tout aux proches parents. D'autres parfois 
s'y associent ou assurent une sorte de perpétuité à ces 
hommages, comme il arrive pour les chefs d'école, commé- 
morés par leurs disciples et leurs partisans. Silius Italicus 
fait son pèlerinage au tombeau de Virgile le jour de 
l'anniversaire du poète, et après la mort de Lucain, Stace 
continue à garder pieusement l'anniversaire de sa nais- 
sance '. 

Ce qu'il convient de rappeler surtout, c'est que dans 
l'antiquité le tombeau est un lieu sacré protégé contre la 
profanation par des lois rigoureuses. Par le fait qu'un 
mort v reçoit la sépulture définitive, l'endroit designé 
devient locus rcli^iosus et relève de la juridiction des pon- 
tifes. Ils ont à intervenu- en cas de réparation du monu- 



(i) Les textes ont été par Ciik IV i , l eber die Geburts- 

tagsfeier bei dm Griechen, Jahrbucher pur Ci assis* he Philologu . 
II Supplcmentband Leipzig, 1856-47 , p. 283-350 , el pai W. Si hmidt, 
Geburtstag im AlUrtutn, Religion hchtlichi Vbrsuche und 

Vorarbeiten, VII, i, Gi< ssen, 1908 ; Genethlios dans Pauly-Wissowa, 
Real- 'paedie der classischen Altertumswissenschaft, t. VII, p. 1133- 

1149. 

(2) SCHMIDT, Geburtstag, p. 44. 



l'anniversaire et le tombeau. 35 

ment et l'on ne peut, sans leur autorisation, déplacer 
le cadavre ou le transporter ailleurs '. 

Tout l'ensemble des pratiques funéraires consacrées 
par la coutume et sanctionnées par la loi s'inspire incon- 
testablement d'un grand respect pour les morts. Il serait 
aisé d'y relever plus d'une particularité qui ne s'ex- 
plique guère que par une conception aussi matérielle que 
vague de l'existence de l'âme après la mort. On semble 
s'imaginer que le défunt continue à vivre d'une vie invi- 
sible dans le voisinage de la tombe, et l'extrême im- 
portance que l'on attache à la sépulture est certainement 
basée sur cette croyance que le repos de l'âme est en rap- 
port avec celui du corps. 

Ces préjugés étaient communs ; ils furent incroyable- 
ment tenaces. S. Augustin se voit encore obligé de les 
combattre '-'. Mais il faut reconnaître que les cérémonies 
funéraires ne les impliquaient pas nécessairement. La 
plupart de celles qui plongeaient par leurs racines dans 
la superstition païenne avaient fini par perdre leur signi- 
fication et demeuraient à l'état de rites incompris. 

Il nous est difficile d'apprécier à distance la portée reli- 
gieuse de plus d'un élément du culte des morts au sujet 
desquels la conscience chrétienne n'éprouvait aucune 
hésitation. Le DIS MANIBVS SACRVM en tête des 
épitaphes est pour nous l'expression la plus concrète des 
idées païennes. Les anciens n'en jugeaient pas ai 
1' ir un grand nombre, ce n'était plus, semble-t-il, autre 
chose qu'une formule, vide de sens, faisant partie du 
protocole funéraire. Ce qui le montre bien, c'est que 



i E. Lvebbp.rt. Comment. ition; s pontificales 'Berlin, 1859'. p. 54-5§ ', 
De Rossi. Romasotterranea t. III. p. 560. ; Bulleltino, 1965, p. 90. 
\2 De civitate Dr.. I. 22 ; De cura gerenàx pro mortuis. 3. 



36 l'anniversaire et le tombeau. 

tant de chrétiens l'ont adoptée sans scrupule pour la 
graver sur les monuments élevés à leurs morts '. D'autre 
part, l'usage des couronnes, qui nous paraît parfaitement 
innocent, a été rejeté le plus souvent comme idolatrique '-'. 
Pour quelle raison les premiers chrétiens ont-ils, presque 
dès les débuts, adopté l'inhumation des corps à l'exclu- 
sion de la crémation, de loin la plus usitée à cette époque ? 
L'ensevelissement du Sauveur aurait-il paru dès lors 
comme le prototype de celui des fidèles, ou bien les judéo- 
chrétiens, à qui la crémation était étrangère, auraient-ils 
donné le ton et fixé l'usage ? Il vaut mieux avouer que 
la raison dernière nous échappe 3 . 

Même en s'écartant sur un point de la pratique la plus 
en vogue, les chrétiens n'innovaient pas absolument, puis- 
que l'inhumation n'avait jamais cessé d'être en vigueur. 
Et pour le reste ils se conforment à presque toutes les 
habitudes reçues dans la société d'alors, se dérobant sim- 
plement à la partie du cérémonial qui aurait semblé entraî- 
ner l'adhésion aux doctrines du paganisme. Il va de soi 
qu'ils respectaient la coutume, sanctionnée par la loi, 



(i) F. Becker, Die heidnischc Wcihcformcl I). M. (Géra, 1881), 

P- r '5-67» 

2 Voir par exemple Minucius Félix, Octavius XII. 6 : etiam 

réservâtes unguentafuncribus, coronas etiam scpidchris denegatis. C'est 
le reproche du païen. Plus loin. xwm. j. c'est le chréti n qui parle : 
nec mortuos coronamus. Ji si in. Apol. I. 24 : ôrcep iuôvov éYKa\eîv fjuîv 
ëx€T6, ôti ui'i tuùç aÔTOÙç ûuîv aépo|Li€v 6eoûç, uri^è toîç ÛTToeavoûai 
X<m'(ç Ken Kviaaç xui iv ruipuîç arerpdvouç xai 0ua(aç (pepo^ev. Otto, 
I I. p. 74. Il tant distinguer les guirlandes de fleurs des couronnes, 
in, el l»i Rossi, Roma sotteranea, 1. III. p. 505. 

funéraires des chrétiens, voir outre l»i Rossi, 
Roma sotterranea, t. III, p. 495-507, Hasenclever, Dcr altchristliche 
Gràberschmuck Braunsi ,1886), p. 6 105 : N. Mùller, art. 

Koinuterien t àans Haï i k, Realencyclopaedie fiir protestantische Théologie, 
t. X, p. 794-877- 



l'anniversaire et le tombeau. 37 

d'enterrer leurs morts hors de la ville '. L'usage même 
qui bientôt se généralisa, de ne pas mêler leurs sépultures 
à relies des païens -. mais de se réserver des concessions 
particulières, n'était nullement sans précédent. D'autres 
associations ou groupements avaient introduit dans les 
mœurs cette manière de solidarité dans la mort. 

Les cérémonies usuelles sont ou simplement adoptées 
ou remplacées par d'autres analogues. Ainsi, les fleurs et 
les partums ne sont point proscrits, comme nous l'apprend 
Prudence : 

Xos tecta fovebimus ossa 
violis et fronde frequenti. 
iitu l unique et frigida saxa 
liquido spargemus odore z . 

Il dit encore., en montrant les pieux fidèles réunis au 
tombeau de S. Hippolyte : 

Oscula perspicuo figuni impressa métallo, 
balsama defundunt, jietibus ora rigant ; 4 

et de récentes découvertes archéologiques ont appuyé ces 
paroles d'un éloquent commentaire s . Il est fait également 

S. Jean Chrysostome en rend expressément témoignage, Exposi- 
tio in Ps. V, 5 : xù vEx pà aujuctT a Ëfuj r&c TTÔXewç KaTafidirrouev . 
P. G. t. LV, p. 68 ; Hom. m Matthaeum, LXXIII, 3 : évvôn.0ov ôti oûoeiç 
TÛcpoç év irôXei KaraoKeu dÉerai. PG. t. LVIII, p. 676. Les découvertes 
archéologiques ne laissent d'ailleurs aucun cloute à ce sujet. 

(2) Un des chefs d'accusation articulés contre l'évêque espagnol 
Martial était d'avoir donné à ses entants une sépulture profane: 
frfios... exterarum gentium more apud profana scpulclira depositos et 
aliettigenis consepulios. Cypkien, Epist. 67. 6. Hartel, p. 740. 

(3) Cathemerinon, X. 169-172. Dressel, p. 65. 

4 Peristephanon, XI, 193-194, Dressel, p. 450. 

(5) P. Orsi, dans NotizU degli scavi. 1893. p. 292. a décrit un tombeau 
« a mensa » dont le couvercle était percé de trois ouvertures dans les- 
quelles on versait les parfums. Cf. Rômische Quartalschri/t, 1894, P« 
156-58. 






3g l'anniversaire et le tombeau. 

mention de torches et de lumières ; et si le concile d'Elvire 
prohibe l'usage des cierges en plein jour ', cette mesure 
semble se rapportera quelque superstition locale -. Quant 
au repas funéraire, il est à tout le moins remplacé par 
l'eucharistie lorsqu'il ne s'y ajoute pas des agapes frater- 
nelles où souvent les pauvres sont conviés. 

L'anniversaire du défunt est religieusement commé- 
moré. Nous avons à ce sujet des témoignages fort anciens, 
notamment celui de Tertullien: Oblationes pro defundis, pro 
nataliciis, anima die facvmus : \ Et s'adressant à quelque 
veuf remarié, il dit en parlant de sa première femme : 
Neque envm pristinam poieris odisse, cui etiam religiosiorem 
réservas ajfectionem, ut iam receptae apud dominum, pro 
cuius spiritu postulas, pro qua oblationes aunuas reddis '. 
Ailleurs, il développe le même thème : Emmvero et pro ani- 
ma eius orat et refrigerium intérim adpostulat ei. et in prima 
resurrectione consortium et offert annuis diebus dormitionis 
cius''. On remarquera ici une différence importante d'avec 
l'usage courant L'anniversaire n'est plus, comme chez les 
païens, celui de la naissance du défunt, mais celui de la 
mort. 

La commémoraison annuelle n'est pas la seule que les 
chrétiens aient adoptée. Il régnait parmi eux. au sujet 
jours consacrés à la mémoire du défunt, quelque 
diversité suivant les provinces. Bien que certains écri- 
vains ecclésiastiques aient essayé de trouver dans les 
saints livres des raisons pour justifier le choix de ces 



ïlliberitanum, c. 34, L-\r< hert, Die Kanoncs der wichtigsten 
altkirchlichcti Conciliât, p. 19. 

Roma sotteranea, t. III. p. 507. 
. - 1 ; . t. I. p. 422. 
rtatione castitatis, n. Oehler, t. I, p. 773. 
De monogamia, m, OEHLER, t. I, p. 776. 



l'anniversaire et le tombeau. 39 

dates ', on ne peut se tromper sur leur origine. Les visites 
au tombeau, à des intervalles détermines, étaient depuis 
longtemps entrées dans les mœurs, et les chrétiens 
n'avaient aucune raison de s'en abstenir,ce qui n'empêche 
que parfois, comme il arriva pour d'autres rites, quelque 
scrupule vint inquiéter la conscience des chefs. 

Les jours fixés par l'usage et dont nous relevons la trace 
distincte dans l'ancienne littérature chrétienne sont le 
troisième, le septième, le neuvième, le trentième, le qua- 
rantième. Dans les Acta Iohannis, que l'on fait remonter 
au second siècle, nous voyons l'apôtre se rendre, avec 
Andronicus, au tombeau de Drusiana, le troisième jour, 
ôttujç dpîov KXdcruuuev èxeî '-'. Les Constitutions apostoliques 
inculquent l'observance du troisième, du neuvième, du 
quarantième jour, outre l'anniversaire 3 . S. Ambroise, 
prononçant quarante jours après la mort de Théodose 
l'oraison funèbre de ce prince, constate la variété de 
l'usage. Les uns, dit-il, observent le troisième et le tren- 
tième jour ; d'autres le septième et le quarantième 4 . Ail- 
leurs il ne signale que le septième jour comme celui 
que l'on choisit pour retourner au tombeau 5 . Quant 
à S. Augustin, qui connaît le luctus mortui septem dterum, 



ii) Usener, Der heilige Theodosios, (Leipzig, 1890), p. 135. 

2 Acta Iohannis, 72, Bonnet, p. 186. 

31 L. Vin, 42, 1-3 : 'ETUTe\eiaeuj bè xpixa xûtv K€KOinn,u^ v ù> v <?v 
^aXiaoîç kgù àva-fvdjauaaiv kgù irpoaeuxaîç bià xôv bià xpiwv fpie- 
ptiv i-fepdévra kcù ê'vaxu eiç ÛTrôuvriaiv xiùv irepiôvxuuv kcù xwv 
K6K0iur|uéviuv kcu xeaaapaKoaxà KOtxà xôv iraXaiov xûttov " Mwaf|v y<*P 
ouxuuç ô Xaôç éii£vdr\oev, kcù éviaûcna ûnèp |avetaç aùxoû. Funk, 

t I. p- 55^-54- 

14) De obitu Theodosii, 3. /'. 6. t. XVI. p. 1386 : Alix tertium diem et 
trigesimum, aliiseptimum ei quadragesimum observare consueverunt. 

51 Defidt Rssur., 1. P.L. t. XVI, p. 1315 : Die septimo ad sepuUhrum 
redimus, qui dus symbolum quictïs futurac est. 



4° 



l'anniversaire et le tombeau. 



il mentionne pour le condamner, parce qu'il lui paraît 
contraire à l'esprit chrétien, l'usage du novemdiale '. Il le 
rejette probablement comme entaché de superstition plus 
encore que comme une coutume empruntée au paganisme. 
Il est vraisemblable que l'observance du troisième, du 
septième et du trentième jour qui finirent, en occident, 
par supplanter les autres, n'ont pas davantage une origine 
purement chrétienne, mais parurent moins compromet- 
tants vis-à-vis des païens qui célébraient ce novemdiale. 
Les hésitations, la réprobation même que nous constatons 
chez S. Augustin, ne se produisirent pas des le principe, 
et se firent jour surtout lorsque s'accusa davantage la 
séparation des deux sociétés. 

Cette séparation était loin d'être accomplie durant l'ère 
des persécutions, et l'on doit être certain que les premiers 
honneurs rendus aux martyrs furent simplement ceux que 
les proches parents rendaient à leurs morts. Mais au lieu 
du cercle restreint de la famille, c'est la communauté 
entière qui s'associe pour leur rendre ses devoirs et don- 
ner à l'expression de sa vénération et de sa reconnais- 
sance une solennité en rapport avec le rang conquis par 
li martyre. 

là c'est bien L'usage antique, contemporain du christia- 
nisme naissant, qui transparaît encore dans les rites prin- 
cipaux établis en l'honneur des martyrs, et les parties 
entielles de l'observance actuelle, culte de la mémoire 
du martyr, culte des reliques, trouvenl leur origine dans 
le cérémonial funéraire des peuplés classiques 

, mes in Heptateuchum, I. 17-2- P- L. t. XXXIV, p. 596: 

■ ni;;; inveniatur al tria sanctorum 111 scr/pturis celebratum esse luc- 

t un: l apud latinos Wovcmdial app filant. Unde tnihi viden- 

t ur tetudine prohibendi si qui christtanorum istum in mortuis 

suis numerum servant qui > I m gentilium consuetudine. 



L'ANNIVERSAIRE ET LE TOMBEAU. 4I 

Des textes célèbres mentionnent très tôt la solennité de 
l'anniversaire. Le plus ancien remonte à l'année même 
du martyre de S. Polycarpe. L'église de Smyrne, qui se 
promet de célébrer avec allégresse la commémoraison 
de cette glorieuse mort, a l'air de se conformer à une pra- 
tique déjà établie '. Rien d'étonnant d'ailleurs, puisque 
l'anniversaire est. dans tous les milieux, un prolongement 
des obsèques, et que les chrétiens n'ont fait aucune diffi- 
culté de suivre sur ce point la coutume universelle. 

Seulement, alors que dans la famille la durée de l'ob- 
servance égale tout au plus celle d'une génération, la sub- 
stitution de la communauté au cercle familial forcément 
limité, lui assure la perpétuité. Une pratique, passagère 
ailleurs, prend nécessairement dans l'église l'importance 
d'une institution, et un catalogue officiel des anniversai- 
res à garder est dressé par les soins de ses chefs. On 
entend S.Cyprien recommander à son clergé de tenir note 
exactement du jour de la mort des confesseurs. Denique 
et dies eorum qitibus e.xcedunt adnoiate, ut commemorationes 
eorum inter memorias martyrum celebrare possimus 2 . Ceux 
qui meurent en prison ont droit aux mêmes honneurs que 
ceux qui ont versé leur sang, et la date de leur délivrance 
ne doit pas être oubliée. Ce jour-là l'évêque rappellera 
leur mémoire au saint sacrifice : Sacrificiel pro eis semper, 
ut meminisiis, offerimus. guotiens martyrum passiones et dus 
anmversaria commcmoraiionc celebramus 3 . 

Les listes des anniversaires à célébrer par chaque église j 1 y 
constituent les premiers martyrologes*. C'est le jour de 



(1) Martyrium Polycarpi, 18. 
2 Epist. 12. 2. Hartel, p. 503. 
(3) Epist. 39, 3, Hartel, p. 583. 

4 Voir notre article Le témoignage des martyrologes, A.vu ixta 
Bolland.. t. XXVI, p. 78-79. 



42 l'anniversaire et le tombeau. 

la mort du martyr ou - ce qui revient habituellement au 
même — le jour de la déposition qui est inscrit dans les 
fastes. Le plus ancien témoignage que nous ayons en ces 
matières indique le jour du martyre : tùv toû uaprupiou 
auToû f|U<Épav -fevéuXiov ', et le plus ancien martyrologe 
mentionne formellement la déposition clans son titre même: 
depositio martyrum '-. Ce n'est, au fond, qu'une différence 
d'expression, car la déposition suivait de très près le mar- 
tyre. La sépulture de S. Cyprien fut différée pendant quel- 
ques heures à cause des païens : pr opter gentil mm curiosiia- 
tem in proximo positnm est. La nuit venue, on le porte en 
terre 3 . Désormais l'n,uépa -fevéGXioç, le dies natalis des 
martyrs, c'est le jour de leur passion. 

D'ailleurs, a partir du moment où la constatation est 
possible, on remarque que pour le commun des chrétiens 

dément l'anniversaire de la naissance est remplacé par 
celui de la mort '. Quelle en est la raison ? Tout le monde 
(■Mimait l'explication mystique que l'on a trouvée de bonne 
heure : la mort est pour le chrétien la véritable naissance, 
la naissance à la vie éternelle ;; . D'après quelques-uns 
cette conception sciait si ancienne qu'on en trouverait 
déjà un écho dans la parole de S. [gnace : ô tok£tôç uoi 
èmKeiTCU ', dont on lait une sorte de commentaire anticipé 



1 1 M irtyritm Polycarpi, i8. 
(2 Dui hesne, Le I.'J>cr Pontificalis, t. I, p. n. 
Ida pro ria, 5, Harti kiii. 

S Vimoi [./>, fide resurrectionis, 5, P. I. 
VI, p. 1 quoque ipsi natales dies, defunctotum obliviscimur et 

cum obierunt dici mnitatt veneramur. 

5 Pierr] Ci gue, Sermo 129, /'. /.' LU. 555 : Natalem 

tm cum audttis, chartssimi, nolite putare Muni dici quo nas- 
cuntur in terrant à >tr terrain caelum, etc. Voir d'autres 

tcxti de Pt-dit 

Ad Rom. 6, 4. 



l'anniversaire ht le tombeau. 43 

du TevéeXioç l'iuépa de la Passion de Polycarpe '. Ceci 

parait bien douteux. L'expression avait depuis longtemps 
perdu son son-, rigoureux de jour de la naissance,et servait 
tout aussi bien à désigner L'anniversaire en général 4 . 
Elle ne suggérait point l'idée qu'on a voulu y rattacher 
plus tard : cette exégèse est le fruit de la réflexion. Certai- 
nement, le jour où le chrétien entre dans l'immortalité 
mérite plus que le premier jour de sa vie terrestre d'être 
commémoré. Mais on n'est point parti de la signification 
du mot natalis pour modifier une coutume immémoriale, 
et la pensée de rattacher un point de discipline si impor- 
tant à une sorte de jeu de mots n'a pu venir que plus tard. 
Sauf cette modalité, importante sans doute au point de 
vue chrétien, mais nullement de nature à attirer l'atten- 
tion, les fidèles en se réunissant annuellement, pour hono- 
rer un des leurs tombé victime de la persécution, pou- 
vaient passer aux veux des profanes pour accomplir un 
rite banal de la piété envers les morts, et il en était de 
même de la visite du tombeau, à quelque moment que l'on 
pût la surprendre et quelle qu'en fût la forme, solennelle 
ou privée. 

Par ses luttes et son triomphe, le martyr appartenait 
exclusivement à l'église : à L'église aussi appartenait son 
tombeau dont nul n'ignorait l'emplacement et que les 
fidèles retrouvaient sans peine comme les parents et les 



i Cl. Tu. Zahn, Ignatius von Antiochien, Gotha. 1873t. p. 560; 
Patrumapotolicorum optra, t.U. {Leipzig, 1876', p. 161 ; Lighttoot, 
The apostolic Fathers, part. II. vol. II. 1. p. 21S. 

2 On n'a qu'à se rappeler les expressions diverses dans lesqu< 
entre le m<>t natalis ou fevèQXwv. Natalis Diana i, CIL. XIV, 

2x12 : natalis aquilae, CIL. II. 2552. 2554 : civitatis natalis, Augustin, 
Bnarr. in Psalm XXXIX. 6, /'./.. t XXXVI. p. 437 ; reveeX.iwv xn.ç 
Kaxà Kcnadpeiav voiuZouévn,ç TûxnÇ #|iiépa, EusÈBB, Mart. Palaest., 
xi. 30. 



44 l'anniversaire et le tombeau. 

amis distinguaient la tombe d'un des leurs Mais on ne 
songea point, dans les débuts surtout, à réserver aux mar- 
tyrs une sépulture privilégiée. On leur donne la o"uvn.8n.ç 
Taqpn.. suivant l'expression d'Eusèbe '. Leurs corps sont 
transportés hors ville et déposés dans le cimetière chrétien 
au milieu des tombes des simples fidèles. 

C'est dans la banlieue, le long des routes, selon l'usage 
romain, que s'échelonnent les tombes, plus tard, les sanc- 
tuaires des martyrs. A Rome c'est la voie Cornélienne, la 
voie d'Ostie, la voie Appienne, la voie Tiburtine, pour ne 
citer que les principales, qui deviennent célèbres par les 
modestes tombeaux des martyrs beaucoup plus que parles 
somptueux mausolées qui s'y étalent. A AntiocheS. Ignace 
reposait, au témoignage de S. Jérôme, extra portant Daphm- 
ticam in cimiterio*. S. Babylas aussi avait son tombeau 
parmi beaucoup d'autres sépultures 3 . C'est toujours hors 
ville que S. Jean Chrysostome conduit son auditoire lors- 
qu'on célèbre une tète de martyr *, et ce qui montre bien 



i l.i bb, M irt. Palaest., XI, 28. 

2 De viris tllustribus, c. XVI, Bbri 01 u.i.i, p. 19. 

Hist. ea !.. V. 19. Le livre De S. Babyla contra Iulia- 

num et gentiles, attribue- à S. Jean Chrysostome (attribution que nous 

pas), indique comme l'endroit de la sépulture de rr\v 

nôXiv, év tQ nôXei (P G. t. L, p. 558, 56o).Cette locution ni être 

rement prise à la lettre. On dis; qui S.Séba 

à Roi . Son tombeau si trouvait pourtant à quelque dis- 
la ville sur la voie Appienne. C'esl aussi le 1 ourant 
des martyrol 3 I 1 ,dans le texte que nous venons de rappi 

n «lisant que les reliques de S. Ignai 1 m Antiochia lacent 

rtam Daphnitit uni. 

,i / ittdatio S D; : Evbov jaèv o5v Tf) itôXci évbiaTptBovraç 

où rd roioOra ucXexfiv k<ù quXoaocpeîv ■ ^tMiovraç 

tmxiiiv xal irpôç toùç rd<pouç toutouç éXOôvraç khi tô ttX^Boç 

tiiiv KaToixouévtuv 8 dyicn. itâaa Kal ÉKÔvraç k«î ûkovtuç 

T0UT ot. P. G ' L, p. 684 : Homilia m ! 

■m. 1 : bià raOxa tf|v ttoXiv àtpeVreç rrpôç toùç trôbaç 
Tûiv ufiiuv TOÛTUiv ëbpduoucv. /'. G. t. L, p. 442 ; Homilia de SX. Mai- 



L* ANNIVERSAIRE Et LE TOMBEAU. 45 

que les corps saints avaient été régulièrement dépo 
dans les cimetières communs, c'est que l'évêque Flavien 
le premier songea à les isoler d'un voisinage obscur ou 
même suspect '. S. Pierre d'Alexandrie fut porté au cime- 
tière J . A Césarée de Cappadoce nous trouvons le tombeau 
de S. Gordius dans la campagne environnante 3 , comme 
àHarran, celui de S. Helpidius foras civitatem ', comme 
à Édesse celui des SS. Samonas et Gurias ;i , comme 
à Autun celui de S. Symphorien 8 . L'usage, que nous 
constatons encore à Thessalonique 7 , à Salone, à Parenzo 
et ailleurs 8 , est si constant, que le fait de se trouver à 

tyribus : rr\q, éopxfiç twv éxeî papTÙpujv àYouévnç, vOv xt\v ttôXiv 
airaaav irpàç éxeivouç .ueTaarfivai ëxP>î v - P. G. t. L, p. 647. 

1 Jean Chkysostome, Homilia in ascensionem Domim. 1 : Ei ràp 
Kui irpà toutou ëbei Trpàç toùç -revvaiouç toûtouç Tf|ç eûaepdaç 
à6\n.Tàç Tpéxeiv, ot€ ûttô tô ëbacpoç ëKeivTO, ttoMw u.â\\ov vûv 
toûto iTOieîv xpn ôt€ Ka9' éauTOÙç oi uapYapÎTCU, ôtc oVirr|X\dYn 
tùjv Xûkujv tô TTpôjîaTa, ÔTe àTiéaTr|0"av tujv veKpiùv oî £wvTeç. P. G. 
t. L, p. 442-43. 

(21 Passio S. Pétri, BHG*. 1502. Viteau, pp. 83, 85 : eiç tô 
Koiun.Tn.piov ô aÛTÔç f)v oÎKoboun.aaç, eiç tô buTiKÔv T^çttôXeoiç uëpoç 
év toîç irpoaaTeioiç. Cf. De Rosm. Bullettino, 1865, p. 61. Rien n'in- 
dique que l'évêque se soit fait aménager pour lui seul une tombe 
isolée. Le contexte donne l'impression contraire, et KOiun.Tn.piov a 
ici le sens de cimetière. 

(3) Basile, LaitdatioS. Gordii, 1, l'appelle tôv irpoiTÔXeov kôouov. 
P. G. t. XXXI. p. 48o.La variante irpoirûXuiov de quelques manuscrits 
donne le même sens. Toute la ville se transporte au tombeau de 
S. Marnas, LaudatioS. Mamantis, 2 : Mvr)un bè .udpTupoç kcù tzâaa uèv 
Xiûpa KÉKÎvriTai Trâaa bè uô\iç ueTUTreTrom.Tai. P. G. t. c p. 592. 

(4) Geyer, limera llicrosolymitana. p. 65. 

5 I\AHMAM..lfte sanctorum confessorum Guriac et Shamonae (Romae, 
18891, P z 7 l Gebhardt-Dobschutz, Die Akten der Edessenische» 
Dckenner Gurjas, Samonas und Abibos, p. 68. 

(6) Longnon, Géographie de la Gaule, p. 205. 

7) Basiliques des saintes Agape, Chionia et Irène et celle de sainte- 
Matrone. BHG-. 511. c. xii. 

(8) Pour Parenzo et Salone voir Analecta Bolland., t. XVIII. pp. 
380,395. —Dans une homélie qui t'ait partie des oeuvres d'Astère 
d'Amasée et qui est intitulée in sanctos martyres sans que les noms ou 



+ 6 l'anniversaire et le tombeau. 

L'intérieur des murs de la ville est pour un sanctuaire, une 
présomption de moindre antiquité '. 

Les réunions des chrétiens eiç ta KaXoùueva KOiunTnpia 
a il est souvent question 2 , et dont les autorités pre- 
naient ombrage en temps de persécution, n'étaient évidem- 
ment pas des visites privées auxquelles ungroupeplué ou 
moins restreint prenait part. C'étaient des assemblées offi- 
cielles, ayant pour objet, la plupart du temps la commémo- 
rais. ,n de l'anniversaire d'un martyr. Car c'est bien auprès 
de sa dépouille mortelle qu'on avait l'habitude de lui rendre 
les honneurs. L'église de Smyrne se propose de célébrer le 
premier anniversaire de Polycarpe là même où ses restes 
ont été déposés n , et Eusèbe atteste que c'est sur le tom- 



la ville soient précisés, nous lisons encore, à propos des l'êtes de mar- 
tyrs : ubç tô ttô\iv ô\)-|v ibeîv rnrrfevn, éKqpoiTujffctv xoO exerreoç 
Upôv bè tôttov KUTaXcaipdvouauv. P. G. t. XL. 11.316. En Afrique, à 
Uzalum, la basilique des martyrs Félix et Gennadius était située in 
suburbio civitatis. Voir De Miraculés S. Stcphani, I. 2. P. L. t. XLI, p. 

8 34-35- 

1 Rappelons les églises des SS. Jean et Paul à Rome (cf. Analecta 

Bolland. t.XXVIII,p.2i7), de S. Démétrius (cf. Delehaye, Leslêgendes 

grecques des saints militaire!;, p. 107-108) à Thessalonique. AAntioche, 

le tombeau des M dl à l'intérieur de la ville. S. Jean 

Cm De SS. martyr ïbus 1 : Kcxi K0.6dir€p xf|ç éopxîîç tûiv 

MuKKu^iiuuv tTriT6\ouMévnç, Trâcra n xwpa eiÇ T '1 v ïïWlv éEcxûerj. 

/'. G. 1. L, p. 647. Il aussi qu'un sanctuaire, d'abord isolé, attire 

une population stable el devienne le centre .l'une agglomération. C'est 

:u pèlerinage de S. Mén 

( a ) Dans l . Hist. eccl„Vll, ri, 10: IX. 2. 1; Constitutions 

• .VI. 30. i : ànapaTripnTUJç ht auvaepoiZeaee <?v roîç Koiun.Tn.pimc, 

Tf|V (ivà-fviuaiv Ttiiv leplÛV (hfJXluiV ITOlo6u€VOI Kai ipd\\OVT€Ç îmèp 
tiîjv K€KOlur|uévuiv iK'fiTÙpiuv K«i irdvTUJV Tuiv an' aiûjvoç ùyîujv 
«ai Tdiv àbeXcpÛIV uuiiiv Tiuv tv KU(iiu) K6K01Un,UéviUV. FUNK, t. I, 

", . ,x,a: Ta... ôarâ aÙToO dtrreeéueeu orrou 

•uuHov r>, tvHn i.ijç OUVO.TÔV r|UÎv «Tuvaf oi.ifevoiç èv à'faWxdoei 

K «(i x"l". 1 "a Kùpio; <-'ttit*-\hv xf\v toh uapruptou aùroû r\\iépuv 

■fevéOXiov. 



l'anniversaire ht le tombeau. 47 

beau des martyrs que l'on va leur offrir des prières et 
honorer leurs âmes saintes '. Aussi, la plus ancienne 
liste des fêtes de martyrs, le Depositio martyrum romaine 
ne se contente-t-elle pas de mentionner leurs dates ; elle 
indique également le cimetière où repose le sain: : 
c'est là que le peuple est convoqué. 

Les païens n'ignoraient pas cette, particularité, si con- 
forme, d'ailleurs, à leurs propres usages, et régulièrement, 
lorsqu'ils veulent empêcher les chrétiens de rendre un 
culte à quelque martyr, ils ne reculent pas devant ce qui 
est à leurs veux la suprême cruauté, en refusant au sup- 
plicié la juste sépulture. Les cendres sont jetées au vent 
ou les corps exposés à la dent des bêtes de proie, et Ton 
croit ainsi supprimer radicalement l'objet même du 
culte -. Vains efforts de la part de ceux qui prétendaient 
l'atteindre dans son essence. Il restait la commémoraison 
solennelle, qui n'était pas inséparable d'une visite au tom- 



i Pracparatio evangelica, XIII, ii:ô0ev kcù éîri ràç 0r)Kaç aÛTwv 
ë0oç nuîv rrapiévai kcù xàç eûxàç Trapà raÛTaiç iroieîaOai, xiuâv 
T6 tùç uaxapiaç ciûtwv hjuxcîç, ûjç éûXôtwç kcù toutujv ûqp' n.|uwv 
-ri-fvouÉvwv. P. G. t. XXI, p. 1096. 
(2) Déjà dans le Martyrium Polycarpi, les juifs font avertir le 
cineur de ne pas livrer le corps, uf], q>r\o{v, àqpévTeç tôv iaxav- 
puuuevov toûtov âpïwvTcn aéf5ea0ai. Les restes des martyrs de Xico- 
médie sont déterrés et jetés à la mer ibç âv ur| év uvr|uacuv àïroKei- 
uévouç irpocncuvoîév riveç. Eusèbe. Ilist. ceci., VIII, 6. 7 Lactance, 
Divin. Institut., Y. 11, Bkandt, p. 4.34, raille le persécuteur : incinères 
furit,nc quis exstet sepulturae locus : quasi ver id adfectent qui Deuni 
confitentur ut ad eorum sepulchra veniatur, ac non ut ipsi ad Dcum 
ventant. Après le massacre de Pévêque Georges, de Dracontius et de 
Diodorc, la plèbe d'Alexandrie brûle les cadavres et jette les cendres 
à la mer, id metuens... ne collectis supremis aedes illis exstruerentur ut 
reliquis qui deviare a > conpulsi pcrtukre cruciabiles poenas, 

ad usque gloriosain mortem intemerata fide proçressi et nunc martyres 
appellintur. Ammien Marcellin, XXII, 11, 10, Gakdthausen, p. 291. 
Voir encore Grégoire de Xazianzb, Contra Iulianum, IL 29, P. G. 
t. XXXV. p. 701. 






4<s l'anniversaire et LE TOMBEAU. 

beau. Il n'en est pas moins vrai qu'avec les restes du 
martyr se trouvait anéanti un des éléments les plus 
propres à donner au culte ce que demandent avant tout 
les foules : l'attrait d'un objet tangible et une localisation 
précise. 

Ainsi par la simple force des choses, par l'observation 
de ce qu'il y a de plus humain dans la religion des morts, 
le culte des martyrs s'est trouvé dès le début répondre à 
ul-s aspirations, ou, qu'on nous passe le mot, à des instincts 
qui devaient assurer sa popularité. Dès les temps an- 
tiques on voit se graver dans la mémoire du fidèle, avec le 
nom du martyr, l'emplacement de son tombeau. Polycrate 
d'Éphèse, invoquant quelques unes des grandes lumières 
de l'Asie, ne manque pas d'indiquer chaque fois la ville 
où reposent ces illustres personnages : Philippe à Hié- 
rapolis, Jean à Ephèse, Polycarpe à Smyrne, de même 
à Smyrne Thraséas, quoiqu'il fût évêque d'Euménie, 
Sagaris à Laodicée '. Tout martyr a, pour ainsi par- 
ler, son domicile déterminé, et comme ce domicile, de 
par la loi, est inviolable, les honneurs qu'on lui rend 
sont forcément restreints par les limites d'un territoire. 
Plus on est rapproché des origines, plus le caractère 
du culte des martyrs est strictement localisé, et l'on sait 
par l'exemple de deux villes aussi rapprochées que Gaza 
• Majuma, qui au milieu du IV e siècle, gardaient leurs 
l'êtes séparées maigre leur union politique '-', combien 
te discipline fut tenace. 

Nous souhaiterions pouvoir assister, à travers les rela- 
tion- contemporaines, à une assemblée de fidèles réunis 
autour du tombeau d'un martyr, le jour de l'anniversaire. 



h l (an El il bb, Ht t. eccl., Y, ^4, .3-5. 
2 Soj OMi ne, Hist. eccl., V, 3. 



l'anniversaire et le tombeau. 

Les témoignages sont malheureusement bien rares et peu 

précis, surtout parmi ceux qui nous ramènent aux origi- 
nes et jusque dans l'ère même des persécutions. On sait 
que la liturgie eucharistique était de l'essence de ces 
solennités ', que le nom du martyr était prononcé durant 
le sacrifice et avait droit à un rang d'honneur *. La fonc- 
tion liturgique ne supprima point partout l'usage des 
repas funéraires. On les retrouve, à la fin du IV e siècle, en 
vigueur dans mainte église, et donnant lieu, notamment 
sur le sol d'Afrique, à des abus regrettables, qui en amè- 
nent l'abolition définitive "'. Ce sont les grands traits de 



(i) Voir Acta Iohannis. cités par M. Muller, Koimeterien, clans Real- 
vncyklopaedie fur prot. théologie, t.X, p. 831 ; Tkrtullien, De corona, 3 ; 
De exhort. castit., 11 ; De monogamia, 10 ; Cyprien, Epist. 1, 2 : 12, 2 ; 
39. 3, Hartel, pp. 503, 583 ; Canoncs Hippolyti.xxxui, Achelis, p. 106 ; 
Prudence, Peristephanon, XI, 171-74. 

j Cyrille de Jérusalem, Catechesis mystagogica, V, 9, P. G. t. 
XXXIV, p. 1116 : erra uvn.uoveùouev xai tûjv TTpOKeKoiunuévujv, 
upiûTov TTCtTpiapxûJv, TTpocpnTÛjv, àiT00T6A.ujv, uapTÛpujv, ÔTTUJÇ ô 
0eôç xaîç eûxaîç aÙTÛjv xai irpea^eiaiç TTpoabéEr|Tcn r|uû»v xn,v 
bénenv • eiTa Kai ùrrèp tûjv TrpoKeKoiun,uévujv àTiuuv TcaTépujv Kai 
émaKÔTTWv, Kai rrdvTUJv utt\ûjç tûjv év f|uîv TcpOKeKOiunuévujv. 
Jean Chrysostome, In Acta apost. hom. XXI, 4, P. G. t. LX, p. 170 : 
Ti oîei tô ùtrèp uapTÛpujv rrpoacpépeaOai, tô K\n.9n,vai èv éKeivn, 
xr) ûipa ; Kâv udpTupeç (bai, Kâv ÛTièp (uaprûpaiv, ueYd\n. Tiun, tô 
6vofj.aa0n.vai xoû AecmÔTOu itapôvTOç, toû Gavârou é-mTeXouuévou 
éKeivou, Tn,ç cppiKTf); 8uaiaç, tûjv àqpcxxujv uu0Tn.piujv. Augustin, 
SermoCCIX, 1, P. L. t. XXXVIII, p. 868 : ideoque habet ecclesiastica 
disciplina, qnod fidèles noverunt, cum martyres eo loco recitantur ad 
altare Dei ubi non pro ipsis oretur ; pro ceteris autan comtnemoratis dc- 
functis oratur. 

$< Voir les principaux textes dans N. Muller, Koimeterien. ' 
p. 832; spécialement pour l'Afrique dans P. Monceaux, L'inscription 
des martyrs de Dougça, dans Bulletin archéol. du comité des 
travaux msT.année 1908, p. 87-104; cf. Analect. Bolland., t. XX\ III, 
p. 315. Il reste beaucoup à faire pour le classement des témoign 
qui se rapportent à la discipline et aux abus en question. 

Cuit. Mart. 4 



50 l'anniversaire et le tombeau. 

l'esquisse donnée dans YOratio ad sanctorum coetum. qui 
serait antérieure au concile de Nicée '. Les honneurs 
rendus aux martyrs \ sont décrits de la sorte : « On chante 
des hymnes, des psaumes et des louanges à celui qui voit 
toutes choses, et l'on célèbre, en mémoire de ces hommes, 
l'eucharistie, le sacrifice d'où est banni le sang et la 
violence. L'odeur de l'encens n'y est point recherchée, 
non plus le bûcher, mais une lumière pure, qui suffit à 
éclairer ceux qui prient. Il s'y ajoute souvent un repas 
modéré, en faveur des pauvres et des malheureux -'. » 
Sans chercher à reconstituer, dans tous ses détails, la 
physionomie d'un anniversaire, nous pouvons affirmer 
que rien, dans ces réunions, ne rappelait le caractère 
Lugubre des cérémonies funèbres. La lettre de l'église de 
Smyrne sur la mort de Polycarpe ne respire que la joie et 
l'enthousiasme 5 , et le cortège triomphal qui conduisit au 
cimetière le corps de S. Cyprien ' traduit bien les senti- 
ments des fidèles, parfaitement en harmonie, d'ailleurs, 
avee la haute idée qu'ils avaient conçue du martyre. Les 
honneurs que l'on rendait aux restes du héros tombé 
n'étaient qu'une nouvelle expression de la tendre vénéra- 
tion cpii l'avait entouré de son vivant. 

1 1 1 Voir J.M.PpàTTiscH, Die Redt Konstantins des Grossen an die Ver- 
sammlunç der Heilige» (Freiburg im 13. 1908), p. 106. On sail que le der- 
nier (.'dit ■ i.i-.IIi n.i 1 ,Kritische Bùtràgezu denCon- 
stantinschriften des Eusebius,1 bxte und Un hungen, t. XXXVI, 
3 ligti-, p. 2-49. Mais il tant lire aussi 1'. Wendland, dans Derliner 
phih W nschrift, 1902, p. 330-31, et E. Schwartz, dans 
Pauly-Wisspw \, Realencyclopaedie ; t. VI, p. 1427. 
(21 Oratio ad sanctorum coetum, xn, Heikel, p. 171. 

Martyrium /' arpi, 18, 2 : 6v0a d>ç buvuTÔv f|uîv auvayoué- 
voiç év àyaMidaei kiù x a P$ itapéEet ô KÛpioç fcTTiTeXetv xryv toû 
ruplou aôToO n Ll( --( Htv Y€vé0\iov. 

I (,,.. BHL. -=037, 5, 8 : inde per noctem sublatum cum 

1 andidt ou procuratoris,quae suttt in 
via Mapj ■ iuxtapii tm vuto et triumpho magvo deductum est. 



l'anniversaire et le tombeau. 51 

Les manifestations de la piété des chrétiens à l'égard 

de ces illustres morts durent n'être point banales, ni assez 
contenues pour échapper toujours à l'attention du dehors. 
Ce n'était point un mystère pour les païens et les juifs de 
Smvrne que les chrétiens réservaient à Polycarpe des 
honneurs exceptionnels Auraient-ils sans cela songé à leur 
refuser le corps du martyr sous prétexte que Polycarpe 
aurait bientôt remplacé le Christ dans les hommages des 
fidèles ' ? De même, lorsque les persécuteurs poussèrent la 
rage jusqu'à déterrer et jeter à la mer les corps des pala- 
tins de Nicomédie, ce fut pour empêcher, dirent-ils, que 
les chrétiens ne leur rendissent les honneurs divins -. 

Tout cela donne l'impression que de très bonne heure 
l'ardeur de la piété envers les martyrs se manifesta par 
des élans passionnés et fut loin d'avoir partout les allures 
timides que nous nous plaisons à imaginer. Il ne faut 
pas oublier, néanmoins, que le culte des martyrs est né 
au milieu du trouble de la persécution, qu'il a grandi 
durant les accalmies qui succédaient périodiquement aux 
bourrasques violentes. Toujours sous le coup d'une nou- 
velle offensive, les fidèles se sentaient naturellement 
astreints à une certaine réserve ; il ne fallait point braver 
l'ennemi en exaltant trop bruyamment les victimes. 

Il est possible qu'à la faveur de la paix trompeuse qui 
précéda la dernière persécution, on ait commencé en plus 
d'un endroit à se départir de la retenue observée jusque 
là. Le tableau que trace Eusèbe de la situation de l'église | 
à ce moment invite à le croire, bien qu'il n'y soit pas l'ait 
une place expresse aux martyrs ". Mais ce n'est là qu'une 

1 Martyrium Polycarpi, 17, 2. 

(2) Eusèbe, Hist. eccl, VIII, 6, 7. 

(3) Eusèbe, Hist. eccl., VIII, t, 5. S'il faut en croire Lucius, Die 
Anfânge des Heiligenkults, p. 72, n. 5. il y aurait à citer ici un passage 






52 l'anniversaire et le tombeau. 

impression, et dans l'ensemble, les documents autorisent 
adiré qu'en général, durant l'âge héroïque, les manifesta- 
tions du culte lurent plutôt discrètes et contenues '. 

Mais voici l'heure du triomphe et de la paix définitive. 
Le soleil se montre après une longue tempête, ' l'église 
respire, et rien n'arrête plus l'essor longtemps comprimé. 
Dans l'ivresse de la liberté tous les sentiments s'exaltent, 
et l'enthousiasme du chrétien pour ses martyrs pourra 
désormais s'épancher sans contrainte. Les formes exté- 
rieures du culte prennent plus d'ampleur et d'éclat, les 
vieux rites s'accommodent à la situation nouvelle et insen- 
siblement se modifient. Pendant le siècle qui va suivre, le 
culte des martyrs s'épanouit magnifiquement. Il n'est 
guère possible de fixer par des dates les différentes phases 
de son évolution ; mais vers la fin du quatrième siècle, et 
surtout au commencement du cinquième, nous la trouvons 
partout accomplie. 

Les premiers bienfaits de la liberté enfin conquise se 
traduisent naturellement par une solennité plus grande 
donnée à la célébration de l'anniversaire. Au lieu des 
réunions à moitié clandestines qui groupaient quelques 

isèbe, De mart. Palaest., xn : naa xe oi véoi aTaaiujbeiç Karà tujv 
Tf|ç éKK\r\o\uq \eu(mvwv biù cnroubfiç éunxavricruvTO, Kaivôrepa 
Kcnvoîç émvewxepiZovTeç. D'après lui, il s'a d'une réaction con- 

tre le culte des reliques. Rien dans le contexte ni dans la phrase ne 
ifie pareille interprétation, et les ^KK\>iaiaç X.eiiyav<t signifient 
tout autre chose que les c reliques ». 

i Un texte célèbre se rapportant à S. Grégoire le thaumaturge 
semble supposer une situati ez différent (Grégoire de Nysse, 

Laudatio Gregorii ep Ncocaesarienis, P. G. I XLVI,p 953). On remar- 
quera qu'il Ion toute vraisemblance l'h aphe 
a traité le c les id lelon la disciplim ' on temps. 
(2) l.i s: 11. ! : . '., X, I, 8 : rpi^pa bâ Xomôv n,bn, qpcnbpà kcù 
<n):. ur)oevôç v^rpouç aôxqv éiriaïadZovTOç, cpairoç oùpaviou 
poX'i ■ rV|V oÎKOUuévrjv (inuauv tgiîç éKK\n.<îiuiç toû XpiaroO 
KaTrjûfucfv. 



l'anniversaire et le tombeau. 53 

fidèles clans un espace restreint autour de la tombe du mar- 
tyr, dous voyons se former des assemblées nombreuses, 
bientôt des foules compactes. S. Basile compare la multi- 
tude accourue au tombeau de S. Gordius à un essaim 
d'abeilles '. Le jour de la commémoraison de S. Marnas, 
tout le pays d'alentour est en mouvement, et la ville 
entière se rend à la fête-. L'assemblée est si nombreuse 
que l'on se trouve à l'étroit : '. et telle est la confusion 
que l'orateur désigné renonce à se faire entendre '. 
Puis ce ne sont pas seulement les compatriotes et les 
voisins qui participent à la solennité. Le jour de S. Théo- 
dore, malgré la rigueur de la saison, on vient de partout 
visiter son sanctuaire s et le concours n'est pas moindre 
à Xole le jour de la commémoraison de S. Félix : 

Cernimus et miritos peregrino a littore vectos 
ante sacrant sanctos prostratos martyris aram \ 

L'évêque Paulin qui a reçu les pèlerins, les énumère 
dans un des poèmes qu'il composait chaque année pour 
célébrer le grand anniversaire. La Lucanie, l'Apulie, la 
Calabre, la Campanie, le Latium lui-même envoient leur 
contingent '. La petite ville de Xole rappelle alors, par 

(i) Oratio in S. Gordium. P. G. t. XXXI, p. 489. 

a Oratio in S. Mamantem, 2, P. G. t. XXXI. p. 592. Jean Chry- 
S09TOME, Expositio in psalmum CXV, 5. P. G. t. LV, p. 326 : OKÔtiei 
kcù upôç tlûv uapTÛpwv toùç rdqpouç tùç ttoXciç auvTpexoûaaç, 
toùç bnuouç àvaiTTO|advouç tlù ttôGlu. 

3 Grégoire de Nysse, Oratio in sanctos XL martyres, 1, P. G. t. 
XLY. p. 749; Jean Chrysostome, Homilia Hlin Maccubaeos, 2, P. G. 
t. L, p. 625. 

(4) Grégoire de Nysse, Oratio in sanctos XL martyres, /'. G. t. 

XLVI, p 749. 

(5 Gri GOIRE DE Nysse, Oratio in S.Thcodorum : Kivr)aaç bè ttoMohç 
iv. biacpôpuuv iraxpibujv. /'. G. t. XLVI, p. 736. 
' 'armen XXVI, v. 387-388, Hartel, p. 260. 
Carmen XIV, v. 55-78, Hartel, p. 47"4 8 - 



54 l'anniversaire et le tombeau. 

l'animation qui y règne, la grande Rome elle-même. Tel 
est le concours, dit le poète, 

credas innumeris ut maenia dilatari 

hospitibus. Sic, Xola. adsurgis imagine Romae '. 

Rome, dont la majesté attirait les voyageurs de toutes 
les parties de l'empire,offre un attrait de plus depuis qu'on 
y tête les solennités des martyrs. Le jour de S. Hippolyte 
Prudence y voyait le même défilé qui charmait les yeux de 
Paulin à Noie 2 et ce même Paulin faisait tous les ans le 
voyage de Rome pour assister à la fête des apôtres \ Le 
branle est donné aux grands pèlerinages. 

La solennité de ces belles réunions était en rapport 
avec l'affluence, et rien n'était négligé pour leur donner 
de l'éclat. Le sanctuaire était orné de tentures et brillam- 
ment illuminé '. On conviait à la fête les évêques 
voisins ' et un orateur en renom prenait la parole. C'est 
là que s'est formée cette littérature des panégyriques dont 
S. Grégoire deNazianze, S. Basile, S. Grégoire de Xysse, 
S. Jean Chrysostome, pour ne parler que des plus célèbres, 
ont laissé de si beaux modèles. Ces discours respirent 
l'enthousiasme le plus pur, souvent le plus exubérant, et 

i Carmen XIV, V. 8.4-85, I Iak 1 EL, p. 49. 

hanottf XI, v. 195-210, Dri ssel, p. 450. 
20, 2, Hartel, p. 144. Autres textes dans l'index d< 
[] [g v. apostolorum sollentnilas. 
il Rappelon la descripl Paulin de Nol 1 propo d'une 

XIV, 98-103, 1 1 \k 1 el, p. 49 : 
lurea nunc niveis ornantur limina velis, 
clara coronantur densis altaria lichnis, 
lit))ii)iti ceratis adolentur odora papyris 

diequt muant; sir nox splcndorc dici 
fulgct - inluitris hon 

■ innumeris lucem geminata lucemis 

Basile 95, 176, 252. 282, /' G., t, XXXII, pp. 
489, \o, 1017. 



l'anniversaire et le tombeau. 55 

l'on peut dire sans exagération que les Pères ont épuisé 
les formules de la louange à exalter les martyrs et à célé- 
brer leurs triomphes '. 

On conçoit que le besoin se fit bientôt sentir d'élargir 
les lieux de réunion, de les mettre en harmonie avec les 
splendeurs du culte ou du moins de les adapter aux exigen- 
ces nouvelles. Jusque là on se donnait rendez-vous dans 
les cimetières souterrains ou à ciel ouvert, suivant les 
localités, et l'on se groupait autour de la tombe du martyr. 
Commença-t-on, dès avant le triomphe de l'église, à élar- 
gir les cryptes dans les hypogées, pour faciliter l'accès des 
tombes saintes et rendre possibles les réunions ? Con- 
struisit-on au dessus du sol autour des tombeaux de mar- 
tyrs, des édicules ou des chapelles pouvant contenir une 
partie de l'assistance ? Il est certain que, sans attendre la 
fin des persécutions, les chrétiens aménagèrent des lieux de 
prière -, et qu'Busèbese sert du même mot Trpoo"euKTr)piov 
pour désigner ces églises et les oratoires qui s'élevèrent 
aux premiers jours de la liberté, sur la sépulture des mar- 



(i) Voici un exemple de S. Jean Chkysostome, Laudatio S. Drosidis, 
2 : uapxùpuuv yùp 6dv«xoç inaxwv éaxi TrapdK\r|aiç, éKxXriauîJv uap- 
pnena, xP»OTt«viaiaoû aûaxamç, OavdTou KuxriXuaiç, àvaaxdaeuuç àirô- 
beiEiç, bcnuôvuiv f^Xiuç, biapô\ou Kaxo'fopia, qpi\oaoqpiaç bibaaKa- 
\ii(, TTUpaîveaiç xô.ç mreponnaç xiûv Trapôv-rujv TTpa-fudxuuv kgù xn.ç 
xuiv ueMovxuiv éinGuuiaç ôbôç, TrapauuOia xiûv Kaxexôvxuuv f|uâç 
beivwv xai ÛTrouovn,ç Trpôrparnç, Kapxepiaç depopur], xai Trdvxuuv xwv 
à-fuBihv ^)ila K«i nr\fr\ xui un,xn,p ' kuî eî Poû\ea9e xoûxuuv ëxaa- 
tov dirobeiEouev xod époûuev ttiûç èar\ maxâiv TTapdx\n,aiç, éxx\n,- 
aiujv TTappriaia, dvaaxdaeiuç dirôbeitiç xai xà \onrà diravxa direp 
eÎTrovvOv. P. G. t. L., p. 6S5. 

Les principaux textes dans Lommatzsch, Origenis opéra, t. XX 

roiini, 1*46', p. 368-71; J P. Kirsch, Die christlichen Cultusgo- 

biiudc in der vorkonstantinischen Zeit, Festsc mai r zum blfhundert- 

fàHFiGEN JuBiLàuM dfs deutschen Campo Santo in Rom (Freiburg im 

B., 1897 1. p 6-ai 



l'anniversaire et le tombeau. 

tyrs de Palestine l . Mais ni les textes ni les monuments 
n'ont fourni jusqu'ici la preuve certaine de l'existence 
d'un « martyrium » avant la période Constantinienne 2 . 

A partir de ce moment, on voit, sur tous les points du 
monde romain, les basiliques sortir de terre 3 . On a 
presque partout constaté les mêmes phases du dévelop- 
pement qui aboutit à ces édifices grandioses. La sépulture 
du martyr est abritée d'abord clans un oratoire de dimen- 
sions restreintes, que l'on commence par agrandir autant 
que le permet la condition du sol, et lorsque la chapelle 
transformée ne répond plus aux besoins, on construit, à 
coté du monument primitif et en communication avec lui, 
une basilique plus considérable, en évitant de toucher au 
tombeau *. 

De nos jours lorsqu'il s'agit de pourvoir aux nécessités 
créées par une grande affluence on bâtit une église nou- 
velle sur un terrain convenablement choisi, et s'il y a 



(i) Hist. eccl., VIII, i, 5, Eusèbe rappelle rdç xe émannouç <^v T0Î Ç 
-rrpooeuKTnpioiç auvbpcnidç, et dans la seconde rédaction du livre 
De martyribus Palat parle des corps des martyrs vaiùv oikoiç 

TT<-piK</\\é0iv diroxeeévTa iv lepoîç T€ TrpoaeuKTnpîoiç etç à\naTov 
iav»ÏLir|v tûj toû 0eoO \aw irapaoebouéva. Schwartz, p 945. 

2 ! S'e Hilari tés, d'api '• onti, pai De Rosm, 

1 sotUrranea, t. I.p 210 manquent d'autorité, a les Acta Saturnini 

,| ( , n t ri dans le Bullettino di archeologia cristiaita, 1878, p. 1- . 

ûre. 
le questions secondaires que nou ouvons aborder 

,, des ■ péciaux dans lesquels on trou' 

i i a bibl ets. J. P. Kirsch, DU christlichen 

lltei mm, Koln, 1893 : I >. Stiefenhofer, Die Ge- ^ 
■ ■ l . Mùnchen 1909 : Fr. 

Wii 1 \m,. ' Con/essio, Miinchen, ig bnt- 

II, ;- ■ KlRCHBNHISTOl i • SEMINAR MÙNCHEN, 

II- i ;i: ni Rcihe, ; Wibi ind, Altar und Altargrab der christ- 

1. < ihrhundnt. L< ipzig, 1012. 

voir De R( ssi, Rotna t. I, p. 212 ; 

i | Bullettino, 1878, p. 1 ;•< ; 1881, p. m. 



l'anniversaire ET le tombeau. 57 

lieu, on y transporte les reliques. Dans l'antiquité, en 
Occident surtout, on n'agissait généralement pas de la 
sorte. On veillait avant tout à ce que le tombeau fût res 
pecté et son emplacement réglait toute la disposition et 
parfois le niveau même de l'édifice. Souvent le terrain 
subissait à cette occasion de notables remaniements, et à 
Rome, par exemple il est aisé de reconnaître les endroits 
où la colline a été entamée pour ménager la place néces- 
saire à la construction des basiliques de S. Pierre, de 
S. Paul, de S. Laurent, de S te Agnès, de S. Alexandre. 
Plutôt que de porter, selon les idées primitives, une main 
sacrilège sur les reliques du saint, on sacrifiait la régula- 
rité de l'édifice, et il se passait des siècles avant qu'on se 
crût en droit d'y remédier, comme ce fut le cas de la célè- 
bre basilique de S. Pancrace sur la voie Aurélienne. Le 
corps du martyr était placé obliquement par rapport à 
l'axe de l'église : ex obliquo aulae lacebat '. 11 fallut attendre 
le pontificat d'Honorius pour modifier cette disposition. Il 
en fut de même de la basilique de S. Apollinaire in Classe. 
L'architecte de 549 la conçut de telle façon que le sarco- 
phage du saint se trouvait non point devant l'abside mais 
dans une des nets latérales. Une inscription qui se trouve 
encore en place indique l'endroit exact et commémore le 
transfert qui date de l'épiscopat de Maurus (642-671)^ non 
pas. comme elle le dit. du temps de Maximien. In hoc loco stetit 

(1) L'inscription qui ornait l'abside de la basilique rappelle en ces 
termes la restauration entreprise par le pape Honorius (625-638) : 
« Ob insigne meritum et singulare beati Panchratii martyris beneûcium 
basilic am vttustate confectam extra corpus martyris neglectu antiquitatis 
extructam Honorius episcopus Dei famulus abrasa vetustatis mole ruinaque 
minante a fundamentis noviter plebi Dti construxii et corpus martyris 
quoi ex obliquo aulae iacebat altan insignibus ornato metalHs loco proprio 
collocavit. ■» De Rossi, Inscriptions christianae L'rbis Romae, t. II, 
p 24, n. 28 ; p. 156. n. 5. 



58 l'anniversaire et le tombeau. 

arca bcati . [polenaris sacerdotis cl confessons a tempore 
transitas sui usque diae qua per virum beatum Maximianum 
episcopum translata est et introducta in basilica '. Les cas 
où l'oratoire primitif n'a pas été démoli en vue d'un 
agrandissement, mais annexé à une basilique plus vaste 
adossée à l'abside de la première, ne sont pas très rares, et 
les archéologues en ont signalé des exemples certains 2 . 

Et ces basiliques on ne se contentait point de les faire 
spacieuses. On les voulait splendides. « Les tombeaux 
des serviteurs du crucifié, disait S. Jean Chrysostome, 
sont plus brillants que les palais des rois, non pas seule- 
ment pour la grandeur et la beauté de la construction, bien 
qu'en cela même ils les surpassent,mais ce qui vaut mieux 
par l'ardeur de ceux qui les fréquentent 3 . Il fut un temps 
où Julien, rivalisant avec Gallus, s'intéressait beaucoup à 
la magnificence des basiliques des martyrs *. 

Théodoret pouvait, en s'adressant aux païens, vanter 
avec emphase la splendeur des édifices sacrés dédiés aux 
martyrs \ C'est sans doute en parlant de ces basiliques que 
les païens se croyaient le droit de dire : « Les chrétiens 
imitent les constructions des temples et se bâtissent des 
mai ons énormes pour servir de lieux de réunion et de 



ii CIL. XI. 295. Maurus est désigné comme l'auteur de la trans- 
lation p ii us, / iber pontificales ceci. Raveun., c. 114, M. G. scr. 
Langobard., p. 35.2. De Rossi, Bullettino, 1879, p. 115-116, montre 
pourquoi il faut préférer ce témoignage à celui de l'inscription. 

12 Di Rossi, Bullettino, 1878, p. 130. 

(3) In epist. Il id 1 r. Hom. XXVI. 5, P. G. t. LXI, p. 582. 

14 ■: 11 de Nazianze, Contra lulianum, 1,24: Map-n'ipuuv Te 

|ivr|uacn iro\uT€\6(TTdToiç xui àva8n.udTWV qpiXoTiutaiç... to »pi\ô- 
aoqpov kk'i q>iAÔxpi0TOv kotcui'ivuov. P. G. t. XXXV, p. 552. 

irum affect. curatio, VIII, 62, Raeder, p. 216 : oi ht 

TlilV KaXXlVl'KIIIV liri|iTÛ|HI)V OT|K<ii Xa^lirpol KOl TTf|i|'|U( TTTdl kh\ ue-fÉ'Oei 
nirmptTTMÇ Kf/'l TTUVTOnaTTUJÇ TTfcTTOlKl\u.fcVOl KUl KfiMoUÇ à(piévT6Ç 

uapuupuruç. 



l'anniversaire et le tombeau. 59 

prière, alors que personne ne les empêche de prier chez 
eux et que le Seigneur les entend partout '. » 

Dans Macaire de Magnésie, IV. 21. Voir Harnack. Kritik des 
Neuen Testaments von einem griechischen Piulosophen des 3 Jahrhunderts, 
Texte um> Untersuchungen, t. XXXVII, 4(1911), p. 88. Il est diffi- 
cile de croire que cette phrase ait été écrite avant le triomphe de 
l'église. 



CHAPITRE III. 

DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 

Dans les premières années qui suivirent le triomphe de 
lise, le culte des martyrs s'organisa suivant les lois 
d'un développement normal et logique, sans qu'aucun élé- 
ment étranger vînt troubler le courant de la tradition. La 
ferveur et l'allégresse des fidèles, dont rien désormais ne 
retient plus l'expansion, donnent à la célébration de l'an- 
niversaire le caractère d'une fête populaire autant que 
d'une solennité religieuse ; le modeste abri du tombeau 
s'élargit en un temple magnifique, mais rien n'annonce 
encore l'abandon de la discipline primitive qui concentre 
le culte du martyr dans l'église d'origine, et l'on ne prévoit 
pas que les honneurs qui lui sont réservés puissent échoir 
un jour à ceux qui n'ont pas un droit incontesté à ce titre 
incommunicable. Mus le temps est proche où la gloire du 
martyr franchira partout les étroites frontières qui l'enser- 
raient d'abord, et le martyrologe va s'ouvrir à des noms 
qu'il avait jusque là absolument exclus. 

Parmi les pratiqués nouvelles que l'on voit s'introduire 
et dont la portée ne saute pas immédiatement aux yeux, il 
en est une qu'il faut étudier d'abord, et dont l'influence 
fut décisive sur les développements ultérieurs. Nous avons 
dit la protection efficace dont la loi romaine entourait les 
tombeaux et le souverain respect que son observation 



DÉVELOPPEMENTS PL CULTE DES MARTYRS. 



61 



assurait aux corps des martyrs. Défense de troubler le 
repos d'un mort ne fût-ce qu'en déplaçant son sarcophage, 
défense surtout de porter sur ses restes une main sacri- 
lège l . Une fois donc que le tombeau s'était refermé sur le 
corps du martyr, il ne devait plus y avoir nul danger de 
profanation d'aucune sorte, et les fatales erreurs qu'en- 
traînent les déplacements de cadavres, se trouvaient radi- 
calement conjurées. Ce ne fut pas impunément, on le con- 
çoit, qu'on s'affranchit des précautions salutaires que le 
respect, à défaut de la loi, aurait dû imposer, et il est facile 
de comprendre, sans qu'il soit nécessaire d'y insister, ce 
que le culte des martyrs perdit en grandeur et en austère 
simplicité du jour où commencèrent les translations et, en 
même temps, la pratique de la division des reliques. 

En Occident, à Rome du moins, l'usage antique fut 
longtemps gardé, et nulle part les reliques des saints ne 
furent mieux honorées ni mieux à l'abri de toute dévotion 
indiscrète. Il faut rappeler ici un texte classique, qui au 
seuil du VII e siècle, rend témoignage à la tradition primi- 
tive et constitue un effort pour la maintenir intacte. 

L'impératrice Constantine, femme de l'empereur Mau- 
rice, avait demandé au pape S. Grégoire, pour être déposé 
dans la nouvelle église du palais, dédiée à S. Paul, le chef 
de l'apôtre, ou quelque partie de son corps : caput eiusdem 
sancti Pauli mit aliud quid de corpore ipsius. S. Grégoire 
s'excuse de ne pouvoir accéder à ce désir ; il ne le peut 
ni ne l'ose. Des exemples récents montrent à quels dan- 
gers terribles s'exposent ceux qui troubleraient les restes 



H Le sujet a été souvent traité. Voir outre les" ouvrages indiqués 
plus haut. p. 35, le commentaire de Godefroid sur Cod. Tlieodos., 1. IX. 
tit. xvii ; C. Ferrini, Deiv.rc sepulcrorum apnd Komanos, dans Archi- 
vio giuridico, t. XXX 'Pisa, 18831, p. 447-80 ; Wamser, De itire sepul- 
chrali Romanorum, Darmstadt, 1887. 



62 DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 

sacres des apôtres ou des saints martyrs. Il rappelle 
notamment que le tombeau de S. Laurent ayant été ouvert 
par mégarde, tous ceux qui avaient jeté les yeux sur le 
saint corps, même sans avoir eu la témérité d'y porter la 
main, étaient morts dans les dix jours. Et il ajoute : 
Cognoscat autem tranquillissima domina, quia Romanis con- 
suetudo non est, quando sanctorum reliquias dant, ut 
quicquam tangere praesumant de corpore. Sed tantummodo 
tu hu.xidc brandeum mittitur atque ad sacratissima corpora 
sanctorum ponitur. Quod levatum, in ecclesta, quae est dedi- 
canda, débita cum veneratione reconditur, et tantae per hoc 
ibidem virtutes fiunt, ac si illic specialiter eorum corpora defe- 
rantur. Unde contigit, ut beatae recordationis Leonis papae 
tempore, sicut a maioribus iraditur, dum quidam graeci de 
talibus reliquiis dubitarent, praedictus pontifex hoc ipsum bran- 
deum allatis forficibus incidit, et ex ipsa incisione sanguis 
effluxit ' . 

La discipline romaine, à la fin du sixième siècle (an. 594), 
est solennellement affirmée ici, et le pape, selon le goût de 
l'époque, en démontre l'excellence, en citant, à l'appui, 
des faits miraculeux Néanmoins, on a essayé de révoquer 
en doute l'exactitude d'une assertion aussi absolue, en se 
reportant à d'autres lettres de S. Grégoire où il annonce 
des envois de reliques. Il n'y a là aucune contradiction, 
car rien n'indique qu'il ne s'agît point de reliques représen- 
tatives et qu'on ait dérogé, en ces circonstances, à la 
consuctudo romain! . 

h Gi êgoire I. Régis tr. IV. 30, Ewald-Hartmann, 1. 1, p. .364-65. 
a An . * t istr. IX, 49, à Paul évêque de Rieti, qui avail deman- 
des bienheureux martyrs Hernv . Hyacinthe et 
me, il 1 n envoyant des sanctuaria praedictorum martyrum, 

Hartmann, t. II, p. 7'. : Reg, IX, 183, à Constantius évêque de Milan, 
qui desirait des relii l'apôtre S. Paul et des bienheureux Jean 

et Pancrace, il envoya également des sanctuaria, iisid., t. II, p. 176. 



DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 63 

Cette coutume a, d'ailleurs, des attestations plus an- 
ciennes et tout aussi formelles. Les légats du pape Hor- 
misdas, en 519, font rapport sur une requête de Justinien 
à L'effet d'obtenir des reliques des saints apôtres et de 
S. Laurent pour la basilique dont il avait entrepris la 
construction. L'empereur entendait, suivant l'usage grec, 
des reliques réelles. Les légats lui opposèrent la pratique 
romaine : Habuit quidem petitio praedicti viri secundum 
morem graccorum ; et nos contra consuetudinem sedis aposto- 
licae exposuimus '. Justinien n'insista point, et se contenta 
des sanctuaria que le pape lui fit parvenir -. 

Ce double échange de vues souligne très nettement 
l'opposition entre les traditions de l'église occidentale et 
celles de l'église grecque. A Rome les corps saints con- 
tinuent à bénéficier de l'inviolabilité absolue sanctionnée 
par la loi ; les tombeaux demeurent intacts et l'on ne se 
permet jamais de prélever la moindre parcelle sur les 
reliques des martyrs : mais on distribue, pour en tenir 
lieu, des linges ou des étoffes sanctifiées par un contact 
plus ou moins immédiat du tombeau. Ce sont les brancha, 
pallwla, sanctuaria dont il est si souvent fait mention dans 
les anciens documents de provenance romaine, et l'on a, 
pour ces reliques représentatives le même respect que pour 
le corps saint lui-même. Le secret de cette substitution 
s'explique, à l'origine, par un des sentiments les plus pro- 
fondément enracinés dans la nature humaine. La religion 
du souvenir se ravive également en présence des objets qui 



Ailleurs, Reg. III, 19. en vue de la consécration de l'église située à 
Rome iuxta domum merulanam regione teriia, il demande lui-même des 
reliques de S. Séverin. Ibid., t. I, p. 177. 

ii Hormisdae Epist. 77. Thiel, Bpistulae pontificum romanorum, 

73-S75- 
(2) Thiel, t. c, p. S87. 



64 DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 

ont été en contact avec la personne aimée et qui ont 
gardé, pour ainsi dire, quelque chose d'elle-même. Ajou- 
tons que les livres saints eux-mêmes, où est rappelée la 
vertu des linges et des ceintures qui avaient touché le 
corps de S. Paul ', semblaient donner à ces idées la san- 
ction de leur autorité. 

Pourtant les Grecs ne se contentaient point de la fiction 
des brandea. Lorsqu'ils demandaient des reliques, ils pré- 
tendaient qu'on leur donnât des corps entiers ou quelque 
partie qu'on en détachait. La discipline qui s'étahlit chez 
eux montre qu'ils ne comprenaient point à la façon des 
occidentaux le respect dû aux morts, et que la rigueur de 
la loi romaine ne répondait guère à leurs idées. C'est chez 
les Grecs que naquit l'usage de la translation et de la divi- 
sion des reliques. 

Les circonstances historiques et le milieu expliquent 
assez bien ce contraste entre l'Occident et l'Orient. Les 
lois municipales n'étaient pas, sur le régime des sépul- 
tures, aussi rigoureuses que la législation romaine, et il 
était d'autant plus difficile d'exiger l'application de celle-ci 
dans les provinces éloignées, que le collège des pontifes 
avait à intervenir clans les cas de translation de cadavres. 
Le magistrat consciencieux et timoré qu'était Pline le 
jeune avait cru devoir attirer sur ce point l'attention de 
l'empereur. « Quelques-uns me demandent, écrit-il à Tra- 
jan, l'autorisation de déplacer les restes des leurs, parce que 
les tombeaux tombent en ruines ou ont souffert des inon- 
dations, et ils allèguent des précédents posés par d'autres 
proconsuls. Comme je sais qu'à Rome on s'adresse pour 
cet objet au collège des pontifes, j'ai cru devoir vous con- 
sul ter, vous qui êtes grand pontife, sur la conduite à tenir-'.» 

11 Ad. XIX, 12. 

a) Pline, Epist. X, 68. 



DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 65 

Voici la réponse impériale : c II est dur d'imposer aux 
provinciaux l'obligation d'en référer aux pontifes, dans le 
cas où de justes raisons exigent le transfert. Suivez donc 
l'exemple de vos prédécesseurs, et accordez ou refuse/ 
l'autorisation selon les circonstances '. » Le bon sens 
exigeait d'ailleurs que l'on tînt compte des usages locaux, 
et ce n'est pas seulement en Bithynie que s'observait la 
règle énoncée par Trajan lui-même : Ici ergo quod semper 
tutissimum est, sequendatn cuiusquc civitatis legem piito '-'. Il 
faut croire que la condescendance des magistrats engendra 
des abus, car les empereurs furent plus d'une fois obligés 
de légiférer sur la matière. 

La première en date des translations de reliques dont il 
soit fait mention dans les historiens est celle de S. Baby- 
las. Gallus, créé césar (351-354) par Constance, s'était 
fixé à Antioche. Dans une pensée de zèle, il essaya d'as- 
sainir moralement le bourg de Daphné, qui était une 
sorte de mauvais lieu, en y bâtissant une église, dans 
laquelle il lit transporter le corps de S. Babylas \ La pré- 
sence du martyr imposa silence à l'oracle de Daphné. On ne 
sait si cette translation se tit avec pompe. Toujours esl-il 
que l'histoire en a gardé à peine le souvenir, sans doute 
parce que la cérémonie se lit dans des conditions assez par- 
ticulières. Il ne s'agissait pas ici d'un corps saint enlevé 
à quelque église lointaine, comme ce fut le plus souvent le 
cas plus tard, notamment pour les transports qui se tirent 
au profit de la nouvelle capitale de l'empire fondée par 

1 Pi.ise, Epist. X, 69. 

.- Pline. Epist. X, 113. Cf. 66, 84, 109. 

131 Sozomène, Hist. eccl., V,ig : ueTéenxev eiç Aci(pvnv xf\v kdpvaKU. 
toû Bccpû\a toO uapfupoç. Cf. Grégoire de Nàzianze, Contra 
lulianum, I. .25, P. G. t. XXXV, p. 552 

Cuit. Mart. 5 



lé 



66 DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 

Constantin. Ces translations sont communément regar- 
dées comme les premières d'une longue série. Voici en 
quelles circonstances elles eurent lieu. 

L'ancienne Rome dépassait toutes les autres villes de 
l'empire par la richesse de son trésor de reliques. La nou- 
velle Rome, chrétienne dès son berceau, en était dépour- 
vue ou peu s'en faut. Son fondateur semble n'avoir pas 
songé au moyen de la doter de corps saints en dépossédant 
d'autres villes. Dans l'église des Apôtres qu'il fit con- 
struire, il se contenta d'ériger des cénotaphes '. Ce n'était 
point là une nouveauté ; les romains avaient souvent 
recours à ce simulacre du tombeau -. Constance ne vou- 
lut point s'en contenter, et il passe pour avoir inauguré 
une pratique qui, en Orient d'abord, plus tard en Occident 
ne trouva que trop d'imitateurs. En 356 furent solennel- 
lement transférées à Constantinople les reliques de S. 
Timothée, l'année suivante celles de S. André et de S.Luc, 
obtenues, à ce qu'on prétend, par l'entremise du préfet 
d'Alexandrie, Artémius 3 . 

Paulin de Noie, qui attribue l'initiative de cette transla- 
tion à Constantin et non pas à Constance ', la regardait, 
ce qui était assez logique, comme la première qui ait eu 
lieu dans le monde chrétien. 

Natn quia non totum pariier diffusa per orbent 
prima fides icral, multis regionibus orbis 

1 Ei feBE, Vita Constantin*, IV, 6o f 3, Heikel, p. 143. 
1 V*( ii !.. Cuq, dans Daremberg i 1 Saolio, Dictionnaire des anti- 
quité i l. 1 596. 

| liez A. He . Grabeskirche 

und .11 : 108), p. lia. 

XIX, jai, 329, Hartei . p. 129. Il y a d'auti 
on, Voii la note de Rosweyde, dans /'. L. 
t. LXI, 1. 325- 



DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 67 

martyres a/itérant, et ob hoc, puto, munere magno 
id piacitum Christo nunc inspirante potentes, 
ut Constantino primum sub Caesare factum est, 
nuncfaniulis retegente suis, ut sede priori 
martyr as accitos transferrent in nova terrae 
hospitia '. 

Constantinople ne tarda pas à recevoir d'autres reliques. 
On déployait, pour les recevoir, une pompe vraiment 
royale, et la ville entière se mettait en mouvement. S.Jean 
Chrysostome décrit la réception faite aux reliques d'un 
martyr du Pont, que l'on croit être S. Phocas -. L'empe- 
reur lui-même y prend part, et un cortège naval, brillant 
de lumières, doit conduire la précieuse dépouille au lieu 
destiné à la recevoir. Nous n'avons que des données fort 
vagues sur la translation des martyrs Egyptiens que célè- 
bre également S. Jeun Chrysostome 3 . Sous Théodore 
(379-395) fut transporté à Constantinople, dans l'église 
bâtie par Macédonius, le corps de S.Paul, l'évêque confes- 
seur, mort en exil à Cucuse *. Ce fut un retour triom- 
phal' 1 . On signale, sous le même règne, l'arrivée dans la 
capitale des reliques des martyrs Terentius et Africanus, 
déposées, sur l'ordre de l'empereur, dans le sanctuaire de 
S 1 "- Euphémie èv Tfj TTerpa fi et celle du chef de S.Jean 
Baptiste, que Théodose porte de ses propres mains et 

(1) Carmen XIX. 317-324, Hartel, p. 129. 

P. G. t. L, p. 799 : uciprupa TroinreùovTa ùttô TTôvtou. Le nom 
de S. Phocas n'est mentionné que clans le titre de l'homélie. 
(31 P. G. t. L, p. 693-98. 

141 Socrate. Hist. eccl., Y. 9; Sozomène, Hist. eccl., VII, 10. 
51 Vita l'iuli. BHG-. 1472 : Kai àTravrâicn tlûv éiricïKÔiTUJv tfùv aÙTiû 
NeKTapfuj irpà ttoWoû Tn.ç Xa\Kn.bôvoç ôaoi Trapf|crav, Kai liera 
TTo\\f|ç ûuvo\oTÎaç Kai xn,ç u\\n.Ç bopurpopiaç ÛTTobéxovTai. 

Théodore le Lecteur, II. 62. /'. G. t. LXXXVI, p. 213. La date 
est le 10 des calendes d'octobre. 



68 DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 

dépose dans l'église de l'Hebdomon qu'il a fait construire '. 
Sous Arcadius (f 408) eut lieu la translation des reliques 
du prophète Samuel, de Judée dans le sanctuaire qui lui 
fut dédié dans la capitale 2 . Ce fut, S. Jérôme nous le dit, 
une solennité des plus brillantes. Les sacrés restes enve- 
loppés dans l'or et la soie furent portés par des évêques. 
Les fidèles, accourus en grand nombre sur tout le par- 
cours, manifestèrent autant de joie que s'ils eussent vu le 
prophète en personne. Telle était la foule, dit S. Jérôme en 
son langage hyperbolique, qu'elle s'échelonnait sans 
interruption depuis la Palestine jusqu'à Chalcédoine ■". 

On note sous Théodose le jeune (4.08-450) l'arrivée des 
reliques des saints Etienne, Laurent et Agnès ( , de même 
le transfert du corps de S.Jean Chrysostome, ramenées 
en 438 de Comane s avec la même pompe que les reliques 
des grands martyrs ,; . Le règne de Léon I (f 474) fut 
signalé par la translation des reliques de S te Anastasie, 
que l'on vénéra désormais dans le martyrium du portique 
de Domninus 7 . 

On peut affirmer avec certitude que beaucoup d'autres 
reliques furent apportées à Constantinople vers la tin du 
quatrième, et surtout dans le courant du cinquième siècle. 

(I) SOZOMÈNE, Httl. ceci., VII, 21. 

(21 S. Jérôme, Contra Vigilantium, 5, P. L. t. XXIII, p. 343 : Sacri- 

liions dicendus est et nunc Augustus Arcadius qui ussa beat! Samuclis 

<> post temporede ludaea transtulit in Tltraciam. Théodore i,e Lec- 

teur, II, 63, P. O. 1. LXXXVI, p. 213 ; Chronicon Paschale, adann.406, 

411, i < 57°-7 l - 

< ontra Vigilantium, 5, P. !.. t. XXIII, p. 343. 
1 } 1 : le Lecteur, II. 64, P. G. t. LXXXVI, p. 213. 

I51 ,.,/., VII, 45 : Théodoret, Hist. ceci., V, 36. 

ULiNici /'<• Vita llvpatii liber Lipsiae, 1898), p. 24 : Kcd 
1 Tr\eiw éth fô \d<nuvov ctùfoû, ibç twv ^r<i\wv xai drfiwv 
u<(|>TÛpujv 6 eùa^éaTUToç fSaai\eùç 0eoh6moç ^exà uo\\?|ç bôEriç 
àv6Ka\ëaaTd. 

7 1 ,, ■ dore le Lec 1 bur, 11,65, /J - (r - '■ LXXXVI, p. 216. 



DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 69 

Ainsi, il est fait mention, dans Sozomène, des reliques de 
S. Thyrse '. sans que l'on sache quand ni comment elles 
sont arrivées .'ans la capitale ; et dans les documents pos- 
térieurs il est fréquemment question de corps saints 
qu'elle possédait de date immémoriale '-'. 

Quoique fort bien pourvue de sanctuaires et de corps de \ 
martyrs, Antiochç s'enrichit également par des transla- 
tions. Il est difficile de se prononcer sur la réalité de celle 
des reliques de S.Ignace, venues de Rome, et sur l'époque 
où elle aurait eu lieu 3 . S. Jérôme, qui semble n'avoir pris 
ce détail chez aucun auteur, et qui avait visité Antioche, 
écrivait en 392 : reiiquiae corporis eius in Anhochia weent 
extra portani Daphmticam incimiterio 1 . Dans son panégy- 
rique de S. Ignace, prononcé à Antioche (386-397), S. Jean 
Chrvsostome célèbre la rentrée triomphale du martyr 
dans sa ville épiscopale et les honneurs qui lui furent ren- 
dus dans les villes du parcours : '. L'orateur s'inspire des 
spectacles du même genre que l'on voyait depuis quelques 
années dans différents centres de l'empire d'Orient. Il est 
bien évident que les restes du saint martyr ne furent pas 
accueillis de la sorte en pleine persécution. Nous sommes 
mieux renseignés sur un autre déplacement de ses reli- 
ques. Durant la première moitié du V e siècle, sous Théo- 
dose II, elles furent amenées en ville, et déposées dans 
l'ancien temple de la Fortune, transformé en basilique n . 

Le martyr S. liabylas fut plus d'une fois aussi troublé 

1 Sozomène. Ilist. ceci.. IX, 2, 6, 7. 

12) Voir Dtcange. Constanthtopolis christiana, sous la rubrique 
(icdcs martyribus dicatae,ei le Synaxarium ecclesiae Constantinopolitanae, 
pas si m. 

,3 Voir Ligh'itoot. The apostolic Faihers, t. II, 2. part. I. p. 429-430. 

I4 Pu viris illustribus, xvi, Bernouim.î. p. 19; cf. p. 248. 

5 BHG*. 816. 

(61 Evagrids, Ilist. ceci., I, 16, Bidez-Parmentier, p. 25-26. 



7<D DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 

dans son repos. Une première fois, on l'a vu, Gallus le lit 
transporter à Daphné '. Une dizaine d'années plus tard, 
en 362, l'empereur Julien voulut se débarrasser d'une con- 
currence qui ruinait le culte d'Apollon, et il ordonna que 
le saint corps fût éloigné. Toute la population chrétienne 
d'Antioche se porta à Daphnc pour taire cortège aux reli- 
ques. Elles lurent placées sur un char et ramenées, au 
milieu du chant des psaumes, à la sépulture primitive du 
martyr. Vue nouvelle translation eut lieu lorsque l'évêque 
Mélèce (f 381) lui eut élevé une basilique au delà de 
l'Oronte ; il devait plus tard y reposer lui-même ■. 

Mélèce était mort à Constantinople. Le retour de ses 
cendres dans sa ville épiscopale prit également les pro- 
portions d'une entrée triomphale. Par ordre de l'empereur 
et contrairement à la coutume des Romains, le corps fut 
partout reçu dans l'enceinte des villes,escortéparle peuple 
au chant des psaumes. Il fut déposé à côté de S. Baby- 
las r ' et c'est devant le tombeau que S. Jean Chrysostome 
prononça son panégyrique *. 

En 459 toute la ville est en émoi à l'approche des reli- 
ques de S. Syméon stylite ''. Un peu plus tard, vers 482, 
Antioche reçoit de nouveau un de ses saints évêques, à qui 
S. Jean Chrysostome donnait le titre de martyr 6 , 
ramené de Trajanopolis en Thrace. où il ''tait mort. Ce 
fut. comme toujours, au milieu d'un immense concours de 
peuph 

1 Plus h. ml. p. 65. 

1)1 I : ' III, p. 406-407. 

\ 1 1 . //.- V, 9 1 ■ . Ht : . et ■ '-. VII, 10. 

I i 

[3, Lll I ■' • "H, 253. 

Hep Ivtiocheni, BHG*. 644. 

1 ; rEi . II. 1, /'. G. t. LXXXVI, p. 184. Sur le 
lieu d'exil I 1 ■ . Bos< un s. Ait. SS. iul. I. IV. p. 136. 



DEVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 71 

D'autres villes de l'empire d'Orient furent témoins de 
pareilles solennités Nous ne sommes pas toujours égale- 
ment bien renseignés sur les circonstances de ces trans- 
lations, et parfois les chroniqueurs ne les signalent que 
d'un mot Mais un peu partout dans les pays grecs les 
corps suints sont dans un état d'instabilité qui contraste 
péniblement avec la rigoureuse immobilité que leur garan- 
tit la coutume d'Occident. Le 22 août 394, d'après la 
Chronique d'Edesse, eut lieu la translation du sarcophage 
de S. Thomas dans sa grande basilique ; elle n'indique 
point d'où elles étaient venues 'auparavant '. On signale 
en 396 la translation à Alexandrie des reliques de S. Jean 
Baptiste - et ce n'est hélas ! pas la dernière fois que nous 
entendrons parler des restes du Précurseur. S. Basile 
reçoit à Césarée le corps de S. Sabas le Goth, martyrisé 
en 372 3 et il promet à l'évèque Arcadius de lui envover 
des reliques s'il réussit à en trouver 4 . Lorsque la ville 
de Xisibe tombe aux mains des Perses, les habitants se 
retirent emportant le corps de S. Jacques, toû Trpojudxou 
tô 0"w|ua ". Dans les premières années de son épiscopat, 
S. Cyrille d'Alexandrie dépose dans l'église des Evangé- 
listes à Menuthi, près de Canope, les restes des SS. Cyr 
et Jean G . 

Si encore la piété des Cirées avait pu s'arrêter sur cette 
pente dangereuse et se contenter de porter le martyr, 
intact dans son cercueil, à l'endroit où il était assuré de 



1 L. Hallier, L'iitcrsucliun^oi iiber die Edcsscnischc ( Jironik, 
dans Texte dnd Untersuchungen, ;. IX [Leipzig, 1893), p. 103, 
2) De Boor, Theophanis chronoçraphia, t. I, p. 75. 
13) Basu f., F.pist. 164, 165, /'. G. t. XXXII, p. 633-640. 

4 Epist 49. t. c. p. 385. 

5 Theodoret, llist. relig., 1, Schulze, p. 1119. 
(6) Voir Analecta Bolland. t. XXX, p. 448-5" 



72 DEVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 

recevoir les hommages des fidèles Mais on s'enhardit 
davantage, et l'on n'hésita pas à porter la main sur ces 
tes sacrés, à en distraire des parties plus ou moins 
notables, parfois à les dissiper complètement. La division 
des reliques, conséquence inévitable d'une discipline moins 
rigoureuse, ne tarda pas à s'introduire comme pratique 
courante, et contribua, plus que toute autre, à faire de la 
relique comme l'objet d'un culte distinct, à entretenir de 
pieuses convoitises qui devaient souvent dégénérer en 
passion désordonnée 

Durant la période primitive, nous ne rencontrons qu'un 
petit nombre de laits isolés préludant en quelque manière 
aux manifestations qui devinrent plus tard la règle. Cer- 
tains d'entre eux d'ailleurs n'ont qu'un rapport indirect 
avec le culte des reliques, et sont de la catégorie de ceux 
qu'inspire dans tous milieux le respect d'une chère mé- 
moire. A supposer que la chaire de S. Jacques, conservée à 
[érusalem, fût authentique et que l'on eût commencé à la 
montre!' à une époque aussi reculée qu'Eusèbe semble le 
dire ', elle était une relique au même titre que tel objet 
axant appartenu à Napoléon et non moins religieusement 
conservé. Lorsque Saturus, dans l'amphithéâtre de 
Carthage, trempa l'anneau dans son sang et le remit au 
soblat Pudens, il voulait lui laisser un souvenir et non une 
reliqui 

Mais c'est bien la piété envers le martyr qui faisait 
désirera un des gardiens de S. Cyprien de posséder ses 
habits mouillés de sueur : videlicet nihil aliud in rébus oblatis 
ambiebat quant ut proficiscentis ad Deum martyris sudores iam 
su;: s possideret '. Ht ("est peut-être aussi pour les 

/.. VII, 19. 
Perpttuae, xxi, 5. 
31 Vila Cypriani, 16, Haï- 1 fi . j . < vin. 



DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 73 

retirer ensuite anosés de son sang que les fidèles jetè- 
rent des linges devant Cyprien, au lieu du supplice 1 . 
Xmis savons que la fameuse Lucilla, dont le nom est 
impliqué dans les premières querelles donatistes, possé- 
dait, ou croyait possède!', un os d'un martyr, et qu'elle le 
couvrait de ses baisers avant de recevoir l'eucharistie *. 

C'est dans le document connu sous le nom de Tes- 
tament des Quarante Martyrs que nous trouvons l'in- 
dice le plus clair de l'existence d'un abus qui devait 
être déjà fort répandu, puisque les condamnés deman- 
dent à être ensevelis ensemble et supplient les fidèles de 
ne s'approprier aucune parcelle de leurs restes 3 . On ne 
tint guère compte de leurs dernières volontés si solennel- 
lement exprimées. C'est précisément à propos des reliques 
des Quarante Martyrs que nous voyons le plus résolument 
pratiqué l'usage de la division et de la distribution des 
reliques, et que les idées en cours sont énoncées avec le 
plus de netteté. 

S. Basile raconte que les saints martyrs, respirant 
encore, furent livrés aux flammes, et leurs cendres jetées 
dans le fleuve. Il n'ajoute pas que ces restes sacrés furent 
pieusement recueillis par les fidèles. Mais il faut le con- 
clure de ce qui suit : « Les voilà qui occupent notre con- 
trée, et semblables à des tours puissantes nous défendent 
contre les attaques de l'ennemi ; ils ne se renferment pas 
en une seule place, mais beaucoup d'endroits leur offrent 
l'hospitalité et ils sont un honneur pour beaucoup de loca- 
lités *. » 



(i) Acta proconsul aria, 5. Hartel, p. CXIII. 
2 Optai 1 MlLEVlTANl lib. I, 16, Ziwsa, p. 18. 

(3) N. Bonwetsch. Das Testament der vierzig Martyrer. Si UDIBN zvr 
Geschichte der Théologie und Kirche, 1. 1 (1S97), p. 76. 
. Honiilia ht sanctos XL martyres, 8, P. G. t. XXXI, p. 521. 



74 DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 

vS. Ciré--. urc de Nysse parle plus clairement encore. 

Leurs cendres, dit-il, et tout ce que le feu a respecté a 
été partagé, et le monde entier, pour ainsi dire, participe 
aux bénédictions de ce trésor sacré. Moi-même j'en pos- 
sède une part et j'ai placé les corps de mes parents près 
des reliques de ces soldats '. » Et il raconte la première 
fête célébrée avec sa famille en l'honneur de la glorieuse 
troupe à l'occasion de la déposition des reliques. 

Gaudence de Brescia rencontra à Césarée deux nièces, 
de S. Uasilc qui avaient reçu de leur oncle des reliques 
des Quarante Martyrs. Celles-ci furent généreusement 
cédés au bon évêque, saintement avide d'un pareil tré- 
sor '. On en signale également, au V 1 siècle à Constan- 
tinople, où elles se trouvaient d'abord en la possession 
d'une femme nommée Eusébie, diaconesse de la secte des 
Macédoniens \ Vers la même époque, Mélanie la jeune en 
place aussi dans l'oratoire de son monastère 4 et sous 
Justinien on en découvre de nouvelles à Constantinople 5 . 

Mais ce n'était pas toujours dans des cas exceptionnels, 
lorsque la profanation des reliques par les persécuteurs 
invitait pour ainsi dire les fidèles à les recueillir pour leur 
pte, que s'opérait la dispersion. Le traitement infligé 
aux Quarante Martyrs, aux reliques de S. Jean Baptiste, 
sur l'ordre de Julien r ' et aux martyrs de Gaza 7 ne fut point 
la règle, et pourtant tel saint, dont le corps repose à 

Homiliu in savetos AV. martyres. P. G. t. XL VI, p. 784. 
nu XVII, P. /.. 1. XX. p. 965. 
Hist. <vi '.. IX, 2i. 
Vita Wclaniae iunioris, BHG*. 1241, c. 48. 
5) l '| o< ope . / ' iis, I. 7. 

. ! ! .: 

Hist. eccl . V, i) : rà nepiXeiqpGévTa tOùv ôffréuuv, 

ut'i tÔ irOp èbaitdvr\Ot, toîç eppuuiévoiç fn'iTÔOi K<(ur|Xujv xe kcÙ 
• .uruv, n'icrre un pqMav uÛTutv etvm trjv eiïpeaiv. 



DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 75 

Sinope, se voit partagé entre une foule d'églises. Con- 

stantinople en reçoit une partie ; à Rome, s'il faut en 
croire Astère d'Amasée, on envoie la tête, et d'autres 
parties vont un peu partout '. Théodoret nous apprend 
que fréquemment dans les basiliques qui sont censées pos- 
séder un martyr, on ne trouve qu'une partie de son corps 
et parfois même une partie minime. « Nous demandons, 
dit-il, comment s'appelle le martyr renfermé dans le tom- 
beau, et l'on nous répond, suivant l'occurence, que c'est 
Julien, Romain ou Timothée, bien que souvent on n'en 
ait pas le corps entier, mais des reliques de peu d'impor- 
tance : auiKpoTcmuv Xeujjâvwv '. » H exprime la même pen- 
sée, à peu près dans les mêmes termes, en deux autres 
endroits de ses écrits, en substituant d'autres noms au 
groupe qu'il avait cité, tantôt Denys, Julien, Cosmas 3 
tantôt l'apôtre Thomas. Jean Baptiste, Etienne le premier 
martyr. Et il fait remarquer ailleurs que, quoique les 
corps des martyrs soient divisés et dispersés en plusieurs 
tombeaux, la grâce qui y est attachée reste entière *. 

S. Grégoire de Nazianze déjà parlait ainsi ; pour lui 
quelques gouttes de sang kgù uixpà aûu(3o\a ttôBouç ont la 
même efficacité que le corps dans son intégrité 5 . Logi- 
quement, on devait à ces reliques partielles les mêmes 
honneurs qu'aux corps eux-mêmes, et l'on n'hésitait pas 
à les leur rendre. L'arrivée, dans une localité de Syrie qui 

i TToMaxoù uepiaGévra rà Xeiij/ava ô\ÔK\n.pov iravTaxoû tûj 
TpiauaKapiiu cTLÛIei Tnv eûcpn.MÎav. Astère d'Amasée, Humilia in 
S. Phocam, BHG*. 1540. P. G. t. XL. p. 309. 

2 Théodoret, Epist. 130. Schulzb, t. IV, p. 1218. 

Epist. 144, Schulze, t. c. p. 1243. 
(4 Graecarum affect. curatio, VIII, Raeder, p. 199. 

Contra Iulianum, I. 69, P. G. t. XXV, p. 589. La même idée 
exprimée par Paulin ck- Noie, Cartn. XXVII, 447 : magna et in exiguo 
sanctorum pulverevirtiis. Hartel, p. 283. 



76 DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 

doit être Cyr, la ville épiscopale de Théodoret, d'un envoi 
de reliques de S. Jean Baptiste et de plusieurs apôtres et 
prophètes est célébrée avec la solennité des grandes trans- 
lations. L'évêque, le peuple de la ville et de la campagne 
vont au devant d'elles pour les recevoir ; ce sont des 
explosions d'allégresse et la boanTiKÙ. x°9 e ^ a n 'v manque 
pas '. 

On le voit, l'opposition entre la consuetudo graecorum et 
la discipline romaine est nettement tranchée. Rome ni 
aucun des pays soumis directement à son influence ne 
connaissent ni ces grandes solennités qui mettent toute la 
population sur pied, ni cette liberté qu'on se donnait ail- 
leurs d'ouvrir les cercueils et d'enlever les cendres des 
morts. 

Je sais bien qu'à Rome, du III e au V e siècle, il eut des 
translations de corps de martyrs. Mais elle se firent dans 
des conditions si spéciales, et. semble-t-il, si parfaite- 
ment légales que rien ne permet de les assimiler aux 
transports de reliques accompagnés de cortèges impo- 
sants, tels que l'Orient les aimait. Si le pape Pontien 
et Hippolvte. morts dans leur exil de Sardaigne, furent 
ramenés à Rome *, ce ne fut probablement pas sans une 
autorisation spéciale que l'on demandait souvent pour 
les déportés et qui semble avoir été rarement refusée *. 
Corneille, mort également en exil à Centumcellae, fut 
enterré a Rome, et aucun indice ne donne à penser que 



il. odoret, Hist. religiosa, 21. Se hui ze, 1. III. p. 1245-46. Que. !- 
quesann ,S Mai \ se distinguera aussi par son 

iu< s des 1 i. (h) lui en apporte du partout, 

mais surtoul de P l'Illyrie. Vita S. Marcelli acoemetae, BHG 2 . 

1 1. 
j I 1. Roma sotterraaca, t. II, p. 7.; 

Dtgest.,48, 24, 2. 



DÉVELOPPEMENTS DO CULTE DES MARTYRS. 77 

les choses se soient passées autrement pour lui '. On sait 
cpie le martyr Quirinus, évêque de Siscia, fut transporté 
à Rome, au commencement du V e siècle ou un peu plus 
tard '-'. 11 n'est pas douteux cpie la nécessité seule ait été 
le mobile de cette translation ; les malheurs de la Panno- 
nie, envahie par les barbares, expliquent fort bien cpie l'on 
ait voulu mettre en lieu sur les reliques du saint le plus 
célèbre de la contrée 3 . 

Quand et comment les c<»rps des cinq sculpteurs Pan- 
noniens, connus sous le nom de Quatre Couronnés,sont-ils 
arrivés à Rome? Nous l'ignorons. Ils s'y trouvaient pro- 
bablement avant le milieu du IV e siècle. Au moment où 
pour nous se termine la Passion de ces martyrs, leurs 
corps ont été retirés du fleuve, où on les avait jetés, ren- 
fermés dans des cercueils de plomb *. Ces corps n'étaient 
point encore perpeiuae sepulturae tradiia. On pouvait dès 
lors les transporter au lieu de leur repos définitif sans 
intervention officielle \ Usa-t-on de cette facilité et les 
reliques prirent-elles directement le chemin de Rome ? Ce 
n'est que par conjecture qu'on pourrait l'affirmer. Mais il 
est certain qu'une translation solennelle faite uniquement 
pour satisfaire la piété des Romains n'est pas admis- 
sible. 

Je noterai en passant que la translation du pape Zéphy- 
rin n'est point attestée par les documents. C'est un pos- 
tulat de quelques archéologues, et nullement nécessaire 
pour expliquer des faits établis °. Oserai-je en dire autant 



(1) Duchesne, Le liber ponUficalis, t. I, p. 150-52. 

(2) De Rossi, Roma sotterranea, t. II, p. 120-121. 
131 Prudence, Peristephanon, vu. 

(4) Acta SS. nov. t. III, p. 778. 

151 De Rossi, Roma sotterranea, t. III, p. 561. 

6 Duchesne, Le liber pontificalis, t. I, p. 140. 



78 DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DBS MARTYRS. 

de la translation des apôtres Pierre et Paul en 258 ? Elle 
est également issue d'une série de combinaisons ingénieu- 
ses plutôt qu'appuyée sur des témoignages ' et se heurte 
à plus d'une invraisemblance. Mais alors même qu'il fau- 
drait en accepter la réalite, ce ne serait là qu'un de ces 
transports imposés par la nécessité, clans l'espèce, une 
translation clandestine 

Le cas de S. Silanus ne laisse pas de présenter quelque 
difficulté. La Depositio Martyrum porte au 10 juillet et in 
Maximi Silani, en faisant suivre cette annonce de la note 
que voici : hune Silanum martirem Novali furati suai. On 
est d'accord pour entendre cette phrase dans le sens d'un 
vol de reliques, le premier, sans doute, dont l'histoire ait 
garde le souvenir. La secte des Novatiens, voulant possé- 
der un martyr authentique, se serait emparée du corps de 
S. Silanus. Comment, les idées des Romains sur le res- 
pect des morts étant ce que nous savons, une secte, qui 
prétendait se distinguer par une grande perfection morale 
et par son attachement à la tradition, a-t-elle pu songera 
braver le reproche d'un aussi horrible sacrilège ? C'est 
là un problème que l'on voudrait essayer de résoudre si, 
au lieu de la phrase laconique du férial, on avait quelque 
indication sur les circonstances de l'événement. La men- 
tion de l'équipée dans un document qui n'est qu'une aride 
nomenclature, prouve qu'elle était de fraîche date '. 

il Duchesne, Le liber pontificales, 1. 1, p. cvi. Nous reviendrons 
loin sur cette question. 

2 D rite vers \u> [Episl. CXVIII, \, P. L. t. 

XXII, p. 9631 à un homme de qualité nommé Julien, un 1 >almate, à ce 
qu'il sembl . " religieuse qui est pro- 

babl reliques suivie de la dédicace d'une 

lique. Il le loue d'avoir nus fin à son deuil : quod... dedicatio ossiutn 
,„ a , . litnenta reddiderit,u s dolorem orbita- 

les tuât, quem civitus un: ntirct, sed ad triutnphum martyris 

cxsultarcs. 



DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 79 

L'église de Milan et la région comprise dans sa sphère 
d'influence, doit avoir, en ce qui concerne le culte des 
reliques, pris modèle sur les églises d'Orient plutôt que sur 
Rome. Nous le constaterons à l'occasion de certains épi- 
sodes laineux de l'épiscopat de S. Ambroise Dans cette 
même période on vit rentrer à Milan le corps de l'évêque 
Denvs, mort en Cappadoce '. Mais ces retours posthumes 
de l'exil au pays d'origine étaient fréquents et ne sont pas 
une infraction à la discipline générale. Aucun motif de 
ce genre n'explique l'envoi par l'évêque de Trente, Vigile, 
des reliques des martyrs d'Anaunie à S. Simplicien, suc- 
cesseur de S. Ambroise -. Gaudence de Brescia en reçut 
également une part On sait que cet évêque eut la passion 
des reliques et en rapporta de ses voyages pour en enri- 
chir, à la mode orientale, sa basilique qui reçut le nom de 
conciluim sanctorum : '. Quelques années plus tard, nous 
entendrons Paulin de Xole, un autre ami de S. Ambroise. 
vanter le nombre des reliques qu'il est parvenu à obtenir 
pour la basilique de S. Félix à Xole même, et pour celle de 
Fondi *. Victrice de Rouen, lui aussi du cercle des amis 
d'Ambroise, tut l'émule de tous ces pieux évêques, et 



1 B.wle, Epist. 197, P. G. t. XXXII. p. 712. 

Vita Ambrosii auct. Paulino, 52, P. L. t. XIV, p. 44-45. On 
s'est demandé plus d'une fois si la phrase de S. Ambroise au sujet des 
martyrs Gervais et Protais, perdideratcivitas nostra martyres quaerupuit 
alùiios, contenait une allusion à un vol ou à un transport de reliques 
antérieur à l'invention de 386. Pour quelques uns les SS. Nahor et 
Félix seraient des martyrs importés de Lodi. D'autre pensent, avec 
plus de raison, semble-t-il, que ces martyrs étaient d'extraction étran- 
gère, des soldats de Mauritanie, ayant souffert le martyre pendant 
qu'ils étaient en garnison à Milan. Voir F. Savio, I santi martiri di 
Mtlano (Pavia, 1906', p. 52. 

Scrmu XVII. P. LA. XX. p. 959-74. 

4) Carmen XXVII, 403-439, Hartel, p. 280-81 ; Epist. XXXII. 
10. 17, ibid. pp. 286-87. 292. 



80 DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 

recourut sans doute à leurs lions offices pour constituer 
son trésor de reliques fourni surtout par l'Orient '. 

Une foule d'indices permettent de constater que les 
églises d'Occident ne refusent jamais les reliques qui leur 
sont cédées par les Grecs, alors même que ceux-ci les 
auraient prélevées sur les corps saints au mépris de la loi 
et du respect dû aux martyrs. Mais pour elles-mêmes elles 
s'en tiennent généralement à la discipline observée à Rome 
en ce qui concerne les transports et la division des reli- 
ques 2 . Quel que puisse être le jugement que l'on porte 
sur certaines parties des Actes de S. Fructueux et de ses 
compagnons, ils sont un écho des idées en cours chez les 
Espagnols à l'époque de leur rédaction. Or, voici ce qu'ils 
racontent. La nuit qui suivit le martyre, les fidèles se ren- 
dirent à l'amphithéâtre, arrosèrent de vin les corps à demi 
brûlés, et s'approprièrent les cendres des victimes. Mais 
S. Fructueux leur apparut et les avertit d'avoir à res- 
tituer les reliques dont ils s'étaient emparés et de les 
enterrer au même endroit \ 

L'auteur des Actes de S. Saturnin de Toulouse trace 
un récit intéressant de la construction de la basilique du 
martyr '. L'évêque Hilaire ; ', le premier, bâtit une cha- 



i Voir son opuscule De laude sanctorum, P. L. t. XX, p. 443-458 
L'édition de Sauvage-Tougard, Taris, 1895, n'est pas en progrès sur 
celle-ci. 

2 Grégoire de I iURS, Hist. Franc. VII, 31, raconte comment 
Mummolus préleva une parcelle sur un S. Serge. D'abord les 

ix deviennent mirai mi n< invisibles, et Grégoire ajoute : 

Credo non erat acceptum martiri ut haec Me contingent. Et plus loin : 
ex quibus unu Mummolus adsumpta abscessit, sed non, ut credo, cum gra- 
tta martiris, sicut in sequenti declaratum est. 

■ BHL 3196, n. 6. 

Voii De Rossi, Bullettmo, 1878, p. 118-29. 

5 Seconde moitié du [V Duchesne, Fastes épiscopaux de 

V ancienne Gaule, t. I-', p. 307. 



DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. Si 

pelle en l'honneur de son prédécesseur, sur son tombeau 
même, sanctas vcritus commovere reliquias. Bientôt on s'y 
trouve à l'étroit, et l'évoque Silvius entreprend la con- 
struction d'une basilique spacieuse, à quelque distance de 
la précédente, dans la pensée, c'est bien clair, d'y déposer 
le corps du martyr. Mais il n'eut pas la joie de voir la fin 
de son œuvre. C'est l'évêque Exupère, l'ami de S.Jérôme, 
qui y mit la dernière main (vers 410). Cependant il hésitait 
à opérer le transfert. Vn songe le rassura. Il comprit alors I 
que quand l'honneur du martyr est en jeu, nullam fieri 
vel deminutione cinerum vel commotions membrorum spiritibus 
iniuriam. Et aussitôt il présenta une requête aux empe- 
reurs et obtint l'autorisation d'introduire les reliques dans 
le nouveau sanctuaire '. Tout en gardant les formes et 
timidement, on s'engage dans la voie du relâchement. 

Pourtant on s'abstint pendant longtemps de distribuer 
des ossements ou des parcelles du corps des martyrs. De 
même qu'à Rome on donne des étoffes, des clefs qui ont 
touché au tombeau de l'Apôtre ou dans lesquelles on a 
renfermé de la limaille des chaînes de S. Pierre -, des 
fragments du gril de S. Laurent 3 , ailleurs, comme en 
Afrique, nous voyons prendre en guise de reliques, des 
vêtements déposés sur le tombeau ', des rieurs sanctifiées 

< 1) BHL. 7496, n. 6. 

(2) S. Grégoire en donna souvent. Voir Registr. I. 25. Ewald-Hart- 
mann, t. I, p. 39. et note 5. Justinien demandait à Hormisdas des reli- 
ques de catems sanctjrum apostolorum. Thiel, Epistolue romanorum 
pontificum, p. 87+ - 

(3) De craticula beati Laurentii martyris comme le demandait égale- 
ment Justinien, Thiel, 1. c.S.Grégoire t'ait à Dinamius un envoi de 
reliques : beati Pétri apostoli benedictionem, crucem parvulam cui de 
catenis eius bénéficia sunt mserta per quattuor vero in circuitu partes de 
beati Laurenti craticula in qua perustus est bénéficia continentur . (Registr. 
III, 33, Ewald-Haktmann, p. 192. l 

(4) Augustin, Decivit.de D:i, XXII, 8, 18, Hoffmann', t. II, p. 606- 
607. 

Cuit. Mart. 6 



82 DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 

au contact du reliquaire 1 , l'huile du sanctuaire 2 ; ou 
encore, et ceci se passe en Gaule, on emporte des franges 
du drap d'autel, de la cire, de la terre et même des éclats 
de b<»is détachés de la porte de la basilique 3 . 

Parmi les causes dont les influences sur le développe- 
ment du culte des reliques ont été décisives à certains 
moments, il faut noter, après la pratique des translations 
et de la distribution, l'action d'un phénomène religieux 
classé sous le nom d'invention de corps saints, et dont on 
ne saurait nier l'importance puisqu'il n'atteint pas seule- 
ment les formes extérieures mais en quelque manière 
l'objet même du culte. 

Pour en bien saisir la portée, il faut se rappeler com- 
ment, dans chaque église, se constitua la série des anni- 
versaires, comment, en d'autres termes, se formèrent les 
martyrologes locaux. 

On aurait tort de croire qu'ils furent le résultat d'une 
suite d'actes solennels admettant aux honneurs du culte 
les victimes des diverses persécutions. Une fois qu'une 
église a accepté le principe de rendre aux martyrs des hon- 
neurs publics — et l'Orient semble avoir été sur ce point 
de beaucoup en avance sur l'Occident — l'inscription 
d'un nouveau nom sur les fastes devient, en temps de 
persécution, un incident de la vie normale de la commu- 
nauté. Un chrétien est poursuivi : il confesse la foi devant 
le juge : il est condamné et exécuté. Les lidèles qui ont 
suivi avec un intérêt passionné les péripéties du drame, 
recueillent son corps et lui donnent une sépulture aussi 

i lbid. t p. 6 >4- 
ui Ibid., p. 607. 

L Grégoire Di ["ours, sont indiqués par Sdkalek, 

art. Reliquien ■! in 1 Kraus, Re i ; icdie, t. II, p. 688. 



DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 83 

honorable que le permettent les circonstances. Nul n'ou- 
bliera la date d'un événement glorieux entre tous, et, 
l'année écoulée, la communauté, évêque en tête, se réu- 
nira autour du tombeau, pour célébrer l'anniversaire ; 
désormais il en sera ainsi tous les ans au jour de la dépo- 
sition. 

Ce jour est gravé dans la mémoire de la génération 
contemporaine qui l'apprendra à ses descendants. Evi- 
demment, lorsque les victimes se multiplient, on est 
amené à tenir note, comme S. Cyprien prescrivait de le 
luire à Carthage, des jours de la mort ou de la déposition 
de chacun. L'ère des persécutions définitivement close, 
le martyrologe de chaque église se trouva sinon écrit, tout 
au moins constitué et en pleine vigueur par la pratique 
et l'observance des anniversaires. 

On a cru reconnaître, à certains indices, l'existence 
d'une institution qui serait comme le germe de la future 
congrégation des Rites. Le titre de martyr n'aurait été 
accordé officiellement qu'après une procédure ressemblant 
à la canonisation, et l'on a été jusqu'à lui donner le nom 
de vindicatw, suggéré par un texte de S. Optât '. 

Depuis la découverte de l'épitaphe de S. Pontien, il a 
fallu renoncer à trouver dans l'église de Rome la trace 
d'une semblable organisation * ; tous les textes que l'on 
peut invoquer se rapportent à l'église d'Afrique, et concer- 
nent une série d'abus qui appelaient nécessairement l'at- 
tention spéciale de l'évêque. Ainsi, Mensurius de Car- 
thaire défendait d'accorder les honneurs du culte à ceux 
qui, sans être recherchés, allaient provoquer les persécu- 



(1) Optati milevitam lil). I, Ziwsa, p. 18. 

(2) Marucchi, dans Nuovo bullctlmo dl archeologi.i cristian.i, t. XV 
(1936), p. 35-50. 



84 DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 

teurs ', et il était naturel que les misérables qui, à la 
même époque, essayèrent d'exploiter la simplicité des fidè- 
les par un simulacre de martyre, fussent exclus des pré- 
rogatives de tout ordre attachés au martyre véritable 2 . 
Dans un pays agité, comme le fut l'Afrique lors de la gran- 
de persécution et dans la querelle Donatiste, on conçoit 
que le jugement de l'évêque ait eu fréquemment l'occa- 
sion de s'exercer 3 . 

Il est possible que dans d'autres pays, et à d'autres 
époques l'autorité ait eu parfois à se prononcer sur des 
cas douteux, là, par exemple, où des martyrs hérétiques 
côtoyaient des martyrs catholiques, là encore où une mort 
courageuse semblait n'avoir pas racheté la témérité ou 
l'inconsidération. Mais en dehors de ces situations excep- 
tionnelles ou d'un fait isolé, l'enquête épiscopale suivie 
d'une sentence nous apparaît comme dépourvue de signi- 
fication et généralement superflue. Il n'y avait pas lieu 
d'incidenter sur des événements qui se passaient au grand 
jour. La confession du martyr, sa constance dans les tour- 
ments étaient des laits publics et l'on savait de manière à 
n'en pouvoir douter qu'il était ou non en communion 
avec l'église. Dès lors, rien ne s'opposait à ce qu'on lui 
rendit les suprêmes honneurs, et Ton ne voit nulle 
part, dans les documents qui nous restent, la trace d'une 
hésitation ou d'un délai, supposant une enquête suivie 
de la sanction d'une décision expresse. Comme d'ailleurs 
l'évêque prenait part aux principales manifestations de la 
piété commune, le culte (pu s'établissait autour du tom- 
beau du martyr avait toutes les garanties de la légiti- 
ma . 

1 Augustin, Brevicnlus coll. III. 13, 25, Petschenig, p. 74. 

■ Plus haut, p. 25-26. 

(3) Voir Analecta Bolland. t. XXVI, p. 89-90. 



DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 85 

Il n'y a donc qu'un seul moyen de prouver rigoureu- 
sement l'existence, à un moment donné, du culte légitime 
d'un martyr. Il faut démontrer qu'il remonte, par une tra- 
dition continue, à ce jour mémorable de la déposition de 
ses restes sanglants, jour où le clergé et le peuple se sont 
ençairés, comme il arriva à Smyrne devant la tombe de 
Polycarpe, à revenir chaque année au tombeau, célébrer 
le glorieux anniversaire. La démonstration aura une pro- 
babilité suffisante si l'on parvient à signaler les traces visi- 
bles du culte à une époque et dans un pays où rien n'indi- 
que que le courant de la tradition ait été troublé, où l'on 
n'a à compter qu'avec le développement régulier des insti- 
tutions. 

Vers la fin du IV e siècle, on voit surgir, sur certains 
points de la chrétienté, des cultes à qui semble manquer 
essentiellement cette consécration de la traditii n vivante. 
On découvre des martyrs inconnus jusque-là, et on se 
hâte de leur rendre les honneurs dont les autres martyrs 
étaient en possession de date immémoriale. Au sujet de 
ces nouveaux venus se pose tout naturellement une suite 
de questions embarrassantes, voire insolubles la plupart 
du temps. 

Si les chrétiens de la même génération ont pu constater 
leur martyre, pourquoi les ont-ils négligés? Si eux, les 
contemporains, semblent l'avoir ignoré, de quels moyens 
d'information disposait-on plus tard pouravoir le droit de 
l'affirmer et d'en tirer toutes les conséquences ? 

Il faut remarquer qu'il y a diverses manières de suppléer 
au silence de la tradition. Et d'abord se présente le cas de 
la tradition interrompue. Ce serait celui d'un martyr 
honoré d'abord d'un culte régulier par un groupe dispersé 
plus tard dans quelque tourmente ; les fidèles faisant 
défaut, le saint se trouve abandonné. 



86 DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 

Il peut arriver encore que la trace du tombeau se perde 
dans une de ces sauvages adressions de la plèbe païenne 
contre les cimetières chrétiens ' ; il n'est même pas sans 
exemple que les précautions prises pour sauver un corps 
saint contre la profanation aient eu pour conséquence de 
ralentir, d'arrêter même la dévotion des fidèles 2 . L'ère 
de persécution, surtout, la période de grande violence, dut 
amener plus d'une fâcheuse éclipse. La paix revenue, les 
pasteurs se préoccupèrent sans doute de rétablir les 
fastes de leurs églises, de régler définitivement la suite 
des anniversaires, de remettre en état les sanctuaires et 
les tombeaux des martyrs. Nous connaissons, pour l'église 
de Rome, au moins deux essais de revision en cette 
matière. La première, qui eut pour objet le martyrologe, 
aboutit à la publication, datant probablement du pontificat 
de Libère, du férial romain comprenant la Depositio marty- 
ritin avec la Depositio episcoporum. L'autre, qui fut l'œuvrede 
1 )amase, porta principalement su ries tombeaux des martyrs. 

Tout le monde sait qu'il les restaura et les orna de 
belles inscriptions pour les désigner aux regards de tous. 
Mus il ne s'en tint pas aux tombes déjà entourées de la 
vénération des fidèles. Nous lisons dans sa vie : Hic malta 
corpora sanctoruiu requisivit et virant ". phrase qui trouve 
sa confirmation en plus d'un endroit des poèmes épigra- 
phiques du pontife. Le corps de S. Eutychius se dérobait 
aux recherches : 

Osiendit latebra insontis quae membra tencret, 
quaeritur, inventus colitur, fovet, omnia praestat '. 

i 1 1 i ■ i n lien, Ad Scapulam, 3 ; , \pologeticum, 7 ; Ad na Hottes, I, 7, 

I. pp si ;• 137.317- 
1 ( 1. l)i Rossi, Routa sotterranea, 1. 1. p. 213. 

(31 Dui hesne, /.<■ liber pontificales, t. I, p. 212. 
l) Iiim. Damasi epigrammata, 27. 



DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 87 

Le tombeau des saints Protus et Iacinthus fut rendu 
accessible grâce aux travaux de Damase : 

Extrcmo tumulus latuit sitb aggert montis. 

Hune Damasus mo?isirat, servat quod membra piorum '. 

Sous un de ses successeurs, le tombeau de S. Némésius 
longtemps négligé fut remis en honneur : 

Martyris haec Nemesi sedes per saecula florel 

serior ornatu, nobilior merito ; 
incultam pridem dubitatio longa reliquit, 

sed tenuil virius adseruitquefidem i . 

Le culte des saints Protus et Iacinthus était dûment 
établi ; nous le savons par la Deposilio martyrum '. L'accès 
de leur tombe avait probablement été défendu contre 
l'indiscrétion ou la fureur des païens 1 . Mais nous igno- 
rons ce qu'il faut penser des deux autres martyrs dont la 
Depositio n'a pas gardé les noms. On peut croire, sans que 
l'on soit en mesure de l'affirmer avec une entière certitude, 
que le culte de ces martyrs avait subi une interruption 
assez longue, qu'il n'en était resté qu'un souvenir et que 
l'invention des reliques fut le principe d'une restauration. 
S'il en est ainsi, le cas des saints Eutychius et Némésius ne 
présente pas de difficultés bien sérieuses. Certes, il s'agit 
ici d'une tradition interrompue, je veux dire la tradition 
vivante du culte. Mais la tradition historique demeurait, 
servant de lien entre le présent et le passé, et grâce à elle 



(1) Ihm, Damasi epigrammata, 49. 
(21 Ihm, Damasi epigrammata, 80. 

(3) A la date du 11 septembre : III ici. sept. Protilt Iacivcti in Bassil- 
lac. 

UiMarchi, Monumenti délie arti cristiane primitive (Roma, 1844s p. 

238-72. 



88 DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 

on pouvait légitimement reprendre des observances un 
moment abandonnées. 

Mais il est d'autres circonstances où un culte nouveau 
se crée à la suite d'une découverte de reliques ; c'est de 
longues années après leur mort que l'on inscrit pour la 
première fois dans les fastes des martyrs jusque-là ignorés. 
On comprend aisément, sans qu'il soit nécessaire d'y insis- 
ter, à quelles surprises pouvaient mener ces canonisations 
tardives, les éléments essentiels d'un jugement éclairé 
faisant défaut. Ce n'était plus la tradition des églises que 
l'on invoquait mais des présomptions ou des vraisem- 
blances, souvent, hélas, moins que tout cela, pour établir 
l'identité d'un cadavre ou pour décider l'admission aux 
honneurs du culte public. 

Les inventions de reliques les plus célèbres dans l'his- 
toire ne sont pas celles qui offrent les moindres difficultés. 
La plupart du temps ces découvertes se compliquent de 
songes et d'avertissements surnaturels, qui ne sont pas, 
comme on pourrait le croire, l'apanage exclusif des milieux 
chrétiens et orthodoxes, car ils nous mettent en présence 
d'un phénomène qui se constate partout où le sentiment 
religieux s'exalte dans des proportions anormales. Notre 
moyen âge n'est pas seul à en offrir des parallèles. L'anti- 
quité païenne les connut, dans des circonstances presque 
identiques ' : la Grèce contemporaine les connaît encore 2 . 
L'élément subjectif dont le rôle est si déconcertant dans 
1rs faits de ce genre lorsqu'ils se passent presque sous nos 
yeux devient de plus en plus difficile à apprécier à mesure 
du recul des événements, et an lieu de porter sur ces 

ii l't i i m - r Thésée, XXXVI, 1-9. Citnon, VIIl,g-8. Cf. Les légendes 
hagiographiques -, p. 1S3-85. 

2 J. C Lawson, Modem greek Folklore and ancient greek Religion 
(Cambridge, 19101, p 302. Cf. Analecta liolland., t. XXIX, p. 453. 



DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 8g 

matières un jugement motivé, nous en sommes souvent 
réduits à souligner simplement L'état d'esprit qui s'y mani- 
feste. 

Dans l'antiquité la croyance à l'intervention de la divi- 
nité par des apparitions et des rêves en tout ce qui touche 
à la religion était si universellement répandue, au moins 
dans les milieux populaires, (pie l'on ne saurait attribuer 
exclusivement à l'éducation chrétienne les préoccupations 
de cet ordre. Les dieux et les héros se montraient aux 
mortels endormis ou éveillés — koit ôvap, Ka9' uîiap — et 
nombreuses sont les inscriptions votives placées à la suite 
d'une apparition, ex visu '. Eux aussi venaient demander 
l'érection d'un autel ou des ornements pour un sanctuaire, 
indiquer la place où reposaient leurs os et exiger des hon- 
neurs trop longtemps interrompus -'. Quiconque préten- 
dait avoir été l'objet d'une pareille faveur ne se heurtait 
pas, dès l'abord, à un scepticisme déterminé. On était tout 
disposé à le croire sur parole, surtout lorsque la commu- 
nication divine répondait à de secrets désirs, à des espé- 
rances longtemps entretenues. 

Il est malaisé de saisir à travers l'obscurité du style 
damasien jusqu'à quel point on crut être guidé par une 
intervention surnaturelle clans les recherches de certains 
tombeaux romains. Lorsque le pape Vigile parle des mar- 
tyr^. 

quos monstrante Deo Damasus sibi papa probatos 
aljixo monuit carminé turc coli r> , 

li) A. De Marchi, // culto privato di Roma untica, t. I (Milano, 
1896), p. 285-S9, donne de nombreux exemples de cette formule et 
d'autres analogues (svmnto monitus, uissii numinis, ex hostensum deorum, 
exmonitu etc.). Cf. Lucius, Die Anfânge des Heiligenkults, p. 152 n. 7. 

(2) Lucien. I.c.,n.8-i2. Cf. E. Schmidt, Kultubertragungea Giessen, 
19101, p. 102-104. 

(3) Ihm. Damasi epigrammata,8g, 5, 6. 



Ç)0 DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 

il ne faut pas nécessairement comprendre que Damase 
connut par révélation ceux d'entre eux qui méritaient 
d'être honorés par L'église. 

L'inscription d'Eutychius ne brille pas par la clarté. 
Pourtant les vers : 

noctc soporifcra turbant insomnia mentem, 

ostendit latcbra iasontis quae mcmbra icneret ', 

semblent bien insinuer que des songes troublants mirent 
sur la voie de la découverte. Mais ce n'est pas assez pour 
classer le t'ait d'une façon satisfaisante. 

C'est dans les événements qui eurent pour théâtre 
l'église de Milan en 386 qu'il faut étudier l'établissement 
d'un culte de martyrs en dehors des règles traditionnelles. 
Le détail ne nous esi point parvenu avec la précision dési- 
rable et l'on constate entre les témoignages q\c^ divergen- 
ces qui s'expliquent par les déformations habituelles d'un 
récit passant de bouche en bouche. La substance des faits 
se détache avec un relief suffisant. 

« A cette époque, dit Paulin, le biographe de S.Ambroise, 
les saints martyrs Protais et Gervais se tirent connaître à 
notre évêque. Ils étaient placés dans la basilique où 
se trouvent aujourd'hui les corps des saints Nabor et Félix. 
Ces saints martyrs- ci attiraient un grand concours de 
fidèles; des martyrs Gervais et Protais on ignorait les 
noms comme aussi la sépulture, et l'on marchait sur leurs 
tombeaux pour s'approcher des barrières qui protégeaient 
ceux des saints martyrs Nabor et Félix -'. » 

L'événement se passa au moment où l'impératrice 
Justine, veuve de Yalentinien I et mère du jeune Valen- 



d) Ihm, Damasi epigrammata, 27, xo-11. 

(3) Vitu auct. Paulwo, 14. /'. /.. t. XIV, p. 31. 



DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. Ç)I 

tinien, séduite par les Ariens, persécutait les catholiques 
et travaillait à chasser Ambroise de son siège '. Ambroise 
raconte lui-même à sa sœur Marcelline les circonstances 

de l'invention. Il ne prononce pas le mot de révélation : il 
n'est question dans sa lettre que d'une sorte de pressen- 
timent. « Sache que nous avons trouvé des martyrs. 
Comme je dédiais une basilique, une partie de la foule 
m'interpelle pour me dire : Dédiez-la comme la basilique 
romaine. Je répondis : Je le ferai si je trouve des reliques 
de martyrs. Siatimque subiit -relut cuiusdam ardor praesagii.» 
Le saint fit creuser le sol devant la clôture des SS. Félix 
et Nabor. Il continue: Inveni signa convenientia, adhibiiis 
etiam quitus per nos maints impeuenda foret — il désigné 
ainsi des possédés. — sic saucii martyres emiuere coeperuut ut, 
adhuc nobis silentibus, amperetur urua, et stenieretur prona ad 
locum sancti sepulchri. Invenimus mirac magnitudinis viros 
duos, ut prisca aetas ferebat. Omnia ossa intégra, sanguinis 
plurïmum -. Les reliques furent provisoirement déposées 
clans la basilique de Fauste. Le lendemain on les trans- 
féra à la basilique Ambrosicnne. Sur le parcours, un 
aveugle fut guéri, et S. Ambroise dans un discours au 
peuple, commenta les événements. 

A deux reprises S. Augustin rappelle cette solennité 
fameuse. Il parle dans la Cité de Dieu d'une vision de 
S. Ambroise ; episcopo Ambrosio per somnium revelata reperta 
sunt s . Et dans les Confessions : Tune memorato antisiiti 
t uo per visu m aperuisti,quo loco laterent martyr uni corpora Pro- 
tasi et Gervasi, quaeper toi annos incorrupta in thesauro secreti 



(i) Augustin, Confessiones, 9, 7. 

. Ambroise, Epist. XXII. 2, /'. L. t. XVI, p. 1019-20. 
13) De civitate Dci, XXII, 8, Hoffmann, t. II, p. 597. 



Ç)2 DEVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 

lui rcconderas, unde opportune promeres ad cohercendam rabicm 
femineam sedregiam '. 

Comme vS. Augustin, le diacre Paulin '-', S. Gaudence 
de Brescia "', S. Paulin de Noie l attribuent la décou- 
verte à une révélation. Sommes-nous obligés de prendre 
le mot à la lettre ? Faut-il penser plutôt que, sous l'empire 
d'une préoccupation sourde, des indices qui avaient frap- 
pé le saint évêque s'emparèrent de plus en plus de son 
esprit et le mirent sur la voie de la découverte ? Une 
question d'un ordre aussi spécial ne saurait être tranchée 
ici. mais nous devons constater que l'ensemble des témoi- 
gnages n'est pas sans présenter clés difficultés, et paraît 
démontrer qu'en cette circonstance l'enthousiasme l'em- 
porta sur l'observation minutieuse de toutes les particula- 
rités. S. Ambroise ne parle tout d'abord que de squelettes ; 
ossa omnia intégra ... condidimus intégra ad ordineui s . 
t Cela ne marque-t-il pas clairement, dit Tillemont, qu'il 
n'y avait que les os ? Quel ordre y a-t-il à observer pour 
ranger un corps entier fi ? ». Mais il y a aussi du sang 
sanguims plurimum, et ce ne sont pas de simples traces 
desséchées : sanguine tumulus madet ' . Gaudence de Bres- 
( ia a reçu une partie de ce sang, preuve suffisante pour 
lui du martyre 8 . S. Augustin a compris que les corps 



li Confessiovcs, 7, Knoll, p. 208. 
I 1 Vita Ambrosii, 14. 
(31 Sertno xvn, P. G. t. XX, p. 663. 
1 t Epist. XXXII. 17. Hartel, p. 293: 

Quosque sud deus Ambrosio post longa révélât 
nia, Protasium cum parc Gervasio. 
\mbi ois] . / pist. XXII. 2. 
6) I u m mont, Mémoires, t. II. p 500. 
I71 Ambroisb, Epist. XXII. 12. 

(8) Sertno xvn, P. L. t. XX. n. 663 : quorum sanguinem tenemus 
gyPso collection nihil amplius requit entes ; tenemus enim sanguinem qui 
testts est passionis. 



DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 93 

s'étaient conservés de longues années sans corruption '. 

Evidemment tout cela manque de consistance ; mais 
conclure de là, comme on l'a t'ait, qu'il n'y eut dans cette 
histoire qu'une habile mise en scène imaginée pour im- 
pressionner les Ariens, dans un moment critique % c'est 
fort exagéré, et l'un devrait bien nous dire en même temps 
comment pareille explication se concilie avec la droiture 
et l'élévation du caractère de S. Ambroise. 

Gervais et Protaîs avaient-ils été honorés comme mar- 
tyrs par les générations précédentes ? Quelques-uns l'ont 
pensé, en supposant que la confiscation du cimetière où 
ils reposaient avait interrompu le culte dont il restait 
un faible souvenir dans la mémoire des vieillards z . 
Cette hypothèse, impossible à contrôler, importe assez 
peu ici. Nous constatons que S. Ambroise n'eut pas 
recours à la tradition officielle de son église pour restau- 
rer un culte périmé ; du moins, cette préoccupation de 
se rattacher au passé n'apparaît nulle part, et les sou- 
venirs des vieillards ne se précisent un peu qu'après les 
faits accomplis : nunc senes répétant audisse se aliquando horum 
martyr um nomma titidumque Unisse '. De plus, tous ceux 
qui, après Ambroise, ont parlé de la découverte et de la 
solennelle translation des reliques en rapportent l'origine 
à une révélation. 

On remarquera encore ici que l'ouverture du tombeau 
et le transport des reliques se font parla seule initiative 
de l'évéque. C'est une dérogation aux usages et même à la 
loi, dérogation qui contraste avec la conduite d'un autre 



(1) Confcssiones, 9, 7. 

[2 0. Seeck, Geschichte des L'ntergangs der antiken Welt, t. III il 
lin. 1909), p. 24. 

31 Voir De Rossi, BuUetcino, 1S64, p. 29. 
.4 Ambroise, Epist. XXII, 12. 



94 DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 

èvêque, Exupère de Toulouse, qui ne procède au transfert 
du corps de S. Saturnin qu'après y avoir été autorisé par 
rescrit impérial '. 

Sept ans plus tard, an événement du même genre amena 
S. Ambroise à Bologne 2 . Son biographe raconte qu'il 
déposa sous l'autel de la basilique de Florence des reliques 
des saints \ ital et Agricola dont il avait élevé les corps à 
Bologne. « Ces martyrs, dit- il, reposaient clans le cime- 
tare des Juifs. Le peuple chrétien eût continué à les igno- 
rer, si les saints martyrs ne se fussent révélés à l'évê- 
cpie 3 .» 11 semble bien qu'il s'agisse de l'évêque de Bologne 
et non de celui de Milan *. Celui-ci, sur l'invitation qui 
lui est adressée, accourt pour être témoin de la transla- 
tion ''. Il y a encore dans cette histoire bien des sujets 
d'étonnement. Comment par exemple, arriva-t-on à con- 
naître les circonstances du martyre des deux saints, alors 
que leur existence était complètement ignorée aupara- 
vant ? Ces difficultés semblent n'avoir pas effleuré l'esprit 
des contemporains. 

Les deux inventions de corps saints que nous ve- 
nons de rappeler eurent dans l'église un grand reten- 
tissement, et de nombreuses reliques des saints Cîer- 
vais et Protais ,; comme aussi des deux martyrs de 



a) Plus haut, p. 8t. 

2) Sur ce voyage, lire G. B. Ristori, Dclla venuta e dcl sog^iomo 
di S. Ambrogio in Fircnze, Archivio storico ltaliano, ser. V, 
t. XXXVI, p. 241-275. 

Vita auct. Paulino, 39, P. !.. t. XIV, p. 37. 
\^)Acta SS. sept. t. VII, p. 273. 

(5 Ambroise, Exhort. Virgin, r, P. L. t. XVI, p. 336 : TT^o ai 
invitatus convivium, ubi sancti martyris celebràta translatio 
est. 

Dans la basilique de Fundi, Paulin de Nole, Epist. 32, 17, 
Hartbl, p. 393 ; à Villa Victoriana, à quelque distance d'Hippone, 
Augustin, DecivitaU Dei, XXII, 8, Hofi mann, t. II. p. 603 ; peut-être 



DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 95 

Bologne furent répandues par le monde, reliques réelles 
ou représentatives, nous l'ignorons. Parmi les églises qui 
reçurent leur part des reliques des SS. \ "ital et Agricola, 
se trouve celle de Clermont. Vers le milieu du V e siècle, 
L'évêque Namatius envoya à Bologne un prêtre chargé de 
les rapporter. On alla les recevoir en cortège à grande 
distance, avec des croix et des cierges ; ce fut la solennité 
des grandes translations '. 

Après la mort de Théodose, en 395, S. Ambroise fit 
porter à la basilique des apôtres les corps des saints 
Nazaire et Celse qui étaient ensevelis dans un jardin hors 
ville. On trouve d'abord dans son tombeau S. Nazaire, la 
tête détachée du tronc, parfaitement conservée, et le sang- 
dans un tel état de fraîcheur qu'on l'eût dit versé le jour 
même -. Paulin qui assista à la découverte, raconte 
qu'après qu'on eut placé sur une litière le corps du saint 
martyr, les témoins se mirent immédiatement à la suite de 
S. Ambroise, et l'on alla prier sur le tombeau de S. Celse, 
caché dans le même jardin. On ne se souvenait pas qu'il 
eût jamais prié à cet endroit. Or, ajoute-t-il, quand on 
voyait le saint évêque aller faire sa prière à un endroit 
où il n'avait jamais été auparavant, on savait qu'un 
corps de martyr lui avait été révélé 3 . 

Est-ce une allusion au\ inventions dont il a été 



à Hippone, Sermo, cclxxxvi, P.L. t. XXXVIII, p. 1299 ; à Rome, Liber 
pontincalis, DucHESNE, t. I, p. 220 ; à Rouen, Victrice, De lande 
sanctorum, c. VI, P. L. t. XX, p. 448 ; à Vienne, Leblant, Inscriptions 
chrétiennes de la Gaule, n. 412 ; à Tours, reliques apportées par S. Mar- 
tin, Grégoire de Tours, Hist. Franc. X, 31 ; ailleurs en Gaule, id. 
In gloria martyrum, xlvi ; à Paris, \'Ua S. Germant, BHL. 7656,9. 
Ci'. Acta SS. iun. t. III, p. 830-842. 

1 : Grégoire de Tours, In gloria martyrum, XLIV. 

(2) Vita auct. Paitlino, 32, P. L. t. XIV, p. 38. 

(3) IbU. 33. P. L. t. c. p. 3S. 



96 DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 

parlé ? S. Ambroise trouva-t-il d'autres reliques dont 
ni l'histoire ni la tradition de l'église de Milan n'ont 
gardé le souvenir ? Qui le dira ? Et qui dira si les circon- 
stances mystérieuses de la découverte des SS. Nazaire 
et Celse ont été bien connues du biographe d'Ambroise, 
et ce qu'étaient les indices que les gardiens du lieu ont pu 
fournir à l'évêque d'après la tradition de famille dont ils 
se disaient dépositaires ' ? 

Plus célèbre encore que les inventions milanaises fut la 
découverte des reliques de vS. Etienne en 415. Il nous en 
est parvenu une relation détaillée envoyée à toute la 
chrétienté par Lucien, qui s'intitule presbyier ecclesiae Dei 
quac est in villa Caphargamala in territorio Hierosolymorum -'. 
Il vit en songe Gamaliel, le docteur de la loi mentionné 
dans les Actes ', qui lui désigna la place où reposait son 
corps avec ceux de son fils Habib, de Nicodème et du dia- 
cre S. Etienne. Il lui révéla en même temps que le corps 
du premier martyr avait été jeté à la voirie sur l'ordre du 
prince des prêtres, mais que lui, Gamaliel, l'avait fait 
transporter et enterrer dans sa villa, à Caphargamala. 
Lucien était chargé d'avertir l'évêque Jean de ne pas lais- 
ser plus longtemps les saints corps cachés clans ce tom- 
beau. Trois fois la vision se renouvela, et l'évêque Jean 
de son côté reçut un message céleste ; de même un moine 
nommé Migetius, à qui fut indiqué l'endroit précis de la 
sépulture. Là dessus, on fouilla le sol, et une pierre tom- 



1 Ibid., p. 3^ : Cognovimus tamen a custodibus loci ipsitts qiiod a 
parentibus suis Mis tradition sit non discedere de loco Mo per omnem 
generationem et progeniem suorum, co ijuod thesauri magni in eodem loco 
positiessent. 

1 I;I IL. 7850-56. Pour la bibliographie du sujet, voir E. v. Dob- 
sciiiii/, ( kristusbilder, p. 117 ■". 
13) Ad. V. 34; XXII, 3. 



DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 97 

baie apparut avec les quatre noms en hébreu écrits en 
lettres grecques, puis vinrent au jour les corps, notam- 
ment celui de S. Etienne, dont il ne restait que des os et 
de la poussière. 

Une portion des reliques fut laissée à Lucien, qui rit une 
distribution ; la partie principale fut amenée solennelle- 
ment à Jérusalem et déposée dans l'église de Sion '. 

Il v a longtemps qu'on a démêlé les origines de cette 
histoire *. Une sépulture a été trouvée avec des inscrip- 
tions qui ont conduit à identifier les corps avec ceux de 
S. Etienne, de Gamaliel, de Nicodème, et quelques années 
plus tard, il a été facile de dramatiser la découverte selon 
les idées alors en cours. On n'explique guère que par une 
dévotion très exaltée la faveur avec laquelle ce récit a été 
partout accueilli . et l'on s'étonne qu'on n'ait point suspecté 
les détails de la vision en contradiction avec les Livres 
Saints, et surtout, que l'on ait accepté comme authenti- 
ques certaines reliques que les conditions de la décou- 
verte excluaient expressément, telle l'ampoule de sang 
arrivée à Uzalum, en Afrique 3 , recommandée, il est vrai, 
par une nouvelle révélation. 

De Caphargamala les reliques de S. Etienne furent 
envoyées en beaucoup d'endroits. Lucien avait reçu de 
membris sancti parvos articulos et terrain cumpulvere, ubiomnis 
eius caro absumpta est. C'est à ce trésor que puisa Lucien 
pour fournir ses amis *. Les premières reliques furent 

(1) Epistula Luciani, 2-9, P.L. t. XLI, p. 809-815. Les rapports entre 

les divers documents concernant cette invention, parmi lesquels une 
homélie de S. Basdc de Séleucie, devraient être établis. Nous ne pou- 
vons ici entrer dans le détail. 

i) Cf. Analecta Bolland. t. XXVI. p 106. 

5 De miraculés S. Stephani, I, 1, P. L. t. XLI. p. 834. 

4 Epistula Luciani, 8, 9. 

Cuit. Mart. 7 



98 DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 

portées à Minorque par Orose l'année môme qui suivit 
l'invention '. Un peu plus tard il en arriva en Afrique à 
Uzalum : l'évêque les porta à l'église en grande pompe, 
assis sur un char, escorté d'une foule nombreuse et d'un 
brillant cortège de lumières. Elles furent placées in loco 
absidac super cathedram relata m et il se fit des miracles 2 . 
Puis ce fut le tour de l'église de Calama, qui fut pourvue 
par l'intermédiaire de son évêque Possidius ", puis de 
l'église d'Hippone où la piété et le zèle de S. Augustin les 
mirent particulièrement en honneur *. 

Les translations de reliques qui furent la conséquence 
de l'invention de Caphargamala rirent naître toute une 
littérature qui contribua beaucoup à leur célébrité et eut 
une grande influence sur la diffusion du culte de S.Etienne. 
C'est à la même époque qu'il se fait des miracles dans le 
sanctuaire d'Ancône ', où l'on prétendait conserver une 
des [lierres de la lapidation. Mélanie la jeune dépose des 
reliques du saint diacre dans la chapelle de son monastère, 
et elle parle à ses tilles d'un autre monastère qui en pos- 
sède ''. En 460 fut dédiée l'église bâtie à Jérusalem par 
Eudocie ". Ce fut également cette impératrice qui, dès 43g, 
avait apporté à Constantinople des reliques du martyr 8 . 

L'histoire des reliques de S. Jean Baptiste est plus 
ténébreuse encore que les précédentes L'évangile ne dit 

1 Epistula Severi, /'. /.. t. XLI, p. 821-32. 

(2) DemiracuUs S. Stephani, I, 3, /'. L. t. XLI. p. 835. Cf. Auoi -- 
tin, /' civitate Dit. XXII, 21. 

Ai GUS1 IN, /'; civitate Dei, XXII. 2'>. 
4) Auousi in. De civitate Dei, XXII. 20. 

(5) Augustin, Sermo ceexil, /'. L. t. XXXIX, p. 144; ; Scrmo 
XIII, 2, /'''(/., p. 1445. 

(6) Vitu Melaniac iunioris, BHG* 1241,48. 

(7) Vita S. Euthymii, Anai ecta gr m .< \. p. 73. 

(8) M \' ! Chronicon ad an. i39, Mommsen, p. èo ', Théodore 
; l.i ■.. 11 - 1 , II. 64, /'. G. LLXXXVI, p. 216 



DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 99 

point l'endroit où le Précurseur fut décapité sur l'ordre 
d'Hérode Josèphe assure que ce fut à Machéronte, et cette 
indication ne se heurte à aucune invraisemblanee '. Il 
n'en est pas de même de la tradition qui plaçait son tom- 
beau à Sébaste. On sait que les disciples de Jean emportè- 
rent son corps et l'ensevelirent. Qui croira que des Juifs 
aient pu confier ce dépôt sacré à des Samaritains ? 
Quoi qu'il en soit, au IV e siècle on prétendait le posséder à 
Sébaste. Sous Julien l'apostat, le tombeau fut violé, les 
on brûlés et jetés au vent. Quelques chrétiens en sauvè- 
rent une partie qu'ils apportèrent à Jérusalem, où un abbé 
Philippe les reçut pour les remettre à S. Athanase. On 
prétend qu'elles fuient déposées dans l'église que Théodose 
ht élever sur les ruines du temple de Sérapis à Alexan- 
drie -. Il se passe dès lors à Sébaste ce que nous voyons 
se renouveler si souvent plus tard dans l'histoire du culte 
des saints. On reprit peu à peu l'habitude d'aller prier au 
tombeau, vide désormais de ses reliques, et on finit par se 
persuader qu'elle^ s'y trouvaient comme par le passé 5 . 
Certains auteurs ont cru expliquer le fait en supposant 
qu'on en avait rapporté une partie '. C'est là une hypo- 
thèse gratuite qui probablement ne répond pas davantage 
à la réalité que dans la plupart des cas de ce genre. 

i Antiq. XVII, 7. 

z Rupin, Hist. eccl., XI, 28. Mommsen, p. 1033-34 ; Théodoret, 
Hist. eccl.. III, 7. 2 ; Philostorge, VII, 4, P. G. t. LXV. p. 541 ; Chro- 
nicon paschale, ad an. 362, Dindorf, p. 546. 

(3) S. Jérôme, Epist. ad Eustochium. 13, P. L. t. XXII, p. S89, 
raconte les voyages de Paula, et à propos de sa visite à Sébaste il 
ajoute: ibi siti sunt Elisaein et Abdias prophetae et, quo maior mter natos 
mulierum non fuit, loannes Baptista. Comparer Comm. m Michaeam, I, 
1, P. L. t. XXV, 1150 : erat quippe in montibus sita ubi nunc Sébaste est, 
in qua et S. Ioannis /> iptistae ossa sunt condita. Et encore, Connu, in 
Osée, I, 1, P. L. t. XXV, p. 825 : lepucmï. in qua ossa Ioannis Bap- 
tistac condita sunt. 

14 Tillemont, Mémoires, t. I, p. 103. 



IOO DEVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 

Il est fait mention d'autres reliques du Précurseur à 
propos d'une église bâtie par le prêtre Innocent au mont 
des Oliviers '. Paulin de Noie dépose de ses cendres sous 
l'autel de L'église de S. Félix -, et parmi les reliques 
venues de Phénicie et de Palestine au temps de Théodoret, 
il v en avait de S. Jean Baptiste 3 . 

Sous le règne de Théodose il est pour la première l'ois 
question du chef du Précurseur. Il était arrivé, on ne 
sait comment, dans le village de Cosilaus près de Chalcé- 
doine, sous le règne de Valens. En 391 l'empereur lui- 
même le transporte à Constantinople, et le déposa dans 
l'église de l'Hebdomon, élevée pour le recevoir '. Ceci 
n'empêcha point de raconter qu'en 452 Emèse fut le 
théâtre d'une suite d'événements surnaturels qui amenè- 
rent la découverte du chef de S. Jean Baptiste dans une 
caverne. Marcel, l'archimandrite du monastère de la 
Caverne, qui fut favorisé de plusieurs visions et présida en 
personne à l'invention de la relique, a laissé de ces faits 
une relation célèbre : \ qui ne fut point reçue partout sans 
itradiction, comme le montre le décret de Gélase. A 
Émèse on ne parait pas avoir douté de l'authenticité de 
la relique malgré la possession de Constantinople ; on con- 
tinua à lui rendre de grands honneurs et Antonin de Plai- 

wcc. vers la fin de VI 1 siècle, l'y trouvait encore ,; . 

Nous n'avons signalé jusqu'ici que des inventions qui 
eurent un retentissi ment durable dans le monde chrétien 



\i)Historia Lausiaca, xliv, Bi rLER, p. 131 : xù fjotp-rùpiov éau- 

Tnïl 8 UIKuîInlll'lKH ((ÙTOÇ, év (il \<il|lUVK KiOTKMlTKl limivvoll TOÙ 

BaimOTOû. 

uni XXVII; I".',. I I M' 1 El . p. - >s " 

( j I ri ïistoria, \\r. S< hulzi . t. III. p. 1246. 

< 1 So; OMi ni . Hist. ed .'., VII, p. 2t. 
BHG*. f : l;l II.. [2gt, \i 

er, Itinera Hierosolymitana, p. 190. 



DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. IOI 

-race aux reliques distribuées lors de la découverte, grâce 
aussi à la publicité donnée à ces événements par des écri- 
vains qui surent se faire lire. Il faut en mentionner d'au- 
tres, connues par de brèves indications des historiens. 

Sozomène place à la fin du règne de Tbéodose (f 395) 
l'invention des prophètes Abacuc et Micbée. Une vision 
lit connaître l'emplacement de leurs tombeaux à Zeben- 
nus, évêque d'Éleuthéropolis '. L T n hagiographe raconte 
que Silvanus, évêque de Philippopolis, puis de Troade, 
vers 425 -, passant par la ville de Scepsis dans l'Helles- 
pont, vit en songe Corneille le Centurion qui se plaignit 
de l'abandon de ses reliques, et demanda qu'on lui dédiât 
un oratoire. On creusa le sol, le sarcophage apparut, et 
une basilique fut construite sur le plan et selon les dimen- 
sions données par le saint lui-même ■"'. 

Sous Théodose le jeune (y 450)011 trouva le prophète 
Zacharie, également aux environs d'Éleuthéropolis, à 
Caphar Zacharia. Un fermier nommé Calimerus, qui ne 
jouissait pas d'une très bonne réputation dans le pays, 
vit, non pas en rêve, mais étant bien éveillé, le prophète 
Zacharie qui lui indiqua dans un jardin, l'endroit à fouil- 
ler et les signes auxquels il reconnaîtrait son tombeau. 
Le corps du prophète apparut en parfait état de conser- 
vation ; à ses pieds était couché un enfant portant les insi- 
gnes de la royauté. Sur la foi d'un vieux livre hébreu, 
on déclara que c'était le fils de Joas '. 

Un autre saint de l'Ancien Testament fut révélé à un 

Sozomène, Ilist. ceci. VII, 29. Cf. Bedae Chronicon, Momm- 
sen, Chronica minora, t. III, p. 300. 

(2) Socrate, Hist. ceci., VII, 7. Cf. Acta SS. febr. 1. 1, p. ^94- 

(3) FassioS. Cornclii, BHG 2 . 371, c. 13, 14. Les chapitres suivants 
racontent l'étrange miracle du sarcophage qui se met en mouvement 
et va se choisir une place dans la basilique. 

(41 Sozomène, Ilist. ceci, IX. 7. 



102 DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 

moine de Palestine qui donna à l'évêque de Carnéas les 
indications nécessaires pour creuser le sol. Au fond d'une 
caverne on lut sur le couvercle d'une sépulture le nom de 
Job. Cette lois le corps ne fut point déplacé, mais une 
église fut construite de manière à ce qu'il se trouvât sous 
l'autel '. 

C'est encore une fois par Sozomène, témoin oculaire 
des fêtes dont elle fut l'occasion, que nous avons connais- 
sance de l'invention des reliques des Quarante martyrs à 
Constantinople, sous l'épiscopat de Proclus (434-437). 
Une certaine Eusébia, qui appartenait à la secte des 
Macédoniens, s'était fait enterrer avec ces reliques, en 
recommandant le secret à tout le monde. Peu après, 
Césaire — celui qui lut consul en 397— fit bâtir précisément 
en cet endroit une église dédiée à S. Thyrsus. Ce martyr 
apparut trois fois â Pulchérie, sœur de Théodose, pour 
lui indiquer la cachette mystérieuse qui abritait les restes 
des Quarante martyrs et lui donner l'ordre de les faire 
transporter auprès de son corps, afin de leur assurer les 
mêmes honneurs. La troupe des quarante soldats, vêtus de 
robes blanches, apparut également à la princesse. Là des- 
sus on va aux informations, on creuse, et on finit par 
découvrir dans le cercueil d'Eusébie deux boîtes d'argent 
renfermant les reliques désignées. On les mit dans une 
châsse précieuse qui fut portée en grande pompe à côté 
du martvr Tlivrsus -'. 



(1) Silviae peregrinatio, if>. Geyer, p. 50. 

i) Sozomène, ///.s/, eccl., IX, 2. Le Cltronicon paschale (Dindorf, 
p 590 ), rapporte somma ire menl le mêmi Fait. Il ajoute : ko) àv€bouV|- 
mi/tm im'thiv oîkov Kuj tiûv téixuiv tijjv Tptuaon,a(u)v Koucmpioç 
Bttotoç K'<i ëiropxoç. Comme on le voit dans Sozomène, Césaire con- 
struisit l'église de S. I h\ rse dans laquelle les 1 eliques des XL martyrs 
furent plus tard vénérées. 



DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 103 

Il faut rappeler encore l'apparition de S. Barnabe dans 
L'île de Chypre (458) suivie de L'invention de son corps, 
invention d'autant [Mus suspecte qu'elle vint à propos 
trancher une querelle de dépendance entre le métropolite 
de Chypre et le patriarche d'Antioche. Le corps de l'apô- 
tre apparut intact, ayant sur sa poitrine L'évangile auto- 
graphe de S. Matthieu '. 

Lors du passage de Pierre l'Ibérien (| 485) à Orthosias, 
en Phénicie, non loin de Tripoli, on signale clans cette loca- 
lité la révélation faite à un jardinier, des martyrs Luc, 
Phocas et Roman us '-'. 

A Zorava, en Trachonitide, une inscription, datée de 
515, raconte l'apparition où kuG' uttvov àX\à cpavepwç, de 
S. Georges, toû KaMivkou orpou uàpTupoç reiupYÎou, à un 
nommé Jean, fils de Diomède. Elle eut pour conséquence 
la construction d'une église, dans laquelle fut placé le 
tombeau de S. Georges, le grand S. Georges -ans doute, 
dont on a toujours cru posséder le corps dans autre 
église 3 . 

En 529 furent découvertes, près de Gindaropolis dans la 
Syrie Première, les reliques d'un martyr Marinus, dont la 
sépulture avait été montrée en songe au périodeute de la 
région. On transporta le corps, qui fut trouvé transperce 
de clous, à Antioche, dans L'église de Saint-Julien '. 

Les révélations de reliques sont bien moins fréquen- 
tes en Occident. Après celles de Milan, la plus importante 
est, incontestablement, celle des martyrs d'Agaune, qui 



(1) Nous avons indiqué les principales sources clans nos Saints de 
Chypre. Analfxta Bolland., t. XXVI, p. 235-236. 

i2> R. Raabe, Petrus dey Iberer (Leipzig, 1895), p. 100-103. 

Lebas-Waddington, Inscriptions de Syrie, 2498. Cf. Anal. B 
t. XXVIII, p. 197-98. 

(4) Malalas, Chronogr. XVII, Dindoki-, p. 452. 



ï 



I>>4 DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 

furent montres à l'évêque d'Octodurum Théodore (vers 
390). Les détails saillants font défaut '. Grégoire de Tours 
après avoir raconté que les corps des martyrs de Lyon 
axaient été brûlés, puis jetés dans le fleuve, ajoute que les 
martyrs se montrèrent à de pieux chrétiens au lieu même 
où ils avaient été livrés aux flammes et leur adressèrent 
ces paroles : Rdiquiae nosirac ab hoc collcgantur loco, quia 
nullus periit a nobis. On recueillit ces cendres sacrées, qui 
furent déposées dans la basilique élevée en l'honneur des 
martyrs '-'. Le contexte semble indiquer que la révélation 
suivit de près la mort des victimes. Ce n'est pas à ce 
moment que l'on put songer à leur élever une basilique ; 
et S. Augustin, qui n'ignore pas jusqu'à quel point les 
païens ont poussé l'acharnement, ne sait rien de cette 
basilique ni de la vision réparatrice r '. 

On compte dans les Gaules, au témoignage de Grégoire, 
quelques inventions de reliques qui se tirent dans des cir- 
constances miraculeuses. S. Bénigne près du Castrum 
Divionense était si peu honoré comme martyr au temps 
de l'évêque Grégoire de Langres (506-540), que les gens 
(ki pays, et l'évêque tout le premier, regardaient son sar- 
cophage comme une tombe païenne. Une série de prodiges 
manifesta la sainteté de Bénigne, et une basilique fut 
élevée au-dessus de la crypte '. La découverte de S. 
Eutrope à Saint. . 1 1 lie de S. Amarand aux environs 
d'Albi se lit dans des conditions analogues '. l'n S. 
Génésius, distinct de celui d'Arles, lit connaître le lieu de 
sa sépulture à un paysan près du Tigernense Castrum \ 

(1) M. G., Sa iptores rer. merov., t. II, p. 20. 

(2) In gloria martyrum, xu ni. 

(3) Ai gi riN, De opère monachorum, vin, /'. G. XL, p fioo. 
(41 Grégoiri db Tours, In gloria martyrum. l. 

(51 In gloria martyrum, i.v. j.vi. 
(6) In gloria martyrum, i.xvi. 



DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 105 

L'évêque de Vienne Mamert. qui retrouva, dans des 
circonstances difficiles à démêler, le corps de S. Ferréol 
avec la tête de S. Julien ', est comparé par Sidoine 
Apollinaire à S. Ambroise : ttbi soli concessa est post avortait 
menioriam vel conf essorent Ambrosium, dttorunt martyrum 
repertorent, in partions orbis occtdni martyris Ferreoli soltda 
translatio adiecto nostri capite Iuliani "-'. 

L'évêque de Spolète Spes, prédécesseur ou successeur, 
on ne sait au juste, d'Achille % qui occupait ce siège en 
419, fit connaître à ses fidèles le martyr Vital : Spes episco- 
pns Det servi/s sancto Vttali martyri a se primum invento 
altaris honorent fecit 4 . De même l'évêque Fulgence 
d'Otricoli, au temps de Totila, roi des Goths :; , décou- 
vrit un S. Victor : Iubante Deo Ftd^enittis episcopus invento 
corpore beati martyris Victoris in Christi nomine super altarem 
constrttxit 6 . 

L'église d'Afrique ne nous a laissé aucun récit d'inven- 
tion de reliques avant eu lieu dans cette province où le 
culte des martyrs fut si florissant. N'en concluons pas 
qu'elle n'a pas été touchée par la contagion générale. S. 
Augustin a l'air dédire, non sans hyperbole, que le cas 
des reliques de Milan et de Caphargamala est banal. « Le 



(1) Grégoire de Tours, \'trtut. S. Iuliani, 11. D'après les informa- 
tions recueillies par l'évêque sur les lieux, S. Ferréol et S. Julien 
étaient déjà honorés auparavant à Vienne. Grégoire raconte aussi, In 
gloria mari., lu comment fut trouvé le corps de S. Mallosus apud Bcr- 
tunensim oppidum. Il y avait là un oratoire dès avant l'invention. 
2 Bpist. VII. I, LUETJOHANN, p. 104. 

131 De Rossi, Bullettino, 1871, p. 112-120, pense que l'évêque Spes 
ne peut appartenir à la période des persécutions ni avoir vécu après le 
milieu du V* siècle. 

. CIL. XI. 4967. Suit une inscription métrique : Martyris hic locus 
est Vitalis nomine vero etc. Bucheler, Carmina, 1S01. 
5 De Rossi, Bullettino, 1S71. p. 123. 
(6) Mai, Scriptorum veterum nova coll., t. V, p. 76. 1. 






106 DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 

corps de S. Etienne, dit-il, est demeuré caché jusqu'à 
notre époque ; récemment il est apparu, comme les corps 
des saints martyrs ont accoutumé d'apparaître, par révé- 
lation de Dieu, lorsque le Créateur l'a jugé bon. C'est ainsi 
que. il y a quelques années, se sont montrés les corps des 
saints Gervais et Protais ' ». 

On est étonné d'entendre le grand docteur s'exprimer 
de la sorte, lorsque les conciles contemporains se mon- 
trent si réservés ou pour mieux dire, si sévères en matiè- 
re de révélations de reliques. Le décret du concile Afri- 
cain de 401 - permet à la fois d'apprécier l'état d'esprit qui 
régnait dans cette province et le jugement que l'église por- 
tait officiellement sur les mystiques qui prétendaient avoir 
des lumières spéciales pour introduire des nouveautés en 
matière de culte. On élevait un peu de tous côtés dans les 
champs et le long des routes des autels tanquam niemoriac 
mariyrum. S'il est prouvé qu'ils n'abritent aucun corps de 
martyr ni aucune relique, l'évêque du lieu est invité à les 
faire disparaître. Si on craint d'ameuter le peuple en 
allant jusque là, il faut engager les fidèles à ne pas fré- 
quenter ces endroits pour ne pas se rendre coupables de 
superstition. Les memoriae martyrum ne peuvent être 
légitimement établies que là où se trouve un corps, ou une 
relique certaine, mit ubi origo alicuius habitationis, vel posses- 
siotiis vel passions /nlelissiina origine traditur, c'est-à-dire, si 
je comprends bien, là aussi où une tradition sérieuse loca- 
lise la maison, une propriété, le lieu d'exécution d'un 
martyr. Tout le reste est proscrit, et le décret ajoute 
cette disposition spéciale pour les nombreux monuments 



1 Sermo cccxvin, 1, P. /.. t. XXXVIII, p. 1438. 
(a) F. Maassen, Geschichte der Quelle n und der Litcratur des canon i- 
schen Redits, p. 161-63. 



DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 107 

qui devaient leur origine à une révélation : Nam quac per 
somnia et per inanes quasi revelationes quorumlibet hominum 
ubique constituuniut altaria, omnimode reprobentur '. Sages 
paroles et bonnes à entendre dans un pays où l'on était 
obligé de dénoncer à la réprobation publique des aventu- 
riers portant l'habit monastique, gens sans aveu, qui 
offraient en vente des ossements qu'ils taisaient passer 
pour des reliques de martyrs *. 

En Egypte, vers le milieu du V e siècle, on cède à de 
semblables entraînements. Le moine Shenouti s'élève con- 
tre ceux qui viennent dire : t Les saints martyrs nous ont 
apparu et nous ont dit que leurs os étaient cachés dans un 
certain endroit ». Je les ai convaincus de leur erreur, 
ajoute le célèbre ascète. Et û nous apprend que, en démo- 
lissant des constructions ou en extrayant des pierres, s'il 
arrive qu'on rencontre quelque chambre sépulcrale avec 
des sarcophages, il se trouve aussitôt des gens pour dire 
qu'il v a là des martyrs X'a-t-on donc jamais enterré que 
les martyrs ? » leur demande-t-il avec beaucoup de bon j 
sens 3 . 

Combien nous sommes loin de la sévérité romaine, et 
comme la simple observation des lois et le respect de la tra- 
dition des églises auraient été une sauvegarde autrement 
efficace de l'authenticité des reliques et de la dignité du 
culte que toutes les mesures que l'on put prendre tardive- 



(1) Mansi, Concilia, t. III, p. 971 ; Décret de Graticn, c. 26, D. I. de 
Consécration*:. 

2 Augustin, Dé opère monachorum, xxvin : tammultos hypocritas 
sub habitu monachorum usqitequaqitc dispersit, circumcuntcs provincias, 
nusquam missos, nusquam fixos, nusquam stantes, nusquam sedentes ; alii 
membra martyr um, si tamen martyrum, venditant, alii cet. P. L. t. XL, 

P- 575- 
(31 G. Zoega, Catalogus codicum copticorum qui in museo Borgiano 

Vclitris adservantur (Romae, 1810), p. 424. 



A 



Io8 DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 

ment. On ne fut pas longtemps à s'apercevoir des inconvé- 
nients qu'entraînait la licence en ces matières. C'est dans 
la loi même où Théodose et ses collègues (386) rappellent 
les anciennes prescriptions relatives au déplacement des 
cadavres que sont condamnés les abus les plus criants 
qui se produisirent à cette époque : Humatum corpus nemo 
ad altérant locum transférât ; nemo martyrem distrahai, nemo 
merceiur 1 . Pouvait-on mieux marquer la corrélation que 
l'on mettait entre la translation, la distribution et le com- 
merce des reliques ? 

A côté des protestations formelles que nous avons rap- 
pelées plus haut, il faut noter aussi certains indices de 
défiance se produisant dans les milieux qui semblaient le 
moins accessibles à ce sentiment. Que signifient, par exem- 
ple, les détails minutieux donnés par S. Basile à S. Am- 
broise dans la lettre qui lui annonce le retour à Milan du 
corps de Pévêque Denys ? Quelle surabondance de pré- 
cautions pour qu'aucun doute ne subsiste sur son iden- 
tité : Il n'y a qu'un seul cercueil, cpii ait reçu ce saint 
corps ; aucun autre cadavre ne reposait à proximité; la 
sépulture fut solennelle; les honneurs dûs aux martyrs 
ont été rendus. Les chrétiens qui l'avaient hébergé et qui 
l'ont enseveli alors de leurs propres mains l'ont également 

enlevé cette fois Ceux qui ont fait la remise du corps 

ont montré leur piété : ceux qui l'ont reçu, un soin 
extrême. Il n'y a nulle part ici ni mensonge ni tromperie, 
nous nous en portons garant. Croyez bien que c'est là la 
simple vérité » -'. Ce luxe de détails et ces protestations 
répondent à des dispositions qui n'était pas celles d'une 
confiance absolue. La première annonce de l'arrivée des 



1 ( od. Theodos. P. IX. tit. 17. 1. 7. 

■ I.- m. Epist. 197, P. G. t. XXXII. p. 718-13. 



DÉVELOPPEMENTS DU CTLTE DES MARTYRS. IOQ 

reliques de S. Etienne en Afrique fut accueillie, semble- 
t-il, avec une certaine incrédulité, et l'évêque d'Uzalum 
Evodius nous rapporte le propos d'une religieuse qui 
s'écria : < Et qui sait si ce sont de véritables reliques de 
martyrs ? » Il est vrai qu'une vision eut promptement rai- 
son de ses hésitations '. lien fut de même de l'illustre 
ascète Jacques, l'ami de Théodoret. Lorsqu'on apporta 
dans le pays des reliques de S. Jean Baptiste, il se prit à 
clouter si elles étaient bien du précurseur et pas plutôt de 
quelque autre martyr du nom de Jean. S. Jean Baptiste 
vint lui-même le rassurer -. 

D'ailleurs, de notables confusions menaçaient de se pro- 
duire. Lorsque le corps de S. Paul, évêque de Constanti- 
nople, fut ramené clans la capitale et qu'on lui eut dédié 
une église, les bonnes femmes et le populaire en général 
se persuada qu'on avait reçu le corps de l'apôtre S. 
Paul ". Nous n'insisterons pas sur les erreurs fatales 
qu'occasionna l'abus de langage mentionné par Théodoret. 
Il suffisait qu'une basilique possédât quelques menues par- 
ties du corps d'un saint pour qu'on se crût autorisé à dire 
que ce saint y reposait, tout comme si on avait son corps 
entier*. On s'explique de la sorte que plus tard les pèle- 
rins aient pu citer plusieurs églises comme dépositaires 
d'un même corps saint, et le dédoublement d'un même 
personnage parles hagiographes nous apparaît, dans cer- 
tains cas, comme une erreur inévitable. 

Parallèlement au phénomène d'expansion qui multiplie 
pour ainsi dire le tombeau du martyr nous voyons égale- 

(1) Miracula S. Stephani farta L'zali, I, 1, P. L. t. XLI, p. S34. 

(2) Théodoret, Religiosahistoria, xxr, Schulze, p. 1246. 
Sozomènb, Hist. eccl., VII, 10, 4. 

41 Plus haut, p. 75. 



IIO DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 

ment la célébration de la fête franchir peu à peu les étroi- 
tes limites où elle était primitivement confinée. Au début, 
chaque église honorait ses propres martyrs à l'exclusion 
des autres ; c'était pour chaque communauté une série 
d'anniversaires de famille. Déjà, dans la première moitié 
du IV e siècle, on constate des emprunts à des églises 
étrangères. La Depositio martyrum romaine enregistre au 
7 mars Perpetuae et Feliciiatis Africae, au 14 septembre 
Cypriani Africae.'Lt calendrier de Carthage, qui, il est vrai, 
est bien postérieur, montre qu'il y eut réciprocité. Ce 
n'est d'ailleurs pas seulement à Rome mais à beaucoup 
d'églises voisines ou même lointaines que Carthage 
s'adressa pour compléter son calendrier. Dans le martyro- 
loge grec antérieur à 411, dont le martyrologe syriaque 
bien connu est un abrégé, il y a des traces nombreuses 
d'anniversaires. Plusieurs martyrs y ont des commémo- 
raisons en divers endroits, et, ce qui est à noter, parfois 
à des dates diverses. Le groupe Cosconius, Zenon, Méla- 
nippus est attribué à Nicée le 19 janvier, à Nicomédie le 
2 septembre, à une ville indéterminée le 23 février. Le 
prêtre Lucien apparaît le G janvier à Hélénopolis ', le 7 à 
Nicomédie, le 19 novembre probablement à Antioche. Les 
XL Martyrs sont indiqués au 9 mars sous la rubrique In 
Armenia Sebastia ; ils reparaissent au 27 août avec la men- 
tion vague et alibi -. S.Grégoire de Nazianze prononce 
un panégyrique le jour de la lète de S. Cyprien, proba- 
blement à Constantinople, certainement ni à Carthage ni 
à Antioche ». L'église de Noie célébrait le natahs de S. 

(h Coi ;iinsi <|u'il faut lire clans le martyrologe syriaque et non 
iv 'HXioutrôXei. 

(2 Dans le martyrologe hiéronymien. 

[3)Oratioin S.Cyprianum, P.G. t. XXXV, p. 1169-93. Nous citons aussi 
Antioche, parce que, comme on sait, l'orateur a confondu le S. Cyprien 



DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. III 

Priscus de Nocera '. En Syrie on taisait annuellement la 
fête des martyrs Persans -. Certains saints arrivent bien- 
tôt à être honorés presque partout, tel S. Vincent, dont 
S. Augustin affirme qu'il était fêté dans le monde entier 3 . 

La communication des anniversaires devint plus fré- 
quente à mesure que se resserrèrent les liens qui unis- 
saient les diverses communautés. On comprit que la gloire 
d'un martyr rejaillissait sur l'église entière, et le dévelop- 
pement du culte des martyrs devint bientôt l'affirmation 
la plus concrète de sa catholicité. Xaturellement,les trans- 
lations, le partage et les distributions des reliques, comme 
aussi la fiction qui assimilait un objet sanctifié par le con- 
tact du tombeau aux reliques elles-mêmes, tout cela 
favorisa le mouvement qui tendait à enlever au culte son 
caractère local. On faisait la fête du saint dont on possé- 
dait une relique ou un souvenir, et on lui bâtissait une 
basilique. Dès l'année 354, en Syrie, on signale — en sup- 
posant exacts les calculs des épigraphistes — une basili- 
que dédiée à un saint appartenant à une autre église. 
C'est, à Eïtha, la basilique de S. Serge martyr de 
Rosapha '. 

Nous avons vu que la fête ne se célèbre pas nécessaire- 
ment à la même date dans toutes les églises. 11 est à présu- 

de l'histoire et celui de la légende, ce dernier, localisé à Antioche. Il 
s'agit d'une commémoraison annuelle : oî ttûvtujv liûWov tùv uvbpa 
eauudlovTeç kcù tcûç bi' étouç tiuûjvtcç ^kêÎvov ti.uuÎç tê kuî tra- 
viyfûpeai. 

1 1 Paulin de Nole, Carmen XIX. 516, Martel, p. 136. 

121 Théodoret, Religiosa historia, xxiv : l\^\ bè vûv Kai udp- 
rupaç ôuocpôpouç, trapu TTépaaiç ,uêv n.-fuuviap.évouç éTiioioiç bè 
iravi-ifûpeai irap' n.uûjv Tiuwuévouç. Schclze, p. 125g. 

(3) Sermo cci.xxvi, 4, P. L. t. XXVIII, p. 1257 : Quac hodie regio, 
qm.viprovincia ulla, quousque vcl Romunum imperium vel christianum 
nomen extenditur natalem non gaudet celebrare Vincentii ? 
4 Leba^-YVaddington, Inscriptions de Syrie, 2124. 



112 DEVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 

mer que là où on se contentait de commémorer le martyre 
on adoptait la date de l'église mère, comme on le lit à Rome 
pour S u Perpétue et pour S. Cyprien. Lorsqu'il y avait 
transport de reliques, il en était sans doute autrement. Le 
jour de la déposition des reliques était inscrit comme une 
date à garder, et devenait une sorte d'équivalent de la 
première depositio. 

Les inscriptions africaines mentionnent assez souvent 
la date de la cérémonie : positae sunt reliquiae sancti Iuliani 
et Laurentii cum sociis suis per manus beati Columbi episcopi 
sanctae ecclesiae Xicivensis... sub pridie nonas octobres ' ; hic 
memoriae sancti Iuliani depositae sunt III idus septembris - ; 
memoriae sanctorum martyrum Laurenti, Ippoliti, Eufimiae, 
Minnae et de cruce domini, depositae die III nonas februa- 
rias z ; hic benerandae reliquiae beatorum martyrum Moenae 
et Sebastiani depositae inpace sub die III idium novembrium l . 
On ne s'exprimerait pas autrement s'il s'agissait de la pre- 
mière sépulture. Les dates rappelées dans ces inscriptions 
ne sont point, on le voit, celles des anniversaires tradition- 
nels. Il n'y a d'exception que pour la dernière. On avait 
sans doute choisi le jour d'un des deux martyrs S. Menas, 
donl la tête tombe le n novembre, pour la cérémonie de 
l'introduction des reliques. Sainte Thècle avait à Dalisan- 
dos un sanctuaire important. La tète s'y célébrait évidem- 
ment à une autre date qu'à Sélcucie, comme il faut le 
conclure d'un étrange récit qui a pris place dans le 
recueil des miracles de la saint<- '. La tète instituée dans 



ii P. Mmm eaux, Enquête sur l'épigraphie i lue tienne d'Afrique, n. 279. 
2 Muni 1 w ., Enquête, n. 284. 
(31 Muni 1 m •., / nquête, n. 207. 
(4: Monceaux, Enquête, n. 240. 
15) Basile de Si u i < ie, Miracula S. Theclae, II, 2, P. G. t. LXXXV, 

p. 581. 



DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 113 

le domaine de la famille de S. Grégoire de Nysse près 
d'Ibora en l'honneur des XL Martyrs à L'occasion de la 
déposition des reliques ne coincidait évidemment pus avec 
l'anniversaire consacré '. Le saint aurait-il sans cela 

songé à se plaindre de ce qu'on n'eût pas choisi une autre 
date mieux à sa convenance ? 

Les martyrologes locaux s'enrichissent donc d'abord 
de commém» «raisons de martyrs étrangers, et à ce point 
de vue les martyrs dont le culte s'introduisit par la voie 
exceptionnelle — comme les SS.Gervais et Protais — pri- 
rent le même rang que les anciens. Mais on ne s'arrêta pas 
clans cette voie. Un pas important fut l'ait lorsque l'on com- 
mença à célébrer, à côté des anniversaires des martyrs, 
ceux des évéques. Il était bien naturel que la communauté 
pavant un tribut d'honneur à ses membres les plus illus- 
tres, ceux qui avaient verse leur sang pour la vérité, 
n'oubliât pas ceux qui avaient été ses pères dans la foi. 
Aussi voyons-nous la plus ancienne Deposilw martyrum 
accompagnée d'une Depositio episcoporum où les dates ne 
sont pas moins soigneusement enregistrées, et destinée 
certainement à une commémoraison liturgique. Le mar- 
tyrologe d'Antioche, tel qu'il nous est livré par l'abrégé 
syriaque, fusionne également les deux listes, et l'on 
se souviendra qu'un texte célèbre, déjà cité, mentionne 
deux séries de jours fériés propres à chaque église, 
ceux où l'on fête les martyrs et ceux où l'on fait mémoire 
des évéques -. 

Beaucoup d'indices permettent de dire que primitive- 
ment la commémoraison des évéques eut un caractère 

m Grégoire de Nysse, ratio II in sanctos XL martyres, P. G. 
t. XLV, p. 784-85. 
(2) Sozomène, Ilist. eccl . V. j,g. 

Cuit. Mart. 



114 DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 

moins solennel que celle des martyrs. Cyrille de Jérusalem 
distingue formellement deux catégories de défunts qui 
sont commémorés au saint sacrifice. Les martyrs appar- 
tiennent à la première ; les évèques à la seconde '. C'est 
peut-être à cause de leur mérite éminent qu'à Antioche, 
par exemple, nous voyons des évêques comme Philogone, 
Mélèce et Eustathe — ces deux derniers pouvaient aisé- 
ment être assimilés aux martyrs — recevoir des honneurs 
spéciaux *, mais ce qui n'était d'abord qu'une exception, 
tendit à devenir la règle générale. A Antioche, comme ail- 
leurs, la distinction ne tarda guère à s'effacer 3 . La 
depositio martyrum, se fond partout avec la depositio episco- 
porum, et jusqu'à la fin du VI e siècle au moins, toute la 
liste épiscopale, exception faite des évêques notoirement 
indignes, forme en général, partie intégrante du mar- 
tyrologe *. 



(i) Catechesis mystagogica, V, 9, P. G. t. XXXIY. p. 1116. Le sacra- 
mentaire Léonicn a gardé la trace de la distinction. Voici, à la suite 
du mois d'octobre, parmi les oraisons super de/unclos, les prières pour 
le repos de l'âme des papes S. Silvestre et S. Simplicius : Deus confi- 
tentium teportîodefunctorum, preces nostras, quas in famuli lui Silvestri 
episcopi depositione deferimus, propitiatus adsume, ut qui nomini tuo minis- 
terium fidèle dépendit, perpétua sanctorum tuorum societatt laetetur. Per. 
— liane igitur oblationem, quacsumus, Domine, placatus intende, quant 
in sancti Silvestri, confessoris et episcopi tui commemoratione suppliciter 
immolamus) ut et nobis profictat huius pietatis a) illum beatitudo 

sempiterna glorifiée t. Per. - Maiestaiem tuant, Domine, supplices exora- 
mus ut anima famuli tut Simplu i episcopi ab omnibus quae humanitllS 
adtraxit exuta, in sanctorum censcatur sorte pastorum. Per. Ch.L.Fei/i oe, 
Sacramentarium Leonianum (Cambridge, r8g6), p. ip. 

en même temps s. Athanase el S. Basile, BHG 8 . 186, 
244-246. 

(3) Le propre d'Antioche tel qu'il est repré [ans le martyro- 

iaque de 411 d'une part, et de l'autre dans le sermon attribué 
à Eusèbe, BHO. 700, esl formé du mélange d'une liste pale avec 

une . mai i\ rs. 

(} Voir par exemple, les listes épiscopalcs gallii le mar- 

tyrologe hiéronymien. Acta SS. nov. t. II, p. [xt.i - .1 m . 



DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 115 

D'autres noms encore allaient presque partout grossir 

k-s listes. Ainsi quelques-uns des plus grands saints du 
Nouveau Testament sont fêtés dans la semaine de Noël, 
S. Etienne, S. Jacques et S. Jean, S. Pierre et S. Paul. 
Nous trouvons déjà ces fêtes établies en Cappadoce clans 
le dernier quart du IY L siècle '. Le martyrologe grec 
d'Asie Mineure les enregistre aussi. A la même époque, 
lement se répand la dévotion aux Machabées, ces pré- 
curseurs des martyrs, et les homélies des Pères attestent 
avec quel ensemble leur commémoraison est célébrée par- 
tout». 

Par une suite naturelle, tous les saints personnages qui 
avaient été choisis par Dieu pour coopérer à la Rédemp- 
tion dans l'Ancien 3 comme dans le Nouveau Testament 
devaient avoir leur place dans l'hommage solennel de la 
reconnaissance de l'église, et nous aboutissons bientôt à 
l'énumération. dans l'ordre hiérarchique, des catégories 
qui sont entrées, à la suite des martyrs, dans les fastes 
ecclésiastiques : les patriarches, les prophètes, les apôtres. 
C'est la formule déjà courante pour Hilaire qui leur 
applique le svmb. disme des s< »mmets : Hi ergo montes patriar- 
charum, prophelarum, apostoloruni, martyntm *. C'est la for- 
mule de S. Cyrille de [érusalem, mentionnant l'ordre des 
commémoraisons : uvii.uoveûouev... ttpujtov TraTpiapxûrv, 
irpocpiiTuijv, ùttootôXujv, uapfûpwv '\ Le temps approche où 
l'objet du culte va une dernière fois s'étendre ; on assimi- 

GriIgoire de Nysse, Oratio funebris in Basilium, I, P. G. t. XLYI, 

P.7S9. 

Voir Duchesne, Origines du culte chrétien -, p. 265. 

131 Sur les fêtes des saints pei Ancien Testament dans 

le martyrologe hiéronymien, Du< hesne, dans Act. SS. nov. t. II, 
p. [i.xxx . 

(4) Truct.in Psalm. XCVI, P. L. t. XI, p. 873. 

(5 Catechish mystag., Y. 9, P. G. t. XXXIV, p. 1116. 



Il6 DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 

lera aux martyrs les grands ascètes et d'autres personna- 
ges illustres par leur sainteté '. 

Cette nouvelle évolution était inévitable, et fut préparée 
de longue date Elle eut en quelque sorte pour origine 
l'excès même des honneurs réservés aux martyrs. On 
réfléchit que la perfection du martyr consiste moins dans 
le lait de recevoir le coupdela mort que dans la disposition 
d'âme qui l'ait accepter le sacrifice 2 . Ceux donc qui mou- 
raient en prison avant d'avoir versé leur sang ne leur 
étaient pas inférieurs en mérite, et Cyprien donnait 
l'ordre de leur rendre les mêmes honneurs •". On comprit 
que l'héroïsme n'est pas l'apanage exclusif du martyr, et 
Denys d'Alexandrie nous montre les prêtres, les diacres, 
des fidèles aussi, en temps de peste se dévouer au service 
des malades avec la même ardeur que s'il se fût agi d'aller 
affronter la mort au tribunal du persécuteur'. Clément 
d'Alexandrie allait jusqu'à mettre au même rang ceux 
qui observent fidèlement les commandements 5 . On n'était 
que logique en honorant à l'égal des martyrs des évêques 
qui, comme Mélèce, Eustathe d'Antioche. Jean Chrysos- 

Epiphane, Haeres., LXXY, 7, distingue deux classes de per- 
• .11 fait mémoire : les pécheurs et les justes, et à cette der- 
nière il rattache ies pèn . . les prophètes, les apôti 
les évangélistes, les martyrs, lesi onfesscurs, les évêques, les anacho- 
dtvaxwpn,Tûiv k<ù iravrôç toû TÙruuTo -. Dindorf, t. III, p. 

1 2 ( -, prii n, De mortalitate, 17 : confessio cogitaturet martyrium mente 

D 1 indice coronztur.Aliui est mar- 
tyrium anima déesse, alind animo defuisse martyrium. Hartel, p. 308. 
Ailleurs, il invoqu I s trois enfants dans la fournaise. 

:, 2 : Neque enim in tribus putris minor fuit martyrii Ji niitas, 
quia morte frustrata decamino ignis insolumss exierunt. II irtel, p. 695. 
(3) Episl. 12, 1 : 1 mu voluntati et coiifs: in carcere et 

ulis accc.iU et moriendi terminus, consummata martyrii gloria est, 
■ /ne et dits eorum quibus excédent adnot ite '< . Hartel, p. 503. 
}) Dans El , . I list. ceci., VII, 22, 8. 
5 Stromata, IV, 4. 15. 



DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. 117 

t<>me ' avaient souffert pour la foi sans mourir de mort 
violente -'. On ne L'était pas moins en jugeant dignes d'une 
vénération pareille les illustres solitaires qui. après la 
persécution, peuplèrent les déserts et se soumirent à des 
pénitences qui faisaient songer aux tourments des mar- 
tyrs : de même ceux qui comme an saint Martin, joignaient 
à l'austérité de la vie l'exercice de la charité et d'un zèle 
ardent, et en général, tous ceux que la pratique héroïque 
des vertus chrétiennes élevait au-dessus du vulgaire. 

L'assimilation des grands évêques ou des ascètes aux 
martyrs est fréquente clans les écrits des pères avant la 
fin du IV e siècle. Grégoire de Nazianze voit S. Athanase 
en compagnie des patriarches, des prophètes, des apôtres 
et des martyrs qui ont combattu pour la vérité \ et 
S. Basile martyr réuni aux martyrs ses frères '. Sulpice 
Sévère développe cette idée que S.Martin, sans avoir 
enduré les supplices, a souffert un martyre non sanglant : ', 
et S. Jérôme décerne aussi à Paula la couronne du mar- 
tyre, non la couronne de roses et de violettes, mais la 
couronne de lys ,; . 

On pourrait, dans ces textes, et dans d'autres semblables 
ne reconnaître que des formules oratoires. Certains traits 



: Plus haut, p. 114. 

(2) A propos de S. Eusèbe de Verccil et du litre de martyr qu'on lui 
donne habituellement, le P. Bruzza, Iscrizù ni antiche Vercellesi (Roma, 
1874), p. 296-301 a réuni les principaux textes se rapportant à la ques- 
tion qui nous occupe. 

(3) Oratio in S. Athanasium, 37, P. G. t. XXXV. p. 1128. 
Orutio in S. Basilium, So, P. G. t. XXXVI. p. 601. 

5 Epistula IL Halm, p. 143-44. 

Il écrit à Eustochium Epist. CVII, 31 : Mater tua longo martyrio 
coronata est : non soluin enhn effusio sanguinis in confessione reputatur 
sed devotae quoque mentis servitus immaculata quotidianum martyrium est. 
Illa corona de rosis et violis plcctitur, ista de liliis. P. L. t. XXII, 
p. 905. 



Il8 DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. . 

de la vie des premiers solitaires prouve que très tôt, peut- 
être avant le milieu du IV e siècle, on entendait passer des 
paroles aux actes et que l'admiration populaire ne voulait 
refuser à ces grands ascètes aucun des honneurs jusque- 
là réserves aux martyrs. Pour se dérober au traitement 
étrange dont les corps saints étaient l'objet chez les Égyp- 
tiens, S. Antoine, sur le point de mourir (f 356), s'enfonça 
dans la montagne et pria les deux disciples qui l'avaient 
accompagné de l'enterrer en secret et de ne révélera per- 
sonne l'endroit de sa sépulture '. Peu de temps après la 
mort de S. Hilarion (f 371» en Chypre, un de ses disciples, 
Hésychius, vola ses reliques et les emporta en Palesti- 
ne -'. Ce fut l'occasion, pour les habitants du pays, 
d'instituer en son honneur une fête annuelle, qui fut célé- 
brée avec beaucoup de solennité. Sozomène, à qui nous 
devons ce détail, ajoute que les Palestiniens avaient l'ha- 
bitude d'honorer ainsi les hommes vertueux ayant vécu 
clans leur pays, et \\ cite comme exemples Aurélius, An- 
thédonius, Alexion, Bethagaton et Alaphion d'Asulée, 
cinq ascètes de l'époque de Constance \ A la fin du IV e 
siècle et au commencement du V e , les solitaires de Syrie, 
dont Théodoret nous a laissé les biographies, sont l'objet 
des manifestations les plus extraordinaires. On éleva à 
Marcien encore vivant une foule d'oratoires '. Le saint 
en eut connaissance et exigea le serment solennel que le 
lieu de sa sépulture demeurerait caché durant de longues 
années à tous autres qu'à ses proches. Il se passa plus de 
cinquante ans avant qu'on ne se crût dégagé de la pro- 
fita Antonii, 91, P. G. t. XXVI, p. 97a. 
2 Sozomène, Hist. ceci., 111,14,27; Jérôme, Vita Hilarionis, 46, 
P. I t. XXIII, p. 

Sn/o\|l '.F . Hist. Ceci.. III, 14. 28. 

14I Rcli^iosa historia, m : toÛtuj TmMni ui'v ttoâXuxoû ffrpcoùç 
tÙKxnpiouç ébeiuuvxo. ScHULZE, p. 1147. 



DÉVELOPPEMENTS DU CULTE DES MARTYRS. IIQ 

messe. L'ascète Théodose fut transporté en grande pompe 
à Antiochedans l'église où reposait le martyr S. Julien et 
où l'avait déjà précédé le solitaire Aphraate '. Macédo- 
nius, non moins solennellement, alla les y rejoindre -'. 
A la mort de Maron, les villages voisins se disputèrent 
son corps à main armée. Les vainqueurs lui élevèrent une 
grande église et instituèrent une lete en son honneur \ 
Abramès fut conduit à travers Antioche et d'autres villes 
accompagné d'un cortège triomphal, et les licteurs eurent 
fort à taire de protéger le corps contre l'indiscrétion de la 
foule qui voulait lui arracher les habits pour se les parta- 
ger '. Le solitaire Jacques vivait encore lorsque Théodo- 
re t écrivit son histoire, et déjà les voisins lui avaient bâti 
une grande église, tandis que l'évêque avait par deux fois 
lyé de lui préparer une sépulture digne de lui 5 . La 
translation solennelle de Syméon Stylite à Antioche est 
trop connue poui que nous ayons à la rappeler 6 . 



1 1> Religiosa historia, x. p. ngg. 

(2) Religiosa historia, xm, p. 1215. 

(3) Religiosa historia, xvi, p. 12.23. 

(4) Religiosa historia, XVH, p. 1228. 
(51 Religiosa historia. xm, p. 1250. 

16) Vita Symeonis a. Antonio, c. 3?, LlETZMANN, pp. 76, 253. 



CHAPITRE IV. 

L'INVOCATION DES MARTYRS. 

Lorsqu'on réfléchit à la dignité éminente du martyr 
dans L'église, à la place exceptionnelle qu'il occupe dans 
la pensée et bientôt clans la vie du chrétien, et que l'on se 
rend compte en même temps des idées qui ont cours sur 
les rapports des morts avec les vivants, la pratique de 
l'invocation apparaît comme une conséquence Logique des 
principes et des faits. 

Si les marques de respect prodiguées à la mémoire 
des martyrs ne supposent pas nécessairement qu'on leur 
adresse des demandes, si rien ne permet d'en constater 
l'usage dès les premières origines, à telle enseigne 
qu'aucun de nos plus anciens documents hagiogra- 
phiques ne poiie la trace d'une préoccupation de cet 
ordre, la prière au martyr devait jaillir si naturellement 
du cœur des fidèles, que de bonne heure, on n'en peut 
douter, elle s'ajouta, pour le compléter, a l'hommage de 
leur pieuse admiration. 

L'idée d'ici' ides défunts des prières et 

des supplications n'était pas étrangère au* peuples de 
i ultun iqui . 

Des text< br< monl renl qu'ils ne si i ontentaient 

nir les morts pour des êtres sacrés, qui avaienl 

droit à certains hommages des vivants ; ils leur recon- 



I. 'invocation des martyrs. 121 

naissaient quelque pouvoir et imploraient leur assistance. 
Dan- les Choéphores d'Eschyle, Electre supplie les mânes 

son père Agamemnon de taire revenir Oreste de l'exil, 
et ajoute pour elle-même cette prière : Donne-moi un 
cœur plus chaste que celui de ma mère, des mains plus 
pures». Et le chœur des Choéphores prononce cette 
invocation : « bienheureux, qui habitez sous la terre, 
écoute/ cette prière : venez au secours de nos enfants et 
donnez-leur la victoire '. » 

Il faut se rappeler aussi la doctrine si célèbre, depuis 
Platon, qui la met ('ans la bouche de Diotime, sur les 
intermédiaires entre les hommes et les dieux, chargés 
de transmettre aux dieux les prières et les sacrifices des 
hommes, et de porter aux hommes les ordres divins et la 
récompense de leurs sacrifices -. Cet enseignement 
se retrouve fréquemment dans les philosophes qui ont 
suivi 3 , et l'on devine bien, qu'en se répandant, il ne fut 
pas sans avoir des conséquence-. 

Que l'on ne s'imagine point, en effet. que ces conceptions 
restassent confinées dans le domaine de la spéculation ou 
de la poésie. Cornélius Népos fait dire à Cornélie, mère 
des Gracques, dans une lettre qu'il lui attribue : Ubi mor- 
tita ero, parentabis mihi. et invocetbis deum parentem *. Des 
épitaphes, comme celle d'Antonia Severa, montrent que 
l'on demandait aux morts d'intercéder auprès des dieux : 



(i) Chocph. v. 129-141 ; 476-478. 

g] Symf/sos., 23 : kiù -f''-P irâv tô bmuôviov uexaEû èor\ Oeoû re 
kgù Hvi-|toû... Épunveûov kcu biairop9ueûov 9eoîç xà irap' àv0pumwv 
kcù àvBpûmoiç xà uapd riûv uèv ràç ber|0"eiç Km Qvoiaç rûiv 

bè xàç ëiriToiSeiç xe icai àuoipàç tiuv 0u<jhûv. 

(3) Voir les cotes de Wyttenbach sur l'i.ci vrque, De Isidc et Osi- 
ride, 26. 

141 Fragmenta XII. 



* 



122 L'INVOCATION DES MARTYRS. 

Saltem quod superest, oro, scio namque favebis. 
Fiuule preces stibohtm ac votis ittcre i/ostris, 
ut loii^um vitae Uceat transducere tempus '. 

Aurelius Festus dit à sa bru Furcia Flavia : Quant dm 
• cola te, post morùe(m) nescio ; parce matrem tuam et pairem 
et sororem tuam Marinam ut possint iibi facere post me sollem- 
nia '. L'on connaît la fameuse épitaphe de deux sœurs, 
placée par leur père, à la suite d'une vision, ex viso, et où 
on lit cette invitation : Tu qui legis et dubitas mânes esse, 
sponsione fada invoca nos et intelleges \ 

Nous n'insisterons pas sur les prières adressées par les 
anciens aux héros et aux dieux. En cas d'extrême danger, 
le matelot implore l'intercession des Dioscures : 

aura secunda venit 
iam prece Polluas, iam Castor is implorata ', 

et quand un homme pieux va satisfaire sa dévotion dans 
les temples, il ne se contente pas de recommander à la 
divinité ses propres besoins ; il songe à ses proches et à ses 
amis. Titus Servilius, soldat de la troisième légion Cyré- 
naïque se souvient de ses parents en présence du seigneur 
Hermès dans la ville de Pselchi : ' : Antonius Maximus fait 
moire de sa sœur Sabiria devant les dieux honorés dans 



h Bù< in i il'. Car mina latma epigraf>hica, 546, v. 8- 10. On pourrait 
menl rappelci ici, malgré les difficultés qu'elle présente, l'épita- 
phe s ipronius Firmus.CIL. VI. i88iy:... itapeto vos, mânes sanctis- 
simae, commendatum habeatis meum carum et vellitis huit indulgent issimi 
esse horis nocturnis ut eum videam et etiam me falo suadere vcllit ut et ego 
possint dulctUS et ceLruts nj<ut eum pervenire. 
[2 CIL. VI. 1 [IOT. 
I IL. VI. 27 
U Catulle, LWTII 64,65. Cl. II. Usenef dan Rheinischcs 
Musi 11m. N. F., 1. LV 1 1900), p. 2ni. 

DiTTi 11 rqer, Orientés graeci mscriptiones selectae, n. 205: éuvr|- 
qQt\ tuiv Yovéwv napà tûm Kupûu 'Epu f\ ■ 



l'invocation des martyrs. 123 

sa garnison ' : Antonius Longus offre tous les jours des 
prières pour sa mère au seigneur Sérapis -'. 

Ici comme ailleurs l'analogie des pratiques est un abou- 
tissement de l'analogie des principes, et il faut oublier une 
des lois essentielles de l'histoire pour s'étonner de retrou- 
ver, au sein de la religion nouvelle, surtout dans le milieu 
où elle s'épanouit, ce qui n'est que le développement de la 
pensée chrétienne. 

Chez les chrétiens des premiers siècles, on l'oublie par- 
fois, la coutume d'invoquer les âmes des fidèles morts dans 
la paix du Seigneur, s'était fort répandue. 

Nous avons à cet égard de nombreux témoignages, 
d'autant plus précieux, qu'ils ont été recueillis sur les 
tombes mêmes de ceux dont on implore la prière. L'épi- 
graphie romaine est tout particulièrement riche en épita- 
phes de ce genre, et il convient de rappeler les principales. 

Vincentia in Christo petas pro Phoebe et pro 
virginio eius \ 

Gentianus fidelis in pace, qui vixit annis xxi 
mens(e)s vin (lies xvi, et in orationi(bu)s tuis roges 
pro nobis, quia scimus te in Christo '. 

Anatolius filio benemerenti fecit, qui vixit annis 



1 11 Papyrus de Berlin, dans A. Deissmann, Licht vont Osten (Tùbin- 

i,'cn, 19081, p. 121: uvtiuv aou TtoioÛLievoç trapu toîç évôdbe 0eoîç. 

z Papyrus de Berlin, dans Deïssmann, t. c., p. 124: tô TtpoaKÛvn,- 
uà aou TTOiû) Kar' aiKtxaTr\v rjuaipav Trapu tw xupiuj lepriîreiNn. 

(3) De Rossi, Rotna sottertar.ea, t. II. tav. XLVII, 53- — M- (l - Gatti 
a bien voulu nous permettre de consulter les notes recueillies en vue 
de la continuation des Inscriptions christianae l'rbis Romae. Qu'il 
veuille bien recevoir ici l'expression de notre vive reconnaissan 

(4) Musée du Latran, VIII, 15. 0. Maki cchi, I Monumenti dcl musco 
cristiano Pio-Laieranoise (Milano, 1910), tav. LI. 



124 l'invocation des martyrs. 

vu mensis vu diebus xx, ispiritus tuus bene re- 
quiescat in Deo petas pro sorore tua '. 

Pete pro parentes tuos Matronata Matrona, que 
vixit ann(um) i di(es) LU \ 

Aurelius Agapetus et Aurélia Felicissima 
alumne Felicitati dignissimae, que vicsit an(n)is 
xxx et vi e(t) pete pro Celsianu coiugem \ 

CEMNH QPA UPQ TOYQC ; . 

Ianuaria bene réfrigéra et roga pro nos '. 

Attice dormi in pace de tua incolumitate secu- 
rus, et pro nostris peccatis pete sollicitus fi . 

Attice r spiritus tu(u)s in bonu ora pro parentibus 
tuis 7 . 

Sozon Benedictus reddidit an. nobe, berus 
(Christus) ispir it uni in pace, et pet e pro 
nobis \ 

Mereurius Iustae coiugi benemerenti posuit 
quae vixit mecum annis xim mater filiorum vu ex 
quibus reliquit n ; tu pet e tu pe te pro eos ". 



' ' lu Latran, \ III. i .. 

3) M i Latran, VIII, i8. 

i i M lu Latran, VIII, 21. 

.' (• 
5) D . Roma sotterranca, t. III. tav. XXVIII, 22. 

6) De! . Bullcttino, 1894, p. 58. 

■ - M . \cta s. Victorini (Romae, 1740), p. 119. 

D i' t, Bullettino, 1873, p. 71, tav. VI, 1. 
.r.KKiTi, Inscript, antiq. (Romac, 1702), p. 551, n. 30. 



l'invocation des martyrs. 125 

Sabbati dulcis anima pete et roga pro fratres et 
sociales tuos '. 

Iuliane vibas in Deo et ro ga C. Popillius Opta- 
tus Numicia Damalis condiscip. J 

Iulius magister bene merenti Feliciano petat 
pro nobis r> . 

... viNit... ns très... bus x ius pau... cilio dul- 
cissimo li... u eu m Irène et ro ga p ro fratres 
tuos '. 

Victo[ria?]... pete pro ... \ 

... pa rentibus rapt a ... vale nobis ka rissima 
rilia et in ora tionibus tu is roga pro nobis ,; . 

Exuperantia in pace petas p r no(bis) felix T . 

Aiovûcnoç viîmoç dKanoç èv0âbe Keîx(ai) (lictù tujv 
aYiujv • ( uvn(JKea9e bè Kai iiuuùv ev to.îç àfiaiç uiuujv 
TTp(o(J)euxa(î)ç Kai toû -fXOipa^vjTOç Kai toû TpdujavTOç*. 



: Mai, Scriptorum veterum nova collectif), t V, p. 402, 8. L'éditeur 

ajoute cette remarque : cFlorentiae in sacello domus Bonarotiae cum 

ore S. M. Sabbatii reperto a. 1694 in coem. SS. Gordiani et Epi- 

machi. » D'où il résulte que Sabbatius a été regardé à torl comme 

un martyr. 

(2) Muratori, Novus tlicsaurus veterum inscriptionum, 1892, 9. 

(3) CIL. VI. 10012. 

I41 Nuovo bullcttino di archeologia cristiana 189S, p. 233. 

(5 Wilpert, Le pitture dslle catacombe romane, (Roma, 1903), p. 420. 

(6) Nicolai, Délia basilica di S. Paolo • Roma, 1S15), p. 213. Les sup- 
pléments sont de De Rossi. 

(7) Bosio, Roma sotterranea, p. 214 ; De Rossi, Bullettino, 1881, p. 65. 
Voici une autre inscription du cimetière de Priscille restituée par De 
Rossi, ibid. :[... dulcis \ anima... [vivas 1 \nter sanc'tos et in orat\ioni- 
bus [tuis petas pro nobis], 

(8 CIG. 9574- 



126 l'invocation des martyrs. 

Hic quiescit ancilla Dei que de sua omnia 
possedit domum ista(m) qu(a)m amice deflen t 
solaciumque requirunt, pro hune unum ora sub- 
olem quem superistitem re li quisti... '. 

Marine im mentem nos habeto duobus -. 

... vixit annis xvn menses un ... prestes in ora- 
tionis tuis ut possit amartias meas in(du)lgere. 
Te in pacae ! . 

nunc, veniente Deo, nostri reminiscere, virgo, 
ut tua per dominum praestet mihi facula lumen 4 . 

hic requiescit ... et in pace aeternam et oret' — 

AvUTÔ\l[€], flJHÛlV TTpOITÔTOKOV TeKVOV, ÔCTTtÇ f]jU£ÎV 

èbôUnç TTpÔÇ oXifov xpôvov, eùx ou UTTèp rijutûv ,; . 

KaT^ûBecnç) xfj irpô if' KuX(avbuùv) iouv(iwv) Airfév0e, 
Zx|(Taiç èv K(upiiti) K(/i èpuuTa ùîrèp v]|uwv 7 . 

... ibûu [u Jiûj 0i\n)uovi [kgiJXwç êxr| bùuu ueià 

[tûjvJ ■fov(é)oiv • eùxou ùrrèp rjjjuwv peià tJwv cbfiujv 8 . 

lujou T6Kviov \l\)q èv Oew] kuî juéxpi [tiîç £ujfjç; 
\xov eùxouj Tiepi èpoû Kai irepl ..." 

ii De Rossi, Inscriptions* christianae Urbis Romae, t I, n. 288, 
datée de l'an 380. 

1 11 Rossi, Bullettino, iN<j2, p. 114. Ci'. Wilpert, dans Rumische 
Quartalschrift, t. XX (1906), p. 19. 

3 I>i Rossi, Roma sotterranea, t. III. p. .144-45. 
. [hm, Damasi epigrammata, co, 
15 Di Rossi, Inscriptiones christianae urbis Romae, t. I, n 1123. La 
date de Tins, ription se place entre 560 et 578. 
CIG. 9545. 

(7)CIG.6973- 

(8) O. Marucchi, Epigrafia cristiana, 113. 

. 1 sotterranea t. II, p 276, tav. xlvii, 25. 



l'invocation des martyrs. 127 

iùutuTTTjijj |ur|Tpi KanaviMm ... ai èpfOTTOiw eùxofu 

UTTtp llULÙVj '. 

'Pwun. è[v]8âbe KeÎTai ■ amicre 'Pwun, imtp twv 
tékvwv (Jou Kai toû av6|)ôç '-'. 

Nous pourrions aisément multiplier les exemples, rap- 
peler Grégoire de Nazian/e montrant sa mère Nonna qui 
répond aux prières de ses enfants s , exprimant sa confiance 
dans l'intercession de son père l , S. Jérôme consolant la 
mèrede Blésillapar ces paroles : « Elle prie le Seigneur 
pour vous et m'obtient à moi le pardon de mes péchés, s » 
tandis qu'il adresse à Paula cette acclamation suprême : 
« Adieu. Paula, et soutenez par vos prières la vieillesse de 
celui qui vous vénérait. Votre foi et vos (ouvres vous unis- 
sent au Christ ; en sa présence, vous obtiendrez plus 
aisément ce que vous demandiez ''. » Voici encore 
S. Ambroise adressant cet adieu à son frère Satyre : 
«Quelle consolation me reste-il, si ce n'est l'espoir de vous 
rejoindre bientôt, de n'être séparé de vous que peu de- 
temps, et l'assurance d'obtenir par votre intercession que 
\ous puissiez appeler plus tôt celui qui nous pleure : . » 

111D1: Rossi, Bullettino, 1865, p. 52. 

(2) Wilpert dans Riimische Quartalschrift, t. XX 1906', p. 26, tav. 
v-vi, 8. 

Kai vûv oûpavôGev utf' tTreûxeiui f|ii€Tépoiaiv eùxui\aîç. 
Carm. II. 78, P. G. t. XXXVIII, p. 52. 

(4) Oratio funebris in pat rem : -rreiGouai bi on Kai Tf| Trpea(kia 
vOv uûMov f\ TrpÔTepov tq biba<?Ka\iu oaai Kai uâXAov ÉTfilei 
Oetù ràç auniaxiKÙç irebaç àîroaciaduevoç. P. G. t. XXXV. p. 990. 

15 Epist.xxv, P. L. t. XXII. p. 473: Pro te dominum rogat mihique 
vcniam impetrat peccatorum. Voiraussi Bpist. 1 (ad Heliod.) ; tune ctpro 
nu rogabis qui te, ut v'mceres, incitavi. P. L. t. c, p. 348 ; Iîpist. lxw, z, 
P. L. t. c, p. 686. 

(6) Epist. cvm, ^, P. L. t. XXII, p. 906. l'aie, Paula, et cultoris lui 
ultimam seneetutem orationibus iuv.i. I-'iJes et opéra tua Christo te 
sociant, praesens facilius quod postulabas impetrabis. 

7 De ex essufratris Satyrî, IL 135, P. L. t. XVI, p. 1354. 



128 l'invocation des martyrs. 

Ces citations suffisent amplement à démontrer que 
l'invocation des âmes des défunts était une pratique cou- 
rante. Or, les morts auxquels montent ces prières ne sont 
point des martyrs ; ils sont du commun des fidèles. S'il 
est vrai qu'il y a parmi eux des enfants, on constate 
aisément que ce n'est point le grand nombre ; ces défunts 
sont de tout âge, et on peut le croire, de toute condi- 
tion. Mais il faut remarquer que ceux qui les implorent ne 
sont pas des chrétiens quelconques. Ce sont leurs parents. 
le père, la mère, le lils, le frère, l'époux, ou généralement 
ceux qui ont fait graver l'épitaphe. 

Si la coutume persista longtemps, il est à noter que les 
repères chronologiques fournis par l'étude des catacom- 
bes romaines permet de la faire remonter très haut ; ce 
sont les cimetières souterrains, et non leurs régions les 
moins anciennes qui en ont fourni le plus grand nom- 
bre '. L'invocation des âmes bienheureuses n'est donc 
point une pratique d'introduction récente et que l'on 
aurait vu naître aux âges de la paix. Seulement, elle tend 
de plus en plus à se restreindre aux martyrs. Ici encore 
l'épigraphie nous apporte de nombreux témoignages. 

Domina 1 ïassilla commandamus tibi Crescenti- 
nus et Micina filia nostra Crescen que vixit men- 
ées) x et d(i)es... J 

Somno heternali Aurelius Gemellus qui bixit 
an... et meses vin dics xvill mater fiiio carissimo 
benae merenti fecit in pa(ce). (c)onmando Bas- 
sila innocentia Gemelli "'. 

i ( ■. lu Ro si, Bullettino, 1873, p. 72. 
j Musée «lu Latran, VIII, 17. Maki ( cm, tav. LI. 
Musée du Latran, VIII, [6. 



l'invocation des martyrs. 129 

Sancte Laurenti suscepta abeto anim am '. 

Salba me domne Crescentione \ 

Aureliae Mariae puella virgini innocentissi- 
mae... martyres sancti in mente havite Maria 3 . 

Cyriace... ad quietem pacis translata cuique 
pro vitae (testi)monium sancti martyres apud 
Deum et Christum erunt advocati «. 

Santé Suste in mente habeas in horationes 
Aureliu Repentinu \ 

Ippolite in mente Petru... peccatore ,; . 

Refrigeri Ianuarius, Agatopus, Felicissimus 
martyres 7 . 

Refrigeri tibi domnus Ipolitus 8 . 

Sancti Petr(e) Marcelline, suscipite vestrum 
alumnum ». 

Nous ne pouvions négliger ces textes épigraphiques qui 
malheureusement se refusent à un classement chronolo- 
gique, et dont la majeure partie appartient visiblement 

(1) Mommsen, Inscriptiones regni Neapolitani, 6736. 

(2) Marucchi, Guida del cimitero di Priscilla iRoma, 1903), p. 56. 
(31 CIL. V. 1636. 

(4) De Rossi, Bullcttino, 1864, p. 34. 

(5) De Rossi, Roma sotterranea, t. II, p. 17. 

(6) De Rossi. Bullcttino, 1883, pp. 104, 107. 

(7) De Rossi, Bullettmo, 1863, p. 3-4. 

181 Aringhi, Roma subterranea, t. II, p. 60; Reinesics, Syntagma 
inscriptionunt antiquarum. XX. 326. 

191 Davanzati, Notizie délia basilica di santa Prassede (Roma, 17251. 
p. 211. 

Cuit. Mart. 



\& 



130 l'invocation des martyrs. 

à une époque où l'invocation des martyrs est, de l'aveu de 
tous, universellement pratiquée. Les écrivains ecclésias- 
tiques sont ici des informateurs plus précis. Nous n'irons 
pas chercher chez eux, cette fois, la théorie de l'invoca- 
tion des saints, mais l'attestation des laits qu'il nous 
importe de constater. Toutefois, pour bien déterminer la 
portée des témoignages très nombreux épars dans leurs 
traités ou dans leurs homélies — et il ne peut être ques- 
tion ici de les citer tous — nous ferons remarquer qu'au 
point de vue spéculatif il convient de ne pas confondre, 
comme on le fait parfois, les notions d'intercession et 
d'invocation '. 

L'intercession peut être un acte spontané qui ne sup- 
pose pas nécessairement que l'on soit sollicité. Il suffit, 
pour admettre que les saints sont nos intercesseurs 
auprès de Dieu, de savoir qu'ils s'intéressent à nous et 
que Dieu écoute leurs prières. Si l'invocation ne va pas 
sans la croyance au pouvoir d'intercession, elle s'ap- 
puie également sur la persuasion que non seulement nos 
besoins, mais encore nos suppliques arrivent à la connais- 
sance des saints. I! y a corrélation entre les concepts en 
ce sens que l'invocation s'appuie sur l'idée d'intercession, 
mais non réciproquement. La distinction a son importance 
théorique, et il ne serait pas permis d'en faire abstraction, 
s'd s'agissait de rechercher dans les écrits des pères les 



(1) Outre les ouvrages que nous avons déjà indiqu -, nous citerons 

me plus importants pour la connaissance des textes patristiques, 

II. R PercivaLj The invocation of Saints, London, 1896 ; H. M. Luc- 

kock, After f>i<uh, new impression, London, n<>2; A J. Mason, l'ur- 

gatory, the r ul depurted, Invocation <>/ Saints, London, 

igot ; D. Stone, rhe invocation 0/ Saints, new édition, London, 1909; 

' le développement 'l'un article puni dans le Church Qiuirkrly 

janvier, iSjj ; H. F. Stewart, Doctrina Romanensium de 

Invocatione sunctorum, London, 1907. 



l'invocation des martyrs. 131 

éléments d'une métaphysique du culte des saints. Nous 
n'avons ici qu'à établir des faits, et sous ce rapport la 
nuance perd beaucoup de sa valeur. Quand nous con- 
statons comment, dans le culte de leurs morts, les chré- 
tiens passaient logiquement de la croyance à la pratique, 
et que L'idée des bons offices qu'ils pouvaient attendre des 
âmes de leurs proches se traduisait par des recommanda- 
tions et des prières, il faudra conclure que la doctrine de 
l'intercession des saints n'a pu être admise sans avoir pour 
corollaire inévitable l'invocation. 

Il est difficile, bien qu'on l'ait essayé, de contester l'im- 
portance du texte d'Hippolyte (f c. 235) dans son Commen- 
taire sur Daniel, malgré la forme oratoire de ce passage. 
Le docteur s'adresse aux trois enfants dans la fournaise '. 
c Dites-moi, s'écrie-t-il, vous trois enfants — souvenez- 
vous de moi, je vous en prie, afin que j'aie part à votre 
sort, au martyre — dites-moi, quel était le quatrième qui 
marchait avec vous au milieu de la fournaise ? » L'inter- 
ruption ne se comprend guère si la pratique de se recom- 
mander aux martyrs était alors totalement ignorée. Nous 
n'insisterons pas outre mesure sur une page d'Origène 
(f 252) souvent commentée, où il permet d'adresser « des 
supplications aux saints seulement, à un Paul ou à un 
Pierre, pour qu'ils nous aident et nous rendent dignes de 
sentir les effets du pouvoir qui leur a été accordé pour le 
pardon des péchés -. » S'agit-il ici des saints vivants ou de 
ceux qui sont dans la gloire? Les deux interprétations ont 
été proposées 3 , et en dépit de l'obscurité du contexte, nous 
n'oserions écarter la seconde. Quoi qu'il en soit, et maigre 

(l) Comment, in Danielem, II, 30, Bonwetsch, p. 90. 
[a] De oratione XIV, 6, Koctschau, p. 333. Cf. Ch. 3igg, The Chris- 
tian Platonists 0/ Alexandria (Oxford, 18S61, p. 185. 
(3) Voir Analect. Bolland., t. XXVIII, p. 183. 



132 l'invocation des martyrs. 

certaine hésitation apparente qui s'explique, dans ses 
commentaires, par la recherche de l'expression scientifi- 
que de la croyance commune, Origène professe non seule- 
ment le pouvoir d'intercession des anges — ceux-ci nous 
viennent en aide sans en être priés ' - mais il l'attribue 
formellement aux martyrs Lorsqu'il exhorte son ami 
Ambroise à ne point redouter la confession de la foi par 
égard pour sa famille qu'il laisserait privée de son appui, 
il lui explique qu'en présence de Dieu il pourra être utile 
aux siens en priant pour eux plus efficacement et avec une 
meilleure connaissance de leurs besoins -'. 

D'autres souvenirs de la persécution sont en parfaite 
harmonie avec ces idées. A Alexandrie la martyre Pota- 
mienne, en reconnaissance de la sympathie et des bons 
offices de Basilide, le soldat chargé de la mener au sup- 
plice, lui promet d'intercéder pour lui lorsqu'elle sera en 
présence du Seigneur ". Dans la Passion des martyrs afri- 
cains Montanus et Lucius nous entendons les lidèlcs se 
recommander au souvenir de ce dernier l . La vierge 
Théodosie de Tyr allait trouver les confesseurs appelés 
devant le juge, et les priait de se souvenir d'elle lorsqu'ils 
seraient parvenus a leur lin bienheureuse ''. Corneille et 

ii Contra fV/.v;/»/, VIII. 64 : ù'iare xo\uâv t'iuûç X^yeiv ôti àvOpuj- 
ttoiç utT'i rrpoaipéaeuuç irpc-TiGeuévoiç tù xpeiTTova eûxop^voiç 
tlU 0eât uupiai ticXn.TOi auveûxovTai buvâpeiç iepai aupirapé- 

xouaai tûj êîTiKripuj ?|uiî>v ft'vti Kaî iV oiixwç eùroi, auvcrfoviwcTai. 

KOI ■ 5( HAÏ . t. II, p. ï80. 

1)1 ml martyrium, 37 : irappn.<rlav ùvuKaupûvwv Trpôç 

I6PY6T6ÎV aùroùç, '[)i\oç -fevôuevoç. 0eûj... 38 : totê fàp... auve- 
TiiiTffiov jrepl ctuTtûv eûEij. Kobtschau, p. 35-36 
Busèbi . Hist. et !.. VI, 5. 
Passio SS. Montant et Lucii, ni II.. 600g, n. 1.;. 
(5)] . De martyr ibus Palaestmae, 7, t, Schwartz, p. 922. On 

peul I ta Fructuosi, BHL. 3196; c. 1, l'évéque est en 

prison : erat autem et fraternitas cum ipso, > rig vantes et rogantes ut 
illos in mente haberei . D'heure du supplice un chrétien s'appro- 



l'invocation mes martyrs. 133 

Cyprien, tous les deux dans l'attente du martyre, s'enga- 
gent à ne point cesser de s'entr'aider par leurs prières, 

alors même que l'un d'eux serait appelé à Dieu '. et l'évê- 
quede Carthage, exhortant les vierges à la persévérance, 
les supplie de ne p. .s l'oublier lorsqu'elles seront dans la 
gloire -'. 

Les textes établissant de la manière la plus tonnelle non 
seulement la croyance à l'intercession mais la pratique de 
l'invocation des martyrs sont particulièrement abondants 
dans les œuvres des pères Cappadociens. Dans S. Basile 
(y 379) d'abord. Si l'on peut, à la rigueur, taire la part de 
la rhétorique dans certaines apostrophes qu'il adresse aux 
martyrs •", il est d'autres passages où cette influence ne se 
fait nullement sentir, et l'on ne saurait désirer aucun 
témoignage plus précis que ces lignes où il énumère les 
laveurs accordées par S. Marnas à ses dévots : « Souve- 
nez-vous du martyr, vous tous qui ave/ joui de sa présence 
dans des songes, vous tous qui êtes venus ici et avez 
trouvé son appui clans la prière : vous tous qui ave/ 
appelé son nom et qu'il a assistes dans vos travaux ; vous 
qu'il a ramenas de voyage, cpi'il a relevés de vos mala- 

chc, et apprehendit dexteram eius yo^ans ut siti memor esset. Cui sanctus 
Fructuosus cunctis audientibus clara voce respondit : in mente me habere 
;se esc ecclesiam catholicam ah oriente usque m occidentem diffusant. 
De même les Acta lulii, BHL. 4555, c 5. Hesychius, son compagnon 
de captivité, lui dit : Obse^ro te, lui/, eum gaudio a mple polliciiationem 
tuam et accipe coronam quant Dominus conpientibus se dare promisit et 
memor esto mei. 
11 Cyprien, Epist. 6o, 5, Hartel, p. ^95. 

De habitu virginum,24, Hartel, p. 205: Tantum mementote tune 
tri, i mu incïpiet in virus virginitas honorari. 

■ IL mil. in XL martyres, S : "Q xwpoç crfioç, w aûvrcrfaia iepôv, 
ùj ouvaOTriauoç àppart'iç, û> xoivoi cpûXotKeç toû yévouç tijDv àv6ptû- 
ttujv, à-f«Ooi Koivwvoi (ppovtibujv, ben,a€ujç. auvepYoi, TrpeajkuTai 
buvaxiiiTOToi, àaxépeç jf\ç oÎKouu.évn.ç, âv6n, twv éKK\n.mwv. P.G.t. 
XXXI. P . 525. 



134 l'invocation des martyrs. 

dics, vous dont il a rappelé à la vie les enfants, vous dont 
il a allongé les jours, réunissez toutes ces faveurs pour 
célébrer son éloge '. » 

S. Grégoire de Nazianze (y c. 390) n'est pas moins for- 
mel. On a certes le droit de révoquer en doute la réalité 
historique de l'épisode où il nous montre une vierge invo- 
quant, dans un danger pressant, la vierge Marie 2 ; néan- 
moins il implique nécessairement la pratique courante de 
l'invocation au temps de l'orateur "'. Et lui-même adresse 
au martyr Cyprien une ardente supplication, et lui recom- 
mande tous les graves intérêts qui lui tiennent à cœur * ; 
puis ailleurs il appelle surCésaire son frère, la protection 
des martyrs auprès desquels il repose : 

TeiToveç, eùuevéorre koù èv kô\ttoio"i c-éxotcrBe, 
uôpTupeç, ùueTtpoiç mua tô rpn/ropiou s - 

Il est à peine nécesssaire de rappeler S. Grégoire de 
Nysse (f 395) et son panégyrique de S. Théodore, où il 
supplie le saint de réunir le chœur de ses frères les mar- 



(i) Oratio tn S. Mamantem, BHG 2 . 1021, 26. 
2] Oratio in S. Cyprianum, P. G. t. XXXV, p, 1181. 

(3) Ce n'est que par les entraînements de la polémique que l'on 
explique mmentaires comme celui d'Andrewes sur ce passaj 

• Atpuella ibi virginem Mariant invocabal Sed an factum pucllae statu- 
tum tcclcsiae ? an ex puellarum factisfidei nobisfigenda régula est ? Dans 
Responsi'' là < ard Bellarmini apologiam, 42. Cité (huis Luckock, A/ter 

lu oè nuâç éiroirreûotç ùvujHév i'\eiuç ku'i tôv riuerepov butii- 
•foiç XiVfov k«'i piov, K(ù to itpov toOto ttoîuviov ttoiucuvoiç f) 
dUUTTOlualvoiç, tù té ù\\u tûftôvuiv. liiç oiôv Te irpoç tô Pé'Atigtov 
kui toùç papeîç Xûkouç àTTOTTeumôuevoç, toùç 6n.peuTàç twv au\\a- 
kui tûjv Xe'Seuiv. Oratio in V. Cyprianum, 19, P. G. t. XXXV, 
on de l'éloge de S. Basile rappelle cette invocation: 
Zù l nTOTTT€Ûoiç, J) Oeia Kai lepà Ke<pa\n. kx\. Oratio m Basi- 

lium,82, /'. G. t. XXXVI, p. 604. 

I bitaph. m Cacsarium XX, /'. G. t. XXXVIII, p. 20. 



l'invocation DES MARTYRS. 135 

tyrs et de joindre aux siennes L'effort de leurs prières afin 
d'obtenir les faveurs qu'il vient d'énumérer '. 

Avant lui. S Cyrille de Jérusalem (f 386) enseignait 
déjà que dans la liturgie on l'ait mémoire des patriarches, 
des prophètes, des apôtres, des martyrs « afin que Dieu 
par leurs prières et leur intercession accueille nos suppli- 
cations 

De son coté S. Ambroise (f 3971 engage les fidèles à 
adresser leurs prières aux martyrs. < Ils peuvent, dit-il, 
demander grâce pour nos péchés, eux qui ont lavé leurs 
péchés, s'ils en avaient, dans leur propre sang ; ils sont 
les martyrs de Dieu, nos chefs, les témoins de notre vie 
et de nos actions. Ne rougissons pas de les prendre 
comme intercesseurs dans notre faiblesse. Eux aussi ont 
connu les faiblesses du corps, même en les domptant 3 . » 

Il pourrait paraître superflu de citer parmi les témoins 
de la pratique de l'invocation des martyrs S. Jean Chry- 
sostome (f 4071, qui y fait de fréquentes allusions dans 
ses discours, et dont les panégyriques, qui sont une per- 
pétuelle exhortation à la confiance dans le pouvoir des 
martyrs, comptent parmi les plus beaux monuments du 
culte des saints. 

En toute occasion il exhorte les fidèles à solliciter les 



1 Oratw de S. Theodoro, P. G. t. XLVI. p. 746-47- 

2 Eîtci luvriuoveûojaev Kai twv TrpoKeKoiun.uévujv, irpiûrov trarpi- 
apxûjv, Trpocpr|TUJv, <Jitogtô\uuv, uaprùpiuv, ôttuuç ô 0eàç Taîç eùxaîç 
aÙTiûv Kai irpea^tiaiç TrpoabéEn'nu f|uû>v t^v bér|0iv. ( atech. mysta- 
gog. V. (j. P. G. t XXXIV. p. 1116. 

De Vidais, IX, 55. /'. L. t. XVI, p 2^1: Martyres obsecrandi, 
quorum videmur nobis quodam corpuns pignore patrocinium vindtcare. 
uni pro peccatis rogare nostris, qui proprio sanguine, etiam si qua 
habueruni peccata, laverunt ; isti enim sunt Du martyres, nostri prae- 
suUs, speculatores vitae aduumque nostrorum. Non erubescamus eus vitcr- 
cessores nustrae infirmitatis adhibere, quia ipsi infirmitates corports. etiam 
cum vincerent, cognoverunt. 



136 l'invocation des martyrs. 

prières des saints ', à s'adresser dans les tribulations aux 
martyrs plutôt que d'aller trouver les Juifs 2 ; il leur mon- 
tre l'empereur lui-même, embrassant les mausolées des 
apôtres, oubliant sa grandeur et les suppliant d'être ses 
avocats auprès de Dieu ; celui qui porte la couronne 
implore le patronage d'un fabricant de tentes et d'un 
pêcheur 5 . Le jour de la fête des saintes Bernice et Pros- 
doce, il engage le peuple à retourner souvent à leur san- 
ctuaire, et à se confier en la puissance d'intercession de 
celles qui portent en leurs corps les stigmates du Christ '. 
On sait de quelle image hardie il a revêtu la même pensée 
à propos des saints Juventin et Maximin, et le moyen âge 
n'a pas oublié ces martyrs qui se présentent à Dieu por- 
tant en leurs mains leurs têtes sanglantes 5 . 

(1) Homil. in Genesim XLIV , 2 : KaTacpeùyujiiev |aèv ém xàç tûjv 
ufiiuv irpeapeiaç xai TtapaKaXuùuev Ouate ÛTrèp r)iiuùv ber|ef|vai. P.G. 
t. LUI, p. 408. 

2) Adv. Iudaeos or. VIII, 6 : Lin ^pôç toùç è\Qpovç aùtoû KaTa- 
<p(ppjç.... àXXà irpôç toùç cpiXouç aùxoû, toùç LidpTupaç toùç àfiouç 
Kai eùîipeOTriKÔTaç aÛTw Kai iroWnv ê'xovTaç irpôç aÙTÔv Trappnoïav. 
P. G. t.XLVIII.p. 937. 

Homil. in rpist. II ad Corinthios XXVI, 5 : Kai yàp oùtôç ô rf|V 
àXoupTÎba TT6piKeÎLi€voç àrrépxeTai Ta ar\uaTa éKeîva TrepircTutôiievoç 
Kai tôv TÛ(pov àrroGéiievoç ëaTtiKe beôuevoç tûjv à-fiujv ware 
aÙToO TrpoaTfivai irupà tlù OeJj Kai toû aKtivoTroioO Kai toû 
dXit'wç TrpoaTaTÔJv Kai TÉTeXeuTriKÔTUiv beÎTai ô tô hidbr|Lia è'xwv. 
P. G. t. LX, p. 582. 

Homilia in sam ta B< micen et Prosdocm, 7 : Kai uri liôvov iv xf] 
nue'pa Tf|ç éopTf)ç toùthc. àXXà Kai ev ÉTe'paiç ri,ue"paiç Trpoaebpeù- 
ujiaev aÙTaîç, TrapaKaXtûjLiev aÙTdç, àEiûiuev -fevéaBai irpoaTdTibaç 
r 1 1 1 ' 1 1 v • TroXXi']v yàp » ' >- " o ' > 1 irappriaiav oùxi tûioax uôvov àXXà Kai 
TeXfUTriaaaai, Kf/.i ttoXXûj uâXXov TeXeuTrîaaaai. Nûv yàp tù 
OTifuuT'/. qpépouai toû Xpicrroû ' xà hi ori-fuuTu érnbeiKvùiuevai 
va irdvTa bûvavTui ireîaai tôv paaiXe'a. P. G. il,, p. 640. 

Homilia in sanctos Iuvcntinum il Maximinum, 3 : KaBdrrep Yàp 
ol 'TTpuTHiiTui Tpaùu(/.T(( nTi^eitavTf ç, arrep ï?k tûjv ttoX€luwv 
ov, u.T'i TTupftriaîaç tmi (JacuXel biaXerovTai ' oOtuu Kai oùtoi 
Tàç KerpaXàç dç drceTMnOnoav mi tiîiv x fl P ,i,v paffTdZovxeç Kai 
eiç Lt^rrov Trapd-fovTcç, eùkôXujç ftiravra, 8o*a âv Be'Xumi, trapà tûj 
PaaiXeî tûjv oùpavûjv dvùeiv bùvavTai. P. G. t. L, p. 576. 



l'invocation des martyrs. 137 

S'il en était besoin encore, nous citerions S. Augustin, 

lui aussi grand promoteur de la dévotion aux martyrs, 
par ses actes épiscopaux non moins que par son œuvre 
littéraire, où les récits des faveurs obtenues par l'interces- 
sion des saints comme aussi les exhortations prononcées 
le jour de leur fête tiennent une place si considérable. Le 
saint docteur distingue nettement entre les martyrs et 
les autres fidèles. « La justice des martyrs est parfaite, 
dit-il ; ils ont acquis la perfection dans leur passion. Aussi 
L'église ne prie-t-elle point pour eux. Elle prie pour les 
autres fidèles défunts; elle ne prie pas pour les martyrs. Ils 
sont sortis de ce monde si parfaits qu'au lieu d'être nos 
clients ils sont nos avocats '. » 

La confiance des fidèles dans l'intercession des mar- 
tyrs est sans bornes et l'on a recours à eux dans toutes 
les nécessités. On a entendu S Basile détailler les bien- 
faits que les chrétiens attendent d'eux. Théodoret traite 
le sujet avec non moins d'éloquence. « Ceux qui sont bien 
portants demandent la conservation de leur santé, et 
ceux qui se débattent contre la maladie, la iiiiérison. 
Ceux qui n'ont point d'enfants vont en demander aux 
martyrs, les femmes stériles les invoquent pour devenir 
mères, et ceux qui jouissent de cette bénédiction les sup- 
plient de la leur conserver. Ceux qui entreprennent quel- 
que voyage veulent les avoir pour compagnons et pour 
guides, et ceux qui en reviennent, vont leur porter le 
tribut de leur gratitude. là ils ne vont pas à eux comme 
à des dieux mais comme à des hommes divins les priant 
de leur servir d'intercesseurs. lit la preuve que la prière 

lu Sermo cclxxxv. 5, P.L. t. XXXVIII, p. 1295 : Murtyrum perfecta 
iustitia est quoniam in ipsa passionc pcvfciii sunt. Ideo pr<> Mis in ccclc- 
sia non oratur. Pro aliis fidelibus defunctis oratur, pro martyribus non 
oratur : tant enim perfecti c.xierunt ut non sint suscepti nostri sed advocati. 



138 l'invocation des martyrs. 

faite avec foi est exaucée se trouve dans les ex-votos attes- 
tant les guérisons. Ces offrandes représentent des yeux, 
des pieds, des mains en or ou en argent. Car leur maître 
accepte les hommages simples et modestes, mesurant le 
présent aux moyens de celui qui l'offre. Ces objets attes- 
tent les guérisons obtenues par ceux qui les ont apportées 
en même temps qu'ils proclament la puissance des morts 
qui sont là » '. 

L'usage des àvaôrmaxa, si conforme à la nature et si 
usité chez les païens " 2 apparaît de bonne heure dans les 
basiliques chrétiennes. S. Grégoire de Nazianze se plaint 
des vols sacrilèges qui eurent lieu sous Julien. o"ûXn,o"iv 
àva0n,u(rnjuv Te kcù xP'IMÔtuuv \ Isidore de Péluse approuve 
la pratique, tout en préférant l'honneur rendu aux mar- 
tyrs par l'imitation de leurs vertus 4 . 



(n Théodoret, Graecorum affect. curatio, vin, 63 : Kai oi m^v 
irfmivnvTtç uiToûai Tf|ç ûyeiaç xr\v cpu\aKr|v, oi oé xivi vôauj ira- 
XuiovTtç rr\v tiîiv TTi<()t|uii.Tii)v diraXXaY qv ■ aÎToOai bè Kai oVfOvoi 
Traîbaç, xui orépicpai irapaKaXoûai f€vèaQai utiTépeç, Kai oi Tf|0"oe 
Tf|C buip<-«ç (im>\uûo"avTeç ùtioOaiv dpria aepiou rpu\«x6nvai xà biû- 
pa ' Kai oi uèv tiç riva àirobniwav crreMôuevoi Xutapoûai toûtouç 
Euvobovrrôpouç -(tvéaQai Kai tîiç ôboû fpreuôvaç ' oi bè Tf)ç éiravô- 
bou Tt-Twxn K( ' )T eÇ T, 'l v T n? X I 'I IITI,: b|Ho\oYÎav irpodcpf'pouaiv, oùx 
tbç Beoîç aÙToîç -rrpoaiôvTtç, àXX 3 ibç Oeiouç àvOpiijTrouç ùvti- 
poXoOvreç Kai -fevéaQm irpeapturàç urrèp acpwv irapaKaXoOvTeç. 
"Oti bè Ti>TX(ivoumv ujv-rrcf» aiToÔffiv oi TTtaTuJç ^TTaffeWnvTeç, dva- 
qpavbôv uapfupeî rà toùtujv àva8r|uaTa rf\v laTp€Îav briXoOvxa 
Oi jaèv fùp (KpHaXuniv, oi bè irobOùv, âXXoi bê x H l lli,v ipoo 

■ iv ^KTUTTiuiiaTa - Kai oi uèv xpuaoO, oi bi èl BXrjç [àpYÛpou] 
TT€TTOirméva. AéxeTai T'M 1 " toutuuv bea-rrÔTriç Kai xà ffuiKpd té Kai 
eôuiva, rf| toO rrpoaqpépovTOç buvduet tu btDpov u< -rpinv. An\oi bè 

T'M'TU TTfiOKn'llf-Va TIIIV TT > ' O 1 , 1 m i T 1 1 1 V Tt]V XÛO'IV, f\Ç << V<- Tt Mil U VI 1 1 II Ù I 

irapà thiv àpriuiv -f-'f îvrmévwv. TaOxa bi kiipùtth tiÎiv KHuèvmv 

thv bûvumv. Raî Dl i . p. 217. 

W. H. D. Rouse, Greel •>.'.•;..< ambndge, [902; G. Pu - 

11 rs, Quaestiotn maticcu, Lugduni Batavorum, 19113. 

In Tulian. 1,86, P. G. t. XXXV, p. 614. 

ist. I, 189 : koXôv uèv tô tiuôv toùc (ndpxupaç xfiç eûae- 



l'invocation des martyrs. 139 

On invoquait les martyrs partout, mais de préférence, 
et rien n'est plus naturel, en présence de leur tombeau. 
C'est là que s'obtiennent les grâces éclatantes, là que 
s'opèrent les miracles que désormais on va leur de- 
mander. 

Durant les persécutions on constate chez les fidèles un 
grand respect pour les restes des martyrs ; leurs reliques 
sont un trésor auquel ils attachent le plus grand prix '. 
Pourtant, on ne voit généralement pas qu'on leur attri- 
buât une vertu spéciale, que l'on attendît de leur contact 
quelque effet surnaturel. Dès avant la fin du IV siècle de 
nombreux témoignages permettent de constater, qu'aux 
veux des fidèles, une vertu réelle découle de la relique elle- 
même. « Celui qui touche les os du martyr, dit S.Basile, 
participe à la sainteté et à la grâce qui y réside ! . » Et il 
fait remarquer que le corps de sainte fulitte sanctifie le 
lieu où il repose comme il sanctifie ceux qui s'y réunis- 
sent 3 . S. Cvrille de Jérusalem conclut de ce que les mou- 
choirs et la ceinture de S. Paul (Act. 19, 21) guérissaient 
les maladies, qu'il n'est pas étonnant que les corps des 
saints possèdent la même vertu *. C'est dans ce sens 
que S. Hilaire de Poitiers (f 366) disait déjà, bien aupara- 
vant, en parlant du Christ : Hune apostolorum et martyr um 
per virtuium operationes loquuntur sepulchra s . Pour S. Gré- 



(kiaç toîç àva0r||uaaiv, otrep aùxôç tT6TToir|Kaç ' Kpeîxxov bè. tô 
eepaireûeiv aùxoùç oiç érroiriaav KctTop6d>f.iaaiv. P. G. t. LXXVIII, 

P- 304- 

1 1 Martyrium Polycarpi, xvm. 2. 

2 Sermo in Psalmum CXV, 4 : Nuvi bè ô àijmiuevoç ôcrreujv p.dpTupoç, 
\auf5dvei tivù p.€Touatav àYiaaiuoû tK xf|ç tûj auuiuaTi irapebpeu- 
oûar|ç x"piToç. P ■ G. t. XXX. p. 112. 

1 ;i Homilia de S. Julitta : àfiâÉei faèv tôv tottov, à-ptiZei bi toùç 
ei; aûrov auviôvraç. /'. G. t. XXXI p. 241. 

14) Catech. XVIII. 16, P. G. t. XXXIV, p. 1037. 

(5) De Trinitak, XI. 3. P. L. t. X, p. 401. 



140 l'invocation des martyrs. 

goire de Nazianze, : les corps des martyrs ont le même 
pouvoir que leurs saintes âmes, soit qu'on les touche, soit 
qu'on les vénère ' ; » et il attribue aux cendres de 
S. Cvprien, en même temps qu'à la foi — et il en appelle 
à l'expérience de ses auditeurs — le pouvoir de chasser 
les démons, de guérir les maladies, de prévoir l'avenir *. 
Toucher le corps d'un martyr était une faveur ardemment 
convoitée, rarement obtenue 3 . 

Et cette vertu des saints corps se communique. « Em- 
brassons leurs chasses, dit S. Jean Chrysostome en pré- 
sence du tombeau des saintes Bernice et Prosdoce ; les 
châsses des martyrs peuvent avoir une grande puissance 
tout comme leurs ossements eux-mêmes *. » Une autre 
fois il conseille de toucher les sarcophages des SS. Juven- 
tin et Maximin \ On emporte comme un trésor la pous- 
sière qui couvre le tombeau, ou bien l'huile sanctifiée 
par le voisinage ou par le contact de la sépulture. «Reti- 
rez-vous auprès du tombeau du martyr, s'écrie S. Jean 
Chrysostome, verse/ y des torrents de larmes, brise/ votre 

(1 1 Adv. Iulian. I, 59 : wv kch xà miiiiuxa p.6vov ïaa bûvavxcn xaîç 
u'fûuç U> U X°ÛÇ r\ éq>aTTTÔ,ueva P| xiuumeva. /'. G. t. XWV, p. 589. 

(2) Oratio in S. Cyprianum, 18 : xt'^v xûjv bcnuôviuv xaOaipeaiv, xrçv 
xûjv voaujv KaxdXucnv, xr]v xoO liiXXovToç TrpÔYviuaiv, a rrdvxa bû- 
vaxui Kuirpiavoû Kai n koviç utxà xf|ç rtiaxeuuç ibç ïaaaiv oi TreTreipa- 
pivoi. P. G. I XXXV, p. [192. 

j Grégoii 1 m Nvssk, Oratio m S. Theodorum : eî bè Km Kovtv tic 
hm»1 cpépeiv xr)v érfiKei|aévr)v xq éirupavelq r\\ç (n'mrmjaeujç, bw- 
pov «) \o\k \ap.{$dv€Tai Kai (iiç K€l|ir|\lOV t) ■()) (dp ..i.upiôexui. P. G. 
t. XLVI, p. 740. 

t oratio in SS. Bernicen et Prosdocen, 7 : au|uiT\c/.KW|uev aùxiDv 
-[Kaiç " bùvavxai t"p Kai 0f|Kai luapxûpuiv rcoMriv f'x"v 
•Vivmuv. u'nTTTfi' ""v Kiù rà àarQ tuiv ui/pTÙfiiiiv TTo\\r]v ê'xet xt']v 
tffxOv. P. G. t. L, p. 640. 

Oratioin SS. Iuventinum et Maximivum , 3 : ouvexûtç rolvuv aù- 
émxuipidZuJiUEv, Kai xfjç \dpvaKOç àitTdiiLieOa, Kai ptxà rriaxe 
ujç xoîç Xeujmvoiç m'mnv irepnr\eKdJpe0a / (va eùX.O"rîav Tivà éru- 
(jTTfxau')Meea éKeîôev. /'. G. t. L, p. 576. 



l'invocation des martyrs. 141 

cœur, prenez sur le tombeau une eulogie,... embrassez le 
cercueil, demeure/ cloué à la châsse. Ce n'est pas seule- 
ment des os tles martyrs mais de leurs tombeaux que 
découlent les bénédictions. Prenez l'huile sainte, oignez- 
vous-en tout le corps, la langue, les lèvres, le cou, les 
yeux, et vous ne ferez jamais naufrage dans l'ivrognerie » 

— c'est le vice que l'orateur sacré avait entrepris de com- 
battre '. S. Augustin connaît également l'huile du san- 
ctuaire des martyrs et rapporte un miracle opéré par son 
application -. 

Parfois les fidèles versent sur le tombeau des parfums et 
des onguents dont ils emportent ensuite une partie comme 
des reliques. Paulin de Noie décrit le rite dans ses détails 3 . 
Des miracles s'opèrent — c'est S. Augustin qui les rapporte 

— par des fleurs qui ont touché aux reliques *, ou encore 
par le contact d'un vêtement \ 

Tout ceci nous ramène à l'usage des brandea et de tout 
ce qui rentre dans la catégorie des reliques représentati- 
ves. En Occident on finit par attacher à ces intermédiai- 
res la même importance qu'aux reliques réelles, et, à en 
juger par la question posée par S. Grégoire dans ses Dia- 
logues '■, on dirait même qu'aux yeux de beaucoup de gens 



1 Homilia in martyres : Trcxpdueve tw rdqpw xoû p.dpTupoç, ëxxee 
iriTfùç baKpûuuv €K€Î, aûvrpiijjov rr|v bidvoiav, upov eûXoYÎav dira 
toû rdqpou... TTepiTr\(iKr|0i xr]v aopôv, irpoar|\uu6riTi rf| Xdpvaxi " 
oùxi ta ocra laôvov tûjv uaprûpujv, àk\à kcù oi TOtqpoi aûrûiv kou 
ai Xdpvaxeç ttoWi'iv (îpùoucnv eûXofiav. Adfîe ëXaiov ct-fiov xai kci- 
xdxpioôv aou ô\ov to aû)|ua, rf\v -f\wTxav, rà x e ^>1< T0V Tpdxr|- 
Xov, toùç ôqpôaXuoûç, Kai oùbénoTe éurreari eiç to vaudyiov Tf|ç 
iué6riç. P. G. t. L, p. 664. 

Dé civitate Dei, XXII, 8, 18. 
13) Carmen, XXI, 590-600. Haktel, p. 177-78. 
4 De civitate Dei. XXII, 8, 10. 

De civitate Dei, XXII, 8, 16, 17. 
6 Dial., IL38, P. L. t. LXVI, p. 204. 



142 l'invocation des martyrs. 

les simples patrucwia avaient plus d'efficacité que les corps 
saints eux-mêmes. S'il fallait ajouter foi à un récit de 
Grégoire de Tours, on caserait arrivé peu à peu à une 
conception singulièrement matérielle de la vertu des 
saintes reliques dont les brandea ou palliola s'imprégnaient 
à leur contact. Il s'agit du tombeau de S. Pierre à Rome. 
« Ce tombeau, placé sous l'autel, est un ouvrage des plus 
rares. Celui qui veut y adresser des prières, ouvre la grille 
qui l'entoure, s'approche du sépulcre, et, passant sa tête 
par une petite fenêtre qui s'y trouve, il demande ce dont 
il a besoin ; ses prières sont aussitôt exaucées, pourvu 
seulement qu'elles soient justes. Désire-t-il rapporter du 
tombeau quelque relique, il y jette un morceau d'étoffe 
qu'il a d'abord pesé ; ensuite, dans les veilles et le jeûne, 
il prie avec ardeur que la vertu apostolique daigne exaucer 
son désir. Chose admirable ! si la foi de celui qui agit 
ainsi est suffisante, l'étoffe, quand on la retire du tombeau, 
se trouve si remplie de la vertu divine, qu'elle pèse beau- 
coup plus qu'auparavant. Par là, celui qui la reprend peut 
être assuré que sa prière a été exaucée ' ». Cette page de 
Grégoire de Tours a une teinte fortement légendaire, et il 
est difficile de se persuader que la bizarre épreuve de la 
balance ait jamais été pratiquée. Mais que dire de l'état 
d'esprit qui n'hésite pas à reproduire de pareilles anecdo- 
tes ? 

Multiples sont les vertus attribuées aux reliques. Celle 
que l'on voit le plus universellement proclamée, c'est leur 
pouvoir sur les démons. 

1 t'.'jà du temps de S. Hilaire, il se passait dans les basi- 



1 In florin martyrum, 28, traduction Bokdier, p. 74-75. Voir aussi 
De virtutibus S. Martini, I, 11. 



l'invocation des martyrs. 143 

liques, à ce que l'on racontait, des scènes extraordinaires. 
«Les ossements vénérables des martyrs, dit-il, témoi- 
gnent tous les jours de notre victoire sur le diable ; auprès 
d'eux les démons mugissent, les maladies sont chassées ; 
on voit des hommes élevés en l'air sans soutien, des 
femmes suspendues par le pied sans que leur vêtement 
retombe sur leur visage, les esprits brûlent sans flammes, 
dans leurs tourments ils confessent la vérité sans être 
interrogés '. » La description de S. Jérôme dans sa lettre 
à Eustochium renferme plusieurs traits analogues Paula, 
dit-il « voyait les démons vociférer dans les tourments ; 
devant les tombeaux des saints elle entendait des hommes 
hurler comme les loups, aboyer comme les chiens, rugir 
comme le lion, siffler comme le serpent, mugir comme 
le taureau : d'autres agitaient leur tête en cercle et la 
rejetaient en arrière jusqu'à toucher le sol ; des femmes 
étaient suspendues par le pied sans que leurs vêtements 
retombassent sur leur visage *. » D'après S. Jérôme ces 
étranges spectacles avaient lieu à Sébaste au tombeau de 
S. Jean-Baptiste. Il est bien étonnant que les détails 
caractéristiques les plus importants communs à S. Hilaire 
et à S. Jérôme se retrouvent dans Sulpice Sévère, à 



(1) Contra Constantium imp., 8 : Diabolum enim per vos vicimus. 
Sanctus ubique bcatorum martyrum sanguis exceptas est et veneranda ossa 
quotidie testimonio sunt, dum in liis daemones mugiunt, dum aegritudines 
defclluntur, elevari sine laqueis corpora et suspensis pede feminis vestes 
non defluere in faciem, uri sine ignïbtis spiritus, confiteri sine mterroga- 
tione vexatos, agere omnia non minus envi profectu examinantes quant 
incremento fidei. P. L . t. X, p. 584-S5. 

(2)Epistula C VIII ad Eustochium, 13: Namque cernebat variis daemones 
rugire cruciatibus, et ante sepulchra sanctorum ululare domines more 
luporum, vocibus latrare canum, /réméré leonum, sibilare serpentitm, 
mugire taurorum ; altos rotare caput et post tergum terrain vertice tangere, 
suspensisque pede feminis vestes non defluere in faciem. P. G. t. XXII; 
p. 889. 



/ 






144 l'invocation des martyrs. 

' propos de S. Martin ' et soient répétés par Paulin de Noie 
dans une de ses descriptions de la basilique de S. Félix '-' : 

His etiam potiora, tamen spectata prof abor, 

ante alios illitm, eut mèmbra vetusiior hostis 

obsidei, ad sacripia limina martyr is aegra 

excussum de plèbe rapi admotumque sacratis 

ante fores sancti cancellis corpore verso 

suspendi pedibus spectantem tecta supmis, 

quodque magis mirum aique sacrum est, nec in ora relapsis 

vestibus ut rigidis aut ad vestigia sutis 

corporis omne sacrum casto velatur operto -. 

On s'exposerait à de graves erreurs en prenant à la 
lettre de pareils témoignages où L'on découvre, sans hési- 
tation possible, une dépendance, souvent verbale, par 
rapport à une source commune, d'origine indéterminée. 

Mais quels que soient les détails de ces scènes d'éner- 
gumènes, elles se renouvelaient souvent en présence des 



Dialogus 111,6,2: « Vidi quendam ad pr optante Martino in aéra 
raptum manibus extensis in sublime suspendi, ut nequaquam solum pedi- 
bus attingeret. Si quando autem exoreizandorum daemonum Martinus 
operam recepisset, neminem manibus adtrectabat, neminem sermonibus 
nu repabat, sicut plerumquepef clericos rotatur turba verborum,sed admo- 
tis energunti ros iubebat àbscedere, ac foribus obseratis in medio 

siae cilicio circumtectus, cinere respersus, solo stratus orabat. Tum 
vero cemeres miseros diverso exitu perurgueri : 1ms sublatis in sublime 
pedibus quasi de nube pendere, nec tamen vestes deflueie in faciem, ne 
■ , t verecundiam nudata pars corporum : at in parte alia videres sine 
interrogatione vexutos et sua crimina confitentes ». Halm, p. 204. 
Paulin de Périgueux, Vita s. Martini. V. 428-432, Petschenig, 
p. 1-22, dépend évidemment de Sulpice Sévère. 

x ' irmenXXlll, 82-90, Hartel, p. 197. Voici un autre trait qu'on 
a déjà lu daiiN S. Jérôme : 

i um captiva intra deprensi < orpora Christum 
in sancto fulgeti mantque probantque 

membrorum incussu tremuli capitumque rotatu 
tormentisque suis. 'Carmen XIV, 30-33, ibid., p. 47). 



l'invocation des martyrs. 145 

reliques des martyrs. S'adressant au peuple le jour de la 

translation solennelle des saints Gervais et Prot 
S. Ambroise lui rappelle ce qui vient de se passer : « Y 
avez entendu, dit-il, les dénions crier, avouer aux martyrs 
qu'ils souffrent d nés intolérables et leur dire : qu'êtes- 

is venus nous tourmenter cruellement * ? » Chrysos- 
tome décrit la terreur qu'inspirent aux démons les reliques 
des saints. Ils fuient leurs tombeaux, ce qu'ils ne font 
point pour les morts ordinaires. Souvent, on voit les pos- 
sédés dans le voisinage des sépulcres. Mais quand ces 
sépulcres renferment les os d'un martyr, ils fuient comme 
devant un feu intolérable et proclament à haute voix la 
force qui les flagelle *. 

« Amenez un possédé, dit-il ailleurs, à ce sépulcre 
sacré où sont les restes du martyr — il s'agit de S. Julien 
— et vous le verrez reculer et s'enfuir. Comme s'il fallait 
marcher sur des charbons ardents, il s'élance aussitôt à 
l'extérieur, sans même oser jeter les yeux sur la châsse 3 . » 



1 ' Epist. XXVI. 16 : et nutic audistis clamantes daenwnes et confitt 
martyribus quod poenas ferre non possint et dicentes : quid veHistis ut nos 
tant graviter torqueatis ? P. L. t. XVI. p. 1024. S. Ai Justin raconte le 
môme fait. Confess., IX, 7 : cum enim prolata et effossa digno cum honore 
transferrentur ad Ambrosianam basilicam, nonsolum quos inmundi vexa- 
bantspiritus confessis eisdcm daeinonibus sanabantur. Knôll, p. 209. 

Oratio de S. Droside, 2 : TTwç Tn.v kôviv aÙTiûv beboÎKaaiv oî bai- 
inoveç ; ttiûç kgù toùç TCtcpouç qpeû-fouaiv ; oùbè -f dp éireibn. vexpoùç 
(poPoûvTGti bai|uov€ç toûto irâaxouaiv. 'Iboù -fàp uupioi vexpoi ttciv- 
xaxoû ti'iç •ff\q, KÙKeivoiç ,uèv Trpoaebpeûouai, kcù ttoMoùç dv Ibr] tic 
bamoviùvTaç év épn.uiaiç biaTpifSovTaç Kai Toiqpoiç ■ evOa bè twv 
laapTÛpwv 6axâ KaxopâipuKTai, diç d-rrô irupôç tivoç Kai KoXdaewç 
dqpopnrou cpeÛYOucri, Tr]v evbov uaariZouaav aÛTOÙç bûvauiv 
uerà Xaurcpâç dvaKripÛTXovTeç cpaivfiç. P. G. t. L, p. 686. 

(3) Laudatio S. Iuliani, 2 : Aapùiv -fdp riva bamovwvTa kk'i 
iaaivô|Li6vov eîadT«"fe trpôç tôv utiov rd<pov éKtîvov, êv6a toû 
udpxupoç tô Xeivyava, Kai dvpei irdvTiuç diroTTn.bûjvTa Kai qpeù-fovTa. 

Cuit. Mart. 10 



146 l'invocation des martyrs. 

Partout où les démons rencontrent des corps de martyrs 
ils s'enfuient, saisis d'une terreur sacrée '. C'est au pou- 
voir des reliques de S. Babylas que l'on attribue le silence 
de l'oracle d'Apollon à Daphné -. Ce que l'on voyait à Milan 
et à Antioche se reproduisait en Espagne : 

Cerne, quant pal 'a m féroces hic domentur daemones, 
qui lupino capta rictu dévorant praecordia 3 ; 

et dans la basilique de S. Léonce à Tripoli, les possédés 
venaient chercher leur libération '. 

Après les délivrances de possédés et les convulsions 
d'énergumènes viennent les guérisons. Une des premières 
dont il soit fait expressément mention est celle de l'aveu- 
gle guéri sur le passage des saints corps trouvés par S. 
Ambroise s . S. Grégoire de Nysse relate le miracle arrivé 
clans la petite ville d'Ibora. Un soldat était atteint au pied 
d'un mal incurable, qui le faisait boiter. Il entra au sanc- 
tuaire des Quarante martyrs, et implora leur secours. La 
nuit, il voit en songe un homme vénérable qui lui demande: 

Vous boitez, et vous voulez être guéri ? Donnez, que je 



KctBomep yàp àvSpdKwv u^Muiv émpaïveiv, oûtuuç éS aÛTwv €Ù0^wç 
erriMerai tujv TrpoOûpuuv oûbè irpôç Tqv GrjKrjv aù"rr]v àva(S\éi|jai 
xnXuniv. /'. (',. t. L., p. 669-70. 

i< Homilia l m s V. Maccabaeos, 1 : KaBdirep yàp \r|axapxoi Kai 
TO|afîujpûxoi éireibùv ibiumv ôir\a ttou Kei)ueva fîaa'AïKd, edipaxa Kai 
àoveiba Kai Kprivoç, XPUOÛJ Trâvra KaxaXauTTÔueva, dircnTribujaiv 
eôGùuuç, ku'i oûbè TTfioaeXOeîv oùbè dipaaSai xoXuûim péyav ùepo- 
pibuevoi Kivbuvov el ti toioûtov xo\p.r)aaiev, oîjxuu br\ Kai baipoveç 
' r|0ivo Xqaxapxoi, ÔTroimep ûv ibtnai iuupxûpujv adiuaxa Keipeva, 
bpuTTfTeùouai Kai àiroirribiûaiv eûO^ujç. P. G. t. L, p. 618. 
2 /' ■ >ylam et contra Iulianum, 14, P. G. t. L, p. 554. 

(3) Prudence, Pcristeph., 1,97-98. 
(4 RaabEj l'itnis der Ibcrer (Leipzig, 1895), p. 104. 
(5)Am bist.XXIl, 2, 17. P. L. t. XVI, pp. 1019, 1024 ; 

USTiN. Confess., IX, 7, Knôll, p, 209, ; De civitutc Dei, XXII, 8, 2. 



l'invocation des martyrs. 147 

puisse toucher votre pied ». Et, toujours durant le songe 
(ôvap), il le tira fortement. Il se Ht en réalité (ÙTrap) un 
bruit comme celui d'un os déboité remis violemment en 
place, si fort que ceux qui dormaient là furent brusquement 
réveillés, en même temps que le soldat lui-même qui se mit 
à marcher naturellement comme jadis '. S. Grégoire de 
Nysse ajoute qu'il a vu 1 le miracle », mais il ressort du 
contexte qu'il tant entendre « le miraculé » et qu'il a 
entendu de sa bouche le récit du prodige. Curieux exemple 
du manque de précision si fréquent dans les textes du 
même genre % 

Les miracles les plus nombreux et les plus célèbres de 
l'époque primitive sont ceux qui furent opérés par les reli- 
ques de S. Etienne après l'invention de 415. 

I2n 418, des reliques de S. Etienne arrivèrent dans l'île 
de Minorque. L'évêque Sévère a laissé une relation de 
l'événement et de la conversion en masse des juifs de 
l'île : '. Cet écrit circulait déjà lorsque l'évêque d'Uzalum, 
ville située aux environs d'Utique, reçut à son tour une 
part du trésor sacré ; on le lut au peuple le jour même de 
la translation solennelle : Eodem namque die in qnoingressae 
sunt ecclesiam beati Slephani reliquiae, in ipso principio cano- 
nicarum lectionum, epistola ad nos quoque delata cuiusdam 
sancti episcopi, Sivzri nomins, Minoncensis insulae, de pulpiio 
in aures ecclesiae cum ing&nti favore recitata est *. Après 
l'église d'Uzalum, ce sont celles d'Aquae Tibilitanae '■', du 



ni Laudatio in sanctos AV. martyres, P. G. t. XL VI, p. 784. 

2 TaÛTr|v t^v Bauuuroupfiav fihov éfiû, aÙTw tw âvÔpiimw 
•trepiTuxùJv É'Euf féWovn npôç ircivraç kcù xr|pÙTTOVTi Tt'iv uapTÛpwv 
eùep-feaiav. Ibid. 

(3) BHL. 7859- 

14) BHL. 7860, c. 2. 
i De civitate Dei, XXII. 8, Hoffmann, t. II, p. 604. 



148 l'invocation des martyrs. 

Castellum Sinitense aux environs d'Hippone ', de Ca- 
lama -, d'Hippone enfin \. qui s'enrichirent d'une part des 
reliques du premier martyr et qui élevèrent des memoriae 
en son honneur. 

Partout ce fut un grand concours, et la confiance des 
fidèles fut récompensée par des miracles. Mais les sanc- 
tuaires qui acquirent une plus grande célébrité furent celui 
d'Uzalum, dont les miracles lurent écrits en deux livres 
par ordre de l'évèque Evodius 4 , celui de Calama, ville 
épiscopale de Possidius, l'ami et le biographe d'Augustin ; 
c'est par ce dernier, qui donne quelques échantillons, que 
nous savons qu'il s'y faisait des miracles en très grand 
nombre 5 . Enfin il v a la msmoria d'Hippone ,; où se passè- 
rent des faits miraculeux importants, dont Augustin lui- 
même fut témoin ou qui, du moins, eurent lieu dans son 
voisinage. 

S. Augustin qui, depuis longtemps — \\ n'ignorait pas 
les merveilles opérées par les saints de Milan Gervais et 
Protais 7 — avait l'attention attirée sur les faveurs céles- 
tes obtenues par l'intercession des martyrs, ne pouvait 
s'empêcher de les comparer aux miracles rapportés dans 
les livrer siint\ et de constater qu'ils étaient bien moins 
connus et moins appréciés. Grâce aux écritures canoni- 
ques, disait-il, les miracles d'autrefois sont dans la 
mémoire de tous ; ceux d'aujourd'hui sont à peine connus 
de tous les habitants de l'endroit où ils s'opèrent. Le plus 

(1) De civitatc Dci, XXII. 8, H01 1 MANN, t. II. p. 605. 

(2) lbid., p. 605-606. 

(3) Ibii., p. ' oj-fioS. 
. BHL. 7860-7862. 

(51 De civitatc Dci, I. C, p. 608. 

rrons plus loin s'il y a lieu de distinguer deux mnioriae à 
Hippone. 
(7) Con/ess. IX, 7 ; De civitutc Dci. I. c, p 596. 



l'invocation des martyrs. 149 

souvent, surtout dans les grandes villes, ils arrivent à la 

connaissance du petit nombre : et quand on les raconte, 
on a quelque peine à les taire accepter '. Et pourtant, il 
s'en produit en telle quantité qu'on en remplirait des 
volume 

Frappé de cette sorte de défaveur si peu justifiée, il 
chercha le moyen de donner aux miracles contemporains 
une notoriété égale à celle des miracles canoniques, et 
d'appuyer en quelque sorte les témoignages d'un brevet 
d'authenticité. De là naquit l'idée des libelli, qui étaient 
des relations destinées à être lues au peuple. On n'a pu 
recueillir, dit-il à propos des sanctuaires de Calama et 
d'Hippone. tous les miracles qui s'y sont opérés, sed ian- 
tuiii de quibus libelli dati sunt qui recitareniur in populis. Et il 
ajoute aussitôt : id vainque péri voluimus, cuin vider émus 
antiquh similia divinarum signa virtutum etiain nostris tempo- 
ribusfrequentari 7 '. Il résulte de ces dernières paroles que la 
pensée d'authentiquer les miracles en les faisant consig- 
ner dans les libelli, appartient à S. Augustin, et c'est bien 
lui qui, d'accord avec l'évêque Evode d'Uzalum, amena 
une miraculée, nommée Petronia, à écrire un libellus sur 
le cas de sa guérison : Petroniam... hortati suniiis, volente 
supradicto loti episcopo, ut libellitm daret, qui recitarciur in 
populo ; et oboedientissime paruit '. 

On est tout naturellement désireux de savoir comment 
fonctionnait cette institution, dont Augustin attendait de 
si grands résultats. Il y revient assez souvent dans le cha- 
pitre de la Cité de Dieu plusieurs fois rappelé. 

H De civitate Dei, 1. c, p. 596. 
(z\ Ibid., p. 607. 

(3) Ibid., p. 608. 

(4) Ibtd., p. 608-609. 



150 l'invocation des martyrs. 

C'est surtout dans le récit du miracle opéré à Hippone, 
en 425, durant les fêtes de Pâques, en faveur d'un certain 
Paul de Césarée et de sa sœur Palladia, qu'il accumule les 
détails *. Mais nous avons mieux qu'une simple relation de 
ces événements '-'. Parmi les sermons de S. Augustin, il 
s'est conservé tout un petit dossier sur l'événement du 
lourde Pâques 3 et au milieu de la série des allocutions 
prononcées parl'évêque d'Hippone en cette circonstance, 
nous trouvons le texte même du libellas de Paul de Césarée 
sous ce titre et avec cette introduction : Exemplar libelli a 
Paulo dati Augustino episcopo, Rogo, domine beat issime papa 
Augustine, ut hune libellum meum, quem ex praecepto luo obtuli, 
sanctaeplebiiubeasrecilari l . Suit le récit circonstancié dont 
nous connaissons les grandes Lignes par le résumé de la 
Cite de Dieu. 

Maudits par leur mire, que le désespoir finit par con- 
duire au suicide, les dix enfants dont se compose la famille 
sont successivement saisis par le même mal mystérieux : 
tout leur corps est agité d'un violent tremblement. Ils 
quittent leur ville natale, Césarée de Cappadoce, et se 
dispersent pour aller chercher dans les celeberrima sancio- 
rnm loca un remède à leurs maux. Le second des sept frères 
obtient sa guérison de S. Laurent à Rave nne, ad gloriosi 
martyris Laurent» memoriam quae aptid Ravennam imper 



li De civitate Dei, XXII. 8, I loi 1 mann, II. p. 609-613. 

(a)M.HARNACK dans son travail Das ursprùngliche Motiv der Abfas- 
sungvon Mârtyrer- und Heilungsakten in dey Kirche, Sitzungsberk hte 
di r K Pri ussischen Akadi mij i>i r Wis m 11 n, 1910, p. 106- 

I2 5, pécialement du chapitre XXII, 8, du De civitate Dei, 

mais il ;, oui ' uments qui vonl suivre, ainsi que le 

sermon ccr.xxxvn (k- S.Augustin et les deux livres .]. Miracles d'Uza- 
lum. 

(3) Scrm. cccxx-cccxxiv, P. L. t. XXXVIII, p. 1442-47. 

(4) P. L. t. c, p. 1443. 



l'invocation des martyrs. 151 

collocata est '. Lui Paul, Le sixième, et sa sœur Palladia, 
vont partout sans éprouver aucun soulagement. Leurs 
pérégrinations les (.(induisent à Ancône, ubi '• per gloriosissi- 
mum martyrem Stephanum mulia miracula Deus operatur. 
Mais S. Etienne ne les y exauce pas, et pas davantage à 
Uzalum. Enfin, le premier janvier, un vénérable vieillard 
apparaît à Paul et lui annonce qu'il sera guéri dans trois 
mois : sa sœur voit en esprit Augustin lui-même, et Paul 
aussi reconnaît l'avoir vu souvent dans les villes qu'il 
a traversées. Les deux malheureux arrivent donc à Hip- 
pone quinze jours avant Pâques. Paul va tous les jours 
prier à l'endroit où est la memoria de S. Etienne. Le jour 
de Pâques, comme il se tenait à la balustrade, il tombe 
subitement et perd le sentiment. En revenant à lui, il con- 
state que le tremblement a disparu. Unie itaquc tanio 
beneficio non ittgraius, dit-il en terminant, hune libellum 
obtuli, in quo etiam quae de nostris calamiiatibus ignorabatis 
et quod de mea incolumitate et sainte cognovistis, exhibui ; ut 
et pro mea sorore orare dignemiui et pro me agere Deo gratias. 
A ce moment. Palladia n'est pas encore délivrée de son 
mal. 

Le récit d'Augustin dans la Cité de Dieu et les pièces 
publiées sous le nom de sermoues se complètent, et permet- 
tent de se rendre très bien compte de tout ce qui s'est 
passé. 

Le jour de Pâques, au matin, il y a foule â l'église. La 
guérison de Paul se produit. Des cris de joie se l'ont 
entendre. On se précipite auprès de l'évêque ; on lui 
raconte ce qui est arrivé et il est forcé d'entendre plu- 



(1) Sans doute l'église de Saint-Laurent in Caesarea, fondée par Lau- 
ricius. Agnellcs, Lib. pontif. ceci. Ravcnn., XX, M. G. Script, rer. 
langob..p. 298. 



1=12 



l'invocation des martyrs. 



sieurs fois de suite le même récit. Enfin, avec la foule, 
arrive le miraculé lui-même. Il se jette aux genoux de 
l'évéque. qui L'embrasse. Voici la suite : Procedimus ad 
populum, plena erat ecclesia, personabat vocibus gaudiorum. 
« Deo gratins, Deo laudes, » nemine tacente, liiuc atque indc 
clamantium. Salutavi populum, et rursus eadeui ferventiore 
voce clamabant. Facto tandem sileutio, scripturaritni divinarum 
suut lecta sollemina. l 'In autem ventum est ad mei sermonis 
locum, di.xi pauca pro tempore et pro illius iucunditate laetitiae. 

Les paroles prononcées par Augustin nous ont été con- 
servées. Il débute en rappelant l'usage de donner lecture 
des relations de miracles : De miracuhs Dei per oratwnes 
beatissimi martyris Stcpliam libcllos solemus audire. Puis, en 
désignant sans doute du s;este le héros du jour, il ajoute : 
Libellus lutins aspectus est ; pro scriptura notifia, pro charta 
faciès demonstratur. Vous avez vu ses souffrances, « lise/ » 
sa joie, et fixe/ dans votre souvenir ce qui est écrit sur 
ce livret vivant. Puis il s'excuse sur les fatigues de la 
veille de ne pas en dire davantage '. Le même jour, Paul 
de Césarée dîna avec l'évéque et lui raconta en détail toute 
son histoire -'. 

Le lundi, après un sermon, dont nous n'avons plus le 
texte, Augustin rappela la scène de la veille, et ajouta que, 
malgré tout, il convenait de donner un libellas, contenant 
tout ce que Paul lui avait raconté de vive voix. Et s'il plaît 
à Dieu, dit-il en terminant, on le préparera pour vous le 
lire demain ". Il n'est pas probable que Paul le Cappa- 



1 1 Scrmo cccxx, P. !.. t. < ., y. 1442. 

1 z Ih 1 ivitate Dei, 1. 1 .. p. 611 

(3) Dans |i /' civitate l><i, S. Augustin dil : Sequenti itaque die post 
strmonem redditum narrationis eius libellum in crastinum populo récitait- 
dum promi i ' lites après le sermon, portent maintenant le 

titre 'le Sermo a c xxi, /'. /.. t. c., p. 1443. 



l'invocation des maktvks. 153 

docien ait rédigé de su main le texte latin du rapport. 

Suivant sa promesse, l'évêque lit lire le document à l'of- 
fice du lendemain, et pendant la lecture, il lit monter sur 
les degrés del'exèdre, d'où il parlait lui-même, le frère et 

sœur '. celle-ci encore en proie au terrible mal. « Je 
veux, dit-il. que le frère et la sieur se tiennent en votre 
présence, afin, que ceux qui n'ont pas vu le frère se ren- 
dent compte de ses souffrances par celles de sa sœur. » 

Après la lecture, il les pria de se retirer J et se mit à 
commenter le texte qu'on venait d'entendre : des considé- 
rations morales, d'abord sur le respect des parents, puis 
sur le pèlerinage d'Ancône resté sans résultat. A ce pro- 
pos, l'orateur raconte l'Origine de ce sanctuaire d'après 
une légende populaire, que l'on s'étonne de cueillir de la 
bouche d'un homme tel qu'Augustin. Puis il passe aux 
miracles d'Uzalum : mais à peine a-t-il commencé que des 
cris partent de la memoria de S. Etienne : Dco gratias, 
Christo laudes 7 '. On apprend que Pal lad i a vient d'être gué- 
rie comme son frère. Lorsque le silence s'est un peu réta- 
bli, Augustin prononce quelques paroles d'action de 
grâces. Le lendemain seulement il achève son sermon, 



(ij De civitate Dei, 1. c, p. 611. 
2 De civitate Dei. 1. c , p. 611. 

IX- tout l'ensemble de ces récits, il ressort que la memoria de S. 
Etienne était attenante à la basilique ou, si l'on veut, à la cathédrale 
d'Hippone. V en avait-il une seconde aux environs de !a ville ? La 
réponse à cette question dépend de la leçon qu'on adopte dans le pas- 
suivant du De civitate Dei. 1. XXII. c. S: apud nos vit tribunicius 
Eleusinns super memoriam martyrum quae in suburbano tins est.... t 
la lecture de Hoffmann, t.c., p.l 7, DombaRT, t. II, p. 577. 1 
ont lu memoriam martyris,qa\ semble mieux d'accord avec le < • 
I fait raconté à cet endroit continue une série de miracles de S. 
une, et dans le paragraphe suivant il est question des miracula... 
quae per hune martyrem, ni est gloriosissimum Stephanum, facta sunt : 
ce qui semble supposer qu'on n'a pas cessé de parler de lui. 



154 l'invocation des martyrs. 

qu'il reprend au point où il a été interrompu la veille 1 . 

Tout ceci nous t'ait bien comprendre ce qu'étaient les 
libelliâont S. Augustin recommandait la pratique, et quels 
avantages il en attendait. C'étaient des témoignages au- 
thentiques, en ce sens qu'ils émanaient de celui-là même 
qui paraissait le mieux renseigné. C'est Petroniaqui rédige 
la relation du miracle dont elle a été l'objet -, et si Paul 
de Césarée n'a probablement pas tenu la plume, le libelle 
a été écrit en son nom et sous sa dictée. 

La relation est soumise à l'approbation de l'évéquc. 
Quand Augustin décida Petronia, qui appartenait au dio- 
cèse d'Uzalum, à écrire son récit, ce fut volente episcopo, 
lequel sans doute en prit connaissance avant qu'il fût lu 
au peuple. Paul de Césarée remet son libellus à Augustin, 
avec prière d'en faire donner lecture. 

Pour impressionner davantage les assistants, on fait en 
même temps comparaître celui qui reconnaît par écrit 
avoir été l'objet d'une faveur céleste. La scène du mardi 
fie Pâques à Hippone n'est nullement isolée. Au début du 
"iicl livre des miracles d'Uzalum, on rappelle ce qui 
s'est passé lors de la lecture du premier. A chaque miracle 
on était allé chercher dans la foule le privilégié dont il 
était tait mention : Ubi enim pronuniiaverat lèctor quatnlibet 
historiam, verbi gratia primiius de qttadam cacca posica illumi- 
nata '. statim terminato sermone, haet eadent persona requisiia 
m populo, et inventa, et in médium omnis ecclesiae producla, 
admirantibus et congratulaniibus, videbatur sola iam sine ullo 
comité ac duce, sicttt prias solebat, incedere, ipsaque eiiamper 
ruili/s absidae conscendens, universis eminus conspicienda 

n Serti ., p. 1446-47 ; De civitaie Dei, Hoffmann, t. II, 

p. r : 

(2) Dr civitatt Dci, t. c, p. 608. 

l:l IL . ; 3. 



l'invocation des martyrs. 155 

astabat... Item cum de paraliiico satiato multis atitea cognito 
■cessit lectio '. continuo idem qui ab eiusmodi infirmitate 
rat airains, similiter productus e populo propriis gradiens 
passibus, cum totitis ecclesiae mag nogaudio cernebatur '. 

S. Augustin a l'air de dire que les libelli ne sont destinés 
à être lus qu'une fois, c'est-à-dire, comme nous Le voyons, 
presque aussitôt après l'événement même : semelhocaudiunt 
qui adsunt pluresque non adsunt, ut nec illi qui adfuerunt post 
aliquot dies quod audierunt retitieant : '. Il ne faut pas entendre 
la phrase avec cette rigueur. Le saint docteur oppose la 
publicité des miracles canoniques, constamment rappelés 
aux fidèles par la lecture des saints livres, a celle, beau- 
coup plus restreinte, des miracles modernes. Il n'est pas 
improbable qu'on reprenait quelques-uns de ces hhelli à 
l'occasion de la fête de S. Etienne, comme cela semble 
tre pratiqué à Uzalum : Haec intérim de multis et pêne 
infinitis miraculis pauciora decerpsunus. ne in praesenti audito- 
îs propter festii'ilatem martyris de longi)iquo advcnientibus 
forsitan oueri esse possemus \ 

S. Augustin, dans ses sermons, rafraîchissait parfois la 
mémoire de ses auditeurs en tirant quelque leçon d'un 
libellus présenté peu de temps auparavant : lïgo ahquando 
memorcr de libellis miraculorum marlyrum. quae in conspectu 
vestrum leguntur. Ante dies ledits est quidam libellus etc. ''. 
On peut croire, d'après ce texte, que d'autres martyrs que 
S. Etienne avaient la réputation d'opérer des miracli 
Hippone. Ht en effet, les XX martyrs y étaient également 
invoqués avec succès 6 . 

1 ci. ibid., ■ . 12. 

2 BI IL. 7861. c. 1. 

/h civitate Dei, 1. c. p. 609 

4 BHL. 7860. c. 15. 2. 

5 Serin, ccl xxxvi,7, P. L. t. XXXVIII, p. 1300. 
161 De civitate Dei, 1. c, p. 604. 



156 l'invocation des martyrs. 

Il va sans dire que les libelli étaient conservés dans les 
archives de L'église. En moins de deux ans S. Augustin 
en avait recueilli près de soixante-dix à Hippone ; à 
C'alama, où L'usage était mieux observé et datait de plus 
haut, on en avait incomparablement plus. 

Nous ne savons si la méthode introduite par S. Augustin 
dans son diocèse et dans les diocèses voisins franchit ces 
étroites limites et passa à d'autres provinces. Si on le 
considère en lui-même, comme simple relation ou procès- 
verbal, la pratique du libellus paraît si simple et si utile 
que l'idée en a dû venir un peu partout où se produisaient 
des laits extraordinaires dont la mémoire méritait d'être 
conservée. On sait que les îduaia écrits sur le bronze ou le 
marbre dans les temples d'Esculape rappellent souvent, 
a s'y méprendre. les récits de guérison de nos sanctuaires; 
il serait étonnant que, de bonne heure, dans les loca sancto- 
rum, on n'eût pas tenu registre des faveurs qu'on y obte- 
nait. 

La pensée devait surgir de réunir ces récits en collection. 
Elle était si naturelle que les païens \ avaient songé pour 
leurs pèlerinages. On s'occupait, au temps de Strabon, 
de mettre par écrit les guérisons 1 I les oracles du lemplc 
de Sérapis à Canope '. Les recueils chrétiens donnèrent 
naissance à un genre de littérature qui prit, au moyen- 
. un immense développement. Les premiers échantil- 
lons qui se soient conservés sont le chapitre YIII du 
livre XXII de la Cité de Dieu, et les (\cu\ livres des 
miracles de S. Etienne d'Uzalum. Nous y trouvons déjà 
cpii donne à cette classe d'écrits sa phy- 
sionomi aleur un peu spéciale. A peu près tous les 



1 Strabon, Geogr., XVII, 1,17: ouYTpdcpouai bé nvtc «ai tùc 

<t\Xni bi àpetàç tiiiv t'vTi/.n(t(( Xdfiiuv. 



l'invocation des martyrs. 157 

genres de faveurs temporelles y sont représentés : des 
aveugles, des sourds, des paralytiques, des malades de 
toute sorte sont guéris, des morts ressuscites, des biens 
recouvrés, des captifs délivrés ; tantôt le miracle est 
instantané, tantôt il est le fruit de la persévérance : sou- 
vent le saint lui-même se montre à son client. 

Déjà aussi s'affirme le caractère composite de ces com- 
pilations. A côté des libelli mis à profit et par S. Augustin 
et parle secivtaiie d'Évode, il y a des récits où l'imagina- 
tion populaire joue un rôle incontestable, et à côté de nar- 
rations qui ont une allure documentaire, on en trouve qui 
rappellent plutôt l'anecdote et ne manquent pas d'un cer- 
tain piquant. L'ensemble est d'un haut intérêt pour la 
connaissance des mœurs du temps et de la discipline 
ecclésiastique '. 

Que faut-il penser de la méthode de S. Augustin et de 
résultats? Elle est incontestablement efficace pour 

donner aux faits une grande notoriété : elle l'est beaucoup 
moins pour arriver à définir leur nature, et l'appel à la 
foule est ce qui doit paraître aux hommes de notre siècle 
ce qu'il y a de plus opposé à tous les procèdes scientifiques. 
Mais on ne niera pas la sincérité de l'effort, et une collec- 
tion de libelli originaux, n'ayant point subi les déforma- 
tions habituelles pour passer dans une compilation, serait 
pour nous un trésor inappréciable, un document autre- 
ment sûr que la prose des meilleurs hagiographes. Mais il 
nous manquerait toujours quelques éléments essentiels, 
dont Augustin sentait déjà vaguement la nécessité, et 



(1) Signalons en passant, l'usée déjà constaté dutemp; de S. Augus- 
tin, de demander à certains martyrs, sur leur tombeau, la décision d'un 
jugement épineux. Voir Augustin, Epist. LXXVIII, P.I.. t. XXXIII. p 
36S-69. 



158 l'invocation des martyrs. 

auxquels il essayait de suppléer de sou mieux. Il n'y a 
point réussi, et il le constate avec quelque mélancolie: 
setnel hoc audiunt qui aJsunt pluresque non adsunt, ut nec illi, 
qui aàfuerunt, post aliquot dies qkod audiemnt mente retineant, 
ix quisque reperiaiur illorum, qui ci, que m non adfuisse 
cognoverit, indicet quod audivit '. Malgré tout, on ne réus- 
sissait pas à vaincre l'indifférence que le public semblait 
éprouver pour les miracles modernes. Quel que lut, à toute 
époque, le goût du peuple pour le merveilleux, on ne par- 
vint jamais, même au moyen-âge, à donner un sérieux 
crédit aux recueils de miracles. Comme aux collections 
de légendes, les théologiens se gardent d'y puiser, et sem- 
blent affecter de les ignorer. 

Nous ne pouvons passer sous silence une des formes 
les plus remarquables de la dévotion envers les reliques 
desmartyrs, et qui semble, à première vue du moins, 
se rattacher à la croyance de l'intercession des saints. 
Il s'agit de l'usage, si répandu dans l'antiquité chrétienne, 
de choisir sa dernière demeure clans le voisinage du tom- 
beau des martyrs. 

A eux seuls les textes épigraphiques recueillis dans 
toutes les parties du monde romain suffiraient à attester 
l'universalité de cette pratique '. Les cimetières de 
Rome ont donné une moisson particulièrement abon- 
dante. Nous connaissons des fidèles qui ont fait préparer 
leur tombeau ad sancta Fcl\uitateni~\ : ', ad santum Corne- 

1 r 1 / » • 1 ivitate Dci, 1 . c, p. 609. 

I 1, Rossi ■> traité la m en bien des endroits dans s. m 

ttino et ailleurs ; Li Bi v.i également, dans les Inscriptions 

chrétiennes d: ' 1 < • iule, n" j 1 ;. 354, 49.5. M. Mârui 1 m, Epigrafia cris- 

sa (Milan a groupé les principales inscriptions romaines qui 

s'\ : Ht . 

I >. Rossi, Bullettino, 1863, p. 21. 



l'invocation des martyrs. 159 

lium ', ai ippolytu\m~\ -, ad donm[um] Gaium "% antc douma 
Emerita i t ad domnu[m] Laurentium 5 , ad mcsa (mensam) bcati 
marturis Laurculi '■ in basilica domni Felicis \ ad sanctum 
Pctrum apostolum s , \ad\ marturc domina Castulu *, at Cri- 
scent\ionem] l0 , dans le cimitière de Cyriaque, in crypta noba 
rétro sanclus ", à Saint-Paul (intra tua) limina martyr 1 ". 
A Catane, Julia Florentina se fait enterrer pro foribu s 
martyrorum '% une autre à Tivoli, in oratorio sancti Alexan- 
dri ".A Aquilée, Leontia se confie dans la sancta beatorum 
vicinia l5 . Nous avons l'épitaphe de Cvnegius, enseveli à 
Noie, dans la basilique de S. Félix 16 . Le pieux désir de ce 
jeune homme fit l'objet d'une lettre de S. Paulin à S. Au- 
gustin, et celui-ci répondit par le fameux traité de cura 
Pro mortuis gerenda l7 . Nous avons un poème du même 
évêque de Noie sur le jeune Celsus, fils de Pneumatius, où, 
rappelant la mort de son propre enfant, il ajoute : 



(1) De Rossi, Roma sotterranea. t. I, pi. XXVIII, 2. 

(2) Roma sotterranea, t. III, p. 109. 

(3) Roma sotterranea, t. III, p. 263 ; Nuovo biillcttino di archeologia 
cristiana, 1907, p. 149. 

(4) De Rossi, Inscriptiones christianae urbis Romae, t. I, n. 653. 
L'inscription est de l'année 426. 

(5) De Rossi, Bultettino, 1876, p. 23. 

(6) Marucchi, Xuovo bultettino di archeologia cristiana, 1900, p. 
127-41, et Xotizie dcgli scavi, 1900, p. 131-32. 

(7) Aringhi, Roma subterranea, t. I (Romae, 1651), p. 355. 

(8) Aringhi, Roma subterranea, t. I, p. 339. 
191 De Rossi, Roma sotterranea, t. III, p. 421. 

(10) Xuovo bultettino di archeologia cristiana, 1907, p. 125. 

(11) Boldetti, Osservazioni sopra i cimiteri de' sancti martiri ed 
antichi cristiani di Roma, t. I (Roma, 1720), pp. 53, 57. 

(12) De Rossi, Bultettino, 1875, p. 26. 

(13) CIL. X. 7112. 

(14) Lupi, Epithaphium Severae, p. 24. 
151 CIL. V. 1678. 

(16) CIL. X. 1370. 

(17) P. L. t. XL, p. 591-601. 



160 l'invocation des martyrs. 

Qucm Complutensimandavimus urbe, propinquis 
coniunctum tumulifoedere martyribus l . 

Une femme du nom de Quinta, à Capoue, a été déposée 
auprès des martyrs : corpus sanctis comindavi 2 . Satyre, 
frère de S. Ambroise, fut enseveli à la gauche du tombeau 
de S. Victor : 

Martyris ad laevam detulit Ambrosius 3 . 

C'est également à Milan que l'on admire l'inscription de 
Manlia Daedalia, qui reposait martyris adfrontem 4 . 

A Ivrée, le prêtre Silvius confie aux martyrs son âme 
et son corps *, et à Verceil, 

sanctorum gremiis commendat Maria corpus c , 

tandis que le prêtre Sarmata obtient une concession 
auprès des martyrs Nazarius et Victor 7 . 

1 >ans les Gaules, même recherche du voisinage des mar- 
tyrs. Flavius Flori[dus], à Lyon, posions est ad sanctos*. La 
basilique des saints Gervais et Protais, à Vienne, renfer- 
mait le tombeau d'une Foedula, sanctis quae sociata iaect 9 . 
Celui de Silvina, à Arles, était placé adsanctum iuartyre[m] i0 ; 
celui de Pantagatus à Vaison auprès de martyrs incon- 
nus ". Le sous-diacre Ursinianus, de Trêves, meruitsan- 



men XXI, 607-608, II m ■ i > l, p. 329. 
.'i CIL. X. (.529. Mommsen supplée sans raison aucune : corpus, 
sanctis (simum) commendavi. 

ii, Iscrizioni cristiane in Milane, 10. Cf. 
Amiu i essu Satyri, P. I-. t. XVI, p. 1352. 

(4 ,; ". ^3- 

CIL. V. 0817; Biici 777- 

IL. Y. 67 ;j : Bii< HELER, 782. 
CIL. V. '.7 ;9 : Bii< nia 11, 779. 
(8) I 'itscriptions chrétiennes delà Gaule, n. 41. 

nptions, n. 412. 
I101 nt, Inscriptions, n. 528. 

Il) Ll Inscriptions, n. 492. 



l'invocation des martyrs. 161 

ctorum sociari sepulchris ', et à Ratisbonne on conserve 
l'épitaphe d'une Sarmannina, martyribus sociata 2 . 

A Salone, un fidèle dont le nom ne nous est point par- 
venu s'est lait préparer un tombeau près des martyrs « du 
milieu >. arcellam mihi condedi ad medianus martyres 71 . Arte- 
midora de Sirmium veut reposerai àomnum Synerotcm*. 
On a trouvé en Afrique l'épitaphe d'un Renovatus, placé 
ad sanclos, ' celle d'une Secundilla, enterrée auprès des 
reliques des saints Pierre et Paul 8 ; même mention pour 
un entant à Castellum Tingitanum 7 . L'épitaphe d'une 
religieuse, placée à Satan en 324, mentionne ce détail : 
fecit sibi ipsa saiia san ctorum mensam \ Elle avait pris ses 
dispositions pour être ensevelie tout près des martyrs 9 . 

Bien qu'en Espagne les textes analogues soient moins 
anciens, on ne peut douter qu'ils ne reflètent une tradition 
remontant beaucoup plus haut 10 . 

La faveur si convoitée en O occident, si rarement obte- 
nue, quod multi cupiunt rari accipiunt ", n'est pas moins 
recherchée dans les églises orientales. S. Grégoire de 

(1) Leblant, Inscriptions, n. 293. 

(2) CIL III, 5972. Cf. Ebner, clans Rômische Quartalschrift, t. VI 
(1862), p. 153-79. 

(3) CIL. III, 9546. 

(4) cil. m, 10233 ; cf. 10232. 

15 Monceaux, Enquête sur t ' êpigraphie chrétienne de l'Afrique, 
n. 243. 

(6) Monceaux, Enquête, n. 330. 

(7) Monceaux, Enquête, n. 332. 
Monceaux, Enquête, n. 301. 

Mentionnons encore ici ce texte de la Passion de S. Maximilien 
de Téveste (BHL. 5813) : Pompeiana mitrona corpus eius de indice eruit 
et imposita in dormitorio suo perduxit ad Carthaginem et sub monticulo 
Cyprianum martyr em secus palatium condidit, et ita post xm diem eadem 
matrona discessit et illic posita est. 

1 10) Hùbner, Inscriptiones Hispaniae christianae , n. 158 
11 De Rossi, Inscriptiones christianae L'rbis Romae, t. I, n. 319. 

Cuit. Mart. » 



IÔ2 l'invocation des martyrs. 

Nazianze réserve à sa mère et à son frère une place à côté 
des saintes reliques '. S. Grégoire de Nysse dépose les 
corps de ses parents, auprès des Quarante martyrs, afin 
qu'au jour de la résurrection ils se lèvent avec ces puis- 
sants protecteurs -. C'est aussi la préoccupation du soli- 
taire Jacques, qui recueille partout des reliques des prophè- 
tes, des apôtres, des martyrs et les place dans une châsse 
pour demeurer auprès d'eux et ressusciter avec eux \ 
Un enfant du nom d'Octemus, à Nicomédie, précisas a 
medicoic postus est ad martyres '. A Constantinople, Eusé- 
bie, diaconesse des Macédoniens, voulut être enterrée avec 
les reliques des Quarante martyrs 5 . Les fouilles de Tana- 
gre en Béotie ont livré l'épitaphe d'un chrétien qui met 
son tombeau sous la protection d'un martyr dont le nom 
est inconnu G . 

Dans le principe, c'est le corps même du martyr qui 
devient le centre d'un groupe de tombes privilégiées. 
Lorsque l'usage se généralisa de rendre à une partie 
quelconque des restes sacrés ou même à des reliques 
représentatives les mêmes honneurs qu'aux saints corps, 



(i) Carminu, II, 20, 76. P. G. t. XXXVIII, pp. 20, 50. Cf. Carm. II, 
102, 125. 
(21 Oratio III in SS. XL martyres, P. G. t. XLVI, p. 784. 

(3) Théodoret, Religiosa historia, xxi, Scun.ZK, p. 1251. On peut 
encore rappeler ici une inscription trouvée à Kara-Samsoun: loi udxap 
TTpobpoue dvé6n.aev éauTÔv àirorpiif^v Trâvriuv obuvripuûv tùv Trpùç 
ai Toicpov eùpduevoç' TeTdpxrj. Grégoire, dans Budetin de correspon- 
dance hellénique, 1909, p. 4; Studia l'ontica, t. III, n. 13. Cf. Analect. 
Bolland., t. XXX, p. 335. 

(4) CIL. III. 14188. L'inscription est bilingue, et n'est pas sans 
offrii quelque difficulté. La phrase que nous transcrivons répond au 
k'rec T,un.0iç ûttô îaTpoO éuaprûpiaev. Cf. Analect, Iiolland. t. XXX, 

P« 335- 

5) SozoMENE, Hist. ceci., IX, 2. 

(6) L. Duchbsne, dans Bulletin de correspondante hellénique, t. III, 
(1879), p. 144-46. 



l'invocation des martyrs. 163 

la faveur d'être associé aux martyrs, sociatus martyribus, 
argit du même coup et se constate dans des basiliques 
qui n'ont jamais possédé un tombeau de martyr. 

A quelle pensée répondait le pieux empressement des 
chrétiensà se taire octroyer la prérogative de ce glorieux 
voisinage ? Est-ce l'espérance de ressentir plus complète- 
ment les effets du patronage des saints? Obéissaient-ils 
inconsciemment au sentiment moitié religieux moitié mon- 
dain qui poussait déjà les riches égyptiens à ambitionner 
l'honneur d'être ensevelis à Abydos, près de la tombe 
d'Osiris ' ? Est-ce une simple manifestation de la piété 
reconnaissante, semblable à celle qui, au cimetière de 
Glasnevin groupe les grandes familles d'Irlande au pied 
de la tour ronde qui abrite les restes du libérateur ? 

La question préoccupait déjà les anciens, et les réponses 
que l'on peut recueillir à travers leurs hésitations ne sont 
pas concordantes. Au dire d'Eusèbe, Constantin, en se 
faisant préparer un tombeau au milieu des cénotaphes 
de la basilique des apôtres, espérait profiter des prières 
qu'on y ferait en leur honneur -. D'autres, comme S. Gré- 
goire de Xysse, semblent rattacher la pratique à des idées 
spéciales sur la résurrection des corps 3 . Celles que Maxime 
de Turin énonce à ce propos sont assez vagues : Ideo hoc 
a maioribus provision est ut sanctorum ossibus nostra corporel 
socicmus, ut dum illos tartarus metuit, nos poena non tangat, 
dum illos Chnstus illuminât a nobis tenebrarum caligo diffu- 
giat *. Pour justifier la coutume, Paulin de Noie semble 

i| Plltarque, De hideet Orisidc, 20: év xe 'Apûbiy toùç €Ûbai- 
uovctç tûjv AifUTTxiujv Kai buvaToùç ,ud\iaTa edTrrea6ai (Xé-fouaiv) 
cpi\oTiuou|aévouç ôfiOTciqpouç eîvai toû aiuuaToç 'Oaîpiboç. 

(2) Vita Constantin!, IV, 60. 

(3) Plus haut, p. i6_>. 

(4) Homilia in natal 7 SS. martyr um Taurincnsium, P. L. t. LVII. 
p. 426. 



164 l'invocation des martyrs. 

n'avoir trouve qu'une raison de sentiment. Il faut présu- 
mer que les bons chrétiens qui travaillent à procurer cet 
avantage à ceux qu'ils aiment ne s'agitent pas en vain '. 

S. Augustin, à qui il soumet la difficulté, ne fait appel 
à aucune raison subtile pour la résoudre, et montre bien, 
dans le traité qu'il a composé à cette occasion, qu'il n'at- 
tache pas grande importance au choix de la sépulture. 
« Le seul avantage que je crois voir à être enseveli près 
des martyrs, dit-il en concluant, c'est que les fidèles, en 
recommandant le défunt à leur patronage, le font avec- 
plus d'ardeur '-'. » C'était là un médiocre encouragement. 
On devine d'ailleurs les inconvénients qu'il pouvait y avoir 
à se rendre facilement aux sollicitations d'une piété 
trop peu discrète, qui amenait à troubler la cendre des 
morts, cineres vexare piornm, comme disait le pape Damase 3 , 
et d'où naissaient sans doute des compétitions regret- 
tables. Dès lors on comprend que l'on se soit employé à 
calmer des ardeurs, d'ailleurs très malaisées à satisfaire, 
comme on le voit dans l'épitaphe du diacre Sabinus à 
Saint-Laurent-hors-les murs : 

Nil iuvat, immo gravât, tumulis haerere piorum, 
sanctorum meritis optima vita prope est ; 

corpore non opus est, anima tendamus ad illos, 
quae bene salva potest corporis esse salus *. 

Leçon bien profitable et répondant à plus d'un genre 
d'excès dans la dévotion . 

Des questions analogues surgissent tout naturellement 

(i) Augustin, De curapromortuisgerenda, 1, P. L, t. XL, p. 592. 
(21 De cura pro mortuis gerenda, îz, P. L. t. c, p. 610. Voir aussi De 
octo Dulcitii quaestionibus, II, 2, P. !.. I c, p. 157. 
{},) Iiim, Damasi epigrammata, w. u. 
(^) BiicHiîLER, Carmina latina cpigraphica, 1423, 5-8. 



l'invocation des martyrs. 165 

à propos d'un autre usage qui peu à peu s'introduisit dans 
l'église et se généralisa au point de devenir une loi sous 
laquelle nous vivons encore, nous voulons parler de l'adop- 
tion, par les chrétiens, des noms de martyrs ou d'autres 
saints. Est-ce un acte de piété inspiré par l'amour et le 
respect du martyr ; ou bien une démonstration suggérée 
parla préoccupation de sanctifier tous les détails delà vie 
chrétienne; est-ce, primitivement, comme ce fut plus tard, 
l'expression du désir de s'assurer la protection spéciale du 
martyr, et le nom exprime-t-il les relations de client à 
patron que le fidèle entend établir entre lui-même et le 
saint de son choix ? 

Cette fois encore on constate que l'évolution historique 
n'est point la résultante d'un principe, et que l'histoire ne 
se reconstitue pas avec la logique d'un théorème. L'usage 
du nom chrétien semble s'être introduit sous l'empire de 
pensées assez diverses, suivant les pays et les circonstan- 
ces. Mais il est certain que le sentiment qui domine tous 
les autres, est celui d'une tendre vénération pour celui 
dont on adopte le nom. Le plus ancien texte, celui de 
Denys d'Alexandrie (-(-265), qui constate que les noms de 
Paul et de Pierre étaient fréquents chez les fidèles de 
son époque, énonce cette supposition qu'anciennement 
il dut en être de même du nom de Jean, que l'on pre- 
nait sans doute par amour pour l'apôtre, par admira- 
tion, par une sorte d'émulation, et par le désir d'être 
aimé du Seigneur comme Jean l'avait été 1 . C'était par 

1 Dans ErsÈBE, Hist. ceci. \ II. . 25, 14 : ttoWoùç bi lijuovûuouç 
'kutivvn. tûj àiroaxôXiu voui£w -fefovévai. Ï bià xr\v TTpàç ^Keîvov 
cifÙTTriv Kui tûj 0uuucicc-iv kcù £r|\oûv àTcmn.ftfîvcù fe ômoîujç 
aÛTÛj poû\erj9ai ùtto Kupiou, kcù Tr\v éTrujvuuiav xnv aÙTn.v 
ncmclaavTO, uJOTrep kcù ô TTaûXoç tto\ùç kcù bf\ kcù ô TT^Tpoç év 
toîç tiûv TTiaTiûv naiaiv ôvopctéc-Tai. Ce texte semble n'avoir pas tou- 
jours été bien interprété. Denys d'Alexandrie ne constate pas que 



i66 l'invocation des martyrs. 

haine pour l'idolâtrie que les martyrs égyptiens de Pales- 
tine s'étaient donné des noms bibliques ; ceux d'Elie, de 
Jérémie, d'Isaïe, de Samuel, de Daniel remplaçaient des 
noms de divinités '. Il ne faudrait peut-être pas citer ici, 
comme on le fait souvent, l'exemple du peuple d'Antioche, 
qui donnait aux enfants le nom de l'évêque Mélèce '-'. Cela 
se passait du vivant du saint, et n'est au fond qu'un reflet 
de la popularité du pasteur et une manifestation d'un 
caractère passager 3 . S. Jean Chrysostome lui-même 
constate que ses contemporains donnaient un peu au 
hasard les noms aux enfants : oi vûv aTrXuùç mi ujç èru- 
\e tùç TTpoo"n,Yopiaç ttoioûvtcu. Mais il engage les parents à 
préférer même aux noms des ancêtres ceux des hommes 
illustres par leurs vertus et jouissant d'un i^rand crédit 

« les homonymes de l'apôtre Jean sont nombreux », mais pense qu'il 
y en a eu beaucoup, pour les raisons qui de son temps faisaient adop- 
ter les noms de Paul et de Pierre. Le nom de Jean, à en juger par les 
monuments, ne devint populaire, qu'au cours du IY< siècle, plus tard 
même dans certaines régions. Voir Bayi i. Luis Bulletin de correspon- 
dance hellénique, t. I 1 1877), p. 40S ; Gori, Inscript. Etrur., t. III. p. 322. 
(1) Euskbe, De tnartyribus Palaestinae, XI. 8. Un texte de Procope 
de Gaza, Comm. in Isaiam, c. XLIV, que Ton cite parfois à propoî 
de la question présente, n'esl autre chose qu'une allusion au fait rap- 
porté par Busèbe ; mais Procope généralise, et à l'entendre on dirait 
qu'il s'est présenté plusieurs fois. /'. G. t. LXXXVII, p. 2401. 

3 Jean Chrysostome, Laudatio S. Meletii : To uaibiov ëKaaxoç 
tô éctUTOÛ àïrô t?)ç TTpoan.Topiuç fcKa\eîxe Tn.ç éxeivou. P. G. t. L, 

P- 5»?- 

l -s Grégoire de Naziai -i . Oratio XXXVII, 17: 

Kaixoi Kui TTéTpov nuiû, àW oùk àKo6ui fTeTpiavôç, Kai TTaOXov, 
ITauXiavoç ot oùk r|Kouaa, P. G. t. XXXVI, p. 301, n'a rien avoir 

la question qui nous - Il ne s'agit pas du nom de Pierre 

ou de Paul ; mais d'un titre dérivé de ces noms, < omme xpiOTiuvoç de 
Xpicrrôç. En Cappadoci l'habitude de prendre un nom chn mble 

s'être introduite lentement. Macrinc, la sœurde S. Basile, avait 
annoncée dans un soi ois le nom de Thècle. Néanmoins on lui 

donnalenom de sa grand' mèn ; rel (ôvoua tô KtKpuuutvov) 

elle port de Thècle. Grégoiri dj Nysse, I itu S. Mmrinac, 

P. G. t. XLV1, j . 961. 



l'invocation des martyrs. 167 

auprès do Dieu '.On le voit, l'orateur fait ici intervenir 
les avantages de l'intercession des saints. C'est aussi l'idée 
exprimée par Théodoret : on donne aux enfants des noms 
de martyrs pour leur assurer une protection et une sauve- 

irde '. 

Le relevé méthodique des noms chrétiens dans l'anti- 
quité éclairerait beaucoup l'histoire de la pratique dont il 
est question ici. et serait particulièrement important pour 
constater les progrès de la dévotion à certains martyrs 
et la diffusion de leur culte. La méthode a été appliquée à 
un petit nombre de noms et a donné de bons résultats s . 
Elle devrait être généralisée. 

Un nom qui ne devra pas être oublié, et qui n'est pas 
celui d'un martyr déterminé mais un témoin de l'honneur 
rendu à tous les martyrs, c'est celui de MapTÛpioç, Mar- 
tyrius, Martyria, très fréquent à partir du IV e siècle. Un 
coup d'ceil dans les recueils d'inscriptions le fait découvrir 
sur tous les points du monde romain, à Rome *, à Mi- 



l) Homil. in Genesim, XXI, 3, P. G. t. LUI, p. 179. 

(2 Graecarum ajicct. curatio, VIII, 67, R.\EDER,p. 218. 

(3) Pour les saints Cosmc et Damien, P. M A AS, dans Byzantinische 
Zatschrift, t. XVII 1 1908', p. 604 ; pour S. Georges, le même, dans 
Krumbacher, Dey heilige Georg (Mùnchen, 1911), p. 317-20. Voir aussi 
les remarques intéressantes de De Rossi sur les noms de Pierre et 
Paul, BulLttino. 1867. p. 6-8. 

(41 De Rossi, Roma sotterranai, t. III, p. 283 : Marturius ; p. 452 : 
domus heterna Marturies ; Bullcttino,iS8o.p. 29 : locus marturiae ; Mai, 
Scriptorum veterum nova collectio,t. V, p. 442. n. 5: Martyriae ; Maran- 
goni. Acta S. Victor is, p. 8g: Martyrio ; Odericus, Dissertationes et 
adnotattones. p. 339, n. 9 : Aureliae Martyriae; Martcchi, Monumcnti 
del museo cristiano Latcranensc, tav. LXX1V, paretc VII, 16 : Marturus; 
par. VII, 32 : Marturio ; tav. LXXI, par. VI, 20: Martura.Dans la gale- 
rie lapidaire du Vatican, parcte XXXVIII : Marturus; parcte XLY1 : 
Martyria in pace. Nuovo bullettmo di archeologia cristiana, t. IX 
• l 9°5\- V- 21 : Alfeniae Xarctissae] filic carisst[mae~\ sigmo) Martyri. Il 
s'agit évidemment d'une jeune fille qui avait, non pas la qualité, mais 
le surnom de Martyre. 



168 l'invocation des martyrs 

lan ', en Dalmatie 2 , à Constantinoplc 3 , en Sicile*, en 
Gaule 5 , en Asie Mineure 6 . 

Les textes littéraires de tout genre en mentionnent 
beaucoup d'autres et il suffit de rappeler ici Martyrius 
L'évêque Macédonien 7 , Martyrius l'évêque de Marciano- 
polis et plusieurs homonymes cités par Sozomène 8 , un 
prêtre correspondant de T*héodoret 9 , Martyrius évêque 
d'Acherontia 10 , Martyrius évêque d'Antioche et Marty- 
rius évêque de Jérusalem ". Il y a un Martyrius parmi les 
contextores du code Théodosien '"-' ; il y a même des martyrs 
de ce nom : le compagnon de S. Marcianus, à Constantino- 
ple lî et celui de Sisinnius et d'Alexandre, mis à mort 
en Anaunie à la fin du IV e siècle ".La liste serait fort con- 
sidérable si nous voulions continuer l'énumération ,s . 



(i) CIL. V. 6241 : Marcus et Marturia se vivi enteront ; 6246: hoc 
titulum Mortifia viro suo Martiniano contra votunt faecit. 

(2) CIL. III. 1891 : Marturius memoriam sibi fecit ; 6393 : lui. 
Martyrius et Aur. Procula... posuerunt. 

(3) CIL. X. 3309 : hic positus est Iulius Marturius cibis Constan- 
tmopolitanus. 

(4) Kaibel. Inscriptiones graecae Siliciae et Italiac, 151 : i\ Oew koù 
Xpiarôt Mctpxùpioç évOcîbe kôtiu. 

(5) Leblant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, n. 255 : titulum 
posuerunt Martyrius et Silvia. 

(61 CKi. 8872 : MapTÙpioç n tMo'fiKiiiTUToç iTxoXaaxiKÔç ; Heber- 
Wii.hei m, Reisen in Kilikien, p. 21, n. 52 : (ivutuvouto n, ^axapia 
khi OeooepeOTciTri Mupxupiç év tt] àfioTdrn, reaaapaKoarQ. 

7) So« RATE, HtSt. cal.. IV , I i, 22. 

(8) Sozomlnk. Hist. ea ,'., VII, 9, 1. : III, n, 2 ; IV, 3, 1 ; VII, 10, 1. 

t. xx, S( mi 1./1 . t. IV, p. 1081. 
io) I hiei . Epistulae pontificum Rom., p. 386. 
(11) M , Chronica minora, t. III, pp. 558 560. 

121 Cod. Theodos., I, 1. 6, Mommsen, p. .: 1 
I13 BHG». 1029. 

BHL. 7794, 7795. 
(15) Il v ;i dans la coi 1 edi Symmaqu< an/rugis optimae 

Martyrius. Voir Episl. IV, 22; \ II. 64. M;n ;< rait-ce bien un chrétien? 



CHAPITRE V. 

LES PRINCIPAUX CENTRES DU CULTE 
DES MARTYRS. L'ORIENT. 

Rien ne serait plus intéressant qu'une statistique exacte 
du culte des martyrs dans le monde romain à la fin du 
V] siècle, alors que toutes ses formes sont fixées dans une 
tradition séculaire, et qu'il n'est point atteint encore par 
les grands bouleversements qui s'annoncent. Quelle était, 
à ce moment, dans chaque diocèse, la succession des 
t'êtes ? Quels étaient les sanctuaires dédiés aux martyrs ': 
Quelle était l'importance du trésor des reliques éparses 
dans la catholicité entière ? Il serait bien désirable que 
l'on donnât à ces questions une réponse précise. 

Mais combien nous sommes loin d'être pleinement ren- 
seignés. On peut dire qu'aucun martyrologe local ne nous 
parvenu dans un état complètement satisfaisant. Le 
férial romain n'est point sans lacunes et ne vaut que pour 
la première moitié du IV e siècle. Celui de Carthage 
moins ancien et relativement abondant ; mais il ne nous 
e^t point parvenu en son entier. Quant à celui de Tours, 
au Y" siècle, il s'en tient aux toutes grandes fêtes '. 

Si nos compilations martyrologiques étaient plus homo- 

i Rappelons que ce document a été inséré par Grégoire de Tocrs 
dans YHist. Franc. X, 31. 



170 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

gènes et faites exclusivement de matériaux de première 
main, nous pourrions essayer de reconstituer quelques 
listes locales. Mais le mélange de l'élément littéraire 
avec l'élément traditionnel, sans compter l'état de confu- 
sion dans lequel s'est effectuée la transmission des princi- 
paux martyrologes, rendent cette tâche presque toujours 
impossible, et les résultats que l'on peut en attendre sont 
illusoires et, à tout le moins, incomplets. Voilà pour les 
l'êtes. 

En ce qui concerne les basiliques,ilfaut se rappeler qu'el- 
les ne sont pas toujours désignées sous le vocable des mar- 
tyrs dont elles abritent les reliques, et l'importance de ces 
reliques est souvent difficile à apprécier. En Occident, on 
dédie les églises avec des objets sanctifiés au simple con- 
tact du tombeau ; en Orient on ne craint pas de détacher 
des parcelles du corps saint, et on désigne ces fragments 
en des termes qui créent de véritables confusions. On pos- 
sède le martyr là où l'autel cache ses reliques, quelles 
qu'elles soient, tel est du moins le langage courant de cer- 
taines contrées '. 

Chercher, dans ces conditions, à retracer, avec le détail 
désirable, un tableau du culte des martyrs au seuil du moyen 
à'^c est une entreprise à laquelle il faut renoncer si l'on ne 
veut point tirer des documents plus qu'ils ne sauraient 
donner, ou accepter, comme des résultats acquis, ce qui 
ne peut dépasser les limites de la conjecture et dissimuler 
les énormes lacunes de notre information. 

Il faudra donc se restreindre. Si l'on s L rappelle que 
dans l'antiquité le culte de chaque martyr s'organise 
autour de son tombeau, que les premiers à garder sa 
mémoire sont les fidèles qui ont vu de leurs yeux sa fin 

1 Plus haut, p. 75. 



l'orient. 171 

héroïque, on est amené à concevoir l'histoire du culte des 
martyrs comme celle des centres isoles où il a pris nais- 
sance et d'où il a rayonné inégalement clans diverses par- 
ties du monde chrétien. Ce point de vue aboutirait à dres- 
ser la statistique des églises qui, les premières, ont 
consacré par une commémoraison, l'anniversaire de la 
mort d'un martyr. et,subsidiairement,la liste des sanctuai- 
res principaux qui se glorifiaient de posséder un corps 
saint. L'église de Carthage a été la première à solenniser 
l'anniversaire de S. Cyprien qui fut, depuis, gardé par 
tant d'autres églises. La basilique de S. Laurent in agro 
Vcrano a été comme le foyer d'où la dévotion au saint 
diacre a rayonné parle monde entier. 

Si nous bornons notre ambition à ne visiter en esprit 
que ce que nous appellerions les églises-mères, pouvons- 
nous seulement nous flatter de n'en omettre aucune qui 
vaille la peine d'être mentionnée? Pour certains pays notre 
documentation se réduit à très peu de chose, et parfois le 
hasard fait surgir du sol une inscription avec le nom d'un 
martyr authentique, ou révèle, dans un texte jusque là 
négligé, un épisode sanglant des persécutions, sans nous 
livrer la page correspondante où nous cherchons la 
preuve du culte. 

Parfois aussi, pour certains martyrs, c'est, dans l'infor- 
mation, l'abondance stérile. Ainsi, nous constatons qu'au 
début du V e siècle S. Cosconius était honoré avec ses 
compagnons à Nicée, à Nicomédie, ailleurs encore. et qu'il 
avait trois fêtes, le 19 janvier, le 23 février, le 2 septembre 1 . 
Mais laquelle correspond à la date de la déposition et quel 
est le lieu du martyre ? Impossible de le décider. Et la 
circonspection s'impose d'autant plus que, parfois, le centre 

1 Elles sont indiquées dans l'abrégé syriaque et dans l'hiéronymicn. 



172 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

primitif du culte d'un martyr se trouve dépossédé par 
une succursale dont la vogue rapidement grandissante 
fait oublier les origines. Quelles hésitations n'ont point 
épouvées les érudits qui ont essayé de fixer le point 
de départ du culte des saints Cosme et Damien ' ! Malgré 
tout l'éclat de la découverte des reliques de S. Etienne, on 
ne voit point que ce soit à Jérusalem que le premier mar- 
tyr ait reçu les hommages les plus empressés. Les sanc- 
tuaires d'Uzalum, de Calama, d'Hipponc paraissent avoir 
joui, dès le début, d'une tout autre célébrité et cela fait 
comprendre qu'une large diffusion du culte puisse être 
dans bien des cas, un élément d'incertitude. 

Il faut bien s'entendre, d'ailleurs, lorsqu'on parle de 
centres de culte, et le mot ne peut pas toujours se prendre 
au sens propre. Certains sanctuaires, semblent n'avoir 
pas été des foyers de propagation ; la dévotion au martyr 
n'a eu aucun rayonnement au dehors, et le culte est 
demeuré strictement local. Nous n'en chercherons pas 
moins à déterminer, même alors, le lieu de la sépulture 
et de constater la célébration de la fête. 

Très rarement il pourra suffire de recourir aux marty- 
rologes Leur témoignage a besoin d'être contrôlé et trop 
souvent le moyen de contrôle fait défaut -'.On le cherche 
d'instinct dans les itinéraires des pèlerins % et c'est là 

(1) Pi 1 bner, 1 osmas und Damian (Leipzig, 1907)* p. 38-83; P.Maas, 
clans /• Zeitschrift, t. XVII, p. 6114-608 ; Deubner, dans 

ologische Wochenschrift, 1910, p. 1286. 
z Voir notre travail sur Le témoignage des Martyrologes clans Ana- 

IM I . BOLI AND., I. XXVI, ] 

Comme il sera plus d'une f« » i - question dans < :e qui va suivre du 

\ I ria, dit autrefois Peregrinatio Silviae, que l'on s'ac- 

cordail à datei de la fin du H ,nous devons faire remarquer qu'on 

a ch< emmenl à abaisser cette date jusque vers le milieu du Vie 

Voii Meisti r, dans Rheinisches Muséum, N F t. LXIV, p. 337- 

iji. Le nouveau système a trouvé des adhérents mais aussi des contra- 



l'orient. 173 

une source précieuse de renseignements à condition qu'on 
ne s'y fie pas aveuglément. Ceux qui lesont rédigés sont de 
pieux touristes que leurs bonnes intentions n'ont pas mis 
à l'abri de toute erreur ni protégés contre les entreprises 
peu scientiriques des guides et des sacristains. Les inscrip- 
tions, les chroniques et autres textes historiques où l'ab- 
sence de toute arrière-pensée est souvent manifeste, don- 
nent en général des informations bien plus sûres. 

\Sn rapide tableau comme celui qui va suivre ne pouvant 
être sans cesse entrecoupé de discussions, il sera plus 
rarement fait appel à un genre de textes hagiographiques 
assez nombreux qui n'offrent aucune prise à la critique et 
dont les meilleures données ne peuvent être acceptées que 
sous bénéfice d'inventaire. Les légendes seront donc rare- 
ment interrogées. Les lacunes que notre exposé présen- 
tera de ce chef seront, croyons-nous, plus apparentes que 
réelles. 

Nulle part les documents dignes de foi ne nous permet- 
tent de remonter aussi haut dans l'histoire du culte des 
martyrs qu'en Asie Mineure ; nulle part non plus on ne le 
voit si tôt parvenu à son entier développement. On sait que 
le premier témoignage parfaitement explicite que nous 
ayons à produire provient de la province d'Asie. Les fidè- 
les de Smyrne recueillent pieusement les restes de leur 
évèque Polycarpe mort sur le bûcher, leur donnent une 
sépulture digne de son rang et établissent un anniver- 
saire '. Moins de cinquante ans plus tard, Polycrate 
d'Éphèse signale, parmi d'autres tombeaux glorieux, à 

dicteurs. Voir Analect. Bolland. t. XXXI, p. 346. La nature des recher- 
ches que nous poursuivons n'exige pas que le problème soit préalable- 
ment résolu. 
(i) Martyr ium Polycarpi, 18. 



174 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

Smyrne, avec celui de Polycarpe, celui de Thraséas, mar- 
tyr d'Euménie *. A Smyrne également appartient le mar- 
tyr Pionius, dont la passion est bien attestée sans que l'on 
parvienne à relever des traces distinctes de son culte *. 
Son inscription au martyrologe hiéronymien (10 et 12 
mars) ne semble pas refléter une tradition liturgique. C'est 
Eusèbe qui, selon toute vraisemblance, est la source de la 
mention •"'. 

Ephèse est surtout célèbre par le tombeau de S. Jean, à 
qui Polycrate donne les titres de martyr et de docteur '. 
De bonne heure on y construisit une basilique, que la 
pieuse Ethéria se proposait de comprendre dans son itiné- 
raire \ Cette basilique, rebâtie par Justinien ,! , fut visitée 
par des foules de pèlerins jusque bien avant dans le moyen 
âge 7 . D'assez bonne heure leur attention se trouva parta- 
par d'autres sanctuaires ; et ce qui montre bien avec 
quelle réserve il faut consulter leurs relations, à quel 
point leurs relevés sont capricieux et incomplets, c'est que 
Théodose, passant par Ephèse, a tout d'abord été frappé 
par les Sept Dormants, dont il sait les noms et l'histoire, et 
fort médiocrement par la basilique principale qu'il ne juge 
même pas digne d'une mention \ En revanche, il nous 



1 Eusèbe, Hist. ceci., V, 24, 4. Cf. Liohtfoot, Apostolic Fathcrs, 
part. II, t. I, p. 494. 

z Passio Pionii, BHG*. 1546. 

(3) Duchesnk, dans Acta s s. novembris, t. II, p. [lxvii]. 
141 Eusèbe, Hist. eccl. III, 31,3 : kuî ^dp-ruç k<ù bibdaKotXoç, outoç 
év 'Ecp^aw K€Koi|ur|Tai. 
151 Gbyer, Itmcra Hicrosolymitana, p. 7t. 
6) Procope, De ucJif.y , 1 ; Hist. arcana, éd. Bonn, p. 25. 
7 Vita s. Lazari Galesiotae, c 29, Acta SS. nov. t. III, p. 518 et pas- 
sim. 

(8) In pruvinciu Asia, civitus Eplieso ubi sunt septem fratres dormien- 
tesctcatulus Vivicanus ud pedes evrum. Geyek, Itmcra, p. 148. 



l'orient. 175 

signale le tombeau de S. Timothée : ibi est sa/ictus Timo- 
theus, discipulus domni Pauli '. 

Il y avait dans le voisinage du temple d'Apollon Didy- 
méen à Milet, des sanctuaires de martyrs que l'empereur 

Julien lit détruire *. On ne nous dit pas expressément qu'ils 
y avaient leurs tombeaux, mais cela ne manque' pas de 
probabilité. Sozomène rappelle à cette occasion que Julien 
avait de même à Daphné pris ombrage de S. Babylas, à 
qui il attribuait le silence de l'oracle d'Apollon. Or, il 
s'était arrêté au parti de se débarrasser du corps du saint 
martyr 3 . On peut croire qu'il redoutait pour l'Apollon 
Didyméen un voisinage pareil. 

A Aphrodisias de Carie on honorait le 29 ou le 30 avril 
Diodote (d'autres lisent Diodore) et Rodopianos connus 
parle martyrologe syriaque du 30 avril et par une Passion 
qui a laissé des traces dans divers recueils *. 

C'est à Pergame qu'il faut chercher le premier mar- 
tyr d'Asie, Antipas, célèbre par ce texte des livres 
saints : 'AvTuraç ô uapiuç uou ô ttio~tôç, ôç cureKTccvGri 
TTap' ùuîv *. André de Césarée, dans son commentaire sur 
l'Apocalypse, nous dit qu'il a lu le récit de son martyre: 
oÛTrep dvéYVuuv tô uaptûpiov 6 . Si cette pièce est, comme le 

: Geyer, Itincra, p. 148. 

(2) Sozomène, H«/. ceci., V, 20. Une inscription trouvée à Milet, CIG. 
8S47, porte ces mots : kcù toO àyiou udp-rupoç 'Ovriai-rrirou. Ce 
martyr n'est nommé nulle part ailleurs. Appartiendrait-il en propre à 
Milet ? 

(3) Sozomène, Hist.eccl., V, 19. 

(4) Résumé dans les synaxaires grecs au 29 avril. Synax. eccl. CP., 
p. 638 ; version latine dans le manuscrit de Rouen U. 42, Analecta 
Bolland., t. XXIII, p. 256-57. 

(5) Apoc. 2, 13. 

(6) Commentarius in Apoc., c. V, P. G. t. CVI, p. 237. Sur l'époque 
d'Arethas, voir Diekamp, dans Historisches Jahrbuch, t. XVIII (1897), 
pp. 1-36, 602. 



176 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

pensait Papebroch, celle que nous possédons encore ', on 
peut en lire que vers la fin du V e siècle il existait à Pergame 
une basilique de S. Antipas -. Elle était peut-être debout 
lorsque,à si m tour,Aréthas commentait l'Apocalypse; mais 
on n'a aucun témoignage à ce sujet 3 et cela importe peu. 
Il est infiniment probable que le culte de S. Antipas ne 
remonte pas à l'époque de la persécution dont il fut la victi- 
me, et qu'on l'organisa plus tard lorsque l'église de Pergame 
recueillit ses souvenirs. Il y a plus de vraisemblance que 
le célèbre groupe Carpus, Papylus et Agathonice ait été 
honoré, aussitôt après le martyre, par l'église de Pergame. 
Nous lisons encore l'antique récit de leur passion ', celui-là 
sans doute, qu'Eusèbe lui-même a lu et incorporé dans sa 
collection ''. On aimerait à trouver dans le martyro- 
loge svriaque ou dans l'hiéronymien un reste du calendrier 
de Pergame. La formule du compilateur èk twv dpxaiwv 
uapTÛpuuv, nous ramène à Eusèbe qu'il a consulté c . Et le 
vieux texte est bien sobre de détails. Nous y voyons seule- 
ment que les chrétiens enlevèrent secrètement les corps 

(1) BHG-. 138, n. 4 : tô \eivpava aÙTOû... ^v Twbe tùj tôttuj Kcrré- 
0r|Kav év TTep'fduw, ëvGa auviôvTeç Tàç irpoaeuxàç émTe\oûu.ev. 

(2) Le P. A. Dutat. I n prétendu tombeau de S. Luc à Ephèse restitué 
à Ut mémoire de S. Antipas (Paris, 1883), p. 83, cite la phrase suivante 
du commentaire cPAréthas : 'AvThraç o uâpruç év TTep-fduuj éuap-rû- 
pnaev, ou kcù tô uapTÙpiov eioéxi auj£eTm iI'.G. t. CVI, p. 536), 
en interprétant le mot uapTÙpiov flans le sens de sanctuaire et conclut 
que « d'après Aréthas le martyrium ou le sépulcre d'Antipas était 

ire à Pergame, dans le courant du X e siècle, un objet de véné- 
ration dont l'authenticité ne Faisait aucun doute. » Comme dans le 
texte d'André, uapTÙpiov signifie le récit du martyre. Nous ne discu- 
teron 1 l'opinion du même auteur sur l'existence à Ephèse d'un 

oratoire de S. Antipa 1 est de tout point insoutenable. 

^03. Le martyr Pa I . dans le Chronicon 

Paschalc, DlNDORF, p. 258, n'est autre que S. Papylus. 
(4) Htst. eccl., IV, 15. 

5 L syriaque au 13 avril, le texte latin au 12 et au 13 avril. 
BHG*. 138; voir Act. SS. aprilis t. II, p. 4, n. 2. 



l'orient. 177 

des suppliciés et Ls gardèrent à la gloire du Christ et ù 
l'honneur des martyrs '. 

Le groupe Pierre, André. Paul, Dionysiaest rattaché à 
Lampsaque parle martyrologe hiéronymien (15 mai) et 

par la Passion dont il nous est resté une rédaction latine '-'. 
I. s deux témoignages semblent indépendants. Tel n'est 
pas le cas des documents concernant S. Théagène, de 
Parium dans l'Hellespont.La notice du martyrologe 13 jan- 
vier 1 est empruntée à un vieux texte dont nous possédons 
deux recension latines •" sans compter des traces certaines 
de l'original grec '. Cette Passion sous toutes ses formes 
manque d'autorité. Peut-être, cependant, a-t-elle gardé 
quelques minces éléments historiques et l'attache topogra- 
phique ne serait-elle pas à dédaigner. Mais qui nous dira 
si la villa Adamanti, <>ù le martyr a été enseveli et honoré, 
au dire de l'hagiographe, se trouvait réellement dans le 
voisinage de Parium ': Nous la retrouverons bientôt dans 
un autre document également dépourvu d'autorité. 

L'Abrettène est une division de la Mysie ayant pour 
capitale Ancyre, 'AfKupa Iibi"|pà '. C'est le nom de cette 

jion qu'il faut reconnaître dan^ une notice de l'hiérony- 
mien au 17 septembre : in Britannia Sucratis fi . Le saint est 
mêlé à diverses légendes, celle de S. Théodore de Perge, 

11 BHG^ 293. n. 47. 
2 BHL. 6716. 
[3) BHL. 8106,8107-8. 

4 Synax. eccl. CI'., p. 368. Cf. Delehaye, Les légendes grecques des 
saints >;. . p. 23; P. Franchi uii' Cavalieri, Note agriografiche, 

fasc. 3 , Stcdi e testi, XXI (Roma, ig><ji. p. 101-105. 

15 Voir Th. Wiegand, Reisen in Mysien dans Mittheii.ungen des 
k. d. AKCHàOL. Instituts, Athenische Abtcilung, t. XXIX (uj"4 • 

P- 3"-39- 

(6i D. Sekrcvs, La patrie de S. Socrate, dans Analect. Bolland., 

t. XXX, p. 442-43- 

Cuit. Mart. >2 



178 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

en Pamphylie, qui se rencontre dans les recueils le 21 sep- 
tembre et le ig avril ', et celle de S u Théodote i , qui porte 
ordinairement la date du 17 ou du 18 septembre •", parfois 
celle du 23 octobre '. La Passion de S te Théodote, dont la 
date la mieux attestée coïncide avec celle du martyrologe, 
fait mourir S. Socrate à Ancyre. On a naturellement pensé 
à la ville la plus célèbre de ce nom, Ancyre deGalatie.il y a 
lieu de croire qu'il s'agit de l'Ancyre moins célèbre 
d'Abrettène. i'n aqueduc inauguré en 488 à Zénonopolis, 
ûbpcrfuj-fiov toû dfiou (aûprupoç XuuKpaTouç. par l'évêque 
Firminianus, et dont l'inscription nous est parvenue 5 , 
montre que le culte du martyr Socrate était en honneur 
dans une ville d'Asie Mineure dont la position n'est pas 
déterminée, mais qui était vraisemblcment située en 
Abrettène n . Zénonopolis pourrait bien être un nom d'em- 
prunt, que la capitale aurait porté à partir du règne de 
Zenon jusqu'à une époque indéterminé 



(1 Synax. ceci. CP., pp 65, 614. 

(2) Publiée en latin dans Act. SS. oct. t. X, p. 12-16. Le texte grec 
inédit dans le manuscrit 2 du Musée Mcerman-Westreenen de La 
1 1 

ceci. CP., p. 51. Le ménoioge de La Haye indique le 18 
septembre. 

Synax. eccl. CP., p. 157. 

Nous l'avons publiée dans les Analect. Bolland., t. XXX, p. 316. 
'a malheureusement pas été en mesure de nouj en dire la prove- 
nance précise. 

M. ruys l'ait aussi entrer en ligne de compte une notice, qu'il 

;; ci qui ne sciait qu'une répétition de l'autre : In 

Muuritania Socrati. [1 est claii is la plume ribes Abret- 

toni.t a pu donner : . bien Maurit im.i. M lis dans le texte celte 

rubi S te, et comme il va le même 

jour un 1 fric lins, ou peul douter de 

gitimité du rapprochement Mauritan ■ ratis. Nous croyons que 

rublet 17 nbrc-17 octobre ne s'explique pas nécessairement 

entité des la mière s'exprimant par XV h.d. oct. 

l'autre p ii .VI 7 kzl. n. 



L'ORIENT. 179 

La Bithynie est une terre de martyrs. C'est à Nicomé- 
die qu'éclata la persécution de Dioctétien, et elle y lit an 
grand nombre de victimes. Eusèbe, qui a fait an récit,par- 
lV.is très détaillé, des événements de cette période terrible, 
et qui suit avec une pieuse attention les combats et les souf- 
frances des martyrs, ne cite que les noms des personnages 
le- plus en vue, l'évéque Anthime, les dignitaires du palais 
Pierre. Gorgone, Dorothée. Pour les autres, il semble 
affecter de ne point les nommer,à ce point qu'il ne nous dit 
pas même quel est cet homme qui eut l'audace de protes- 
ter, en le lacérant, contre i'édit des empereurs et affronta 
les supplices avec un courage surhumain 1 . Ce silence a 
paru si extraordinaire que plusieurs ont tenté d'y sup- 
pléer.Lesuns ont prononcé le nom de Jean - ; d'autres ont 
pensé qu'il s'agissait du grand saint Georges, plus tard 
défiguré parla légende ". Avec beaucoup de vraisemblance 
on a pense qu'il fallait reconnaître ce héros anonyme dans 
l'Euethios que le martyrologe syriaque enregistre sous la 
rubrique Nicomédie, au 24 février, date initiale de la per- 
sécution '. 

En revanche nous sommes renseignés par Eusèbe sur les 
précautions imaginées par l'ennemi pour empêcher les 
chrétiens d'honorer leurs martyrs. Les corps des chambel- 
lans impériaux. qui avaient déjà reçu une sépulture décente, 
furent déterrés et jetés à la mer. D'autres martyrs furent 
directement soustraits à la vénération des fidèles. Embar- 
qués en masse, ils furent noyés dans les dots. 

1 Ecsèbe. Ilist. eccl., VIII, 5, 6. 

z) Adon au 7 septembre, puis Usuard. Voir Sollerius, Martyrolo- 
gium L'sii.uài \\ 519 ; Tillemont, Mémoires, t. V, p. 600. Récemment 
enore M. Cumont, Studia pontica, t. III (Bruxelles, 1910), n. 254. a 
proposé cette identification. 

(3 Papebroch, dans Actu SS. aprilis, t. III. p. 106-108. 

4)E Schwartz, Eusebius Wtrke,t. II, 3, p. 94. 



iSo CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

Dans quelle mesure réussit ce calcul barbare et impie, 
et quels sont les martyrs dont l'église de Nicomédie garda 
la mémoire ' ? A première vue, mitre information sur ce 
point ne laisserait rien à désirer. On admet, en effet, que le 
martyrologe oriental que représentent pour nous l'abrégé 
syriaque et le martyrologe hiéronymien a été rédigé à 
Nicomédie. Dans la liste syriaque, cette église n'est pas 
nommée moins de 34 fois. On pourrait croire qu'il suffit 
d'aligner ces anniversaires pour obtenir le calendrier 
authentique de Nicomédie dans la seconde moitié du IV e 
siècle. 

Il y aurait quelque imprudence à accepter pareille resti- 
tution avec une confiance absolue. Le rédacteur s'expri- 
me de façon à laisser entendre que, même pour Nico- 
médie, il a puisé à des sources littéraires -. Mais ceci 
doit être exceptionnel et il y a apparence que beau- 
coup de notices reflètent une tradition liturgique. Ainsi 
pour les martyrs qu'Eusèbe se contente de citer comme 
ayant souffert à Nicomédie, nous pouvons accepter sans 
défiance les dates du martyrologe : il en est de même des 
saints Dasius, Gaius et Zoticus \ pour lesquels l'accord du 
férial avec la Passion est décisif'. Le nom d'Hesychius, 
malgré les répétitions sous diverses rubriques et à diverses 



(1) Nmis mentionnons ici l'ins »n biliwgue CIL. III. 14188, trou- 

vée à quelque distance de Nicomédie, et où est mentionné un enfant du 
nom d'Octimus, te postus est ad mar titres, en gre ëuapTÛpr|0*ev. L< 

dont il est question nme on l'a pensé, les saints 

Dorothé , G01 on . de la ition de Dioclétien ? Il se- 

d'autant plu firmer que le sens de l'inscription est 

moins clair. Voir Beurlier, dans Bulletin de la soc. tics Antiquaires de 

Fran p. 224-27. 

.: L 15 août et 1 .■ 

!i o tobre n'a p iphi- 

quc. Celle d< est fournil iloge hiéronymien. 

19-'. 



l'orient. 181 

dates ', semble pouvoir être retenu pour Nicomédie au 
i mars, avec le martyrologe syriaque. La Passion des 
SS. Guria et Shamona cite, parmi les victimes de la gran- 
de persécution, Hesychius à Nicomédie*. Il est d'ailleurs 
à remarquer que la liste de l'abrégé n'est pas homogène. 
Ainsi, au 24 janvier, S. Babylasest rattaché à Nicomédie, 
alors qu'il appartient certainement à Antioche. Ce n'est 
pas nécessairement une erreur ou une confusion. 
I.' glise de Nicomédie avait sans doute, comme tant 
d'autres, accueilli dans son calendrier des martyrs 
étrangers. 

Le plus célèbre de ses martyrs propres est l'évêque 
Anthime, dont le culte prit une grande extension.Justinien 
lui dédia une basilique près de Constantinople : ' et on lui 
bâtit des sanctuaires jusqu'en Italie *. 

La légende attribue également à Nicomédie S.Pantéléé- 
mon, fameux parmi les saints guérisseurs ; elle précise 
même l'endroit de sa sépulture, une propriété de la ban- 
lieue appartenant à un scolastique Adamantius s . Nous 
connaissons déjà un personnage de ce nom par la légende 
de S. Théagène, et le j-ôle qu'on lui attribue est bien 
fait pour autoriser les soupçons. Nous examinerons 
plus loin sur quels indices on serait tenté de reven- 



(1) Le syriaque au 19 mai à Constantinoj le, au 29 niai à Antioche ; 
au 26 août ailleurs encore. 

2 Rahmani, Acta SS. confessorum Guriae et Shamonae (Romae,i889), 
p. 5 ; O. von Gebhardt et E. von Dobschutz, Die Akhn der Edesse- 
nischen Bekenner Gurjas, Samonas und Abibos, Texte und Untersu- 
chungen, t XXXVII, 2 (Leipzig, rgii), p. 6-7. 

(3) Procope, De aedif., I. 6. D'autres sanctuaires sont cités par 
M. I. Gedeon, Bu£ctvTiv6v éoproXô-fiov (Constantinople, 1S99, p. 165. 

1 Dans le martyrologe hiéronymien, le n mai, nous lisons : Romac 
via Salaria miliario vigesimo secundo natale sancti Antimi. Voir HHL. 
581 ; Dr: Rossi, Bulkttino, 1S80, p. 107 ; 1883, pp. 76, i_>5. 
51 Passio S. Panteleemonis, BHG-. 1414, c. 28. 



[82 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

cliquer pour la Syrie les origines d'un culte qui fut 
florissant en Litbynie '. 

Il est question, dans la Passion de S. Lucien, d'un sanc- 
tuaire voisin de Nicomédie, appelé tuùv vrnriujv renfer- 
mant la tombe de deux jeunes victimes de la persécution 
de Dioclétien '. Le récit a des allures trop légendaires pour 
être pris au sérieux. On le dirait imaginé dans le but 
d'expliquer un vocable populaire dont la signification 
se serait effacée. 

S. Lucien figure au calendrier de Nicomédie et appar- 
tient à cette ville par son martyre "'. Mais cette capitale 
ne garda pas son corps, qui fut transféré à Drepanum. 
dont Constantin changea le nom en celui d'Hélénopolis en 
l'honneur de sa mère. Eusèbe ne nous renseigne pas sur 
la sépulture de Lucien, et en parlant d'Hélénopolis, il 
mentionne bien la basilique des martyrs, mais sans pro- 
noncer aucun nom *. C'est Jérôme le premier qui nous 
apprend où se trouvait son tombeau : sepultusque Ileleno- 
poli Bithyniae s . Rien n'indique que les reliques de S. 
Lucien aient d'abord été enterrées à Nicomédie pour être 
ensuite amenées à Drepanum. L'époque des translations 
t pas venue et l'on doit supposer que le saint corps, 
pour être soustrait à la profanation, ou pour toute autre 
raison que nous ignorons, a été aussitôt transporté par 
des amis rie l'autre côté du détroit. Vnc translation solen- 

i Dans l<- martyrologe hiéronymien la notice du 23 avril et alibi 
ti Pantulimonis est bien vague el n'appartienl sans di 

tion primitive. On n'ose se prononcer sur celle du 
28 juillet: in Nicomediu 1 : Vicopolis) Pantaleonis. 
■ l 'ita et passio S. I u iani, BHG 2 . 997, n. 7. 
1 11, // VIII, 1.',. 2 ; IX, 6,3. 

14 I ita ( onstantini, IV. 61 : xùvTaûOu tiû tidv p.upTÛpu)V n'iKTrp 
piui évbiaTpujiaç. Heiki t . p. 142. 

illustribus, lxxvii, Richardson, p. 42 ; Chronicon pas- 
un. 327, DlNDORF, t. I, p. 527. 



l'orient. 183 

nclle aurait laissé un souvenir et la légende n'aurait pas 
explique la présence d'un martyr de Nicomédie à Hélé- 
nopolispar le prodige classique du dauphin. Le martyro- 
loge de NicOmédie enregistre S.Lucien à sa véritable date, 
le 7 janvier '. Il est bien étrange qu'il figure la veille sous 
la rubrique Hélénopolis '. Si encore c'était le lendemain 
ou un des jours suivants, on prendrait cette date pour celle 
delà déposition. On ne peut s'empêcher de penser que le 
texte laisse à désirer en cet endroit. 

PourNicée le martyrologe syriaque renferme deux noti- 
— Cosconius avec son groupe au 19 janvier et au 27 
Polycarpe — se rapportant vraisemblablement à des mar- 
tyrs étrangers. L'hiéronymien, au g juin, porte assez clai- 
rement : in Xicaca civitate Diomedis. Le nom et la date sont 
nés par le synaxaire de Constantinople " ; la légende 
confirme la lecture du nom de la ville l . Il faut probable- 
ment assigner de même à Nicée le groupe de Théodote 
avec ses enfants, à qui Justinien éleva une église dans 
l'Hebdomon s . Le martyrologe syriaque, au 2 septembre, 
semble le rattacher à Nicomédie. Mais le texte présente 
dans la notice de ce jour une lacune et laisse de la place 
pour une autre rubrique topographique. A la même date 
l'hiéronymien écrit Nicomédie. Mais que de fois il commet 
des confusions, lorsque les noms ont une syllabe initiale 
ommune. D'ailleurs, au 2 août on constate l'hésitation : 
iiia cita T'aeodotae cuiu trib. plus suis .. ci alibi Nicetae 
Nicotn. Il n'est guère douteux qu'il ne faille lire in Bithynia 
civitate Xiceae Thcodotae cuni tribus /dus. Xicetas, Xicomc- 

1 .1 Nicomédie le prêtre Lucien. 

(2) On a lu à Héliopolis le prêtre Lucien. Il faut certainement corri 
à Hclcnof>olis. L'erreur s'explique aisément par la paléographie. 
3 Synax. ceci. CP., p. : 

BHG*. 548-552. 
(5 Pkocope, De aedif., I, 4. 



184 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

dia représentent l'un et l'autre Nic[ea\ . La légende, évi- 
demment indépendante du martyrologe, se prononce éga- 
lement pour Nicée '. 

L'abrégé syriaque ne marque pour Chalcédoine que 
deux anniversaires : Séleucus l'Egyptien au 17 septembre 
et l'évêque Adrias au 13 octobre. Les deux martyrs sont 
inconnus d'ailleurs. Tout ce que l'on peut dire au sujet du 
premier, c'est que la présence d'un égyptien sur une liste 
de Bithynie n'a pas de quoi nous étonner extrêmement. 
Eusèbe assure que beaucoup d'égyptiens souffrirent le 
martyre en différentes villes et provinces-. Mais Chalcé- 
doine est plus célèbre par le tombeau de S tc Euphémie 3 . 
Astère d'Amasée a décrit la basilique, fameuse clans les 
annales ecclésiastiques 4 . Il y en avait une autre dédiée à 
S Bassa, signalée au V e siècle :; . Dans les signataires du 
concile de Constantinople sous Menas, en 536, il est fait 
mention, comme dépendants de Photin, évêque de Chalcé- 
doine, des monastères de S tc Bassa èv tûj 'l|uepïuj, des 
Quarante martyrs, de S. Epimaque, de S. Platon, de 
S. Thomas (deux), de S. Julien, de S. Théodore tujv If.uX.u- 
kîuuv, de S. Etienne tujv Aùba, de S. Christophe tujv 
TapuXXiou '. 

A Chalcédoine se rattache aussi l'église élevée par 
Rufin, ministre de Théodose en l'honneur des apôtres 

1 BHG 1781. 

3] I h, t. ceci., VIII, 6. 10. La remarque! 1 de M. II. Achelis, Die 
Martyr ologien, p. 41. 

iSurleculti - I à Chalcédoine et ailleurs, voir Acta 

SS. bris t. Y, p. 255-63. 

BHG». 623. Cf. J. Pargoirb / ainte- Euphémie et Rufinianes 

dans 1 < hos d'< >rii nt, ton, p. 107 uo. 

5) I'héodori le lecteur, I, 20., P. G. t. LXXXVI, p. 176. Sui un 
autre souvenir du culte de St' Ba sa, Pargoire, dan Échos d'Orient, 
i9°3»P- 3I5-I7- 
(6) Hakdouin, A( : iliorum, t. II, p. 1300-1301. 



l'orient. 185 

Pierre et Paul, et dédiée avec des reliques venues de 
Rome '. La solennité eut lieu en septembre 394. Une 
inscription récemment retrouvée constate que l'évêque de 
ChalcédoineEulalius commença en 450 une église en l'hon- 
neur de S. Christophe. et qu'elle fut dédiée le 22 septembre 
452 '-'. On a fait remarquer que c'est le plus ancien monu- 
ment daté du culte de S. Christophe. Ce n'est pas à dire 
que S. Christophe soit un martyr indigène de Bithynie. La 
notice du martyrologe hiéronymien au 25 juillet le place 
ailleurs : in Lieux ciuitate Samo natale Cristofori. La locali- 
sation est difficile à déterminer. En tout cas elle ne procè- 
de pas de la légende bien connue et plus que suspecte de 
S. Christophe. La KaTâ0ecnç de l'inscription est la déposi- 
tion des reliques, venues d'ailleurs. Le monastère tujv 
TapuXXiou se constitua-t-il dans le voisinage de l'église? 
Nous ne pouvons l'affirmer que par conjecture. 

L'église de S. Autonomus. dans laquelle se réfugia 
l'empereur Maurice \ était située sur la côte de Bithynie 1 . 
L'histoire du martyr, dans le récit popularisé par 
Métaphrastc. ne mérite certainement aucune créance '. 
Il semblerait exagéré d'étendre la réprobation aux deux 
derniers chapitres de la Passion, consacrés à l'histoire 

1 Callimci de Vita Hypatii liber < Leipzig, 1S951 p. 18 ; Valladii histo- 
ria Luusiaca, 11. Cf. Butler, p. 34. 

2 L. DccHF.sNE. Inscription chrétienne de Bithynie, dans Bulletin de 
correspondance hellénique, t. II 11878), p. 289-259: lùv ©eCù cme-réOn. 
tù BeuéXia toû |uapTupiou xoO cVfiou Xpiarocpôpou.... kcù ^févero 
r] KardSeaiç év ivbiKTiwvi e' Tr\n.pinjuévn, ur|vi afTrTeufipiiy k(V ûira- 
xda ZTTopaKÎou kcù 'EpKouXavoû twv XauTTpoTtmuv. 

(3) Théophylacte Simocatta, Hist., VIII, 9, 9 ; 13, 3, De Boor, 
pp. 301,309. 

4 Nkiiiioku Caiiisik. Hist. eccl., XVIII. 401, P. G. t. CXLVII, 
p. 408. Cf. Z. A. Sideropoulos, Naôç toû iepo^tipTupoç Aùtovomou, 
dans c E\\n,viKÔç cpi\o\<rnKÔç cïûMoïoç, TTapapr. toû \Z' t6(liou (Con- 
stantinople, 1SS7). p. 122-24. 

(5)BHG«. 198. 



186 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

du sanctuaire, et qui ont peut-être pour source partielle 
une inscription commémorative, mentionnant comme 
fondateur l'empereur Anastase et une année du règne de 
Justin comme date de la fondation. L'auteur de la Passion 
a visité L'église et a vu les reliques du saint, qu'il a trou- 
vées remarquablement conservées. 

En Paphlagonie, Amastris et Gangra ' sont spéciale- 
ment liées, l'une au souvenir du martyr Hyacinthe, l'autre 
à S. Callinicus. Sur S. Hyacinthe nous ne possédons que 
des textes de date relativement récente, un panégyrique 
de Nicétas le Paphlagonien célébrant un des grands patrons 
de son pays -' et des notices de synaxaires. On y trouve 
ht mention du tombeau du martyr, qui était le théâtre d'un 
miracle perpétuel ". Le tombeau de S. Callinicus fut 
s isité par le pèlerin Théodose *, et c'est dans sa basilique 
que lut enseveli S. Macedonius, patriarche de Constanti- 
nople '. 

L'hagiographie de la Galatie se concentre presque 
exclusivement sur Ancyre. Le grand martyr S. Platon est 
inscrit au martyrologe oriental à la date du 22 juillet. Il 
avaità Ancyre, au témoignage de S. Nil 6 , son sanctuaire 



Une inscription de Paphla (Kaladschik), dédicace métrique 

édée du nom du donateur, mentionne une église de martyr sans 

nommer celui-ci : 'AiAoïôuupiç. Mùprupoç d6\o<popn.oç ÔXov Koaun.- 

vn,ôv. E. Legrand, 'l.m- Bulletin de correspondance hellénique, 
t. XXI 1 1 Ht.j ., p. 101, n. 22. 

757- 
\cta SS. iuL t. IV, pp. 230. 231, note d. 
i Ibiest sanctus martyr Galenicus. Gi -, 1 k. Itinera, p. 114. 
Landol Iditam., XVII, 255, M. G. auct. antiq. t. II, 

De/unctus autem apud Gangras positusest m tanplo sancti marty- 
illinici uixt.i reliquias nus maltas sanitates efficiens ; Theophanis 
;t., ad ann. 6008, lu Boor, p. 161-62. 

1 / pist. i. III. 178. !'.(,. t. LXXIX, p. 2<j2. 



l'orient. 187 

que visita plus tard le pèlerin Théodose ', et son culte se 
répandit au loin, puisque sous Justinien Constantinople 
vit s'élever une église sous son vocable '-'. Moins célèbre 
sans doute est le martyr Antiochus, frère de S. Platon ; 
mais nous savons que vers la fin du VI e siècle, on célébrait 
sa fête le 16 juillet à Ariastasiopolis de Galatie ". S. Gemel- 
lus, d'après le récit de sa passion ',1a commença également 
à Ancvre. et nous ne manquons pas de preuves de réta- 
blissement de son culte en Galatie '. 

Le martyrologe oriental nomme d'autres martyrs d' An- 
cvre au 30 (31) août, au 4 septembre, au 16 (14) septembre. 
Ils ne sont pas cités ailleurs et il ne nous reste même 
aucun moyen d'établir avec certitude les séries de noms 
formant groupe fi . Au 23 septembre l'abrégé syriaque 
ajoute « les enfants devenus martyrs dès le sein de leur 
mère. » On a émis l'opinion que c'était, à Ancvre, la fête 
des saints Innocents 7 . Le même abrégé indique, le 
15 septembre, en Galatie, Sélcucus et cinq compagnons. 
L'hiéronymien permet de préciser et d'écrire Ancyre en 
Galatie. Mais nous continuons à ignorer qui était Sélcu- 
cus. 

Le martyre de Bousiris et de Basile, à Ancyre, est 



: Geyer, limera, p. 144. Autre monument de son culte en Galatie, 
Vita S. Theodori Siceotae, BHG*. 1748, Theophilus Ioannu, pp. 412, 
416, 452. 

(a) Procope, De aedif. I, 4. Cf. plus haut p 184. 

131 Vita S. Theodori Siceotae, Theophilus Ioannu, p. 476. 

141 Synaxariitm ceci. CP., p. 295. 

(5) Vita S. Theodori Siceotae, Theophilus Ioannu, p. 369. 

(6) M. Ramsay, The thousand and one Churclies (London, 19091, p. 514, 
a rapproché ces notices d'une inscription <>ù il a lu le nom de Taiavôç, 
et a conclu, par une suite de raisonnements subtils, à l'existence d'une 
ville que le culte de S. Gaianus avait fait dénommer Gaianopolis. Sur 
cette fantaisie, voir Analect. Dolland.. t. XXIX, p. 435-40. 

(7) Erbes, dans Zeitschrift fur Kirchev^cschichte, 1904, p. 347. 



l88 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

dûment attesté '. Le premier survécut à ses tourments, et 
bien que son non; soit entré dans les svnaxaires -, on peut 
se demander si son église d'origine l'a honoré comme 
martyr. Sans une homélie de Proclus ~, Clément d'Anevre 
se perdrait pour nous dans le nuage de la légende '. Il 
manque àThéodote et à son groupe s une attestation his- 
torique de eette valeur. 

Il s'en faut de beaucoup que nous puissions nous rendre 
compte des honneurs rendus à tous les martyrs de Phrygie 
dont le nom nous est parvenu. D'abord ce groupe, presque 
unique dans les annales de la persécution, des habitants 
d'une ville entière, exterminés pour avoir refusé l'encens 
aux idoles, n'a laissé de trace que chez les historiens ,; ; 
de même Adauctus, fonctionnaire impérial de haut rang ' : 
de même encore Sagaris, évêque de Laodicée qui, au 
toignage di Polycrate, souffrit le martyre dans sa ville 
épiscopale. Il ne figure dans aucun martyrologe. Laodii 
de Phrygie eut d'autres martyrs que l'abrégé syriaque 
annonce le 26 juillet et dont l'histoire devait être intéres- 
sante, s'il faut en juger parce qui reste de la notice. 

Euménie peut se glorifier d'avoir produit le martyr 
Thraséas. Mais il souffrit à Smyrne \ Deux autres martyrs 

Sozomi M . //.'../. e> t !.. Y, II. 
2 Au 21 septembre. Synax. eccl. CI'., p. 66. 

connaît que par une version que. BJ I' >. 

( \ .1,7. .S V. ian. t. II. p. 458-83. 

(5 BHG*. C782. Cf. Analect. Bolland. t. XXII, p. 320-28 ; P. Franchi 
m 11 ri, ( . uni atti di martiri, Nuovo bul- 

DI AR< HEOl OGIA ( RISTIANA, I9O4, p. -.7-37. 

e, Hist. eccl., III, 15 ; Sozomène, Hist eccl., V, n. 
, Hist. eccl., VIII, [i, 2. Rufin dans sa traduction, lui donne 
• il n'y a null n Eusèbe : < uius 

in confessiont < hristi constantiam omnis populus secutus, boni ducis exem- 
ple- sumtnarum vere parlium per maytyrium consecutus estpalmam. 
1. / ' . eccl., V, 18, 14 ; 24, 4. 



l'orient. 189 

originaires d'Euménie, Gaius et Alexandre, versèrent leur 
sang à Apamée du Méandre 1 . Le martyrologe syriaque, 
au 27 octobre, met ensemble Thraséas, Polycarpe, Gaius 
et huit martyrs anonymes, sous la rubrique Euménie. 

Il est possible, à la rigueur, que cette ville ait réuni 
en une seule commémoraison ceux de ses entants qui 
axaient eu l'honneur de donner leur sang pi air le Christ. 
La présence, dans le groupe, du nom de Polycarpe rap- 
pelle tn>p le texte cité par Eusèbe pour écarter le soupçon 
d'un simple emprunta l'Histoire ecclésiastique. Resterait 
à savoir d'où vient la date du 27 octobre. 

On a cru pouvoir, sur la foi d'une inscription, grossir la 
liste des martyrs d'Euménie de cinq noms cpii ne se lisent 
nulle part ailleurs.Un père de famille, Aurelius Alexandre, 
élève un monument à ses enfants Eugénie, Marcclla, Ale- 
xandre, Macedo et Nonna toîç fXuKUTÛTOtç TéKvoiç toîç 
ùttô é'va xaipov ovn,0eîo"iv tô Tfjç lix)\)ç uépoç -. Il n'y a 
lien dans cette phrase qui dépasse l'expression de l'espé- 
rance chrétienne, et une même catastrophe — accident ou 
maladie contagieuse — a pu enlever à Alexandre ses cinq 
enfants sans qu'il soit nécessaire d'imaginer quelque 
épisode marquant de la persécution en Phrygie. 

Pour Hiérapolis le martyrologe ne cite que Cyriacus et 
Clauclianus.au 23 octobre, mais avec une note cpii diminue 
p< air nous la valeur propre de la mention : ex tuùv ùpx«iuuv. 
La même ville se glorifiait de posséder les tombeaux de 

1 Eusèbe, Hist, ceci., \ 7 ,j6,2z. Cf. K.J. Neumann, Dir r ùmische 
Staat und die allgemeine Kirchibis auf Dioklctian.x. I Lcipzig,i8go), pp. 
68. 283. 

u CIG. 9-'66 : Ramsay, Th: Ciliés and Bishoprics of Phrygia 
(Oxfunl, 1897), p. 731. Cf Cavedoni (1 ms Opuscoli, religiosi, letterari <• 
morali, t. XVIII Modena, 1860), p. 175. L'opinion de Cavedoni a été 
suivie par De Rossi, Ramsay et autres. Voir Analecla Bollun.l., 
t. XXX, p. 337. 



190 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

L'évangéliste Philippe et de ses tilles '. L'hiéronymien en 

l'ait fui, au 22 avril -'. L'inscription suivante trouvée à Hié- 
rapolis est un souvenir de la basilique : Eùxévioç ô è\ûxio"- 
toç dpxibiÛKOVOç kcù èqpeOTuuç toO crfiou kui èvbôSou ùttocj- 
tôXou Kai GeoXÔYOu OiXîttttou •"'. 

Cinq notices du martyrologe syriaque représentent 
Synnada de Phrygie ; trois d'entre elles — 30 juillet, 21 
août, 20 septembre — avec la mention ék tûjv dpxaiuuv. 
Celle du 20 septembre nomme S. Dorymédon, lequel entre 
dans un groupe très connu avec Trophime et Sabbatius, 
les héros d'un récit hagiographique qui nous est parvenu 
sous une douille forme '. On a trouvé récemment à Syn- 
nada (Tchilbut-Cassaba) un reliquaire, sarcophage de- 
taille réduite, sur lequel est gravée l'inscription suivante : 
wbe ëva Tpocpiuou roû udpTupoç baréa ■ tîç uv bè Taûia 
tù oOTéa èKpuXrj ttotê tarai aÙTLÙ rrpôç tôv Oeôv :i . Les 
noms de Macedonius et de Tatianus, au 19 juillet, sont 
ceux de deux martyrs de Meros, dont la légende paraît 
avoir inspiré l'auteur de la Passion de S. Laurent 6 . 
On peut conjecturer avec quelque vraisemblance qu'ils 
furent jugés et exécutés à Synnada. De là la rubrique 
topographique du martyrologe. 

i 1 be, Hist. ceci., III, 31. 

2 X kl. mai in Frigia > ivitate Hirapoli i'Iulip/u apostoli. Voir aussi le 
1 mai et Dui m ns Acta SS. nov. t. II, p. [lxxviii]. Le calen- 

driei gothique annonce le 15 novembre l-'/lippaus apanstaulus in 

rupulai. Voii Analect. Bolland., t. XXXI, p. 276-77. 

;i E. A. Gakdner, dans Journal of Hellenic Studies, t. VI (1885), p. 

(4) BHG*. 1853,1854. Voir aussi 1855, malheureusement fragmen- 
tai) . 

i G Mi Ni'i r.. dans Bulletin de correspondance hellénique, t. XXXIII, 
, . p.343 ; Ramsay, . I martyr ofthe Third < 'entury, dans Exposi roR, 
jun . 1910, 1 ' litalect. Bolland., 1. XXX, p. 336. 

Socrate, Hist, eccl., III, 75. Sozomène, Hist. eccl. f V, 11. Cf. 
Analect. Bolland., t. XXXI, p. 264. 



L'ORIENT. igi 

Prymnessos a-t-elle élevé une basilique à S te Ariadne ? 
Nous l'ignorons '. Cotyée est célèbre par le culte de S. 
M lias, qui n'est nullement un martyr de Phrygie. La 
dévotion doit être d'importation égyptienne -'. 

Le seul nom que nous trouvions à recueillir dans le 
martyrologe syriaque pour la Lycaonie est celui de Zoïlos, 
au 23 mai. Une inscription découverte à peu de distance de 
Derbé (Gudelisin) nous fait connaître qu'un S. Paul, sans 
doute un martyr local, était honoré dans cette ville : 
Noùvvoç Kal OùaXépioç 6KÔcr,ur|crav TTaûXov tôv uûpiupav 
MVi'i.uriç x«P lv "• ()n assure que ce marbre remonte au III e 
siècle. En est-on bien certain ' ? 

Sur le territoire de Kanna (Genna) cité obscure de Ly- 
caonie, autrefois siège d'un évêché 5 une inscription a 
révélé l'existence, à une époque difficile à déterminer, d'une 
fondation en l'honneur d'un S. Thyrsus : ôpoi toû àfiou 
kcù évuôEou udpTupoç Oûpcrou ,; , qu'il faut se borner à 
naler. 

A Iconium. l'inscription suivante sur une colonne anti- 
que révèle l'existence d'un saint Mannis, dont le nom n'a 
pas été rencontré ailleurs : Mulktiîç bickovoç, uîôç Nn,criou 

1 BHG». 165. 

(2) Analect. Bolland. t. XXVI, p. 464. 

13 1 Ramsay dans Expositor, VII ser. 1. 1. 1 1906), p. 550 ; Studies in the 
history ard art of Eastern Provinces of the Roman Empire (Aberdeen, 
1906), p. 60-62. 

4) Il faut mentionner en passant le problématique tnonasterium S. 
Mile cui est vocabulum Tannaco, qnod in Lycaonia est provincia consti- 
tution, dont S. Crié-. .ire, dans son registre, est seul à avoir gardé le 
souvenir, Registrum VI, 14. 

5 Ramsay, dans Jakreshefte des oesterr. urchaeologischen Instituâtes, 
t. VII 11904^, Beiblatt, p. 101. 

(6) T. Callandbr, dans Studies in ths history... of the East.rn Pro- 
vinces, p. 163. L'éditeur n'a réussi à reconnaître pour l'avant dernier 
mot que la forme loboTepoç Nous proposons uûpxupoç ou iepojudpTupoç. 
V tir Analect. Bolland. t. XXVI, p. 465 



ig2 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

TTouttXîou Trpe<jf3uTépov J lcraupouTTÔ\euuç, eùHduevoç ÙTrèp 
éaUTOÛ KUÎ TOÛ OIKOU ttUTOÛ èKapTTOcpôpncTev T0V KÎova 
€IÇ TÔV UTIOV MûtVVlV '. 

L'Isaurie ne figure dans le martyrologe syriaque qu'à la 
date du 14 juillet, avec un S. Zenobius qui n'est pas néces- 
sairement différent de celui d'Antioche -'. Mais cette pro- 
vince se distinguait par un sanctuaire célèbre entre tous, 
la basilique de S le Thècle, qui s'élevait à l'endroit appelé 
Meriamlik près de Selefkie, c'est-à-dire Séleucie " et qui 
attira de bonne heure une grande foule de pèlerins. La pre- 
mière mention que nous en ayons est dans Grégoire de 
Nazianze '. Marana et Cyra, deux saintes femmes de Syrie 
allèrent en pèlerinage à Sainte-Thècle '", de même Ethé- 
ria ''. Tarasius, un des correspondants de S. Isidore de 
Péluse, aimait à le visiter 7 , et l'on sait qu'il s'y faisait 
de nombreux miracles 8 . C'était vraisemblablement uj>e 
une basilique sans tombeau. La légende qui représente 
sainte Thècle disparaissant à l'intérieur du rocher qui 
s'ouvre pour la recevoir est une explication de cette parti- 

(i) Ramsay, dans Bulletin de correspondance hellénique, t. VII (1883), 

P- 3I5- 

2 I . Ihst. ceci., VIII, 13, 3. 

C'est à peine- si les ruines de cet édifice fameux ont été reconnues 
par la misssion archéologique qui a étudié Séleucie, Heberdey-Wil- 
iii-.i.m, Reisen in 1 dans Denkschriften der k. k. Akademie, t. 

XLIV (1896 , pp. 100, 105-108. Nous attendons les résultats d'une nou- 
velle exploration. Voii E. Herzfeld, Eine Reise durchdas Westliche 
KUikien, I'ej erm ann's Geographischs Mitteilungbn, 1909, p. 25-34 ; 
m. dans Jahrbuch des kaiserlich deutschen Archaeologischen Instituts, 
arch. A:, ■ . 1. p. 441-50. 

j ( inn/ni, II, 547-49 : npiirov uèv f|\9ov eiç lÉXeÛKemv (pvfàç, 
TÔv TiapOevujva rf)ç doibiuou KÔpqç 0tK\uç. /'. G. t. XXXVII, p. 

7. Cf. Orat. XXI, 22. P. G. t. XXXV, p. 1105. 

5 ahist., xxix f ScHULZE, t. III, p. 1291. 

. Itntcru, p. 69. 

7 Isidore de Péli se, Epist. 1, 160, /'. G. t. LXXVIII, p. 289. 
Voir le recueil de Basile de Séleucis, BHG*. 1718. 



L'ORIENT. 193 

cularité '. Basile de Séleucie répète encore cette fable et 
»ute que la terre se referma sur Thècle précisément à 
l'endroit où se trouve l'autel -'. 

Le culte de S te Thècle. grâce surtout au récit fameux qui 
de bonne heure popularisa son nom, ne pouvait manquer 
de prendre une très large extension. D'après les notices 
de Phiéronymien, elle aurait été célébrée à Nicomédie le 
22 lévrier, le 20 décembre à Iconium, sans compter 
d'autres indications à diverses dates.Selinus lui avait élevé 
une basilique ■", de même Dalisandos ; et à ce dernier sanc- 
tuaire s'était attachée une légende étrange, d'inspiration 
toute païenne. On prétendait que la veille de la fête locale, 
durant la nuit, on pouvait voirS te Thècle quitter Séleucie, 
traverser les airs sur un char de feu et faire son entrée à 
l'église de Dalisandos pour retourner, après la clôture des 
solennités, à sa basilique principale. Et pour souligner les 
rapports étroits que la tradition des Actes de Thècle 
établissait entre la martyre et S. Paul, on ajoutait que 
l'apôtre aussi quittait Rome de la même façon le jour où 
sa fête se faisait à Tarse '. Nous ne poursuivrons pas 
plus loin les recherches sur le culte de celle qui reçut le 
nom de protomartyre '. 

(1) Th. Zahn a déjà fait la remarque. Voir Gottingische gtlthrte 
Anzeigen, 1S77, p. 1293. 

P. G. t. LXXXV, p. 560 : fcKoiui'-|9ii |uèv d»ç 6 tto\ùç kuî à\)y 
Géarepoç Xôfoç, oùbauwç ■ ëbu bè l\hau Kai ÛTreian.\9e xf\v ff\v, 
outw tûj ©eu boluv, biajTiîvai té aùrr) kgù ÛTToppa-frivai ti'iv ^f\v 
<?Keivr|v, ëv ujirep tottuj f\ Qeia KCti iepà Kai XeiToup-fiKoç Tr^irn/fe 
TpâiTCLa, èv TTepiarûXtu kuî ap ruporpe-fTeî Ku8ibpu,uévn kùkXuj. 

(31 Miracul.i S. Theclae, BHG-. 1718, e. xi 

14 M/racu'.i S. Theclae, BHG-. 17 18, c. x. 

(5) Voir Aciu S s. Sept. I . VI, p. 546-6S. Il y a beaucoup à prendre et à 
laisser dans l'exposé de Lucius, Dit Anfàngc des Hciligenkults, p. 205- 
214. 

Cuit Mart. 13 



194 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

L'hagiographie de vS. Conon nous conduit en Pam- 
phylie ' ; mais nous n'y découvrons aucun vestige de son 
culte. Un S. Conon était honoré clans l'île de Chypre, où 
l'on constate l'existence d'un hospice et d'un aqueduc toû 
crfiou Kôvuuvoç -, et il paraît avoir été partout populaire en 
Syrie. comme l'attestent plusieurs couvents placés sous son 
vocable et la fréquence du nom de Conon dans le pays*. 
Sur la Porta Appia à Rome se trouve inscrite une invo- 
cation à S. Conon '. A la Pamphylie aussi appartiennent 
les saints Papias, Diodorus et Claudianus !i ; mais il nous 
manque à l'égard de ces martyrs le contrôle des données 
indépendantes. Il n'en est pas de même de S. Nestor, 
dont nous avons la Passion ,; , appuyée par la mention de 
l'hiéronymien au 25 février : in Pamphilia natale Xestoris. 
Le culte des saints Cosme et Damien pénétra également 
dans cette province. Une église sous leur vocable est 
citée parmi les constructions de Justin ien T . 

Les plus célèbres martyrs de Cilicie sont les saints 
Tarachus, Probus et Andronicus, que le martyrologe hié- 
ronymien cite (Anazarbo Ciliciae) au n octobre, leur date 
traditionnelle, et à d'autres dates encore difficiles à expli- 
quer \ In évêque île Mopsueste du V e siècle, Auxentius, 
bâtit une basilique en leur honneur hors des murs de sa 

n. BHG*. 361. 

e, De aedif., Y, 9. 
(3) Nôi Di ki . dans Zeitschrift der deutschen morgenlandischen Gesell- 
''''. lS 75> P- 435- 

. H. Grisar, Rom beim Ausgung der Antiken Welt (Freiburg im 
1). 1901), p 540. 
(5 '!'■■ PP-443. 9^6; I'. Franchi de' Cavalieri, Osscr- 

uni atti di martiri, <1 ins N lettino ni ar- 

CHBOLOOtA CRISTIANA, UJ0\, p. 8-l6. 

(6 BHG». 1328. 

. ; ocope, Deaedif., Y, g. 

Le 5 avril in Ctltcit ; h xj /« Tarso Ciliciae, 



l'orient. 195 

ville épiscopale ; Anazarbe Lui fournit les reliques '. Le 7 
mai 4.85, Martyrius, évêque tic Jérusalem, plaça sous 
L'autel du monastère de S. Euthyme tics reliques des trois 
saints J . 11 nous reste une homélie de Sévère d'Antioche 
prononcée en 515 en leur honneur "'. Tout ce que nous 
savons de S. Marin, martyr d'Anazarbe, dépend de ses 
Actes, document de mince autorité '. 

Aegae de Cilicic était un lieu de pèlerinage important. 
Les Actes de S. Thalélée placent son martyre dans cette 
ville p . On ne peut douter de l'exactitude de cette localisa- 
tion. Sévère d'Antioche visita la basilique et y prêcha 6 . 
Le culte du saint se propagea ailleurs ; un des monas- 
tères de Jérusalem était placé sous son vocable ', 
ainsi qu'une église de Bithynie 8 . Claudius, Asterius, 
Xeon, dont nous avons également des Actes abrégés <J , 
figurent au martyrologe hiéronymien le 23 août ,0 . Les 
saints Cosme et Damien eurent à Aegae un sanctuaire 
important " : une des Légendes des martyrs va jusqu'à rat- 
tacher leur groupe à cette ville '-. On y honorait égale- 



(1) Passio S. Nicetae.c. 8, dans Analect. Bolland., t. XXXI, p. 214. 

(2) Vita S. Euthymii, Analecta graeca, p. 93. 

(3) W. Wright, Catalogue of Syriac mamiscripts in the British 
Muséum, p. 539. 

il BHG*. 1171. 

BHG*. 1707, 1708. 
(6) Wright, Catalogue of Syriac mamiscripts in tlie British Muséum 
p. 542 : Mai, Scriptorum veterum nova collectio, t. IX, p. 758. 
171 Pkocope, De aedif., V, 9. 
(81 Vita S. Auxentii, BHG 4 . 199, c. 31. 
'9 Synax. te cl. CP., au 30 octobre, p. 178. 

(10) Le manuscrit d'Echternach : In provincia Cilicia civitate Egas 
Claudi, Asteri, Domninae. Le manuscrit tic Berné les annonce la veille. 

(11) Bien que le nom d'.\ 1e et ceux de Cosme et Damien figurent 
dans l'hiéronymien au 27 septembre, il n'est pas certain qu'il faille les 
réunir pour former la notice Acgas Cosinae et Damiani. 

(12) BHG-. 378, 379. C'est la légende dite arabe. 



196 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

ment les saints Zénobius et Zénobia ' dont la légende a 
une grande analogie avec celle des deux saints guéris- 
seurs. Il est probable que les hagiographes ont constitué 
ce second groupe en voulant orner l'histoire de S. Zéno- 
bius, le prêtre médecin martyrisé à Antioche t et dont 
le culte fut sans doute importé en Cilicie. A Mop- 
sueste, on prétendait avoir reçu le corps de S. Nicétasle 
Goth. L'évêque Auxentius s'était imprudemment engagé 
à donner une partie de ses reliques à l'église d'Anazarbe 
en échange d'autres reliques. Une intervention céleste 
l'empêcha de s'acquitter ~\ 

S. Julien au témoignage de S. Jean Chrysostome * est 
un martyr de Cilicie II fut tourmente dans plusieurs villes 
de cette province avant d'être précipité à la mer. On ne 
dit pas en quel endroit eut lieu ce dénouement. Il est cer- 
tain qu'à Antioche on prétendait avoir son corps, sans que 
l'on puisse deviner comment il y est arrivé. Toujours est-il 
qu'il y avait dans la capitale syrienne une église célèbre 
dédiée à sa mémoire. 

Dans le martyrologe hiéronymien se détache d'une 
reconnaissable au 28 mars la mention in Tarso 
Ciliciae Castor is } qui reparaît au 27 avril. La répétition 
s'explique aisément par une distraction du compilateur ■', 
mais rien ne nous guide dans le choix de la date, rien non 
plus ne nous renseigne sur le saint. Le g mai est annoncé 
in Tarso Ciliciae Afrodisi. On a cru reconnaître ce martyr 
dans l'Aphrodisius qui figure sur une inscription de Séleu- 



(i- BHG*. 1S84, 1885. 

(2) ] , 1 h -t. a 1 .'., VIII, x$. 

. 8, Analect. Bolland., 1. XXXI, p. 214. 
l)BHG n.2, 3. 

(5) Les deux dates s'expriment respectivement par V kal, a-pril. et 
V kal. mai. 



l'orient. 197 

cie '. Illusion d'épigraphiste qu'une meilleure lecture a 
fait évanouir -'. 

On ne sait trop à quelle ville il faut rattacher le groupe 
célèbre de Cirycus et Julitte. Leur légende actuelle, qui a 
passé dans les synaxaires grecs au 15 juillet, les fait mourir 
.1 Tarse '. D'après l'hiéronymien, au 16 juin, ils appartien- 
draient à Antioche : Antiochiae Cirici et Iulittac matris dus 
tt aliorum CCCCIIII. La notice semble ne pas avoir fait 
partie du martyrologe primitif, et dépend vraisemblable- 
ment d'une légende qui a également fourni l'annonce du 
14 mai : Sanctorum quadringentorum quattuor mariyrum qui 
citai sancto Ciryco passi sutit. Cette légende n'est pas celle 
que nous lisons aujourd'hui ; celle-ci ne sait rien des 
quatre cent quatre compagnons. Nous ne chercherons pas 
à en éclaircir l'origine. Mais il est certain que la Passion des 
SS. Cirycus et Julitte, sous toutes ses formes 4 ,est dépour- 
vue de toute autorité. Ce que l'on ne peut nier c'est l'exten- 
sion du culte de S. Cirycus parle monde chrétien. La Sy- 
rie % la Palestine fi , le Pont \ la Lydie \ l'Italie >, la Gau- 



(1) Langlois, Voyage clans la Cili ie (Paris, 1S61), p. 189, l'a publiée 
avec la restitution suivante : 6n,Kn, TrapaoTaxiKn. 'Aqppocuaiou npoexo- 
u dprupoç] tou. Pour lui Aphrodisius est •< le premier martyr de la foi 
chrétienne à Séleucie ». 

I21 CIG. 9212 : 9r)Kn, Trapaa'x axixn. 'Acppobiaiou irpoç xô uvn,- 
[a8n.vai aù]xoû. Il n'est plus question de martyre ici. 

j: Synax ceci. CP., p. 821. 

(4 BHG*. 314-31S : BHL. 1801-1S08; BHO. 193, 194. 

5 A Sekmîyeh : ôpoi àauXiaç x^û âïiou udpxupoç Kripûxou, Publi- 
cations ofthe American arch. expédition to Syria, part III, 298. 

(6) Mapxûpiov xoû d"fiou Kupii<ou. à l'est de Jaffa, CIG. 8842 ; 
vaoç xoû crfiou Kn,puKoO év OaaiXaibt, Pratitm spirituelle, xcu, P. G. 
t. LXXXVII. p. 2949. 

(7) Studia Pontica, t. III. n. 19. 

(8) Naôç âYnou Kupn.KOu à Aigai, Keil-Premerstein, t. II, n. 209. 
17/(7 .S'. Athanasii ep. Xcaf., c. 8, M. G. Script, rcr. langob. 

p. 448. Cf. Ad. SS. iun. t. III, p. 23. Nous réservons les questions de 



I98 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

le ', l'Espagne '-' lui avaient élevé des sanctuaires, dont le 
vocable, il faut bien le remarquer, n'est point partagé avec 
S te Julitte. Cirycus est-il un martyr isole que les hagio- 
graphies auraient, de leur autorité, associé à S tc Julitte — 
carnous rencontrerons ce nom parmi les martyrs d'Antio- 
cbe. Leurs audaces, même dans l'antiquité, ne connais- 
saient point de bornes, et précisément les Actes des 
SS. Cirycus et Julitte furent parmi les écrits de ce genre 
qui méritèrent la solennelle réprobation de l'église s . 

Les grands sanctuaires du Pont sont ceux de S. Phocas 
et de S. Théodore. S. Phocas, dont le nom est cité par 
Grégoire de Nazianze ', et qui devait acquérir, surtout 
parmi les gens de mer, une renommée presque universelle, 
avait sa basilique à Sinope Astère d'Amasée y fit le pané- 
gyrique du saint, et nous apprend que ses reliques furent 
particulièrement recherchées*. On a vu qu'il était honoré 
à Constantinople, peut-être à Rome \ Une basilique, ter- 
minée en 496, et dont on a trouvé les ruines dans le village 
de B ilân, en Syrie, lui était dédiée '. Il est assez 

date. A rappeler le nom de Serra San Quirico d'une commune des 
Marches. 

11 (Arvernis) Monasterium beati Quirici (Cirici), Grégoire de 
I : rs, Hist. /•>., II, ai, 22 ; Vital Patrum, ut. A Marseille : Monaste- 
rium Sancti Curici ; Leblant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, 
n. 545. I. cuit S. Cyricus (Cyr, Cirgues etc.) a laissé des traces 
visibles dans la toponymie de la France. Voir Joanne, Dictionnaire 
graphique et administratif Je lit France, t. VI, p. 4083. 

B dédiée avec les 1 tints parmi les- 

quels Quiricus, Hubner, Inscriptiones Hispaniae christianae,8$. 

(3) Decretalis de recipiendis et non recipiendis libris. Tuner, Epistulae 
rotnanorum pontificutn, p. 459. 
(4 ( armina, II. 3, 79, P. G. t. XXXVII, p. 1485. 
40. 
Plus haut, p. 75. Sui S. Phocas el son culte, voir C. Van m 
-t. Analect. Bolland., t. XXX, p. 252-95. 
7 H. Pognon, Inscriptions sémitiques de la Syrie, de la Mésopotamie 
et de la région de Moss -, 1907), p. 60-61. 



l'orient. 199 

probable qu'il avait sa fête à Antioche, le 5 mars, annon- 
cée en ces termes dans l'hiéronymien : Antiochiae passio 
sancti Focatis. 

S. Théodore a été loué par S. Grégoire de Nysse en 
présence de son tombeau. Le nom de la ville n'est pas 
indiqué, et l'on s'est demandé s'il fallait le placera Ama- 
sce, où le saint souffrit le martyre, ou à Euchaïta, lieu de 
pèlerinage célèbre durant tout le cours du moyen âge '.On 
peut affirmer que la basilique décrite par Grégoire de 
Nysse ne se trouvait pas à Amasée - ce qui n'empêche que 
cette ville ait possédé, au moins depuis le règne d'Ana- 
stase (491-518), une église dédiée à un martyr qui lui appar- 
tenait à tant de titres". S'il peut y avoir encore quelque 
cloute sur l'emplacement d'Euchaïta *, on ne peut hésiter 
à lui attribuer la gloire d'avoir gardé durant des siècles le 
tombeau d'un des saints les plus populaires de l'église 
grecque. 

Amasée honorait spécialement un de ses évêques, 
le martyr Basileus, dont elle paraît avoir possédé les reli- 
ques \ Le martyrologe oriental (18 août) attribue encore 
à Amasée un saint Philantes et trois compagnons sur les- 
quels on n'a point d'autres détails ,; . 



(i)BHG-. 1760. Cf. Les légendes grecques des saints militaires, p. 11-17. 

(2) P. G. t. XLYI. p 744 : tv) uuGeuouévr] MTrpî tiûv 6ewv vaôç 
r)v Im Tfjç nnfpoTTÔXeujç 'Auaaeiaç. Ce n'est pas ainsi que l'on parle 
de la ville où l'on est. [1 est vrai que B. Keil, dans J Stkzygowski, 
Kleinusien, ein Neuland der Kunstgeschichte (Leipzigj 1903), p. 78, 
corrige un.TpcnTOX.6UJc en ckpoTTÔXeiuç, sans apporter aucun témoi- 
gnage manuscrit. Cela ne suffit pas à autoriser la conclusion que le 
panégyrique fut prononcé à Amasée ou tout prés de là. 

(3) Anderson-Cumont-Grégoire, Studia Pontica, t. III, n. 101. 
Ibid., 202-207. Cf. Analeci. Bolland., t. XXX. p. 335 Sur une 

ise de S. Etienne. Bull, de corresp. hellénique, t. XIII, p. 294. 
151 BHG*. 239-240. 
(6) Nous mentionnerons ici l'inscription suivante trouvée à Dabali, 



200 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

Pour la plupart des historiens qui racontent la mort de 
vS. Jean Chrysostome à Comane, dans le Pont, ses derniers 
moments sont précédés d'une vision de S. Basilisque, 
martyr de Comane '. La légende transforme ce saint en 
un parent de S. Théodore, et il est fait mémoire de lui le 
3 mars et le 22 mai '-'. Le texte le plus ancien qui le con- 
cerne, celui de Palladius, lui donne le titre d'évêque. Les 
termes dans lesquels la vision de S. Jean Chrysostome y 
est racontée méritent d'être pesés : kcct' aÙTnv bè tùv 
vÛKTa TTapécriq aÙTÛJ ô toO tôttou ékéivou uâpTUç, BaOïXio- 
koç ôvoua aÙTÛJ, ôç uap-rupeî, èmOKOTioç wv Koucxvujv, èv 
NiKOunbeia èrri MaHiuiavoû, âua AouKiavw tûj èv Biôuvia 
upecrpuTépiu ôvTi 'Avnoxeiaç ". Pour bien comprendre ces 
lignes, il faut lire le contexte d'où il ressort que S. Lucien 
d'Antioche apparaît en même temps que S. Basilisque ; 
Palladius n'affirme donc pas que ce dernier fut martyrisé 
en même temps que S. Lucien, mais il le fait mourir à 
Nicomédie, ce qui cadre bien mal avec le titre de « martyr 
du lieu » qu'il lui a donné tout d'abord. 

Basiliscus serait plutôt un martyr de Nicomédie, et il 
faudrait imaginer une translation, bien peu vraisemblable, 
pour le rendre à Comane. Bollandus semble avoir vu juste, 
en supposant que le texte de Palladius a besoin de correc- 



au nord de Kerkennis-Kalé : "Qpoi TTKpK^x^tvTeç k«th 9eîov Otama- 
ua T"i ' "fini: uiipTuaiv TTpoKOTriu) k<ù lumvvi. Studia Puniica, 
t. III, 11. 254. ( leux martyrs ne peuvent être identifiés avec certi- 
tude. Cf. Analcet. Bolhutd., t. XXX. p. 356. 

Pau idius, Dialogus de Vita S. loannis Chrysostomi, 11, P. G. 

t. XLVII, p. 38; Sozomène, Hist eccl. VIII, 28;Théodori i . Ilist. ceci., 

(. ; Marcellinus Co n I hron. ad ann. 403, M. G. auct. antiq. 

t. XI, p. 67. Soi rate (VI, 21) ne parle pas de la vision. Les biographes 

postérieurs sont cités dans li 3 Act. S'.V. martii, t. I. p. 237. 

Y ii Les légendes grecques des saints militaires, p. 41-42; p. 202- 
213 : li ta SS. t. c, p. 237-41 ; Synax. ceci. CP., pp. 503, 699. 

P.G. XLVII, p. 38. 



L'ORIENT. 20I 

tion '. Celle qui s'offre tout naturellement à l'esprit 
est si simple, que l'on hésitera à peine à l'adopter. Elle 
consisterait à rapporter à Lucien l'indice topographique 
èv NiKoui-|ùeiu, retouche d'autant plus probable qu'elle fait 
disparaître L'opposition de Nicomédie et de la Bithynie que 
présente la phrase actuelle. Nous restituons donc S Basi- 
lisque à Comane, dont il était évêque, comme l'affirme Pal- 
ladius, et après lui Marcellin dans sa chronique. Que les 
hagiographes aient fait de lui un soldat, il n'y pas là de 
quoi nous étonner outre mesure. Ils sont coutumiers de 
travestissements *, et il n'y a pas lieu, pour ce fait de 
distinguer deux martyrs du nomde Basilisque, l'un évêque, 
l'autre militaire : '. 

S. Hermias, d'après sa Passion, aurait également reposé 
à Comane, mais aucun autre texte ni aucun monument ne 
confirment cette donnée '. 

Le culte du patron de Trébizonde, S. Eugène a une 
attestation plus ancienne que sa Passion s . C'est le nom de 
Saint-Eugène donné à l'aqueduc construit pour cette ville 
par Justinien fi . 

Lorsque Grégoire de Nysse, pour détourner ses compa- 
triotes du pèlerinage aux saints lieux de Palestine faisait 
valoir le nombre des autels de la Cappadoce et se deman- 
dait si en aucun lieu du monde on en comptait autant " , on 
peut croire qu'il songeait spécialement aux sanctuaires 
des martyrs dont la contrée était parsemée. Les écrits des 

(i) Act. SS. martii, t.I, p. 137, n. 12. 

(2) Les légendes grecques des saints militaires, p. 112. 

(3 Comme le fait Tili.kmont, Mémoires, t. V, p. 73O. 

( 4 )BHG«.744. 

BHG*. 609. Cf. Synax. eccl. CP., aoian., p. 406. 
(6) Procope, Deaedif., III, 6. 

17- Epist. 2 : oùk ûv tic Toadbe Trrionç axebôv Tf|Ç oiKouiaévriç 
èEupi6,u>ioaiTO 0uaiaaxripia. P. G. t. XLVI, p. 1012. 



202 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

pères Cappadociens nous offrent le tableau d'un culte sin- 
gulièrement intense, et nulle part, avant la lin du IV e 
siècle, on ne rencontre plus de ferveur et plus d'enthou- 
siasme dans la célébration des fêtes des martyrs. Césarée 
de Cappadoce apparaît très fréquemment dans le martyro- 
loge oriental. Il faut, il est vrai, faire la part des confu- 
sions qui ont attribué à cette ville des noms qui reviennent 
à Césarée de Palestine '. Le Gordianos du 2 mars est 
incontestablement S. Gordius, célébré par S. Basile dans 
un panégyrique que tout le monde a lu -'. Ce martyr était 
originaire de Césarée. y avait souffert pour la foi et son 
sanctuaire se trouvait hors les murs, TTpOTTÔXeuv KÔfJuov, 
comme l'appelle S. Basile. Un jeune martyr du nom de 
Cyrille dont il nous reste des Actes assez brefs r ' doit être 
celui-là même que le martyrologe annonce au 28 ou au 29 
mai '. Le prêtre Dius, qui apparaît à deux dates voisines 
vers le milieu de juillet ; ', avait probablement une basili- 
que ou un monastère près de Basilica Therma, à Kara- 
Yakoub, où l'on a trouvé l'inscription suivante : f opoi toû 
ûfiou Kai èvb6£ou udpTupoç Aiou TTapao"x€9évTeç napà toû 
€Ùo"e(3eOTorrou fnuuùv fJaorXéujç;... 'louariviavoû 6 . 

Au 19 novembre, le syriaque nomme, sans indice 

d, le chorévêque Maximus, le prêtre Lucien et Carte- 

rius. D'après l'hiéronymien il faudrait suppléer in Caesarea 

Cappadociac, et la Passion de S. Carterius ne permet guère 

(i) Par exemple l'hiéronymien aux 3, 12, 13, 20 novembre, au 8 juil- 
let. 

a) 1 M', 703. 

MU . 80 

Au 2<j mai, ni I u area < ippadociai < irilli ; le syriaque au 28. Il 
ité dans les deux martyroloj tu [novembre. 
(51 Le martyrolog qui au 11 el [3 (14) juillet. 

6 1 dans Revue des études grecques, t. XV (1902), p. 321. La 

copie portail 6 tôttoç. C'esl l'éditeur qui propose de corriger en ôpm 
toû. Cf. Studia Pontica, t. III, p, 227. 



l'orient. 203 

d'hésiter quant à ce dernier nom '. Maxime est inconnu, 
le prêtre Lucien fait songer à Antioche ou à Nicomédie -'. 
Faudrait-il dire que le 19 novembre on taisait en même 
temps à Césarée la mémoire d'un martyr indigène et de. 
deux étrangers ? Timothée et Polyeucte, au 20 mai, ramè- 
nent un cas analogue. L'hiéronymien semble exiger ici 
encore la rubrique in Caesarea que le syriaque passe sous 
silence. Mais comment savoir si ce sont des martyrs pro- 
pres ou s'il faut les identifier avec des homonymes honorés 
ailleurs 3 ? Le Veronicius ou Veronicianus du 24 novembre, 
de même que Germain et Théophile nommés en compagnie 
de Cyrille au 3 novembre semblent n'avoir pas laissé 
d'autres traces. 

La tête de S. Marnas est marquée dans l'hiéronymien 
au 17 août : Caesareac Cappadociac Main mac mouachi. 
C'était, à ce qu'il semble, la fête principale de Césarée. 
Lire l'homélie de S. Basile 4 . On sait que Julien et sou 
frère Gallus rivalisèrent de magnificence pour élever sur 
le tombeau du martyr une grande basilique 5 . S'il faut en 
croire Xicétas, il y avait également à Nazianze une église 
dédiée à S. Marnas \ Il est certain que S. Grégoire ne 



(1) BHG-\ 296, 297. 

2] La mention du martyrologe hiéronymien au 7 juin: Caesarea 
Cappadociae Luciani martyiis n'est pas de nature à écarter définitive- 
ment cette conjecture. La confusion VII idus iun. ave: VU idus tan. 
qui est le jour de S. Lucien d'Antioche est trop naturelle pour qu'on 
n'en tienne pas compte. 

(3) La notice des synaxaires au 19 décembre, Synax. ceci. CP., p. 
327, ne tranche pas la question. Timothée serait un diacre d'une église 
de Mauritanie, Polyeucte un martyr de Césarée. Sur ce point il appuie 
la donnée de l'hiéronymien. 

(4) BHG-'. 1020. 

5 Les textes ont été réunis par Tillemont, Mémoires, t. V, p. 359. 

6) In Gregorii orat. XLIV [al. XLIII), P. G. t. CXXVII. p. 1411 : 
liane autan orationem in urbe quittent Nazianzena scripsit Gregorius, 
verum m sancti martyris Mamantis templo urbi vicino pronuntiavit. Le 



204 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

prononça pas son homélie à Césarée. Le culte du martyr, 
très florissant dans la région, en franchit promptement les 
frontières. On le trouve implanté à Constantinople proba- 
blement dès le règne de Léon I '. S te Radegonde, au VI e 
siècle, obtint un doigt de S. Marnas. Le biographe assure 
qu'on alla le chercher à Jérusalem, quod Hierosolymis sua 
sancta quiesccrent membra -. Il n'y a pas lieu d'imaginer 
une translation du saint corps en Palestine. Personne n'en 
a jamais rien su, et le pèlerin Théodose le trouve toujours 
à Césarée : ibi est sanctus Mammes*. Au XI e siècle Nicétas 
semble assurer qu'il y est encore '. Jérusalem est sans 
doute une erreur de l'hagiographe qui amis le nom d'une 
ville pour un autre s . 

Au i5marsl'hiéronymien annonce inCappadociaLongini. 
Il faut rapprocher de ce texte un passage de S. Grégoire 
de Nysse d'où il résulte que de très bonne heure les Cap- 
padociens se décidèrent à identifier le centurion de l'évan- 
gile avec un de leurs premiers évoques . La notice du 
19 mars, Caesareae Cappadociae Theodori presbyteri est 
isolée. 

texte original de Nicétas est inédit. Nous citons la traduction de J. 

Bilius. 

m Voir J. Pargoire, Les Saints-Mamas de Constantinople, Bulle- 
tin de l'institut archéologique russe de Constantinople, t. IX, 
fia, 1904), p. 261-316. 

Vita S. Radegundis a. Baudonivia, BHL. 7049, c. 20. 

I ; 1 Geyer, Itinera, p. 144. 

I P. G. t. CXXVII, p. 14 ;,4 : ' '>'<> enint circiter ab urbe stadio tcmplum 
martyri constructum est quod il la ipsa Ammiaquae cum aluerat, singulari 
magnificentia eo loco aedificasst fertur. 

(5) Tillemont, t.c , p. 360-61, propose d'admettre un Ma m mes de 
| ilem distint I de 1 1 lui 

(6> l ■ 17 01 IVUffoiroTauÎTai... irdvTUJV éboxiuaaav tôv 0wuâv 
tic émoraaiav éauriûv TrpoTiuôrepov Kai Tîtov Kpn,Teç kcù lepo- 
aoXuuÎTrn 'IdKloPov, Kai >i""-" oi KuTiTTobÔKai tôv txcxTÔvTapxov, 
tov iit\ toO ird8ouç jr\v 0€ÔTnTa toû Kupiou ôuo\o-rn ac<VTa - ?• Cj - 
t. XLVI,p. 1061. 



l'orient. 205 

S. Eupsychius, martyr sous Julien, auquel est associé 
parfois le nom de Damas, était célébré àCésarée probable- 
ment le 7 septembre ' avec une solennité remarquable-'. 
S.Basile, dans ses lettres, en parle fréquemment : et la 
correspondance de S. Grégoire de Nazianze a gardé l'écho 
du discours prononcé dans une de ces réunions par l'évê- 
que de Césarée '. Le culte de S tc Julitte est attesté par 
l'homélie bien connue du même S.Basile 5 ; celui de S. Mer- 
cure, dont la légende mérite si peu de créance 6 , par le 
pèlerin Théodose 7 . 

Césarée, qui était si bien partagée déjà, reçut encore les 
dépouilles de martyrs étrangers. Nous l'apprenons par la 
correspondance de S. Basile avec Ascholius et Soranus 
relative aux reliques de S. Sabas le Goth 8 . La ville eut 
aussi sa basilique des XL martyrs de Sébaste '. 

L'église de Tyane en Cappadoce fut illustrée par le 
martyre de S. Oreste La Passion "' raconte que son corps, 
jeté dans les flots, fut recueilli par les fidèles et enseveli sur 
la montagne voisine de la ville, où il continua à guérir les 
malades. Serait-ce en cet endroit que se trouvait cette 
basilique de S. Oreste, dont les revenus appartenaient à 



li' Le texte des lettres de S. Basile indique respectivement les 
dates du 7 et du 15 septembre iEpist. 100, Epist. 176, P. G., t. XXXII, 
pp. 505, 653). La première est celle des synaxaires, et semble devoir 
être retenue Synax. ceci. CP., p. 23. 
(2) Sozomène. Hist. eccl., V , ir. 

j Epist. ioo, 142. 2co, 176, P. G. t. XXXII, pp. 505, 592, 653, 736. 
41 Epist. 58, P. G. t. XXXVII, p. 113-118. 

HHG*. 972. 
(61 Les légendes grecques des saints militaires, p. 91-101. 
(7) Geyer, Itinera, p. 144. 

Voir Anilect. Bolland., t. XXXI, p. 288. 

Gaudentics Brixiensis, Tr. XVII, P. L. t. XX. p. 965 : in ipsa 
enim maxima Cappadociac civitate quae appîllatur Caesarea, ubi habent 
iidem beatissimi martyres insigne martyrium. 
(iojBHG*. 13S3. 



206 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

lise de Césarée, au témoignage de S. Grégoire de 
Nazianze ' ? 

A Arianza on célébrait, le 22 du mois de Dathousa, date 
qui correspond au 29 septembre, une fête de martyrs. 
Nous ignorons malheureusement leurs noms -. 

Les pères Cappadociens, particulièrement S. Basile et 
S. Grégoire deNysse, ont été les grands propagateurs du 
culte des XL Martyrs, que les récits hagiographiques ' 
comme le martyrologe hiéronymien 4 et toute la tradition 
font mourir à Sébaste d'Arménie. On sait que leurs reliques 
furent disséminées en plusieurs endroits :i . Qu'il en soit 
resté une bonne part à Sébaste c'est ce qu'il est naturel 
de supposer. Théodose se contente de dire en parlant de 
cette ville : ubi sinit quadraginta martyres B . S. Basile les a 
célébrés à Césarée 7 , S. Grégoire de Nysse dans une basili- 
que qui n'est point celle de Sébaste 8 et qui n'est probable- 
ment pas le petit sanctuaire d'Ibora, dans le domaine 
familial ''. Rien n'indique que Zéla, où, d'après leurs der- 
nières volontés, les martyrs devaient reposer "', ait été 
seulement privilégié clans le partage des reliques. 

1 i Oratio in laudem Basilii Magni, c. 68. (581, P. G. t. XLVI, p. 571. 
.■ Grégoire de Nazianze, Epist. 122, P. G. t. XXXVII, p. 216. 

Bl I' r*. 1201, 1202. 

! 9 mai : In Armenia Sebastia militum XL. Dans les manuscrits 
B, W, 1( nom de la ville est de\ enu un nom de saint, Scùastiunus. 

(5) Ce n'esl pas ici 11 lieu de disent- 1 1- s témoignages assez peu con- 
cordants de- Pa ms et des panégyriques. Voir Basile, /'. G. t. XXI, 
p. 522; Grégoire de Nysse, /'. G. t. XLVI, p. 784. 

(61 I ltlHifU, p. 144. 

i 7 , BHG*. 1205. 
(8) BHG*. 1208. 

/'. G. t. XLVI. j». 784. 
1 . / tamentum XLmartyrum, BHG*. 1203, 1 : ûrcô fn,v ttôXiv Z\\- 
Xiuv f'v nu x 111 !»' 1 !' Eotpetu. L'opinion exprimée à ce propos par M. 
Cumont, dan-, Analect. Bolland., t. XXV, p. 241 a été contredite par 
M. I'. Franchi de' Cavalieri, Note agiografiche, fasc. 3 , Studi e 
testi, 22 (Roma 1909), p. 68. 



l'orient. 207 

Le martyr Athénogène, simplement nomme avec le titre 
de chorévêque, clans le martyrologe syriaque (24 juillet), 

est rattaché à Sébaste d'Arménie par l'hiéronymien, qui 
concorde sur ce point avec les récits hagiographiques '. 
C'est évidemment cet Athénogène, qui peu avant de 
subir le martyre du feu, remit à ses disciples une hymne 
que loue S. Basile '-'. S. Grégoire l'Illuminateur se procura 
de ses reliques, comme aussi des reliques de S Jean-Bap- 
tiste, et établit à Bagauan 3 une lete annuelle en l'honneur 
des deux saints, pour remplacer la fête païenne des dieux 
hospitaliers, tuùv SevobtKTÙiv Geuùv, qui se célébrait jusque- 
là dans le pays '. Une ampoule représentant un saint 
portant un livre avec l'inscription : ci fie 'AOevoffévn] 
prouverait que ce martyr a été honoré en Egypte . 

Grégoire de Xysse assista à Sébaste à la première com- 
mémoraison de l'évêque Pierre (f 392) son propre frère, 
qui se célébra, dit-il, en même temps que la mémoire des 
martyrs ,; . On songe tout naturellement à la troupe des 
Quarante, dont la fête, à Sébaste, est marquée dans l'hiéro- 
nymien le 9 mars, et l'on est amené à rapprocher de cet 
anniversaire cette autre mention cpii ligure au 26 du même 
mois : in Sebasiia Pétri episcopi 7 . Les deux dates sont 

(1) BHG-'. 197; Synax. eccl. CP., au 17 juillet. 

(21 De Spiritu Sancto, 73, P. G. t. XXII, p. 205. On se demande com- 
ment Bun>nius, et après lui Tillemont, Mémoires, t. II, pp. iz$, 632, 
ont pu prendre en considération l'identification d'Athénogène avec 
Athénagore. 

(31 Sur cette ville, voir P. de Lagarde, dans Abhandlungen der k. 
Gcsellschaft der Wissenschaften zu Giittingen, t. XXXV (iSSy, p. 138. 

4 Agathasge, Vita S. Gregorii, BHG-. 712, ce. 142, 150. 

5 Lefebvre, Recueil des inscriptions grecques chrétiennes d'Egypte, 
n. 718. 

(6) Epist. t, P. G. t. XLVI, p. 1001. 

7 La rédaction du ms. E, bien que défectueuse, donne à penser que 
les XL martyrs étaient associés à Pierre de Sébaste : et aliorum XL m 
S'bus Pétri episcopi. 



2o8 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

malheureusement un peu éloignées pour vérifier la coïnci- 
dence marquée par S. Grégoire de Nysse. De plus, il se 
plaint de l'excessive chaleur qu'il faisait, ce qui nous 
transporte dans une autre saison. Aurait-on t'ait, à Sébaste, 
une double commémoraison des martyrs, l'une en hiver, 
l'autre en été, par exemple le 27 août, date à laquelle 
les Quarante reparaissent dans l'hiéronymien ? Question 
malaisée à trancher. Notons ici qu'en rentrant dans sa 
ville épiscopale, S. Grégoire passa par un endroit nommé 
Andumocina où il trouva Helladius avec d'autres évê- 
ques, qui célébraient en plein air, près d'un martyrutm, 
une fête de martyrs, les mêmes, peut-être, que ceux qu'il 
venait de vénérer à Sébaste '. 

La tradition littéraire place en cette dernière ville 
d'autres martvrs dont les Actes ont été beaucoup lus; 
ainsi, S. Biaise, évêque -, et le groupe du 13 décembre 
Eustratius, Auxentius, Eugenius, Mardarius etOreste 3 , 
souvent désigné, plus tard, sous le nom des cinq saints. 
Les récits qui les concernent sont, pour nous, les seuls 
monuments attestant leur culte à une époque malheureu- 
sement indéterminée. 

Une autre ville d'Arménie, Xicopolis, semble avoir été 
illustrée également par une phalange de martyrs qui rap- 
pelle ceux de Sébaste, Les Quarante-cinq martyrs, que les 
synaxaires grecs, s'inspirant de la légende, mentionnent 
le 10 juillet ', ont laissé des traces, malheureusement trop 
peu reconnaissables -• quelques noms défigurés —dans 
l'hiéronymien ''. Le 11 août, celui-ci annonce également 

(1) Iipist. 1 : éqpiataïaai 'Avbou,uoxivoiç. P. G. t. XL-VI, p. 1001. 
ï] BHG «76. 
(3)BHG«. 646. 
I4: Syn i\. d < l. ( P., p. 811. 

15) Le- 10 juillet: in Armenia minore civitate Nicopoli Milionis Diome- 
dis etc. 



l'orient. 209 

Xicopoli passio miiltoYum martyrum, tandis qu'à la même 
date le syriaque ne mentionne que le seul Paulos. Justinien 
fonda à Nicopolis Le monastère des XLY martyrs *. On 
regrette que S. Basile n'ait pas cru devoir préciser davan- 
tage ce qu'il écrit à Eusèbe de Samosate au sujet d'une 
réunion où il devait rencontrer les évêques Mélèce et 
Théodote de Nicopolis. Le lieu désigné était Ocqrfauoûv 
tô xwpiov, et l'occasion une fête des martyrs qui, vers le 
milieu du mois de juin, y amenait tous les ans une foule 
considérable 2 . Nous en sommes réduits à nous contenter 
de ces vagues indications 3 . 

Voici encore un groupe considérable, celui des Trente 
trois martyrs de Mélitène, dont la Passion place l'anniver- 
saire au 7 novembre *, et dont l'antiquité du culte est 
attestée par la Vie de S. Euthyme 5 . Ils ne sont pas dis- 
tincts des Cinquante martyrs — Plotinus et quarante neuf 
autres - annoncés dans le martyrologe syriaque au 
21 novembre. Plus célèbre encore est S. Polyeucte, égale- 
ment cité dans le martyrologe oriental, où il revient plu- 
sieurs fois, le 7 janvier et le 14 février comme appartenant 
à Mélitène, le 22 janvier sous la rubrique Nicomédie, le 
20 mai ou le 22 mai sous Césarée de Cappadoce 6 . Il était 



(1) Procope, De aedif., III, 4. 

12) Epist. 95, P. G. t. XXXII, p. 489 : àirdoeiEdv té f|uîv xpôvov 
uèv Tf|ç auvTuxiaç tù \xiaa toû irpomôvroç unvôç iouviou, tôttov 
bè Oap-fauoûv {al. <J>apua-f-oûv) T ô xwpiov éiriarmov pap-rûpwv ttc- 
piqpaveia Kai TroXuavepumia auvôoou xnç kotô ë-roç ÏKaarov uap' 
aùxoîç Te\ouuévnç. 

(3) Il n'est pas bien sûr qu'il faille reconnaître Nicopolis dans des 
noms comme Xeochepoli, Nicapoli au martyrologe hiéronymien le 6 
mars. La liste des noms est à comparer avec celle du 28 février. 

(4) BHG*. 749, 750. Voir Acta SS. nov. t. III, p. 325-38. 

(5) Analectagraeca, p. 12. 

(6) La première date est commune à Fhiéronymien et au syriaque. 

Cuit. Mart. 



2IO CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

titulaire d'une basilique que signale aussi l'auteur de la 
Vie de S. Eut hy me' 1 . L'inscription toû erriou TToXùoktoç 

r 

sur deux lampes provenant d'Egypte autorise à penser 
que le martyr de Mélitène était connu et honoré dans ce 
pays *. Le martyrologe syriaque au 19 avril et au 3 mai, 
l'hiéronymien aux mêmes dates ainsi qu'au 13 et au 
27 avril et à des dates voisines annoncent des martyrs de 
Mélitène appartenant peut-être à un groupe unique qu'il 
est malheureusement impossible de reconstituer. Pierre 
de Mélitène est un des martyrs cités au début de la Passion 
des saints d'Edesse. Malheureusement nous ne le trouvons 
que là 3 . 

Si nous poursuivons notre pèlerinage aux tombeaux des 
martyrs par la Phénicie, la Palestine, la Syrie, nous ren- 
controns d'abord Arca, ou Césarée du Liban, et Ortho- 
sias, qui se font remarquer, au V e siècle, par des inven- 
tions de reliques, celles de S. André d'une part, celles des 
SS. Luc, Phocas et Romanus de l'autre *. Mais les san- 
ctuaires où on commença à les honorer ne jouirent que 
d'une célébrité restreinte. Les foules se portaient à la 
ilique du principal martyr de la Phénicie, S. Léontius, 
a Tripoli : tôv èv TpurôXei Trpoo"Kuvn.TÔv oîkov toû àyiou 
kcù KOtMivÎKOu udpTupoç Aeovriou '. Parmi les voyageurs 



L'hiéronymien seul mentionne Polyeucte au 22 janvier et au 22 mai ; 
le syriaque seul au 20 mai. 

1 r) Analect 1 1, pp. 6, 12. 

2 Lefebvre, Recueil des inscriptions grecques-chrétiennes d'Egypte, 
un. 737, 738. Sur la pi emière une partie seulement de l'initiale du nom 
csi lisible, et l'on croil lire ToXuoktoç. 

Gebhardt-Dobschùtz, Die Akten der Edessenischen Bekenner 
Gurjas, Samonas und Abibos, p. 6.7. 

(4] Vita Pétri Hiberi, BHO. 955, Raabb, p. mo. 

(5) Libellas monachorum ai Menant, Hardoi in. Concilia, t. II. p. 

I38É 



L'ORIENT. 211 

illustres qui le visitèrent, il faut compter Pierre l'Ibérien ', 
Mélanie la jeune '-', Sévère d'Antioche qui y reçut le bap- 
tême *,Antonin '. Au 12 juin l'hiéronymien annonce Tripoli 
Magdaletis, au 24 décembre in Tripoli natale Luciani, deux 
saints qu'aucun texte parallèle ne permet d'identifier. A 
Sidon, il y avait, au temps de Mélanie la jeune, un san- 
ctuaire de S. Pbocas, que l'on prétendait occuper l'empla- 
cement de la maison de la Chananéenne de l'évangile s . 

Deux persécutions au moins donnèrent des martyrs à la 
Palestine. Celle de Valérien fit un certain nombre de vic- 
times dont Eusèbe a conservé les noms. D'abord Priscus, 
Malchus et Alexandre, qui furent jetés aux bêtes à Césa- 
rée 6 , ensuite Marinus, un militaire 7 . Nous n'avons pas 
d'indices certains de leur culte. La seconde série est celle 
des martyrs de la grande persécution, auxquels Eusèbe a 
consacré le livre bien connu, qui nous est parvenu sous 
une double forme. Césarée est le théâtre de la plupart des 
supplices rappelés dans ce récit. Mais il y eut aussi des 
exécutions à Gaza, à Tyr, à Ascalon. Romain, qui périt 
dans les tortures à Antioche, y figure par exception en 

(1- Vita Pttri Hiberi, Raabe, p. 103. 

(2) Vita Melaniae iun., BHG*. 1241, c. 52. 

(3) Vie de Sévère par Zachariek Scolastique, Patrologia orient alis, 
t. II, pp. 79, 92. 

(4) Geyer, Itinera, p. 159. 
BHG». 1241, c. 57. * 

(6) Hist.eccl.,Va, 12. 

Hist. ceci., VII. 15. Au chapitre suivant Eusèbe raconte l'histoire 
du sénateur Astyrius, qui rendit les derniers devoirs à Marinus, mais 
il ne dit pas qu'il subit lui-même le martyre. Rufin ajoute ce détail, 
dont on n'est pas obligé d'admettre l'exactitude : honorem quem mar- 
tyri dctulit contmuo ipse martyr adsequitur. C'est grâce à cette phrase 
qu'Astyrius, ou Asterius est entré dans les martyrologes latins du 
moyen âge au 3 mars, Ad. SS. martii, t I p. 224. Les Menées le men- 
tionnent au 7 août : 6 ôaioç 'AoTépioç ô auïK\r|TiKÔç. ticpei TeXei- 
oûtcu. Leur source doit être Eusèbe, lu trop rapidement. 



212 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

qualité de Palestinien II y a de plus les confesseurs con- 
damnés aux mines. On est d'accord pour dire que l'inser- 
tion, à leurs dates respectives, dans l'hiéronymien, des 
martvrs de Palestine, n'est pas l'écho d'une tradition de 
culte et que cette compilation est ici tributaire d'Eusèbe. 
Il est vrai qu'Eusèbe n'est pas absolument muet sur les 
honneurs rendus aux martyrs, et le passage qui s'y rap- 
porte — il s'agit du principal groupe de Césarée, Pamphile 
et ses compagnons — est particulièrement intéressant. 
Dans la courte rédaction de son livre, il se borne à dire que 
les corps des suppliciés reçurent la sépulture habituelle, 
Tfj o"uvr|0ei TrapebôBn. Tacpf] '. L'autre rédaction ajoute 
à cette phrase : « Déposés dans des temples magnifiques et 
placés dans des oratoires pour être l'objet du perpétuel 
souvenir et du culte du peuple de Dieu, » Tfj cruvn,6ei 
TrapebôGn Taqpfj, vauùv oïkoiç TrepixaMéorv àîroTeBévTa 
èv iepoîç ie TTpoo"£UKTn,pioiç etç a\n,o"rov uvrianv tw toû 
Oeoû Xaw xiiaào'Bai Trapabibôjueva -. On a tiré de cette 
addition une conclusion importante, c'est que la recension 
brève du De martyribus Palaestinae serait antérieure à 
l'autre et non pas seulement un abrégé comme on l'avait 
pensé. La première aurait été écrite aussitôt après la 
chute de Maximin avant que les chrétiens eussent eu le 
temps de bâtir des basiliques ou des chapelles. La seconde 
de l'époque où rien ne s'opposait plus à l'accomplisse- 
ment de ce pieux devoir \ 

Le texte semble dire qu'un dépose les saints corps dans 
des édifices déjà existants, et l'addition n'aurait plus, dès 
l<>rs. la portée qu'on voudrait lui attribuer Mais le lait n'est 
guère vraisemblable et la phrase un peu vague d'Eusèbe, 

lu Dr mari. Palaest., XI, 28. 

i2> Demart. Palaest. , ibid., libell. prolixior, Schwartz, p. 945. I. 24. 

iji S< hwartz, Eusebius Werke, t. Il, 3, p. i.x. 



l'orient. 213 

admet, à la rigueur, l'interprétation proposée. Elle éta- 
blit du reste, avec la dernière clarté, que, dans le diocèse 
d'Eusèbe, et de son vivant enore, les honneurs ecclésias- 
tiques turent rendus à la glorieuse troupe. Nous savons, 
par une autre source, qu'il y avait à Césarée une église de 
S. Procope, le premier martyr de Palestine, église que 
l'empereur Zenon fit rebâtir en 484 '. Antonin le pèlerin 
cite trois noms de saints dont les corps sont conservés à 
sarée : Pamphile, Procope et Corneille -. C'est évidem- 
ment du centurion Corneille qu'il veut parler S.Jérôme 
ne parle pas de ses reliques et se contente de noter que sa 
maison avait été transformée en église 3 . Contrairement 
à ce qu'on a pu penser ', il n'existe aucune trace d'une 
basilique spécialement dédiée au martyr Adrien. 

Scythopolis était la patrie d'adoption de S. Procope. 
C'est là qu'il avait exercé les fonctions de lecteur et 
d'exorciste. On lui érigea une chapelle dans la résidence 
épiscopale 5 . Qui était S. Basile titulaire d'une église à 
Scythopolis ' et faut-il croire le pèlerin Théodose qui 



lu Chronicon pascale, Dindorf, t. I. p. 0-04 : àvaveûiaaç kcù tôv 
oIkov toû erriou TTpoKOTriou. Quelques lignes plus haut, il a été parlé 
de l'incendie toû àrîou TTpopou. Il faut évidemment corriger en 
TTpoKomou. On n'honorait à Césarée aucun saint du nom de Probus. 

(i) Geyer, Itinera, p. 190. 

(3) Epist. 118 ad Eustnchium. 8 : inqua Cornclii domiim Christi vidit 
«iam.Et il ajoute : et Phïlippi aediculas et cubicula quattuor virgmutn 

proplutarum. P. L. t. XXII. p. 882. Ces localisations, dont il y a tant 
d'autres exemples dans les récits des pèlerins, sont suggérées par la lec- 
ture de-- Actes, 10, 1 et 21, 8, 9. 

(4) Dans une inscription publiée par BaTIFFOL, Revue biblique t. I 
(1895 1. p. 73-74. il e>t question de la construction ou de la restauration 
tijùv paOuiûv toû 'Abpiaviou. M. Chabot, Byzantinisihe Zeitschrift, 
t. Y (1896), p. [60-62, a cru que le mot désignait la basdique d'un 
martyr. Le langage ecclésiastique n'a pas admis les mots de cette 
formation, et ii s'agit ici d'un édifice païen 

(5) CYRILLI SCYTHOPOLITAN! Vlt.l S. Sabac. CoTELIER. p. 34'j. 

16) Dans la Vita Euthymii, Analecta gkaeca, p. 31. il est l'ait 



214 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

assure qu'il y subit le martyre, ibi donnais Basilius marty- 
rizatus est ' ? On ne peut guère hésiter devant le témoi- 
gnage, certainement indépendant, des synaxaires, qui 
annoncent le 5 juillet Basile et soixante compagnons mar- 
tyrs à Scythopolis 2 . 

Nous avons dit que Sébaste, ou Samarie, se glorifiait de 
posséder le tombeau de S. Jean-Baptiste, et rappelé les 
difficultés que soulèvent ces prétentions 3 . Antonin de 
Plaisance vénère à Joppé la jeune Tabitha des livres 
saints : ibi iacet sancta Tabitha quae et Dorcas dicitur '. A 
l'est de Joppé, à Medjdel-Yaba, une inscription rappelle 
une église dédiée à S. Cirycus 5 . A Gérasa, on signale, en 
464, une èKK\n.o"ia tujv àxiujv Trpoqpnjwv, ctfTOOTÔXwv, uap- 
xùpujv c ; en 559 une église de S. Théodore 7 . Lydda, ou 
Diospolis, est devenue la ville de S. Georges. Nous n'avons 
pas de témoignage très ancien permettant d'y localisera 
coup sûr son tombeau 8 . Mais c'est bien à Diospolis et 
pas ailleurs que les pèlerins se rendent pour le vénérer, 
et Antonin qui les y renvoie, Diospoli civitatem quae anti- 
quitus dicitur Azotus, in qua requicscit sanetns Georgius mar- 
tyr 9 , ne trouve pas de contradicteurs. 

Les grands souvenirs de la vie et de la passion du Christ 
devaient laisser à Jérusalem moins de place qu'ailleurs à 
un culte particulièrement intense des martyrs. On n'ou- 

mention d'un prêtre toû év XkuSottôXh aepaaiuiou oi'kou toû 
nfiou udpTupoç BaaiXeiou. 

11) GeYER, limera, p. 137. 

(21 Synax. ceci. C'P., p. 800. 

(3) Rci-in, Ilist. ceci., XI, 27, 28. Voir plus haut, p. 98-99. 

(4) GeYER, Itincra, p. 190. 

5 Revue biblique, t. II '1893), p. 211. 

6) Mittheilungen des deutschtn Palaestitta-Vereins, 1901, p. 65. 
17) Mittheilungen, t. c. pp. 41, f>4 . 

(8) Les légendes grecques des saints militaires, p. 47-50. 

(9) Geyer, Itincra, p. 176. 



l'orient. 215 

blia pas, toutefois,que Jacques le Juste, premier évêque de 
Jérusalem, avait par sa mort rendu témoignage à la véri- 
té Ml fut enseveli près du temple et H égésippe ajoute que sa 
stèle s'y trouvait encore J . Au I\' L siècle déjà on montrait 
sa chaire épiscopale s que l'on vénéra plus tard dans 

Jise de la Sainte-Sion*. Au VI' siècle, une église passait 
pour occuper l'emplacement de sa maison : quac fuit do- 
mus sancti lac* :. Son successeur Syméon, fils de Klopas, 
était, comme lui. mort martyr '. Mais rien n'indique qu'ils 
aient été. à une époque relativement reculée, l'objet des 
honneurs liturgiques. La tradition relative à la sépulture 
de Jacques se modifia. Théodose signale son tombeau au 
mont des Oliviers et dans la même memoria se trouvent 
S. Zacharie et le vieillard Syméon 6 . 

Les deux illustres évêques ne furent donc pas plus favo- 
risés que le premier de tous les martyrs, qui les surpas- 
sait en même temps par l'éclat incomparable qui rejaillis- 
sait sur lui du récit des Actes. Le culte local ne commença 
pour S. Etienne, à ce qu'il semble, qu'à partir de l'inven- 
tion des reliques en 415 7 . La fondation de la basilique de 
S. Ltienne par Eudocie — elle fut dédiée le 15 janvier 
460 — acheva de l'organiser sur le modèle universel 8 . 

Les saints Innocents ne furent pas totalement négligés. 
Non loin de la basilique voisine de Bethléem, où l'on mon- 
trait les tombeaux du roi-prophète et de son fils Salomon, 



1 ) HÉGÉsn 1 1 . dans Eusèbe, Hist. ceci., II. 23, 4-18 ; IV, 22, 4. 
121 Dans Eusèbe, Ilist. eccl., II, 18. 
131 Eusèbe, Hist ceci., VII. 19. 

Geyer. binera, p. 108. 
5' Hégésippe, dans Eusèbe, Hist. eccl., III. 32 ; IV. 22. 4. 
(6) GtYKR. Itinera, p. 142. 
7 Plus haut p. 96. 

18) Ct\ M. J. Lagrange, Saint Etienne et son sanctuaire à Jérusalem 
|Paris, 1894 , p. 41-155. 



2l6 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

on fit voir à Antonin de Plaisance les reliques de ces fleurs 
des martyrs : in ipso loco habent monummtum et omnes in 
unum requiescunt et aperitur et videntiir ossa ipsorum '. 

Avant le VII e siècle, Jérusalem n'eut plus d'autres 
saints propres dont le martyre soit sérieusement attesté, 
l'n récit dépourvu de valeur historique - fait mourir sous 
Numérien dans la ville sainte le groupe Justus et Abun- 
dius, que la tradition liturgique, en dehors de l'Espagne, 
ignore absolument 3 . Les sept martyrs de l'abrégé syriaque 
au ii mars sont entièrement inconnus. S Isicius, dont le 
corps était vénéré près de la porte Majeure ', paraît être 
un confesseur, et sainte Pélagie dont on montrait la cellule 
au mont des Oliviers et dont on prétendait posséder le 
corps s ne fut, si l'on en croit sa légende, qu'une martyre 
de la pénitence. 

Mais le mouvement intense des pèlerinages ne pouvait 
manquer d'importer des dévotions étrangères, en même 
temps que l'on prétendait raviver de vieux souvenirs 
locaux. Parmi les anciens sanctuaires dont il est fait 
mention on compte un martyr iurn avec des reliques de S. 
Jean-Baptiste, 6 un oratoire bâti par Mélanie la jeune où 
sont déposées des reliques du prophète Zacharie, de S. 

(i) Geyer, Itinera, p. 178. 
2 BHL. 4596. 

Pour l'Espagne, voir le calendrier de Cordoue de 961, Férotin, 
/ t liber ordinum en usage dans l'église Wisigothique et Mozarabe d' Es- 
pagne < Paris, 1904), p. 491. 

I Antonin dans Geyer, Itinera. p. 177. Cf G. Mercati dans Revue 
biblique, N. S. t. IV (1907). p 79-90; Analect. Rolland, t. XXVII, 

p. 21 

5) Antonin : Cellula ubi fuit inclausa veliacet S. Pelagia incorpore. 
Geyer, p. 170. 

■ Pâli admis, Historia Lausiaca, Butler, 1. 1, p. 133, et t. II, p. 212 
82. Il y eut aussi un important monastère de S. Jean-Baptiste près 
du Jourdain fondé par Anastase I. Voir Vailhé, Répertoire alphabétique 
des monastères de Palestine (Paris 1900), p. 31. 



l'orient. 217 

Etienne et des Quarante martyrs de Sébaste ' ; un autre 
dédié à S. Menas par Eudocie *. Puis c'est une église 
dédiée à S.Julien vers 450 par une dame du nom de Fia- 
vie 5 , une église des saints Cosme et Damien l , un monas- 
tère de S. Georges '. un autre de S. Thalélée, un autre de 
S. Pantéléémun, celui-ci dans le désert du Jourdain 6 ,et près 
de Bethléem le monastère de Saint-Serge 7 . A Bethpha^ r é 
Théodose visite une église de Sainte-Thècle, et semble 
croire que son corps y repose : ubi sancta Thecla est '.Dans 
un couvent de femmes, Antonin de Plaisance voit un crâne 
dans un reliquaire d'or et de pierres précieuses, quae dicunt 
quia de sancta martyre Theodote esset 9 . 

Les trois martyrs égytiens qu'on honorait à Ascalon et 
dont Antonin de Plaisance n'a pas retenu les noms '" sont 
Ares, Promus et Elie. Eusèbe a raconté leur supplice ". 

Nous savons, en général, que Gaza et Majuma avaient, 
malgré la petite distance qui les séparait, leurs têtes reli- 

(1) Vita Melaniae iun . BHG-. 1241. c. 58. 
j Vita S. Euthymii, dans Analecta gkaeca, p. 67. 

3 Vita S. Tkeognii, dans Analect. Rolland., t. X, p. 114. 

4 Moschus, Pratum spirituelle, c. 127, P. G. t.LXXXVII, p. 2990. 
Cf. Vailhé, Répertoire alphabétique des monastères de Palestine, p. 16. 

5 Vita S. loanni Silcntiarii, BHG-, 897.ee. 4,5. Procope, De aedif., 
V, 9.' parle d'un monastère toû àyiou rprpfopiou. On peut avoir des 
doutes sur l'exactitude de cette leçon, et se demander s'il ne faut pas 
corriger Teujp-fiou. Sur un monastère de Saint Geo onde au 
Vie siècle à Jéricho, voir P. Aisel clans Revue biblique, 19:1, p. 286-89, 
et S. Vailhé, dans Échos d'Orient, 1911, p. 231-32. 

61 Procope, De aedif., V, 9. 

- Moschus, Pratum spirttuale, 182, P. G. t. LXXXVI1, 3054. 

• Geyer, Itinera, p. 146. Dire qu'il s'agit ici de la martyre homo- 
nyme dont parle Eusèbe, De mart. Palacst., ni, 1, iv, 1, f\ kuQ' n.uâç 
©éK\a serait une conjecture sans fondement. 
(9) Geyer, Itinera, p. -.74. 

1 io)Ibi requieseunt très fratres martyres ae<*yptii: propria quidem nomi- 
na habent sed vulganter aegyptu vocantur. Geyer, Itinera, p. 180. 

11 De mart. Palaestmae, c. x. 



2l8 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

gieuses distinctes, et que chacune d'elles commémorait, de 
s.. ii côté ses martyrs et sus évêques. ' Gaza en particu- 
lier eut des martyrs durant la grande persécution et sous 
Julien Eusèbe nomme Timothée, Paul, Valentine avec 
une vierge anonyme. -' Des monuments hagiographiques 
de date récente donnent parfois à celle-ci le nom d'Enna- 
tha, qui parait provenir d'une confusion. D'autres l'appel- 
lent Oen,, et ce doit être son nom véritable 3 . Le martyr 
Timothée avait à Gaza sa basilique, dans laquelle repo- 
saient également les reliques de S. Major — un saint 
sur lequel on a quelques détails ' — et celles de sainte 
Théé, la compagne de Valentine s . 

Dans la distribution des sièges épiscopaux faite aux per- 
sonnages apostoliques par le faux Dorothée et ses émules, 
celui de Gaza est échu à Philémon, l'ami de S. Paul. 
Le 14 février les synaxaires font la mémoire xoû à-pou 
iepouàpiupoç 0t\n,uovoç tmOKÔTTOu rà£n,ç ''. Théodoret ne 
• onnaît encore rien de ces inventions. 11 se borne à dire 
(pie Philémon était de Colosses, et que sa maison était 
encore debout uéxpi toû TrapôvTOç 7 . 

Sozomène, Ilist. ceci., V, 3. 
j De mart. l'alaest.. ce. Il, viu. 

(31 Dans les synaxaires, au 10 février, se lit la notice des saints 

Ennatha, Valentine et Paul. Fa- 15 juillet celle de Paul, Valentine,- 0er|, 

martyrs égyptiens à ( Cetl dernière date est exacte. Les 

s'expliq :xte d'Eusèbe que le compilateur a lu 

idement. Au 26 février <m 1 une Oen, seule, sans notice 

ins attache locale. 

Synax. ceci. CP., au 15 . p. 467. 

5 Marci diaconi \'ita Porphyrii < . éTiope69n,u6v èn\ tô 

(IflOV LUtpTWplOV T0Û évbÔSOU UiipTUpOÇ TlUOGéOU, év LJj ÙTTÔKevt- 

tcu Kfù ft\\a XeUpava Maîoupoç napTupoç k<ù o>m 6uoXoYn T pfaÇ- 

II S I i .mine mai t\ i de Gaza dans 

Shamonae, Gebhardi Dobschutz, Die Aktett 
d,r 1 u r Gurjas, Samonas unit Abibos, p. 6-7. 

. ( /'., pp. 46Ï . 7 
imcntum epist. ad Philem., S< m , III. p. 711. 



l'orient. 219 

Eusèbe, Nestabus, Zenon et Nestor furent victimes de 
la fureur populaire sous la réaction de Julien. Un de leurs 
parents, Zenon, qui avait reçu leurs reliques, devint évê- 

que de Majuma et leur bâtit une basilique, où furent dépo- 
sés ces précieux restes. On la rencontrait sans doute en 
allant de Majuma à Gaza, Trpô toû dcFTeoç '. Il est à 
remarquer que les deux basiliques principales de Gaza 
n'étaient pas dédiées aux martyrs du pays. Les deux 
monuments importants dont Choricius a laissé une des- 
cription très précieuse pour les historiens de l'art avaient 
comme titulaires l'un S. Serge l'autre S. Etienne '-'. Sur 
Majuma nous n'avons que cette maigre indication d'Anto- 
nin : Exindc venimus in civitatem Maioma Gazis in qua 
requiescit sanctus Victor martyr 3 . 

Beaucoup de martyrs de Syrie sont connus par les écri- 
vains ecclésiastiques, qui, malheureusement, sont la 
plupart du temps très avares de détails. Théodoret cite, 
parmi les martyrs dont la fête a remplacé les solennités 
païennes, Pierre, Paul, Thomas, Serge, Marcel, Léonce, 
Antonin, Maurice 1 . Sauf Pierre et Paul, qui déjà alors 
appartiennent à l'église universelle, tous les noms bien 
connus qui figurent dans cette énumération sont propres 
à la Syrie ou à des provinces limitrophes. S. Léonce 
est évidemment le martyr de Tripoli ; nous retrouve- 
rons S. Thomas à Edesse, S. Serge à Rosapha, les 
saints Marcel, Antonin, Maurice à Apamée. 



(1) Sozomène, Hist. eccl., V, 9. — Procopc de Gaza écrivant à Dio- 
dore, Eplst. 47, fait allusion à la fête des martyrs qui se célébrait -rrap' 
fmîv. Il nous est impossible de dire de quels martyrs il était question. 
P. G. t. LXXXVII, p. 2756. 

2 Choricii Gazaei Otationcs, éd. Boissonade, p. 84-86. 

(3)Geyer, Itinera, p. 180 

(4) Graecarum affectionum curatio. vin, 6g, Raeder, p. 219. 



220 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

S'il fallait s'en tenir à quelques anciennes éditions de 
Théodoret, il y aurait à ajouter un nom à la série. Pan- 
téléémon devrait être intercalé entre Léonce et Antonin '. 
On voit sans peine les conséquences de cette simple 
insertion. Elle amènerait à conclure que S. Pantéléémon 
est, comme les autres saints de la liste, un compatriote 
de Théodoret, et que, si sa légende et les textes qui en 
dépendent, lont de lui un martyr de Nicomédie, c'est 
que cette légende a pris naissance dans un sanctuaire 
de Bithynie, devenu promptement le rival du sanctuaire 
primitif, disparu de bonne heure sans laisser de traces. 
Mais on reconnu que le kcù TTavTeXeiîuovoç n'est qu'une 
interpolation, et rien ne donne à penser qu'elle ait eu 
quelque portée spéciale dans la pensée de son auteur ; 
il n'a fait autre chose que compléter Théodoret en ajou- 
tant à la liste un saint de son choix. Des lors nous n'avons 
pas à en tenir compte, et S. Pantéléémon n'a plus, pour 
nous, aucune attache spéciale avec la Syrie. Tous nos 
documents nous ramènent au littoral Bithynien où J usti- 
nien lit rebâtir la basilique du saint - en même temps qu'il 
restaurait le monastère fondé sous son vocable à Jéru- 
salem 3 . On sait que la ville impériale consacra plusieurs 
■ ^hses l à un martyr dont le nom invitait à la confiance. 
Malheureusement, aucune personnalité distincte ne se 
dégage de su légende. 

Les martyrs dont nous axons appelé les noms ne sont 
pas les seuls dont Théodoret s'occupe. Ailleurs H i m 
Julien. Romain, Timothée \ en d'autres occasions, I)en\ s. 

i Schulze, Theodoreti opéra, t. IV, p. 933. Mais voii /'. a . 
t LXXX1I1 p. 1033. 

z\ Proi "i 1 . /'< aedif., I, 9. 

; I l'H ope, De aedif.,V, 

i ' i Du< vngi ( " : ; tantinopolis christiana, p. 132 

5; Episi 1 -.s 1 , t. V, p. 1318. 



L'ORIENT. 221 

Julien et Cosmas '. comme des noms familiers à ses cor- 
respondants ou à s lS lecteurs. Julien et Romain étaient 
spécialement honorés à Ântioche, Timothée pourrait être 
le martyr de Gaza. Denys était un martyr indigène. Julien 
Sabas allant par Cyr à Antioche, s'arrêta dans sa basi- 
lique -'.celle-là même, à ce qu'on peut croire, qui a récem- 
ment livré l'inscription suivante : 

êwç tube Karacpù-fiov 
toû à-pou Aiovucriou 
Ktrrà 6eîov Tpàuua 

toû eùo~e(3eo"Ttrrou 

'AvaGTaaiou pacriXé- 

ujç riuuùv y àunv 3 . 
Quant à Cosmas, il ne peut être que celui du groupe 
fameux Cosmc et Damien. Ces martyrs avaient leur basili- 
que dans la ville épiscopale de Théodoret, qui en parle '.La 
célébrité de ce double tombeau attira la munificence de 
Justinien,qui construisit à Cyr une grande basilique 3 . Théo- 
dose dit expressément que cette ville est le lieu du martyre 
et de la sépulture des deux saints, d'accord en cela avec 
d'autres témoignages. Peu de martyrs ont acquis plus rapi- 
dement une renommée aussi universelle 6 . On fait remonter 
à la première moitié du V e siècle la fondation de l'église èv 
toîç TTauXivou à Constantinople et d'une autre eîç tô ZeOf- 

i Epist. 144. Schci.^e, t. V, p. 1242. 

(2) Religiosa historia, n, Schclze, p 1135. 

(31 F. Ccmont, dans Comptes rendus des séances de l'Académie des 
inscriptions et belles-lettres. 1907, p. 447-56. Cf. Analect. Bolland., t. 
XXVII, p. 88-89. 

(4 Epist. /// ad magistrum miliium, Schulze, t. v, p. 787. 

(5 Procope, De aedif , II, 11. 

6) Le travail le plus important et le plus complet sur le culte deux 
saints est celui du P. Stilting, Act. SS. sept. t. VII, p. 438-69, com- 
plété sur quelques points par P. Maas, dans Byzantinische Zcitschrift 
t XVII (1908), p. 604-609. 



222 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

uct'. Une troisième et une quatrième sont signalées sous 
le règne de Justin -. Le premier de ces sanctuaires éclipsa 
bientôt tous les autres au point de faire presque oublier la 
basilique principale, celle de Cyr. A Rome, le pape Sym- 
maque (498-514) construisit un oratoire des saints Cosme 
et Damien 3 et, peu après, Félix IV (526-530) leur dédiait la 
basilique du Forum, toujours debout et ornée de sa 
belle mosaïque '. Ce sont aussi des mosaïques du commen- 
cement du VI e siècle qui attestent l'antiquité de leur culte 
à Ravenne s . En Cappadoce, à Mutalasca, S.Sabas (f 531) 
transforma en église des saints Cosme et Damien, la maison 
paternelle B . Parmi les églises bâties par Justinien il y en a 
une en leur honneur, en Pamphylie 7 ; une autre dont on 
ne connaît pas le fondateur, est signalée près de Jérusa- 
lem \ A Edesse se trouvait une chapelle bâtie en 457 par 
l'évéque Nonnos 9 . Nous n'avons aucun texte où il soit 
formellement question d'une église des deux saints à 
Aegae. Mais on ne peut guère douter de l'existence de ce 
sanctuaire "'. Si nous ajoutons à ces preuves déjà si nom- 



li) Preger, Scriptores originum Constantinopolitanarum (Lipsiae, 
1908 1, pp. 261, 239. 
I2) Preger, t.c, p. 255 ; Theopuanis Chronogr., a. m. 6062, De 

1 . P- 343- 

1 I)ichesne, Le liber pontificalis, t. I, p. 262. 

(.) DUCHESNE, t. C, p. 279. 

5 | K ri m. Die Mosaiken der christlichen Aéra, t. I 1 Berlin, 1901), 
p. 233. La mosaïque provenant de l'église San Michèle, et actuellement 
au musée de Berlin est plus récente d'un siècle environ. Voir O. 
Wn 1 1 ,Kôn. Museett zu Berlin. AltcJtristliche mut mittelalterliche Bild- 
werkt . t. I 1909), Tafel I. 

Vita S. Subae, BHG*. 1608, c 55. 
(7 Proi ope, De aedificiis, X , 9 

Mos< mis. Pratumspirit., c. 127, P. G. t. LXXXVII, p. 2989. 
(91 L.H \i 1 [er, Untersuchungen ùber die Edessenische Chronik (Leip- 
iSgi), p. 114. 

Voir plus haut, p. 195. 



l'orient. 223 

breuses et que l'on pourrait multiplier ', celle que l'on a 
tirée delà fréquence du nom chrétien de Cosmas à partir 
de la lin du \Y siècle *, on pourra se rendre compte de 

l'importance d'un culte qui a eu son point de départ 
dans une petite ville de la Syrie. 

Les Actes de S. Dometius, un martyr que l'on rattache 
à la persécution de Julien "', nous transportent également 
dans les environs de Cyr. Grégoire de Tours a entendu 
parler de sa basiliqut 

Mans une lettre à Théodote, évéque d'Antioche, Théo- 
doret rappelle une fête de martyrs qui a lieu le quatorze 
d'un mois qu'il ne désigne pas : tt) bè TeaoapetfKaibeKâTn. 
tûjv KaWivÎKUJV uapTÛpuuv èv MnviTTOiç tùv Traviyfupiv 
èmxeXûjv 5 . Les martyrs ne sont pas nommés non plus, 
mais il est intéressant de constater que le ^.décembre se 
fait la mémoire des martyrs Thyrsus, Leucius et Callini- 
cus, et c'est peut-être à ce dernier que fait allusion l'épi-- 
thète donnée aux martyrs. Il est vrai que cette épithète 
est classique, et que rien dans la légende des trois martyrs 
n'indique qu'ils aient quelque attache spéciale à la Cyrrhes- 
tique '"'. Il ne s'agit pas, en tout cas, de la fête du 14 du 



Nous rappelons en passant les mentions de Grégoire de Tours, 
In loria martyr um, c. xcvil, et de Fortunat, X. 10, 11. Plusieurs 
autres témoignages recueillis par Stilting et Maas sont moins sûrs. 

(2) Maas, Byzantinische Zeitschrift, t. XVII, p. 606-607. 

BHG*.56o, 561 ; M al al as, CAro»., Dindorf, p. 328; Chronicon pa- 
schale, Dindorf, t.I, p. 550. Dans ic martyrologe de Rabban Sliba Anal. 
Boll., t. XX\'II, p. 196), au 24 septembre il est question d'un Dometius 
Persa qui in (monte) Kuros requiescit. Si L'on a des raisons de ne pas 
l'identifier avec notre Dometius (il y a un Kuros dans le Tur Abdin) 
il faut au moins reconnaître ici l'influence de ses Actes, d'après les- 
quels il se retira dans une caverne de la montagne près de Cyr. 

(4) In «loria martyrum, xcix. 

I. Sakkelion, Toù uaKcipiwxdTou OeobaipfiTOu émaKÔnou Kûpou 
éiTKJToXai, Athènes, 1885, p 33, n. 41. 

(6 BHG*. 1S45. 



224 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

mois de Gorpiée (septembre) dont Théodoret entretient 
un autre correspondant : èïKaivia tujv corocrroXiKÛJV koù 
TTpO(pr|TlKUJV 0"n,KÛ)V '. 

A l'exception de Rome, il n'est peut-être pas de ville 
plus illustre dans les annales du culte des martyrs qu'An- 
tioche. Elle a vu couler le sang d'un grand nombre des 
siens, et S. Jean Chrysostome pouvait dire qu'elle était 
défendue de part et d'autre par un mur de corps saints 2 . 
Et la population avait pour ses martyrs une dévotion 
ardente. Julien raillait les bonnes femmes qui allaient les 
supplier de délivrer leur ville de sa présence 3 . Antioche 
eut des évêques qui, comme Flavien, se distinguèrent par 
leur zèle à construire des basiliques et à célébrer les fêtes*. 
Il suffit de parcourir l'abrégé syriaque et l'hiéronymien 
surtout pour se rendre compte de la multiplicité de ces 
fêtes, mais aussi, hélas, pour constater qu'il n'est pas 
toujours aisé d'en indiquer l'objet avec une entière préci- 
sion. Pourtant, les moyens de contrôle ne font pas défaut, 
et les panégyriques de S. Jean Chrysostome, prononcés 
à Antioche, les homélies de Sévère !i et la collection des 
hymnes qui porte son nom i; donnent une base solide à 
l'hagiographie delà capitale syrienne. 

Il nous est parvenu encore un autre document anonyme 

(i) Sakkelion, p. 25. Bpist. 32, 

Homilia in coemeterii appellationem, 1 : jf\ xoû OeoO xôp m & 
^KÙarr\ç Tr\eupfîç n, ttô\iç rmuùv toîç \eupdvoiç tiîjv û-fiwv Teixfëe- 
tcu. /'■ G. 1 XLIX, p. 393- 

(3) Misopogon, Hertlein, t II. [1.443 

(41 Chrysostome, Homil.de S. Babyla,^ : bieTAei 6epaTreùujv toùç 
udp-rupaç oiKofumaîç \«|UTTpaîç, <?Tru\\r|\oiç éopxaîç. /'. G. t. L, p. 534. 

(5) A. Baumstark s'en esl servi dans son travail Dos Kirchcnjahr in 

Antiochien zwischen 5i2 unJ 518, Rômische Quartalschrift, t. XII 

(18981, p. 31-66; t. XIII, p. 305-323. Cï.Analect.Bolland.,t.XX, p 213-14. 

I.. YV. Brooks, James of Edessa the hymns 0/ Scverus of Antioch 

and others, Patrolo<,i.\ orij m alis, t. VI, 1 ; t. VII, 5. 



(RIENT. 225 

connu sous le titre de Sermon d'Eusèbe sur les martyrs ' 

et qui n'a aucune chance d'être Eusèbe, étant visiblement 
un discours prononcé à Antioche par quelqu'un qui ne 
connaissait guère d'autres martyrs que ceux de cette ville. 
Le prédicateur invite s. m auditoire à commémorer les 
saints dont les noms suivent : Asclepiade, Serapion, Phi- 
letus, Zebinas, Demetrius, Flavianus, (Jisez Fabianus), 
Cyrille, Sosipater, André, Babylas, Caerealis (il faut 
peut-être lire Cyrille). Isabenus (lisez Hesychius), Zeno- 
bius, Paul. Marin us 3 Fronto, Hippolyte '-'. Cette liste 
est curieuse, et forme une sorte de contre-partie du 
martvrologe syriaque en ce qu'elle combine la liste 
épiscopale d'Antioche avec celle des martyrs. Les sept 
premiers noms, plus celui de Babylas, sont des noms 
d'évéques. Fabien, Cyrille et Babylas peuvent compter 
parmi les martyrs ; il est fort douteux qu'il en soit de 
même des autre-. S -ipater et André ne sont point des 
évêques ; mais on ne les retrouve dans aucune autre liste. 
Hesychius est un martyr d'Antioche. L'abrégé syria- 
que le marque au 29 mai, l'hiéronymien au 30 avec 
cette notice : Sici palatim qui multa tormenta passas est. Le 
nom d'Hesychius reparaît dans le syriaque au 26 août. 
Les synaxaires grecs rappellent sa mémoire au 4 mars et 
au 10 mai ' dans une notice qui pourrait être le résumé 
d'une Passion perdue, dont il y a aussi des traces dans 
l'hagiographie latine *. Zenobius est le prêtre de Sidon 

1 BHO. 700, L'attribution à Eusèbe remonte à Ebedjesu. Voir 
Assemani, Bibliotheca orientalis, t. III, p. 19. 

j Mon collègue le P. Peeters me tranquillise, au nom de la paléo- 
graphie syriaque, sur la légitimité des corrections, qui peuvent paraître 
bien hardies, de Flavianos en Fabianos, d' Isabenos en Isichios. 
(3) Synax. eccl. CP., pp. 505, 674. 

(4 Voirparex. la Passio sar.cti et beatissimi Romani et comitum eius 
dans le manuscrit du British Muséum addit. 25600. 

Cuit. Mart. 15 



226 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

martyrise à Antioche durant la persécution de Diocté- 
tien '. Quant à Paulus, il n'est peut-être pas différent de 
Paulinus, dont le nom se rencontre clans le voisinage 
d'Hesychius dans l'hiéronymien au 31 mai -, et dans le 
svriaque au 25 août, au milieu d'une suite ininterrompue 
d'anniversaires qui semblent appartenir au calendrier 
d' Antioche : le 24, Marinus, le 25, Paulinus, le 26, Hesy- 
chius, le 27, Sabas et Alexandre. Ceux du 24 et du 27 
sont marqués in Antiochia dans l'hiéronymien. 

Comme dans le sermon du prétendu Eusèbe, Marinus 
se trouve associé à Fronto clans l'hiéronymien au 16 
novembre : in Antiochia Marini et Fro7itonis. S'il faut en 
croire Malalas, un autre Marinus, dont les reliques furent 
trouvées près de Gindara, aurait été transféré à Antioche, 
et déposé clans la basilique de Saint-Julien 3 . Cela se 
passait sous le règne de Justinien ; l'événement ne peut 
avoir été commémoré au martyrologe. 

Hippolyte, le dernier de la liste, est également inscrit 
au martyrologe syriaque le 30 janvier, de même qu'à 
l'hiéronymien, et clans celui-ci avec la note de antiguis, 
dont on connaît la portée. Il semble d'après cela qu'il n'y 
ait plus lieu de se demander si Hippolyte d'Antioche est 
un martyr local ou s'il n'est autre qu'Hippolyte de Rome 
honoré à Antioche. Le compilateur du martyrologe doit 
avoir trouvé clans la Passion du saint, qui faisait partie 
de la collection d'Eusèbe, l'indication qui lui a permis de 
le rattacher a Antioche. Le fait que le pseudo-Eusèbe le 
met en compagnie d'une série de personnages qui sans 

(1) Eusèbe, Hist. tccl., VIII, 3- 4- 

\i) Les trois principaux manusi 1 il portent bien clairement Paulini 
et hic i Ce qui ferait h 111 la lecture du premier nom, c'est le 

palatuu de la veille, qui aurait bien pu suggérer cette l'orme à un 
copi 

13 Chronogr. XVIII, Dindorf, p. 452 



l'orient. 227 

conteste appartiennent à la même église, semble ne pas 

laisser de place au cloute. 

Les martyrs les plus connus d'Antioche sont incontes- 
tablement ceux dont l'éloquence de S. Jean Chrysostome 
a popularisé les noms. La plupart figurent au martyrologe. 
S. Babylas, au 24 janvier, est rattaché dans l'abrégé 
syriaque à Nicomédie, mais dans l'hiéronymien à Antio- 
che. Par une confusion assez fréquente entre les nom- 
bres \ le syriaque lui donne trente compagnons au lieu des 
trois enfants que connaissait déjà S.Jean Chrysostome -, 
et dont Grégoire de Tours avait sans doute appris les 
noms de son interprète syrien 3 . On reconnaît dans 
Urbain, Prilidan, Epolon, que cite le vieil historien 4 les 
saints Urbanus, Barbadus, Apollonius des sources syria- 
ques 5 . On sait que dans la suite les hagiographes ont cru 
découvrir un S. Babylas martyr avec quatre-vingt-quatre 
enfants. C'est encore une erreur de lecture qui a fait 
surgir cette troupe innocente, et leur chef n'est autre en 
réalité que notre célèbre évêque 6 . On sait l'histoire des 
translations de S. Babylas 7 , et celle de la basilique, bâtie 
par Mélèce au delà de l'Oronte 8 ; Evagrius la qualifie 
de Trauue"fé6n.ç, 9 . 

(1) Voir Analect. Bolland., t. XXVIII, p. 408. 

(2) Il n'y fait pas même allusion dans son panégyrique du saint 
BHG*. 207, mais dans celui des SS. Juventin et Maximin BHG-. 975, 
c. 1, il rappelle la fête de S. Babylas uerà Traibuuv Tpiûiv. 

3) Ingloria martyrum, xciv. 

(4) Hist. Franc, I. 30. 

(5) Voir le martyrologe de Rabban Sliba au 23 janvier, Analect. 
Bolland.. t. XXVII, p. 173, et la note du P. Peeters expliquant paléo- 
graphiquement la forme Prilidan de Grégoire de Tours. 

(6) Voir notre travail Les deux saints Babylas, dans Analect. 
Bolland., t. XIX, p. 5-8. 

(7) Plus haut, p. 65. 

(8) BHG*. 207, c. 3. 

(9) Hist. eccl., I, 16. 



228 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

On ne rencontre pas clans les martyrologes les noms des 
SS. Juventin et Maximin. S.Jean Chrysostome, dans le 
panégyrique, rappelle à ses auditeurs la fête toute récente 
de S. Babylas '. La date du 4 février, à laquelle le syriaque 
annonce un Maximinus, pourrait convenir. Mais ce n'est 
qu'à condition de mettre sur le compte d'une distraction 
du compilateur le titre d'évéque qu'il donne à ce Maximi- 
nus. L'hypothèse ne s'impose pas ; car on sait qu'il y 
eut à Antioche un évêque de ce nom -'. Toujours est-il 
qu'il ne faut pas songer à regarder comme primitive 
la tradition représentée par les synaxaires grecs, où 
S. Babvlas est commémore le 4 septembre, les SS. 
Juventin et Maximin le g octobre \ Les deux fêtes 
se placent entre la troisième et la quatrième homélie 
sur Lazare, série commencée par S. Jean Chrysostome le 
2 janvier '. S'il nous est impossible de préciser la date de 
la fête s , nous pouvons du moins constater que le culte des 
deux saints officiers était toujours florissant à l'époque de 
Théodoret 6 et plus tard, puisque Sévère composa une 
hymne en leur honneur. Il leur associe un troisième com- 
pagnon, Longinus, qu'il est seul à nommer 7 . 

Les témoignages assez nombreux relatifs à S. Barlaam 8 

1 uaKdpioç Ba&ùXaç irpiûtiv n.uâç évxavQu ue-rà iraibuiv Tpi- 
ûjv auvtVf'JT' ■ BHG 2 . 975, c. 1. 

(2) El bb, Hist. ceci., IV, 24. 

(3) Syn • CP., pp. 11, 121. 

i i>. : ontio IV, :, P. (\. t. XLVIII, p. 1007. 

(5)] dans Zeitschrift fur Kirchengeschichte, t. XXV (1904), 

p. 360, commence par suppo la date esl bien le 4 lévrier, puis il 

essaie d'expliquer la coïncider) comm deux 

16) Hist. III. 15. 

17 , James of lulcssa the Hyniits 0/ Scvcrus, PatrolO( 

orient \i.iv 1 VII, p. 6x1. 
(81 Voir notre travail S. Barlaam martyr à Antioche dans Analect. 

BOLLAND., t. XXII, p. I2<J-45- 



l'orient. 229 

ne tranchent point la question de la date de sa fête dans 
l'antiquité. Le lendemain du jour où ilprononçait le panégy- 
rique du martyr '. S. Jean Chrysostome luisait remarquer 
que l'hiver était passé et qu'on jouissait des beaux jours 
d'été'-'. Ce souvenir de l'hiver semble mal cadrer avec la 
date du 14 août qui est celle du martyrologe syriaque; 
mais avec l'été cadre plus mal encore la date des Grecs, 
16 ou 19 novembre 3 . Celle-ci n'est pourtant pas abso- 
lument arbitraire. Trois saints d'Antioche Romanus, 
Barala (Barilis) et Hesychius sont marqués à l'hiérony- 
mien au 18 novembre, et ce Baralas, dont les uns font le 
compagnon de S. Romain, est pour d'autres le martyr 
Barlaam. Ce qui ferait croire que ceux-ci n'ont pas tort, 
c'est que, sans parler de la forme du nom. qui est l'araméen 
Baralaha. devenu Barlaam *, la notice du 18 novembre 
semble être, en partie du moins, la répétition d'une notice 
du 31 mai, qui ne nous est pas parvenue au complet dans 
le texte latin, mais dont il reste le nom d'Hesychius. Or, 
on a retrouvé, dans certains Prologues ou menées slaves, 
le nom de Barlaam au 30 et au 31 mai s . De plus, l'homé- 
lie de Sévère en l'honneur de notre martyr 6 aurait été 
prononcée en 515, un dimanche, et le seul dimanche 
possible, cette année-là, était le 31 mai 7 . Cette date, 
faut-il le dire, concorde bien mieux que les autres 

(il BHG«. 222. 

(2 Humilia in illud : Nolo vos ignorare, 1, P. G. t. Ll, p. 242. 
3 Synax.eccl.CP., pp. 227, 236. 
41 P. Peuters, S. Barlaam du mont Casius, dans Mélanges de la 

FACULTÉ ORIENTALE, t. III : Beyrouth, I909 , p. 808-809. 

51 Prologues de Khloudov et de Brlo/ersk. Sur tout ceci, voir 
BoLOTOV,dans la« Lecture Chrétienne », S*-Pétersbourg, 1893, janvier- 
février. Cf. Analect. Bolland., t. XXII. p. 136. 

(6> W .Wrig ht, Catalogue oj Syriac manuscriptsin the British Muséum, 
P- 539- 

(7) BOLOTOV, t. C. 



230 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

avec le témoignage de S.Jean Chrysostome, corroboré 
par celui de Sévère, sur la saison où l'on était. 

Pas plus qu'Eusèbe ', S. Jean Chrysostome dans son 
homélie - ne prononce les noms des saintes Bernice, 
Prosdoce, Domnina, qui sont cités dans le titre, et que la 
date — à peu près vingt jours après la commémoraison de 
la Croix— permet de retrouver à coup sur dans le martyro- 
loge syriaque 3 au 20 avril 4 . Eusèbe parle de deux autres 
vierges qui auraient trouvé la mort dans les mêmes condi- 
tions que nos saintes s . Il ne les nomme pas non plus, et 
nous n'avons pas le moyen cette fois de suppléer à son 
silence. Il est permis de se demander si son récit, qui 
paraît refléter une vague tradition, doit être pris en consi- 
dération. 

S te Drosis, dont S. Jean Chrysostome a prononcé le 
panégyrique dans sa basilique située hors de la ville, et 
remarquable par les tombeaux dont elle était remplie 6 , 
est évidemment la Drusina du martyrologe hiéronymien 
au 14 décembre : in Antiochia Dfusinae et sociorum dus 
trium 7 . La Passion syriaque de S tc Drosis ne peut 
compter parmi les monuments historiques \ Sévère a 
prononcé deux homélies en son honneur ,J , et une hymne 

(1) Hist. ceci., VIII, 12. 

(2) BHG*. 274. 

(31 Les derniers éditeurs du martyrologe de Wright ont lu 'Pwutivioç 
au lieu de Domnina. L'hiéronymien cite les trois noms assez exacte- 
ment au 15 avril. 

I4I On sait que les Grecs, interprétant la (rraupoû uveia de la fête de 
l'Exaltation delà Croix, au 14 septembre, font la commémoraison des 
trois saintes le 4 octobre. 

(5) Hist. ceci., VIE, 12, 5. 

161 BHG*.566,n. 1. 

(71 Mal alas, Chronogr., XI, l'appelle aussi Apomvn..DiNnoRi-, p. 277. 

(8) H HO. 265. 

r , Catalogue oj Syriat manuscrits in the British Muséum, 
p. 541, 542. Cf. Mai, Si riptorum veterum nova colla lin, t. IX, p. 750. 



l'orient. 231 

à S u Drosis fait partie du recueil qui porte son nom. 

La fête de S tc Pélagie n'a cessé d'être célébrée à la date 

marquée déjà dans le martyrologe syriaque, au 8 octobre. 

La tradition dont S. Jean Chrysostome se fait l'écho ', et 

que S. Ambroise connaissait, mais d'une façon confuse 
et mêlée à l'histoire des saintes Bernice, Prosdoce et 
Domnina -. a été fort embrouillée par les hagiographies 
et plus encore, peut-être, parles critiques 7 '. 

Peu de jours après le discours sur S te Pélagie, Chry- 
sostome prononça la célèbre homélie sur S. Ignace *. 
La date est fournie par le martyrologe syriaque ; c'est le 
17 octobre, et non le 20 décembre ou le 29 janvier qui sont 
les dates actuelles de la commémoraison du grand martyr 
chez les Grecs 5 . Le patriarche Sévère prêcha plus d'une 
fois dans l'église de Saint-Ignace ''. 

Le martyre de S. Lucien, prêtre d'Antioche, avait eu 
lieu à Nicomédie ; son corps reposait à Drepanum. 
L'église d'Antioche n'oublia point cette gloire qui était la 
sienne, et célébra l'anniversaire de S. Lucien le 7 janvier, 
le jour même de sa mort 7 . C'est à cette date que fut pro- 
noncé, en 387, le panégyrique de S. Jean Chrysostome 8 . 

On s'est demandé si l'homélie sur les saints Egyp- 
tiens '■' a été prononcée à Antioche ou à Constantinople. 
Comme il s'agit de reliques venues d'Egypte, on a jugé 



1 1 1 BHG*. 1477. 

2 De V.irginibus, III. 7, 33, P. L. t. XVI, p. 229. 
13) Voir ce que nous avons dit des légendes de S te Pélagie dans Les 
légendes hagiographiques -, p. 223-32. 
141 BHG-. 816. 
(5) Syna.x. ceci. CP., pp. 329, 429. 

16) Wright, Catalogue of Syriuc manuscrits in theBritish Muséum, 

PP. 536, 540- 

17) Plus haut, p. 183. 
BHG*. 998. 

9 BHG-. 1192. 



232 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

plus probable qu'elles avaient été reçues à Constantinople 
où les translations étaient plus fréquentes 1 . Ce qui nous 
porte à croire qu'il faut plutôt se décider pour Antioche, 
c'est qu'il nous est parvenu dans la collection des hymnes 
dites de Sévère une pièce en l'honneur des martyrs 
Egyptiens 2 . 

Nous n'avons rien à ajouter à l'histoire de S. Julien, que 
nous avons rencontré parmi les martyrs de Cilicie 3 , et 
dont la présence à Antioche demeure inexpliquée. L'ho- 
mélie de Chrysostome ' ne nous renseigne point sur la 
date, qui est peut-être le 26 décembre. L'hiéronymien ce 
jour-là annonce Antiochia Iuliani, tandis que le 14 février il 
enregistre la fête à Egée : Egeae in Cilicia Iuliani*. La. 
basilique de S. Julien, qui se trouvait hors ville 6 , est une 
de celles qui sont le plus fréquemment mentionnées parles 
écrivains ecclésiastiques. Les saints solitaires Théodore 
et Aphraat y furent ensevelis 7 , de même que S. Marinus 8 ; 
Antonin et d'autres pèlerins la visitèrent \ S'il faut en 
croire Grégoire de Tours, elle fut brûlée par les Perses l0 . 

La fête de S. Romain, diacre de l'église de Césarée, 
martyrisé à Antioche H , se faisait, d'après l'abrégé syriaque, 



(1) Tillemont, Mémoires, t. XI, p. 144. 

Brooks, James of Edessa the hymns o/Sevcrus. Patrologia oribn- 

TALIS t. VII, p. 609. 

(3) Plus haut, p. 196. 

(4) BHG». 967. 

(5) Les synaxaires grecs donnent la notice de S. Julien de Cilicie au 
16 mars. 

Procope, DebelL, I, 196 ; Malalas, Chronogr., XVIII, Dindorf, 

p- 45-2 

71 Thkodoret, Religiosa hist. x. 
(8) Malalas, 1. c. 

GEYER, Itincra. p. 190. Elle est mentionnée clans la Vie des 
s,'tint> Andronic et A I dans l'histoire de S''- Pélagie. 

(10) Hist. Fruncorum, IV, 60. D'après Procope, elle lut épargnée. 
11 El bb, De mari. Palaest., a. 



l'orient. 233 



le 18 novembre. L'homélie de S. Lan Chrysostome sur 
S. Romain ' a suivi de près celle qu'il a prononcée en 
l'honneur de S. Eustathe 2 , ce qui ne permet guère d'iden- 
tifier avec ce saint évêque l'Eustathe du 19 juillet 3 . La 
célébrité du grand martyr que Sévère loua plus d'une 
fois dans ses homélies, et dans l'église duquel il fut intro- 
nisé et célébra les anniversaires de sa consécration ', 
franchit rapidement les limites de la Syrie. Prudence 
assura sa popularité dans tout l'Occident s . 

Comment était-on parvenu à se persuader à Antioche 
que l'on était en possession des reliques des sept frères 
Machabées et de leur mère ? C'est ce qu'il iaut se 
demander avec S. Jérôme, qui les avait déjà trouvées à 
Modeim •. Mais pas plus que lui nous n'entreprendrons 
de résoudre le problème. S.Jean Chrysostome célèbre, à 
leur propos, les vertus des corps des martyrs " , et fait 
clairement entendre qu'il prêche en présence de leurs tom- 
beaux. C'était sans doute clans la basilique dont S.Augustin 
avait entendu parler, et à propos de laquelle il insinue la 
vraie raison qui a fait fleurir le culte des Machabées à 
Antioche : in Ma scilicet civitate quae régis ipsius persécutons 



11 BHG*. 1601. 

(2) Jean Chrysostome, H omilia in locum Iercmiae : Domine non est 
inhomine via eius, 1, P. G. t. LVI, p. 154. 

3) Dans l'abrégé syriaque avec Théodote. Les deux noms sont à 
l'hiéronymien au 16 juillet. 

(4) Wright, Catalogue, pp. 534. 536, 537. 539. 
5) Pcristeph. x. 

16 Sutis itaque miror quomodo Antiochiae eorum reliquias ostendunt 
aut quohoc certo auctore sit creditum. Larsow-Pakthev, Onomasticon, 
p. 291. On a cru tout concilier en disant qu*ù Modeim étaient les 
tombeaux des Machabées de la race de Mathatias, à Antioche ceux des 
sept frères martyrs. Telle n'était pas l'opinion de S. Jérôme comme le 
prouve assez son étonnement. 

(7) BHGV 1008, 1009. 



234 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

nomine vocaiur '. Un pèlerin qui a visité Antioche y a sur- 
tout remarqué le sanctuaire où se trouvent leurs tom- 
beaux : fratres Machahaei hoc est novem sepulchra et super 
unius cuiusque sepulclirum pendent tormenta ipsorum -, Le 
martyrologe syriaque annonce les Machabées au i août, 
èv Kepooreia, le quartier juif 3 , et les désigne sous le nom 
de fils de Samounas. Les grecs, clans les synaxaires, les 
appellent Abibos,Antoninos,Guria, Eleazaros, Eusebonas, 
Samona, Marcellus, et donnent à la mère le nom de Solo- 
monis. On a reconnu dans cette série les noms des mar- 
tyrs d'Ldesse.Guria, Abibos, Samona. Ce dernier, comme 
on le voit, fait double emploi, et désigne tantôt un des 
fils, tantôt la mère. La liste svrienne est différente de la 
liste grecque * ; de même la liste arménienne 5 , et toutes 
peuvent prétendre au même degré d'authenticité. D'An- 
tioche, le culte des Machabées, assimilés aux martyrs 
chrétiens, se répandit dans toute l'église. Rome reçut 
de leurs reliques f '. et depuis S. Grégoire de Nazianzc 7 
jusque S. Augustin 8 les plus illustres tics pères de l'église 
les célébrèrent dans les panégyriques 9 . 



i Scrnw CCCHI, 6, P. L. t. XXXVIII, p. 1379. 
121 Antonmi itinerarium, Geyer, Itinera, p 190. Il note neuftom- 

omptant ceux de la mère et d'Eléazar. 
13) Malalas, Chronogr., VIII, Dindorf, p. 207 ; Guidi, Una desçri- 
zione Araba di Antiochia, dans Rendiconti della R. Acc.au dbi 
Lin( 1 r. 1897, p. t6o. ! f. M. cardin. Rampoi i v, Del luogo del martirio 
e del sepolcro dei Maccabei (Roma, 1898Ï, p. 28 . 

S Giamil, Autenticità ai antichità dei nomi dei Vif martiri 
Maccubei, dans Bessarione, sei [I, 1. 1 (1901-1902), p. 448-450. Voir 
aussi R. L. Bensi / outth Book of Maccàbees (Cambridge, 1895), 

p. XLIV-LXXII. 

(51 Bessarione. t. IX (1900-1901), p. 314. 

h Ros i, Bullettino, 1876, p. 73-75 ; Rampolla, t. c, p. 57. 
7 BHG». 1007. 

ce, ceci, P. /.. t. XXXVIII, p. 1376-85. 
9) BHO. p. 276; Rampolla, t. c, p. 21. 



l'orient. 235 

Si nous écartons les évêques inscrits au martyrologe et 
les martyrs dont il a été question jusqu'ici, de même que 
les mentions assez nombreuses que l'état de l'hiéronymien 
ne permet point de revendiquer avec assez de certitude 
pour Antioche, il reste encore à signaler les anniver- 
saires suivants : le 11 mars, Agape ; le 8 avril, Maxime et 
Timothée ; le 21 mai, Proterius ; le 1 juin, Octavius et 
Zosimus ; le .s juillet. Sostratus, Hesperius, Glycerius ; 
le 19 juillet, Théodote et Eustathe ; le 27 août, le 
piètre Sabas et Alexandre ; le 3 octobre, Zachée ; le 26 
octobre, Silvanus et Marcianus ; le 15 novembre, Secun- 
dus et Orontius ; le 20 novembre, Basile. Toutes ces 
dates sont empruntées à l'abrégé syriaque. Celles du 8 
juillet, du 26 octobre, du 15 et du 20 novembre sont 
accompagnées de la note bien connue èk tujv dpxaiuuv 
uapTÙpwv. 

L'hiéronymien au 14 janvier contient la courte notice 
suivante in Antioçhia Cleri (al. Luceri) diaconi de antiqtiis 
multis tormentis passi et m mare mersi. A la même date, le 
syriaque annonce à Nicomédie le diacre Glycerius, évidem- 
ment le même personnage. On a cru pouvoir l'adjuger à 
cette dernière ville, qui était baignée parla mer, alors 
qu'Antioche l'était par l'Oronte et à quelque distance de 
l'embouchure '. Il s'agirait de savoir si le compilateur a 
fidèlement résumé la Passion, et si c'est bien dans la mer 
plutôt que dans le fleuve - que périt le diacre Glycerius 5 . 
Remarquer que Glycerius, également de antïquis* reparait 

11) Dlxhesne dans Act. SS. nov. t. II, p. [m]. 

(2)11 se peut que la traduction soit très littérale sans que pour cela 
il faille s'éloigner d'Antiochc. L'évêque de Tyr Tyrannion souffrit le 
même martyre éir' 'Avnoxeiaç et pourtant Eusèbe se sert de l'expres- 
sion 0a\ctTTioiç TrapctboOeiç (5u0oîç. Wst. ceci., VIII, 13, \. 

(3) Le diacre Glycerius est mentionné clans la Passion de S. Lucien, 
BHG -. 997, mais elle lui attribue un rôle légendaire. 



236 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

sous Antioche au 8 juillet. Il se pourrait qu'en janvier 
l'église de Nicomédie ait célèbre la mémoire de Glycerius 

d'Antioche,au même titre que celle de Babylas et d'autres 
étrangers. 

UnTheotecnus,qui apparaît isolé dans l'abrégé syriaque 
au 4 octobre,doit être aussi attribué à Antioche. L'hiérony- 
mien le nomme le jour précédent, in Antiochia Theoctisti, 
et la tradition indépendante des synaxaires grecs fixe la 
date et la forme du nom d'accord avec le syriaque '. Les 
saints Octavius et Zozimus, que nous avons rencontrés le 
1 juin, auraient-ils quelque rapport avec la troupe tûjv 
crpujv uupiuuv èv 'AvTioxeiu. que les synaxaires font mourir 
sous Dèce le 1 ou le 2 juin - ? 

Cyprien et Justine, les héros d'un roman hagiographi- 
que * qui paraît avoir circulé depuis le IV e siècle, n'ont 
pas laisse d'autres traces dans l'histoire. Je sais bien qu'un 
pèlerin du VI e siècle cite S u Justine parmi les saints qui 
reposent à Antioche *. Maison a le droit de se demander 
si la légende, depuis longtemps populaire, n'avait pas fini 
par créer une dévotion et un sanctuaire, et si Antonin a 
voulu faire autre chose que iVvn constater l'existence. 

S'il était prouvé que vS tc Justine fut en réalité une mar- 
tyre d'Antiochc, on pourrait se demander si l'hagiographe 
cpii a forgé son histoire n'est pas allé jusqu'à Carthage 
chercher le compagnon qu'il lui adonné. S. Grégoire de 
Nazianze '- et Prudence 6 ,qui ont confondu le grand évéque 

1 . CP., p. 107.il ez étrange <|u'on rencontre le 

même jour dans le calendrier Napolitain du IXe siècle le même S. 
Theotegnus si peu connu. 

Syttax.ei 1 l. < /'.. pp. 72 r , 726. 
(31 BHG , = 2 1.59 ; Blio. 22S-232. Cf. Duchesne, dai ' letin 
critique, t. III (1S82 . p. .• lG 1 1. 
4 Gz\ er, Hinera, p. 190. 
(5) Laudatioin S. Cyprianum, BHG*. 457. 
6] Pt : tephanon, xiit. 



l'okient. 237 

africain avec le martyr d'Antioche, auraient vu juste, 
sans, bien entendu, se rendre compte du procède. Et il y 
aurait lieu, peut-être, de rappeler un autre roman hagio- 
graphique, où nous voyons un autre saint célèbre associé 
à une martyre d'Antioche, celui de Cirycus et Julitte. 
L'identification n'est pas certaine, mais les deux légendes 
méritent d'être mises en parallèle '. 

La liste des martyrs étrangers inscrits au martyrologe 
d'Antioche n'est pas aisée à dresser. Sévère prononça une 
homélie pour la déposition des reliques des martyrs Phocas 
et Procope dans l'église Saint-Michel -. On n'aura pas de 
peine à admettre que ces saints sont les martyrs de Sinope 
et de Césarée. De ce qu'on lit dans l'hiéronymien au 5 
mars, Antiochia passio sancti Focatis, et que Grégoire de 
Tours se sert à propos de saint Phocas de l'expression 
apud Syriam requiescei 3 on ne peut conclure avec certitude 
qu'Antioche ait eu un martyr de ce nom. Il est plus pro- 
bable qu'elle admit de bonne heure dans son calendrier 
celui de Sinope, dont le culte se propagea si rapidement. 

En 507 la synagogue de Daphné fut saccagée et rempla- 
cée par une église de S. Leontius '. Sévère, à qui des 
souvenirs personnels rendaient cher le culte du martyr de 
Tripoli s , prononça plusieurs fois son panégyrique 8 . C'est 
encore dans son recueil d'homélies que nous devons cher- 
cher à nous faire une idée de la dévotion de l'église d'An- 
tioche pour les saints étrangers. S Thomas, S te Thècle, 
S. Théodore, S. Dometius. les SS. Tarachus et Probus, 

(i) Plus haut, p. 197. 

(2) W. Wright, Catalogue ofSyriac manuscripts in the British Mu- 
séum, p. 539. 
13 Ingloria martyrum, xcvin. 
(4 Malalas, Chronogr., XVI, Dindorf, p. 396. 

(5) Plus haut, p. 211. 

(6) Wright, t. c, pp. 535, 537. 



238 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

les XL Martyrs, tous saints asiatiques, y sont représentés. 
La série des hymnes répond assez bien à celle des dis- 
cours, surtout si Ton tient compte du panégyrique des 
SS. Sergius et Bacchus prononcé à Kinnesrin '. Ces deux- 
martyrs, S. Menas, les martyrs de Perse, S tc Euphémie,S. 
Pierre d'Alexandrie devraient, d'après les hymnes,s'ajouter 
à la liste des saints de prédilection du peuple d'Antioche.Et 
il v a lieu de croire que nous sommes loin de la connaître 
toute entière. Le résidu inutilisable de l'hiéronymien 
renferme probablement des débris de noms qui fai- 
saient partie du document, et on ne peut douter que des 
martyrs aussi authentiques et aussi en vue que Tyrannio, 
l'évéque de Tyr 2 , n'aient été inscrits dans les fastes de 
l'église d'Antioche au même titre que le prêtre Zénobius. 
On n'en retrouve aucune trace, et c'est ce qui permet de 
dire qu'il y a de graves lacunes dans notre information. 

La lettre de Sérapion d'Antioche, citée par Eusèbe 3 , 
suivie de deux suscriptions l'une d'un Aurelius Cyrinius 
l'autre d'un évêque Aelius Publius : Aùpn.\ioç Kupivioç 
uâpTuç èppwo~0ai ùuôtç euxoucu... A'Ouoç TToùttXioç 'IoùXioç 
ùttô Ae^eXTOÛ KoXujviaç xfjç OpotKiiç. Il est à peine douteux 
qu' Aurelius prend le titre non de simple témoin mais de 
martyr, comme l'a déjà entendu Rufin. Il aurait donc 
souffert pour la foi, et survécu à l'épreuve. Ce titre 
aurait-il suffi à le désigner à l'attention du compilateur 
de l'hiéronymien? Il n'est pas interdit de le penser. Au 
12 novembre, nous rencontrons la notice Maurili 
(Mauroli, Mauruli), Publi, qui a passé dans certains 
martyrologes sous une forme qui rappelle mieux les per- 

(1 Wright, t. c, p. 537. Voir plus loin, p. 243. 
2 1 e, Wst. eccl,, VIII, 13. 3, 4. 

ji fltst. ceci., V. 19. 3- 



l'orient. 239 

sonnâmes d'Eusèbe : Atiruli, Publii ', ce qui nous autorise 
à croire que la vraie leçon est Aureli, Publi. Il est vrai que 
dans certains manuscrits ces deux noms sont rapprochés 
delà rubrique in Africa, mais on sait que pareille rencon- 
tre est souvent fortuite dan^ nos textes actuels, et ne 
saurait être regardée comme décisive. Baronius l'a pensé, 
et n'a pas hésité à substituer in Asia à la mention de l'Afri- 
que. Il regarde l'Aurelius et le Publius du 12 novembre 
comme les deux signataires de la lettre de Sérapion, mais 
sans apporter aucune preuve de culte-. Le fait seul que les 
deux noms proviendraient du livre d'Eusèbe, suffirait à 
montrer qu'il ne saurait être question ici d'un culte tradi- 
tionnel. 

Les martyrs d'Apamée Maurice, Marcel, Antonin ne 
sont pas seulement connus par des légendes et des noti- 
ces de martyrologes 3 . Théodoret, nous l'avons entendu, 
est un témoin du culte dont ils étaient l'objet en Syrie ', et 
pour S. Antonin nous avons encore le mémoire des moines 
d'Apamée, daté de 536, qui cite xov o~e(3dcruiov oikov toû 
KaXXivÎKOu uâpiupoç 'Avtuuvîvou s . 

Ce qui attirait surtout les pèlerins à Émèse, c'est le chef 
de S. Jean-Baptiste que l'on prétendait y avoir trouvé en 
452 6 , que Sévère, le futur patriarche, allait y véné- 



11 Par exemple dans le pseudo-Bède de Cologne, P. L. t. XCIV, 
p. 1102. 

(2) Notes au Martyrologe Romain du 12 novembre. 

(3) Passio S. Mauricii et soc, BHG-. 1230 ; Synax eccl.CP., 21 février, 
p. 481 ; Piissio S. Marcelle, BHG-. 1026, 1027 ; Synax., 14 aug. p. 891, 
S. Antonin figure dans les synaxaires le 7, le 9 et le 10 novembre, pp. 
201, 208, 209. 

(4) Plus haut, p. 219. 

(5) Hardouin, Concilia, t. II, p. 1389. 

(6) Plus haut, p. 100. 



240 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

rer ' et qu'Antonin de Plaisance y voyait encore, missus 
in doleo vitreo. '-' Il y avait aussi dans la ville une basilique 
de S Etienne et une autre de S.Julien 3 . Pour identifier 
ce saint, nous n'avons qu'une légende d'une autorité con- 
testable *. Elle l'associe à l'évêque Silvain, dont Eusèbe 
garantit le martyre '', au diacre Luc et au lecteur Mocius. 
Julien serait un enfant d'Émèse où il exerçait la profession 
de médecin. 

Un saint Menios au 23 juillet, Héracléon et le prêtre 
Diodore au 9 octobre, inscrits au martyrologe syriaque, 
c'est tout ce qui nous reste du lérial de Laodicée. Les mé- 
nologes et les synaxaires confondent en un seul groupe 
Marc d'Aréthuse et Cyrille d'Héliopolis du Liban. S. Gré- 
goire de Nazianze fi , Sozomène ' et Théodoret 8 attestent 
la glorieuse confession de l'évêque Marc ; l'horrible sup- 
plice du diacre Cyrille est raconté par Théodoret. Sozomène 
ne nomme pas Cyrille mais rapporte le massacre d'une 
troupe de vierges dont Héliopolis fut en même temps le 
théâtre. La commémoraison des saints Marc et Cyrille au 28 
mars — et elle se répète au 18 mai ,J — n'est pas due à une 
antique tradition de culte. Le groupement de ces deux 
martyrs, dont le supplice n'eut pas lien dans la même 
localité, atteste suffisamment la dépendance littéraire vis- 



(i|BHO. 1060, Patrologia orietttalis, t. II, p. 92. 

121 Geyer, Uittera, p. 190. 

(3) Revelatio capitis S. loanttis Baptistae, dans ActaSS. iun. t. IV, 

I 1 - 724- 

I Résumé suffisant d&nsSynax. ceci. ('I'., au 6 février, p. 447. Texte 

Bl K ). 552. 
(5) Hist. eccl., VIII, 13.3 ; IX. G, 1. 

■ira Iulianum I, 88,89, l'Ai. 1. XXXV, 616-20 
(71 //. Y, 10. 

181 Hist. ad.. III, 7,3-6. 

Synax. ceci. CP., pp. 565, 1001. 



l'orient. 241 

à-vis des historiens qui les ont réunis dans un même cha- 
pitre. 

S. Gélasinos, martyr à Héliopolis, fut enseveli à 
Meriammé, près de Damas, et une basilique s'éleva sur 
son tombeau. Le fait est attesté par Malalas ', par la 
Chronique pascale - et par Jean de Nikiou 3 . Mais en réa- 
lité, ces trois témoignages semblent se réduire à un seul, 
celui d'une Passion de S. Gélasinos, qui n'a pas laissé 
d'autre trace. 

La rubrique in Damasco, est clairement exprimée dans 
l'hién.nvmien au 20 juillet. Impossible, malheureusement,de 
décider quels sont les noms de martyrs qui doivent en être 
rapprochés*. Au 8 septembre le manuscrit de Berne semble 
indiquer pour Damas une sorte de fête de tous les martyrs. 
Mais ici encore, l'énoncé est énigmatique et pourrait tout 
aussi bien se rapporter à Césarée s . Les autres sources 
sont muettes ou mentionnent des cultes importés. Il y 
avait à Damas une église de S. Jean-Baptiste,actuellement 
la grande mosquée, où l'on prétendait, comme dans quel- 
ques autres déjà rencontrées, posséder le chef du Précur- 
seur fi . Justinien dota Damas d'une église de S. Léonce 7 . 
Damas était renommé encore par son église de Saint- 



(1) Chronographia, XII, Dindorf, p. 314. 

(_>) Ad an. 297, Dindorf, 1. 1. p. 513. 

13) Zotesberg, Chronique de Jean, évêque de Nikiou, lxxvii, dans 
Notices et extraits, t. XXIV 1S831, p. 425-26. 

(41 Le manuscrit E porte in Damasco Savini, ce qui est bien difficile à 
accepter. Les deux autres ajoutent immédiatement Maximi, Iuliani, 
Mugropi, Cassi, Paulae cum aliis X, qui se trouvent plus loin dans E. 

5 In codent die collectio Ccserea Cappadocie et totius terreturii in 
Damasco multorum martyrum corporum. 

16- Voir H. Thiersch, Pharos (Leipzig, 1909 ,p. 104-105. 

171 Procope, De aedif., Y, 9. 

Cuit. Mart. lô 



242 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

Thomas où il se faisait beaucoup de miracles l , et l'église 
de S. Serge, toû orfiou ZepYiou, toû émidriv MaHiMorrou, 
très fréquentée au VIII e siècle, avait probablement alors 
un long passé '-'. 

L'exploration archéologique de la Syrie a permis de 
reconnaître plus d'un sanctuaire placé sous l'invocation 
d'un martyr. On constate que les saints les plus en vogue 
sont S. Georges % S. Quiricus 4 , S. Conon 3 , S Théodore 6 , 
S. Léonce 7 , et surtout S. Serge. 

Mais les églises Saint-Serge de Bostra 8 , de Eïtha 9 , de 
Deir-el-Kadi ,0 , de Busr-el-Hariri ", de Dâr-Kita '-, de Ba- 
biska ,3 ,de Selemîyeh l *,de Zebed '•'', ne sont pour ainsi dire 
que des succursales de la grande basilique de Rosapha, 
une des plus célèbres de l'Orient, que Jean Moschus met- 
tait sur le même pied que celles de Saint-Jean à Ephèse, 



1 Mirai nia SS.Cyriet Ioannis. cxx, P. G. t. LXXXVII, p. 3672 : 
éTTeibr)TTep év AaucxaKw buvâueiç oûtoç ttoXaùç éiribeiKvuxai Kai 
anneîa ouxvà TrapdboEa. 

1 Vita S. Stephani Sabaitae, BHG 2 , 1670, c. 61. 
(3) A Éaccaea, Waddington, Inscriptions de Syrie, 2158 ; à Eitha, 
..•126; à Amra ..-092 : Sahwet-el-Khudr, 1981 ; Nahite, 24i2 m ; Ezra, 
2498 = W. K. Prentice, American archaeological expédition to Syria, 
greek and latin inscriptions, 437*. 

I AB istra, Waddington, 1920, lisez KupiKou au lieu de Kupi(a)- 
koO ; à Selemîyeh, Prentice, 

^ Dans le Hauran et ailleurs, Nôldbke, Zeitschrift Jcr deutschen 
morgenl G xhaft, 1S75, p. 435. 

\ Éaccaea el a S.. a da, Waddington, 2159, 23J7. 
\ ! t à Doroa, Waddington, 1915, 2413p. 

1 Waddington, 1915, 1921. 
(9) Waddington, 2124. 
(10, Waddingi on, 2412. 
11) Waddington, 2477. 
(121 Prentice, 61. 

1 [3 I [CE, 71. 

(141 Pi mtinische Zeitschrift, t. XIV, p. 26. 

151 Prj .1 pi. C'est la « trilinguis Zebedca ». 



l'orient. 243 

de Saint-Th odore à Euchaïta, de Sainte-Thècle à 
Séleucie '. La légende fait de S. Bacchus le compagnon 
de S. Sergius '-': il est le plus souvent laissé clans l'ombre s . 
D'après Antonin de Plaisance, qui a probablement lu la 
Passion, les deux tombeaux ne sont pas dans la même loca- 
lité. Il place celui de S. Sergius in civitate Tetrapyrgio, celui 
de S. Bacchus in civitate Barbarisso *. Nous ne pouvons 
discuter ici les questions de topographie et d'histoire que 
soulèvent ces textes. Il est hors de doute que S. Sergius 
reposait à Rosapha, qu'il s'éleva sur son tombeau une 
basilique dont on a retrouvé les restes, qu'il donna son 
nom à la ville, Sergiopolis, à qui son culte seul assura 
quelque importance 5 . Justinien l'entoura de murailles 
pour protéger le sanctuaire et les richesses que la piété 
des fidèles y accumula rapidement °. 

Grégoire de Tours vante les ingentia munera que l'on 
apportait à la basilique en reconnaissance des bienfaits 
reçus 7 . La liste complète des églises et des monastères 



(1) Pratiim spirituelle, P. G. t. LXXXVII, p. 3052. Le texte actuel 
porte tôv d-fiov I^pyiov eiç tô Icicpâç, où on n'hésitera pas à recon- 
naître Rosapha. 

(2) BHG*. 1624, 1625. 

(31 Sévère d'Antioche dans l'homélie LVII prononcée à Kinnesrin, 
associe Bacchus à Sergius. Duval, dans Patrologia orientaiis, t. IV, 
p. 83-94. 

(4) Geyer, Binera, p. 191. 

(5) Les textes dans V. Chapot, Resapha-Sergiopolis dans Bulletin de 
correspondance hellénique, t. XXVII (1903), p. 280-91; Id. La fron- 
tière de VEuphrate (Paris, 1907 1, p. 330; F. Sarre, Rusafa-Sergiopolis 
dans Monatshefte fur Kunstwissensehaft, t II (1909), p. 95-107. On trou- 
vera également des vues et des détails de la basilique dans Neue Jahr- 
biïcher fur dus klassische Alterthum, t. XV (1905), p. 32, dans Van 
Berchem-Strzygowski. Aniida (Heidelberg, 1910), p. 274, et dans 
Sarre-Herzfeld, Archiiologische Reise im Eufrat-und Tigris-Gebiet 
(Berlin, 1911), t. I, p. 136-41, t. III, Taf. Llll-LXli. 

(6) Procope, Deaedif., II, 9. 

(7) In gloria mariyrum, xcvi. 



244 CENTRES DU CUETE DES MARTYRS. 

construits en son honneur serait Longue à dresser '. Ajou- 
tons à celles que nous avons citées plus haut les églises de 
Gaza -', de Ptolemaïs, du mont Cisseron \ de Constantino- 
pie, d'Edesse ', un oratoire entre Nisibe et Dara :i , un 
autre signalé par le biographe de Pierre l'Ibérien (i . Une 
église de Ravenne lui était dédiée 7 et on a trouvé, jusqu'en 
Nubie, son nom gravé sur une lampe \ Ce qui fait mieux 
encore ressortir la popularité dont le martyr de Rosapha 
jouit, notamment en Syrie, c'est la vogue extraordinaire 
du nom de Sergius comme nom de baptême '•'. Les tribus 
nomades l'honoraient comme leur patron spécial '". 

En Mésopotamie nous traverserons rapidement Dara et 



| 1 1 Voir quelques noms de monastères de Mar Sereins dans Wright, 
Catalogue of syriac manuscripts in tlic Britisk Muséum, p. 1262-63. 
Une signature du concile tenu sous Menus nous en fait connaître un 
autre : Oeôbwpoç btdxovoç «ai uovaxôç uovf|ç toû uaxapiou XepYÎ- 
ou Tf|ç iv TTebidbi. Hardouin, Concilia, t. II, p. 1261. Celui de 
Theodosiopolis (Rhesaina) est mentionné dans les Actes de S. Dome- 
tius, BUG*. 360. c. 6, 8. 

■ Choricii (îazaei Orationes, Boissonade, p. 84. 

Pkocope, De aedif., V, 9. 
I Hallier, Untersuchungen iiber die EJessenische Chronik, Texte 
und Untersuchungen, t. IX. 1 (Leipzig, 1892), p. 84. 

5 VitaS. Golinduch, BHG 2 . 107, Papadopoulos-Kerameus, p. 171. 

(6) Raabe, p.ioj. Voir aussi la note du P.Peeters au Martyrologe de 

Rabban Sliba, au 14 décembre, dans Analect. Bolland., t. XXVII, p. 170, 

et l'article du même, La Passion arménienne de S. Serge le Stratélate, 

dans Huschardzan (Wien, 1911), p. c86 92. 

V.ONELLUS, Liber pontif. Ravenn., 80, M. G. Script, rer. lango- 

1 • 334- 
(81 CHi. 8981. Sur un camée représentant deux Césars, on a ajouté 

les noms de Si rgius et Bacchus. De Ros 1. Bullettino, i8yi, p. 19. 

I II suffit, pour s'en rend] pte, de parcourir à ce point de vue 

la table de WRIGHT, t. c, p 1321-22. 

1 HÉOPHYLACTE SlMO( A il A. V, t. 7 : TOV (ioiblUOV iv (udpTuaiv 
Zfi'pfiov, iiv rà vouabiKÙ TTpeaPeùeiv ë0vn, eiujQacnv. De Boor, p. 
189. Cf. V, ] sujet du culte de S. Sei Arabes noma- 

des, voii P. 1 Huschardzan, p. 190-91. 



l'orient. 245 

• 

Amicla. pour nous arrêter un moment à Edesse, à Charra 
et à Nisibe. Dara semble n'avoir pas eu de martyrs pro- 
pres : depuis l'empereur Anastase S. Barthélémy y fut spé- 
cialement honoré ' etjustinien lui éleva une basilique 2 . 
Il faut en dire autant d'Amida, où l'on signale des églises 
dédiées à S. Jacques, à S. Cosme, a Mar Péthion, aux XL 
Martyrs ~. 

Deux sanctuaires principaux attiraient les foules pieuses 
à Édesse *, celui des saints Shamona, Guria et Abibus et 
la basilique deSaint-Thomas.Les martyrs sont dans l'abré- 
syriaque, Abibus au 7 septembre, les deux autres au 
15 novembre. On attribue à l'évêque Abraham (f 360/361) 
la fondation de leur basilique, située hors les murs :i . Elle 
fut brûlée en 503 par le roi des Perses Kawâdh. Au 
V e siècle les martyrs d'Édcsse eurent également une église 
à l'intérieur de la ville 6 . 

Il est impossible actuellement d'éclaircir la question du 
culte de S. Thomas en Mésopotamie. Le martyrologe hiéro- 
nvmien, à diverses reprises, annonce la translation de ses 
reliques à Édesse \ La Chronique d'Édesse place au 22 



A la suite d'un songe l'empereur y envoie le corps de l'apôtre. 

i "DORE LE LECTEUR, II, 57, P. G. t. LXXXVI, p. 212. 

(2) Procope, De aedif., II, 2, 3. Cf. Théophylactb Simocatta, 
Hist., Y, 3, 2, De Boor, p. 192. 
131 Van Bbrchem-Strzygowski, Amida, p. 165-167. 
4) A. Baumstark, Vorjustinianische Kirchenbautm in Edessa dans 

ORIENS CHRISTIANUS, t. IV, p. 164. 

15) L. Hallier, Untersuchungen iiber die Edessenische Chronik, p. 96. 

(6) Voir Baumstark, t.c. p. 171. Sur le culte des trois saints voir 
Gbbhardt-Dobschutz, Die Akten der Edesscnischen Bckenner Gurjas, 
Samonas und Abibos, p. lvi-lxvi. Sur la valeur des Actes des martyrs 
d'Edesse en général, Th. Noldeke, Ueber einige Edessenische Mârtyrer- 
aktcn, Strassburger Festschrift (Strassburg, 1901), p. 13-22. 

17' Au 28 décembre : In Edissa translatio Tomae apostoli. Au 3 juil- 
let : translatio Tome apostoli in Edessa. Au _-i décembre, ms. W : In 
Mesopotamia civitate Edissa natalis et translatio Thomae apostoli. 



246 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

août 394 le transport du sarcophage de S. Thomas « dans 
sa grande église 1 ». D'après Socrate etSozomène,il existait 
avant cette date une église de Saint-Thomas, uap-rûpiov 
XauTipôv, et il s'y tenait fréquemment des réunions 
liturgiques « à cause de la sainteté du lieu 2 ». 

Le «martyrium > de S. Thomas, ubi corpus illius integrum 
positum est 3 , a été visité par Ethéria, et Grégoire de Tours 
s'est laissé conter sur la basilique et sur la fête de l'apôtre 
des histoires bien extraordinaires *. 

Éthéria a vu d'autres « martyria » à Edesse, mais elle 
oublie de les énumérer. Nous savons par d'autres témoins 
sur quels saints se portait la dévotion des Edcsséniens. La 
Chronique mentionne, en 379, réalise de Saint-Daniel, qui 
plus tard fut celle de Saint-Dometius''; en 409, celle deSaint- 
Barlaam 6 ,puis celle de Saint-Jean-Baptiste à qui fut associé 
le nom de S. Adai l'apôtre 7 , celle des Suints-Cosme-et-Da- 
mien dans l'hôpital des lépreux \ celle de Saint-Etienne *, 
celle de Saint-Sergius à laquelle se joignit la chapelle de 
Saint-Syméon 10 . 

On est tenté de rapporter à la même période, antérieure 
à Justinien, les églises de Saint-Théodore, de Saint-Cyria- 
que,de Saint-Georges; et clans un village voisin, Charmus, 



(1) Hallier, p. 103. 

(2) Socrate, Hist. eccl., IV, 18 ; Sozombne, Hist. ceci., VI, 18. 

(3) Geyer, Itinera, p. 60. 

(4) In gloriu martyruvi, xxxn. 
15) Hallier, p. z< 

(6) Hallier, p. 106. 

(7) Hallier, p. 114-115. 

18) Haï, lier, p. 114, A signaler dans Rahmani, Chronicon civile et 
ecclesiasticum(Sch&r{é,ig04),p. 107. la mention de deux églises dis- 
tinctes : una quidem S. Cosmae... et ibi conditum est corpus eius, altcra 
S. Damiano...ei ibi position est corpus eius. 

(9) Hallier, p. 1 

(10) Hallier, p. 120-31. 



l'orient. 247 

on signale la basilique d'un S. Jacob dont le martyre aurait 
eu lieu sous Julien '. On cherche en vain les vestiges d'une 
fondation à la quelle se rattacheraient les noms des saints 
Thuthael et Bebaia et autres qui sont connus parles Actes 
de S. Sharbil ». 

Sur Charra nous n'avons qu'un mot de l'intrépide voya- 
geuse Ethérie, mais bien précieux. Elle arriva à Charra 
le 23 avril, veille de la fête de S. Helpidius, qu'elle appelle 
tantôt un moine tantôt un martyr. Les moines et les soli- 
taires de Mésopotamie y accouraient en foule L'église 
dans laquelle reposait le corps du martyr, passait pour 
occuper l'emplacement de la maison d'Abraham 3 . 

Quatre fêtes de Xisibe sont enregistrées dans le marty- 
rologe syriaque. Au 23 mai il n'est resté que le nom de la 
ville ; le 15 juillet on y faisait la mémoire de l'évêque 
Jacques ; le 30 juillet celle des martyrs Adelphius et Gaius 
dont on n'a pas d'autre mention. La commémoraison du 
6 avril, ou plus exactement, du vendredi de la semaine de 
Pâques, est intéressante. C'est la fête de tous les martyrs 
de Nisibe et spécialement de S. Hermas. Ce saint devait 
jouir d'une certaine notoriété. C'est un de ceux qui sont 
nommés clans la Passion des saints Gurias et Shamonas * 
et l'hagiographe leur donne pour compagnons des soldats 
martyrisés par le préfet Héraclien. 

Nous devons laisser à d'autres d'explorer dans le détail 

(1) Bacmstark, t. c, p. 178-79, d'après la Chronique de Rahmani. 
On peut être certain que les deux couvents de Sainte-Barbe (p. 180) ap- 
partiennent à une époque beaucoup plus tardive. 

1 BHO. 1049-1051 ; Synax. ceci. CP., au 5 septembre, p. 18 ; cf. p. 
946. 

(3) Geyek, Itincra, p. 65-66. 

(4) Rahmani, Acta SS. confessurum Guriac et Shamonae, p. 5 ; Geb- 
hardt-Dobschùtz. Die Akien der Edessenischen Bekenner Gurjas, Sa- 
monas und Abibos, p. 6-7. 



248 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

la frontière orientale de l'empire romain et d'en franchir 
les limites. Il nous paraît douteux, d'ailleurs, que le 
moment soit venu de retracer les origines et les progrès 
du culte des martyrs en Perse, en Arabie, en Assyrie. Il 
convient cependant de donner une mention aux victimes 
de la persécution de Sapor II, dont le souvenir s'est perpé- 
tué dans l'église grecque surtout par les ménologes et les 
synaxaires '. Nous rappellerons aussi qu'au témoignage de 
Théodoret, on célébrait les martyrs Persans en Syrie et 
qu'on y honorait leurs reliques -'.L'histoire de Marouthas 3 , 
dont la ville épiscopale, grâce à sa dévotion aux martyrs, 
mérita de prendre le nom de Martyropolis 4 , montre assez 
que la mémoire de ces héros ne fut pas oubliée dans leur 
pays d'origine. En Arabie il y eut des martyrs avant 
Eusèbe s . Nous ne savons si c'est à ceux-là que se rapporte 
cette annonce de l'hiéronymien au 1 août : In Arabia 
civitatc Filadelfie sinodtes martyrum celebratur. La grande 
persécution d'Arabie à la fin du VI e siècle, nous mène à 
une époque qui dépasse sensiblement les limites de ce 
travail fi . 

Un sanctuaire qui ne peut être passé sous silence, c'est 
celui des Trois-Enfants à Babylone, où l'on croyait 
posséder les reliques de ces précurseurs des martyrs. C'est 
de Babylone que provenaient les Xeiipava twv TravGrfiwv 



(1) Delehaye, Les Versions grecques des Actes des martyrs Persans sous 
Sapor II, PATROLOGIA ORIENTALES, t. II, Paris, 1905; BHO., p. 156. 
z Ri '• iosa lustoria, xxiv, S< HULZE, p. 1259. 
(3) Synax. eccl. CF., au 16 février, p. 469. 
(i Voir l( textes dans Chapot, La frontière de VEuphrate, p. 359. 

Hist. eccl., VIII. 12, 1. 
(6) E. Carpentier, dans Acta S\. oct t.X, p. 662-762. ;W. Fi 1 .1 , Die 
ristcnverfolgung in Sûdarabien und die himjarischa-ethiopischm 
Kriege nach abessinischer Ueberlieferung, Zeits< hrifi der deutschen 

MOi 11 iCHAFT, t. XXXV I 18811, p. I-74. 



l'orient. 249 

Tpiiùv Traibuuv 'Avaviou, 'AZapiou, MicraiîX, apportés à Con- 
stantinople sous le règne de l'empereur Léon ' ; c'est de 
là que le patriarche d'Alexandrie Apollinaire reçut la 
main d'un des trois enfants, obtenue par son envoyé dans 
des circonstances miraculeuses *. Les reliques africaines 
des Très pueri n'avaient sans cloute pas d'autre prove- 
nance z . La commémoraison du martyrologe hiéronvmien 
au 24 avril : Babilonia mag(na) Ananiae, Azariae, Misael 
egressio de igné, ne rappelle pas la fête du sanctuaire. Elle 
n'appartient d'ailleurs pas à la rédaction primitive. 

11 Vie inédite de S. Daniel stylite. Cf. Analect. Bolland., t. XIII, 
p. 406-407. 

(2) BHG*. 469, c. 2-4. 

3 Monceaux, Enquête sur Vépigraphie chrétienne d'Afrique, n. 261. 
Cf. n. 234. 



CHAPITRE VI. 

LES PRINCIPAUX CENTRES DU CULTE DES 
MARTYRS. L'ORIENT (SUITE). 

Nous sommes incomparablement mieux renseignés sur 
les persécutions qui désolèrent les églises d'Egypte que 
sur le culte rendu aux martyrs dans ce pays. Eusèbe leur 
donne une large place dans son histoire. lait parler longue- 
ment DenySj l'évêque d'Alexandrie, et cite une foule de 
noms. Nous rencontrons d'abord dans l'entourage d'Ori- 
gène, outre Léonide son père, les martyrs Plutarque, 
Serenus, Héraclide, Héron, un autre Serenus, Heraïs, 
Potamienne, Marcella, Basil ide '. 

Sous Dèce, il nomme, d'après Denys -, Métras, Quinta, 
Paul. Sérapion, Julien. Cronion, Besas, Macaire, Epima- 
que, Alexandre. Ammonaria, Mcrcuria, Dionysia ', Hé- 
ron, Ater, [sidore : , Dioscore, Némésion, Ammon, Zenon, 
Ptolémée, [ngenuus, Théophile, Ischyrion. Bien entendu 
il ne dresse pas la liste des innombrables martyrs morts 

(I) Ilist. ceci., VI, 1-5. 
1 flist. ceci., VI, 41, 42. 

;i I ■:. èbe annonce quatre femmes martyres, ci n'en cite que trois. 

Rufin supplée à ce nom resté dans la plume, et écrit et alla Ammo- 

1 . L'aurait-il trouvé clans son exemplaii 

t 1 ii lampi antique portant l'inscription tou rxYi n " laihuipoç 

prouve qu'un sa Egypte. Mais est-ce 

celui-ci ? l.i : EBVRi , Recueil des inscriptions grecques-chrétiennes 

d'Egypte, n. 732. 



l'orient. 251 

de faim et de misère clans les montagnes et les déserts. 
Sous Dioctétien il retient Philoromus, un officier ', Philéas 
évêque de Thmuis *, les évêques Peleus et Nilus, marty- 
risés à Phéno s , et enfin l'évéque d'Alexandrie Pierre, 
avec les prêtres Fauste ', Dius, Ammonius, et les évêques 
Hesychius, Pachomius, Théodore 5 . 

Il est certain que beaucoup de ces noms figuraient au 
martyrologe oriental, représenté pour nous par L'abrégé 
syriaque et par l'hiéronymien. Sous les rubriques Alexan- 
driae in Aegypto 6 ou Libyae, sous la première surtout, ils 
en contiennent bien d'autres. Quelle tradition représen- 
tent ces mentions ? On voudrait le savoir. Pour tel groupe 
cité dans Eusèbe, on reconnaît que le compilateur s'est 
servi du texte de l'historien. Ainsi, le martyrologe syria- 
que au 19 mars inscrit Bassus et Serapion, qui ne seraient 
pas ensemble si on ne les avait trouvés dans le même 
chapitre d'Eusèbe "' ; au 28 juin l'hiéronymien forme un 
groupe des martyrs cites par Eusèbe, VI, 1-5. Un certain 
nombre de noms reviennent à plusieurs dates. Nemesius, 
par exemple, au 20 février et au 10 septembre. En géné- 
ral, il est impossible de détacher les listes d'Alexandrie du 
texte confus où elles sont engagées. Il serait bien hasar- 



(1) Hist. ceci., VIII, 9, 6. 

(2) Hist. ceci., VIII. 10, 13. 

(3) Hist. eccl., VIII, 13, 5. 

(4) Voir la remarque de Schwartz, dans la table s. v. Oaûcrroç, 
p. 116. 

5 Hist. eccl., VIII, 13, 7. 

(6) Dans le martyrologe hiéronymien la rubrique apud Cyprum 
19 lévrier, 20 février) est une erreur qui s'explique pak'< graphi- 
quement, pour apud Aegyptum. 

(7I K. J. Neumann, Der rômische Staat und die allgemeine Kirchc bis 
au/ Dioklctian (Leipzig, 18901. p. 331 l'a reconnu. Achelis, Die Marty- 
rologien, p. 65, n. 1, a combattu sans succès, nous semble-t-il, cette 
manière de voir. 



252 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

deux, d'après cela, de vouloir faire le départ de la tradi- 
tion liturgique et de la dépendance purement littéraire en 
ce qui concerne les saints d'Alexandrie '. Sans doute il 
est difficile de croire que les noms ont été distribués sur 
diverses dates suivant le caprice du hasard, et des cas 
comme celui de Faustus, marqué au 8 septembre dans 
les synaxaires grecs 2 tout comme dans le martyrologe 
oriental, montrent qu'il n'en est pas toujours ainsi. 
Mais où commence l'arbitraire et dans quelle mesure le 
rédacteur a-t-il eu accès à des documents d'un caractère 
traditionnel ? L'exemple de S. Dioscore est de nature à 
imposer quelque réserve. Il semble bien que la triple 
mention de ce martyr dans l'hiéronymien au 18 mai, au 
17 juin, au 18 décembre, c'est à dire aux XV kal. iun.,iul., 
ia)i., soit empruntée à une même source qui donnait vrai- 
semblablement la date XV kal. iun. Cette source doit être la 
Passion du saint "'. A la première mention il en est resté 
une trace dans la rubrique topographique : in Avaapoli, 
lisez Cynopolis, qui n'est ni le lieu du supplice ni celui de la 
déposition, mais le lieu d'origine du martyr. Ce détail ne 
peut provenir que d'un texte de la Passion *. 

Le martyrologe syriaque au 15 mars et l'hiéronymien 
au 19 citent encore parmi les martyrs d'Alexandrie S. Col- 

(1) L'auteur de la Passion dis SS. Gurias et Samonas, que mais 

avons déjà citée plus d'une fois, nomme parmi les martyrs de la per- 

Dio tien* Paul dans Alexandrie la grande >. Gebhàrdt- 

DoBSCHUTZ, p. 6-7. Aucune autre source ne ii">i une sur ce 

martyr. 

'. CP.j p. 22. Au 19 septembn li yriaque 

annonce à Alexandrie Ca tor et n autres martyrs. La veille, le 
synaxaire, ibid., p. 57, enregistre un S. < astoi avei S 1 ' Théodora, 
sans rubrique topographique. Ils étaient honorés à Constantinople. 
I II .:o3 e, f. 
I e 20 août 1 un Dioscori des, prêtre à Alexan- 

. I ' même l'hiéronymien, qui supprime la qualité de prêtre. 



l'orient. 253 

luthus ' qu'il faut plutôt rattacher à la Thébaïde et plus 
spécialement à Antinoé -'. C'est encore à la Thébaïde que 
nous ramènent les martyrs Apollonius, Philémon et leurs 
compagnons 3 , dont Rufin visita le sanctuaire et contempla 
les reliques '. Pierre d'Alexandrie figure au martyrologe 
syriaque le 24 novembre, deux jours après à l'hiérony- 
mien. Rufin atteste qu'on célébrait sa fête, sans préciser 
la date 5 . 

Les pèlerins nous renseignent assez mal sur les sanc- 
tuaires de l'Egypte. Parmi les saints d'Alexandrie dont 
Antonin a vénéré les reliques, il y a outre S. Athanase et 
S. Antoine, les saint Fauste, Epimaque, et l'évangéliste S. 
Marc'.Cosmas le voyageur, citant Théodore d'Alexandrie, 
mentionne une église de Saint-Victor, èv tuj uyilu BiKtopi 7 . 
Il s'agit sans doute de S. Victor fils de Romanos, célèbre 



(1) Synax.eccl. CP., au 19, 18, 14 mai, pp. 695, 694, 684. Sur les 
Actes du saint, BHO. 206, voir Uhlemann, Der heilige Coluthus, 
Zeitschrift fur die historische Théologie, 1857, p. 264-84. Une 
inscription d'Antinoé avec invocation à S. Colluthus, Lefebvre, 
Recueil des inscriptions grecques-chrétiennes d'Egypte, n. 191. 

(2) Palladius, Historia Lausiaca, 60, Butler, t. II, p. 154. C'est 
probablement encore Antinoé qui est nomme dans ce débris de notice 
qu'un seul manuscrit abrégé de l'hiéronymien (R 31 semble avoir 
conservé au 8 mars : Antinum civit. pussio sanctorum Pitimons. 

(31 Synax. eccl. CP., au 14 décembre, p. 307; BHO. 973. 

Historia monachorum Aegypti, 21, Preuschen, Palladius und 
Rufinus, p. 80-S2. YoirBHG*. 1514 : BHL. 6803 ; BHO. 973. 

(51 Hist. eccl., X 15. — Nous n'essayerons pas de tirer parti des 
Actes des XXVII martyrs égyptiens (BHL. 65841, des Actes de S. Mar- 
cien et de ses compagnons (BHL. 5_'6o, 5259 ; BHG-. 1194", des Actes 
de S. Marcel et de ses compagnons (BHL. 5240). Ces pièces renfer- 
ment des éléments qui ne sont pas à dédaigner; mais elles devraient 
être soumises à l'épreuve de la critique. 

161 Ibi etlim requiescit sanctus Atiianasius, sanctus Faustus, sanctus 
Epimachius, sanctus Antomnus, sanctus Marcus vel alui multa corpora 
sanctorum. Geyer, p. 189. 

(7)Cosmas Indicopleustes, Christiana topographia, X, YVinstedt, 
p. 315. Pius loin, p. 316, il est question d'une église de Saint Théodore 



254 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

dans les annales hagiographiques des Coptes '. Sophrone 
de Jérusalem signale en passant un Mnjpà toû àyiou 
uaprûpiov '. Nous avons rencontré le nom de ce martyr 
parmi ceux qu'Eusèbe emprunte à Denys d'Alexandrie. 
Dans une homélie attribuée a S. Cyrille :> il est question 
des saintes vierges qui souffrirent le martyre aux temps 
des SS. Cvr et Jean, et dont on montrait la source sacrée, 
Tnv ûeiav Trmrnv, clans la basilique de Saint-Marc. L'auteur 
de la vie des célèbres Anargyres donne aux trois vierges 
les noms de Théoctiste, Théodote, Eudoxie *. 

On peut s'attendre à ce que le progrès du déchiffrement 
des papyrus trouvés en Egypte nous révèle l'existence 
de plus d'un saint oublié. Voici déjà, dans des documents 
écrits au V e ou au VI e siècle des mentions intéressantes : 
Trpeopeiaiç tx\ç becmoivriç n,uujv xn,ç OeoTÔKOu koù tuùv év- 
bôSuuv àpxotYTÉXuuv Kai toû œf'xov Kai èvbôHou dTToerrôXou 
Kai eùaYYeXio*TOÛ Kai BeoXÔTOU 'luidvvou Kai toû dYiou 
lepnvou Kai toû ayiou OiXoHévou Kai toû aYiou Bn.KTwpoç 
Kai toû àyiou 'Ioûotou Kai TrdvTwv tûjv aYiwv s . S. Philo- 
xenus est cité dans une autre pièce : ô 0eôç toû irpoo"- 
toitou fijnujv toû dfiou OiXoHévou fi ; de même S. Justus, 
dont le uapTÛpiov est désigné, en même temps que l'éco- 
nome toû ayiou 'Ioûcttou 7 . 

L'étui d'un scribe, trouvé à Antinoé, nous a conservé, 
avec une curieuse représentation du saint, cette invoca- 



JHO. 1242-1244. 
(21 SS. Cyri et loannis miracula, xm, P. G. LXXXVII, p. 3464. 

I P. G. t. LXXVII, p. 1x01. 
(4) BHG».469, c. n. 

51 Hunt, l'Ite Oxyrhynchus Papyri, Part VIII, n. 1511. 

6) / 1 yrhynchus Papyri. t. c, n. 1150. 

7) Grenfbll-Hunt, The Oxyrhynchus Papyri-, pari VI, n. 941. 

s. Justus, BIIO. 554, el E. O. Winstedt, ('optic lexts on 
Saint Théodore London, iyio), p. 171-74. 



l'orient. 255 

tion : uyie OiXôBee, |5on,6(e)i tw boOXiu aov TTauiiu '. Ce saint 
Philothée, dont on a des Actes -. fut aussi le titulaire de 
plusieurs églises ". 

Une autre classe de documents nous fait connaître 
encore deux noms qu'il faut se borner à enregis- 
trer. Les inscriptions ô orfioç XaKépboç, r\ àfia 'Av6n,pia 
ont été relevées sur des lampes en terre cuite que les 
Egyptiens faisaient brûler en l'honneur des saints et qu'ils 
conservaient avec le résidu en guise d'eulogies *. 

Nous pourrions allonger considérablement la liste des 
sanctuaires d'Egypte en puisant dans le livre bien connu 
d'Abû Sâlih *. En admettant qu'elle représente bien la 
physionomie du pays, au point de vue de ses édifices 
religieux, au XIII e siècle, la compilation ne fournit guère 
le moyen de remonter aux origines, sans parler de la 
difficulté d'identifier certains saints sous leurs noms 
arabes populaires. Mais il n'est pas sans intérêt de con- 
stater à quels saints la dévotion copte est restée le plus 
fidèle durant le cours des siècles. On y verra que ce sont 
les apôtres avant tout, quelques saints étrangers comme 
S. Georges, S. Théodore, les SS. Cosme et Damien et 
surtout S. Mercure, ainsi qu'un bon nombre de saints 
qui sont bien du terroir, Ammon, Colluthus, Dioscore, 
Victor, Philémon, Or, Menas. 

Ce dernier nom nous amène à parler des deux princi- 

(1) Actuellement à Paris, au musée Guimet. Publié avec fac-similé 
par H. Omont, dans Bulletin de la société des antiquaires de France, 
1898, p. 330-32. 

(3) BHO., p. 216. 

13) Analect. Bolland., t. XXIV, p. 396-97. 

4 Lefebvre, Recueil des inscriptions grecques chrétiennes d'Egypte, 
n- 739. 740. Cf. De Rossi, Bullettino, 1866, p. 72. 

(5) Evetts, The Churches and Monastencs 0/ Bgypt attributcd to 
Abu Sâlih, Oxford, 1895. 



256 CliNTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

paux sanctuaires d'Egypte, les plus célèbres dans le pays, 
les plus visités aussi par les étrangers. Le plus fameux 
est sans contredit celui de S. Menas, dont des fouilles 
récentes viennent de mettre au jour les restes, au milieu 
de toute une ville que le service du pèlerinage a fait sur- 
gir autour de lui { . La basilique du saint, la gloire de la 
Libye 2 , était située à neuf milles d'Alexandrie 3 , et dépendait 
pour ainsi dire de la capitale. L'hiéronymien dit, au 11 
novembre, in Alexandria Minatis. Un livre de miracles 
attribué à Timothée, évêque d'Alexandrie, et rempli d'his- 
toires bizarres 4 , renferme une foule de traits qui permet- 
tent de se rendre compte de l'importance du pèlerinage. 
Le nombre considérable des fidèles de tous pays qui sont 
allés vénérer le tombeau de S. Menas est attesté par les 
ampoules à eulogies rapportées du voyage, et dont de nou- 
veaux exemplaires vont sans cesse enrichir nos musées 5 . 
En dehors du recueil des miracles, tous les récits que 
nous avons sur S. Menas font de lui un martyr de Cotyée 
en Phrygie ; on le rattache d'une façon assez artificielle 

r 

à l'Egypte. Nous avons essayé de montrer ailleurs 6 que 
cette légende provient d'un pays où le culte du saint 
d'Egypte avait pénétré de bonne heure et donné naissance 
à un sanctuaire important. D'ailleurs, la Phrygie n'est 

1 C. M. Kaufmann, Die Menasstadt und das Nationalheiligtum der 
altckristlichen Acgyptcr, Leipzig, 1910. Ci'. Analect. Bolland., t. XXX, 
p. 120-23. 

• Tu Mn.vâ toO iidp-rupoç réiievoç kcù Trpô toO T6|uévouç buu|ud- 
tiov, Trùariç AipûriÇ KaGéaTrjKe qppûotYiua. Sophrone, SS. Cyn et loannis 
miracula, xlvi, /'. G., t. LXXVII, p. 3596. 

Epiphanii monachi édita et médita, Dressel, p. 6. 
1 I:IHi 1256-1269. Nous l'avons analysé dans les Analect. Bolland., 
t XXIX, p. 12-p; 

•graphie du sujet est considérable. Voir maintenant 
Kaufmann, Ikonographie der Menas- Atnpullen, C&iro, 1910. 
(6) Analect. Bolland., t. XXIX, p. 5-11. 



l'orient. 257 

pas seule à lui avoir élevé des églises. Il y en eut en Pales- 
tine ', à Rome -', à Constantinople 3 , peut-être en Afrique 
où l'on eut certainement de ses reliques*, et en Dalmatie \ 
L'église de Saint-Ménas de Constantinople devint égale- 
ment un centre de dévotion assez notable. Un recueil de 
miracles et une légende propre, qui donne au martyr deux 
compagnons, non sans modifier profondément sa physio- 
nomie, ont été rédigés à l'ombre de cette église. 

Moins anciennes que celles du grand pèlerinage de la 
Maréotide sont les origines du sanctuaire des Saints-Cyr- 
et-Jean à Menouthi, à deux milles de Canope. Le temple 
d'Isis qui s'élevait dans cette localité avait longtemps été 
tort fréquenté II fut fermé, et une église, dédiée aux Evan- 
gélistes, construite dans la localité. Mais cela ne suffit pas 
à faire oublier l'ancien culte et à étouffer les germes de 
paganisme qui subsistaient encore. Cyrille d'Alexandrie 
crut en avoir raison en installant près de l'ancien temple 
d'Isis le culte des martyrs. Il fit ouvrir, dans la basilique 
de Saint-Marc, à Alexandrie, le tombeau des saints Cvr et 
Jean, avec l'intention de transporter un des saints corps 
à Menouthi. Il trouva les os tellement mêlés qu'il lui fallut 
enlever les deux squelettes. Il y eut une translation solen- 
nelle, à l'occasion de laquelle Cyrille prit plusieurs fois la 

1 Vita Euthymii, dans Analecta graeca, p. 67. 

(3) S. Grégoire prononça une homélie dans l'église de Saint-Ménas 
sur la voie d'Ostie. P.L. t. LXXVI, p. 1259. 

3 Voir les textes sur l'antique église de Saint-Ménas près de l'Acro- 
pole, dans A nalect. Bolland., t. c. p. 4, où est aussi mentionnée l'église 
bâtie par Justinien en l'honneur des saints Menas et Menaios, sur les- 
quels on n'a pas de données. 

(4) Deux inscriptions dans P. Monceaux, Enquête sur Vépigraphic 
chrétienne d' Afrique, IV . n. 246. 297. 

5) Voir Analect Bolland., t. XVIII, p. 405. 
Anal ci. Bolland., t XXIX, p. 20-34. 

Cuit. Mut. » 



258 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

parole. Nous possédons encore le texte de ces allocutions ' . 
Sur les deux martyrs on savait peu de chose. Les récits qui 
nous sont parvenus sont bien vagues et faits, on le sent, 
sur des données maigres et incertaines. On dit que Cyr 
était moine, et Jean, soldat*. Le premier exerçait d'abord 
la médecine, et l'on montrait à Alexandrie, englobé dans 
l'église des Trois-Enfants, le cabinet où il avait donné ses 
consultations 5 — une légende qui se forma sans doute lors- 
que les miracles de Menouthi eurent établi sa réputation 
de guérisseur Ce que nous savons de l'histoire de Menou- 
thi au cours du V e siècle nous oblige à conclure que la 
présence des deux martyrs n'opéra pas instantanément 
les effets que Cyrille en attendait, et qu'il fallut d'autres 
interventions pour extirper les restes de paganisme et don- 
ner au nouveau culte tout son essor 4 . Ce fut sans doute 
au cours du VI e siècle que la vogue du sanctuaire s'accrut 
dans de grandes proportions. Dans les premières an- 
nées du siècle suivant, Sophrone de Jérusalem, en re- 
connaissance de sa propre guérison, fit un recueil des mira- 
cles obtenus par l'intercession des SS. Cyr et Jean 5 , 
compilation considérable et infiniment curieuse qui fait 
défiler devant nous la foule pressée des pèlerins venus à 
Menouthi pour obtenir la guérison de leurs maux. On sait 
que le nom d'Aboukir, qui n'est autre qu'une déformation 
arabe de celui de S. Cyr, 'AppaKÛpoç. a remplacé le nom 

BHG«. 472-474. 
(2) BHG*. 476, c. 11 

BHG*. 469, c. 2-4. Le fondateur d lise serait l'évêque 

Apollinaire (f 568). 

I Les incidents sont racontés dans la Vie de Sévère. Voir L. Du- 

chbsnb, Le sanctuaire d'Aboukir, Bulletin de la so< [été archéolo- 

d'Ai ; c. 11. r2. igro, p. 3-14. Cf. Analect. liolland., t. XXX, 

p. tP-5"- 

5 BHG*. 477-79 



l'orient. 259 

de Menouthi et demeure aujourd'hui encore le témoin 
de la transformation accomplie en ces lieux par le culte 
des martyrs. On ne peut déterminer exactement l'époque 
de la ruine du sanctuaire. Les reliques des deux saints 
turent transportées à Rome, et déposées dans une petite 
église, située sur la rive droite du Tibre, à la hauteur de 
la basilique de Saint-Paul. On l'appelle encore Santa 
Passera, nouvel et singulier dérivé de 'AP(3aKÛpoç. D'au- 
tres églises s'élevèrent à l'intérieur de la ville en l'hon- 
neur des saints Alexandrins '. 

Xous ne pouvons omettre de mentionner l'île de Sainte- 
Iraï, située dans le fleuve de Menouf (Memphis), dans la- 
quelle Anastase, le futur empereur séjourna durant son 
exil. Lorsqu'il fut monté sur le trône, il remplaça la petite 
église de Sainte-Iraï par une superbe basilique qu'il dota 
richement -. Quelle était cette sainte dont le nom revient 
sous diverses formes dans les légendes coptes ? Est-ce la 
sœur de S. Apatir 3, ou plutôt son homonyme Ama Irai', 
qu'avant de subir elle-même le martyre elle alla vénérer 
dans son sanctuaire à Taramôou de Memphis * ? Et celle- 
ci serait-elle S te Emmerayes '' ? Si la tradition copte et 
éthiopienne n'est pas ici comme trop souvent, hélas, d'une 
absolue netteté, on n'hésitera guère à reconnaître 
la sainte de Menouf dans cette notice des svnaxaires 



1, Duchesne, t. c, p. 12-14 ; P. Sinthern, Der rumischc Abbacyrus 
dans Romische Quartalschrift, t. XXII [ 1908), p. 196-239. 

2) Zotenberg, Chronique de Jean, évêque de Nikiou, LXXXIV, dans 
notices et extraits, t. XXIV, p. 488-89 Cf. Anulect. Bolland. t. 
XXVII, p. 73. 

I3) BHO. 73, 74. Celle-ci serait aussi désignée sous le nom de 
Mahrail. Voir P. Pekters dans Analect. Rolland., t. XXIII, p. 482. 
Ajoutons pour mémoire la martyre 'Hpaiç, citée p. 250. 

I Hyvernat, Les Actes des martyrs de l'église d'Egypte, p. 94. 

5 BHO. 376,377- 



260 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

grecs au 5 octobre : Mepoiïbcç èx nôXeuuç Méucpewç '. 

En passant de l'Egypte aux îles grecques * nous ne 
pouvons oublier de donner une mention de l'île de Chypre, 
qui figure deux fois au martyrologe hiéronymien — 
disons mieux, dans nos copies du martyrologe, au g et au 
20 février. C'est une pure erreur de copiste, et les saints 
nommés sous cette rubrique appartiennent authentique- 
ment à l'Egypte r> . Le culte de S. Barnabe n'a pas, chez 
les Cvpriotes, de racines dans la tradition antique. On en 
connaît les origines relativement tardives et peu régu- 
lières '. Malgré des Actes d'une certaine étendue, tout 
demeure obscur dans l'histoire d'un martyr Polychronius, 
honoré dans l'île de Chypre s . 

L'île de Crète vénère spécialement un groupe de dix 
martyrs, dont deux textes hagiographiques racontent 
l'histoire c . Les évêques de Crète, écrivant à l'empereur 
Léon, au milieu du V e siècle, attestent leur confiance en 
ces saints protecteurs de leur pays : decem martynbus pro- 



1) Svnax. eccl. CP., p. 112. Le 30 mai simplement: tP|ç fr(îaq 
udp-rupoç 'lepaiboç, ib. p. 717. Le 5 septembre (p. i8), 1rs synaxaires 
annoncent une martyre égyptienne du nom de c Hpaïç ; le 4 mars 
(p. 506) une sainte du même nom, ^ans mention de l'Egypte. 

i- Les reeherches de M. H. Achelis, Spuren des l' rchristentums au/ 
den griechischen Insein, dans Zeitschrift pur die neutkstament- 
liche WlSSENSCHAFT, I I | iuooi. p. 87-100, n'apportent aucune contri- 
bution à l'histoire du culte é tyrs. 

3) Saints de Chypre dans Analecta Boli u*D.,t.XXVI,p.»34-35.Une 
partie des confesseurs qui travaillaient aux mines de Palestine furent 
envoyés, la septième année de la persécution, en Chypre; plusieurs 
y sont morts, sans doute, mais nous n'avons pas de détails sur cette 
colonie. Eusêbe, De mari. Palaest. xni, 2 
14) Ibid., p. 235-36. 
15 Ibid., pp. 175-78, 28.2-83. 

[196,1197 Sur une prétendue translation d Dix martyrs 
à Constantinople, voir Ana i 'land., t. XVIII, p. 280. 



l'orient. 261 

vincialibus '. Sur S. t\ 1 ille évêque et martyr de Gortyne, 
nous avons mieux que les récits hagiographiques qui le 
concernent -. La notice de l'hiéronymien, au 9 juillet, 
Cyrilli episcopi igiu traditi ', s'éclaire par cette mention des 
synaxaires les plus anciens, à la même date : KupîMou, 
àpxiemcrKÔTTOu KpiixiiÇ unipoTToXiTou roprûvriç '. S. Tite 
n'est pas un martyr. Il convient toutefois de mentionner 
son église, qui remonterait au VI e siècle s . 

Les actes de S. Isidore ne laissent pas que de présenter 
d'assez grandes difficultés 6 . On ne peut nier l'antiquité de 
son culte dans l'île de Chio, puisque sa basilique y était 
déjà célèbre au temps de Grégoire de Tours 7 ; les Afri- 
cains vénéraient ses reliques 8 . 

La Grèce occupe bien peu de place dans l'histoire des 



1 Hardouin, Concilia, t. II, p. 767. 

(2) BHG*. 467; Synax. cal. CF., au 5 septembre et au i4Juin, pp. 17, 

750. 

13' Ainsi dans les manuscrits B, W. Le ms. E porte simplement 

Cyrilli episcopi. 

(4] Synax. eccl. Cl'., p. 807. Outre cette date, et celles que nous 
avons indiquées plus haut, il est encore nommé au 28 mars, p. 568. 

151 Gerola, Monumenti veneti neW isola di Creta, t. II, p. 31. — Nous 
n'avons pas à nous occuper ici de S. Philippe, évêque de Gortyne, que 
les anciens martyrologes ignorent, et qui apparaît dans les martyro- 
> historiques du IX<= siècle. Adon le cite deux fois, le n avril avec 
une notice tirée de S. Jérôme, De viris illustrions, xxx, et le 8 octobre 
avec deux lignes extraites de Rufin, llist. eccl., IV, 23. K. J Neumann, 
Der rûmische Staat und die allgemeine Kirche, p. 291, dit à propos de 
S. Philippe- : « Sein Martyrium ist herausgesponnen ausEuseb. H. E. 
IV, 23, 5, et il souligne ces mots axe br\ èui nXdoxaxç laaptupou- 
u i. v r) ç àvbpa-raGiaiç Tqç ûtt' aùrôv èKKkr\oiaq. Il faut se rappeler 
que les compilateurs du IX'- siècle ne lisaient pas le grec, que Rufin 
n'écrit aucun mot qui puisse faire naître l'équivoque, et enfin que nulle 
part, dans les martyrologes, Philippe ne porte le titre de martyr. 
61 BHG 2 960, 961 Ci'. Synax. ceci. CP., au 14 mai, pp. 683, 1012. 

(7) In gloria martyrum, ci 

Monceaux, Enquête sur l'épigraphie chrétienne d'Afrique, IV, 
n. jôi : sanct: Ucsidori. 



262 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

persécutions et du culte des martyrs. Athènes compta 
parmi eux son évêque Publius, au témoignage de Denys 
de Corinthe '. Fut-il honoré par ses fidèles ? Nous l'igno- 
rons . Les martyrs de Corinthe Léonide et ses compagnons 
ne figurent pas seulement au martyrologe syriaque et à 
l'hiéronymien à la date du 16 avril 2 ; la tradition litur- 
gique des Grecs est d'accord avec ces documents, et les 
plus anciens svnaxaires les nomment à la même date 3 . 
Une tradition antique localise à Patras en Achaïe la fin 
delà carrière de l'apôtre André. L'hiéronymien s'en fait 
l'écho au 5 février et au 30 novembre *. C'est de là que 
Philostorge fait venir les reliques qui furent solennelle- 
ment transférées à Constantinople 5 . Paulin de Noie, qui 
obtint des reliques de l'apôtre pour ses basiliques de Fundi 
et de Noie 6 , affirme que Dieu donna ce trésor à Patras 7 . 
Sa basilique est une de celles dont la renommée est arri- 
vée jusqu'à Grégoire de Tours 8 . Ceci ne doit pas nous 
empêcher de rappeler que Arka en Phénicie prétendait 
également posséder le corps de l'apôtre ! '. 

Le grand patron de l'Épire semble être S. Donat, qui 



(1) Dans Eusèbe, Hist. ceci., IV, 23, 2, 3. 

(2) Après les noms, malheureusement défigurés, les manuscrits B, W 
tenl omnium in marc mersorum,axL 20 juillet, l'hiéronymien annonce 

encore in Chorinto (in Choranto) Cyriaci, Donati etc. que nous n'avons 
pas le moyen d'identifier. 

(3) Synax.eccl. CP., p. 605. La notice dans d'autres svnaxaires le len- 
demain, p. 609. 

(4) Au 5 février : In Oriente Patras ordinatio cpiscopatus sancti An- 
dreae apostoli ; au 30 novembre: In Acltaia civitate Patras natal is sancti 
Andreac. 

(51 Hist. ceci., III, 2, /'. G. t. LXV, p. 481. 

(6) Epist. XXXII, 17, Hartel, p. 292 ; Carm. XXVII, 406, Hartel, 
p. 280. 

(71 Carm. XIX, 78, 336, Hakteî , pp. 121, 130. 

(8) Ingloria martyrum XXXH ; I>e miraculis h. Andreac, XXXVII. 

(9) Vita Pétri Iberi, Raabe, p. <j<j. 



l'orient. 26 3 

n'est pas un martyr '. et dont le nom est attaché à deux 
châteaux forts de Justinien *. Deux autres forteresses 
sent nommées 6 crrioç lotjSiavôç et toû âxiou ZapMvou \ 
Sabinus Sabinianus serait-il un martyr delà contrée ? 

Un groupe de martyrs, qui semble avoir été honoré le 
18 décembre, n'est connu que par l'inscription suivante, 
trouvée à Keserli, en Thessalie : 

MapTÛpw[v] [Mujjdvvou Aoukû 'Avbpéou Aewvibo[u] xyt] 
uctpTÛpiov ti] Trpô ie' Ka\[avbwv] Ma[vouapiou] un,u r\Gt... 
nbou ôut' aÙTiûv o"uuT[iipiaç] '. 

Nous avons dit ailleurs les difficultés que soulève la 
question des origines du culte de S. Démétrius à Thessa- 
lonique. Le martyrologe oriental ne connaît point ce 
martyr, ou plutôt il le place à Sirmium, au 9 avril : in 
Sirmia Demetri diacom \ On sait d'ailleurs qu'au V e siècle, 
Léontius, préfet d'Illyriè, en reconnaissance d'un bien- 
fait reçu, bâtit deux basiliques en l'honneur de S. Démé- 
trius, l'une à Sirmium, l'autre à Thessalonique On ajoute 
que cette dernière renfermait le corps du martyr ; l'autre 
avait reçu des reliques, ses vêtements teints de sang. 
L'emplacement de la basilique de Thessalonique en pleine 
ville, les origines tardives du culte à cet endroit, l'indice 



(i) Cf. Synax. ceci. CF., p. 1031. 

2 Procope, Deaedif., IV, 4, Dindorf, p. 279. 

3) Ibid , Dindorf, pp. 277, 279. 

C'est la lecture de M. G. Lampakis, KaxdXoTOç kgù ia-ropia toû 
Mouaeiou Tfjç xP l0 " riavlK nÇ àpxaioXoflaç (Athènes, 19061, p. 68, 
avec un fac-similé malheureusement peu distinct. Le P. Pargoire, 
dans Vizantijskij Vremennik, t. X (1903), p. 636. et A. E. Contolkon 
dans Revue des études grecques t. XVII 1904), p. 3, lisent : MapTÛpiov 
Maidvvou, Aoukô, 'Avbpéou, Aeaiviba... uapTUpn.advTUJv Trpô trévTe 
KCtXXavbwv 'lavouapiou. Le texte de M. Lampakis est plus fidèle. A 
noter surtout la différence de date. 

5' Les légendes grecques des saints militaires, p. 107-108. 



264 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

fourni par le martyrologe porteraient à croire que le 
tombeau du saint se trouvait plutôt à Sirmium et la 
relique ensanglantée à Thessalonique. 

L'importance de cette ville expliquerait que le cours de 
la dévotion envers S.Démétrius se soit plutôt portée de ce 
côté, et que le sanctuaire principal de Sirmium ait fini par 
n'occuper qu'un rang effacé. Quoi qu'on en pense, la fon- 
dation de Léontius à Thessalonique imprima un élan 
extraordinaire à la piété des fidèles. S. Démétrius et sa 
basilique devinrent comme le centre de la vie du peuple de 
Thessalonique, le patron et le défenseur de la ville, l'avo- 
cat et l'intercesseur auquel on a recours dans toutes les 
nécessités. Le saint, son sanctuaire, ses miracles ont été 
l'objet d'une foule d'écrits qui témoignent tous de la con- 
fiance enthousiaste et universelle des peuples '. La basili- 
que de S. Démétrius a été, à partir du V e siècle et durant le 
cours du moyen âge un des grands centres d'attraction des 
pieux voyageurs chrétiens' 2 . 

Bien que la gloire de cet illustre martyr ait quelque peu 
éclipsé celle des autres saints de Thessalonique, elle n'a 
pas complètement effacé leur souvenir. La même ville est 
représentée dans le martyrologe oriental par les saints 
Fronton et trois compagnons au 14 mars, Chionia et Agape 
au 2 avril. Théodule et Agathopus au 4 avril. Le premier 
de ces groupes n'a pas laissé d'autre trace. Il n'en est 
pas de même du second. Les Actes des saintes Agape, 
Irène et Chionia ne nous renseignent guère, il est vrai, 

; BHG 8 . 496-547. Sur la fête de S. Démétrius et sur les souvenirs 
^on culte à Thessalonique, voir Tafel, De rhcssalotiica, p. 227- 
331; P.N. Papageorgiou, dans Byzantinische Zeitschrift, t. XVII 11908), 
p. 321-81. 

(2) Sur la basilique, voir Diehl-Le Tourneau, Les mosaïques de 
Saint-Démétrius de Salonique, Monv] ioires Piot, t. XVIII 

lii), p. 225-47. 



l'orient. 265 

sur le culte des trois martyres, malgré les bons éléments 
que renferme ce récit '. Mais nous savons par une autre 
source que leur basilique était située près des murs de la 
ville *. Il existe également une Passion, de mince valeur, 
malheureusement, des saints Théodule et Agathopus 3 . On 
montrait à Thessalonique l'endroit où les corps de ces 
martyrs avaient été jetés. C'était là, sans doute, une de 
ces traditions populaires très discutables, mais qui prouve 
que le culte des deux saints était en honneur dans la ville *. 
La liste des martyrs de la persécution de Dioclétien dres- 
sée par l'auteur de la Passion des saints Gurias et Samo- 
nas comprend un saint Agapetos de Thessalonique, 
'ATcarriTÔv èv Oeo"0"a\oviKn. s , dont nul autre document 
ne fait mention. On est tenté de se demander si l'hagiogra- 
phe n'a pas voulu écrire WfaGÔTTOuç. Ce n'est qu'une con- 
jecture, évidemment. 

Le culte de S te Matrone, dont nous avons les Actes dans 
une vieille traduction latine 6 , n'est pas moins bien établi. 
Elle avait une basilique hors ville : . On nous apprend 
même que le peuple de Thessalonique, par crainte de 



. BHG*. 34. 

(2) Miracula auct. îoanne Thessalonic., xn. BHG-. 511: uéxpi toû ae- 
Puauiou Teu^vouç twv xpiwv àYÎujv uapxûpuuv Xiôvnç, Eipr)vr)ç kcù 
'A-fcnrr|ç, ôîrep, diç l'axe, ppaxuxdxw biaaxn,,uuxi toû xf|ç tt6A.6ujç 
t€Îxouç àqpéaxn,Kev. 

(3) BHG*. 1784. La date du 4 avril est confirmée par les synaxaircs. 
Synax. eccl. CP., p. 583. 

(4 Vita S. David Thessalonic. , Rose, p. 13. 

(51 Gebhardt-Dobschutz, Die Aktcn der Edessenischen Bekenncr 
Gurjas, Samonas und Abibos, p. 6 Le texte syriaque actuel ne contient 
pas le nom d' Agapetos. Les éditeurs l'ont, avec raison, introduit dans 
le texte sur la foi de l'ancienne version grecque. 

(6) BHL. 56S8. Résumé des Actes grecs dans Synax. ceci. CP., au 
27 mars, p. 563. 

71 Miracula S. Demelrii a. Ioanne Thessalonic. BHG 511, xn, : 
tô irebiov toû ae^aaiiiou vaoû Tf|ç xpiaxocpôpou udprupoç Maxpûjvnç- 



266 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

livrer aux profanations des barbares les corps des mar- 
tyrs, les avait soigneusement enfouis sous terre, si bien 
qu'à l'exception de celle de S u Matrone, on ne connaissait 
plus les châsses qui les contenaient '. La date marquée 
en tête de la passion latine, VIII kal. mari, permet d'iden- 
tifier avec notre martyre la Matrona perdue dans une liste 
très confuse du martyrologe hiéronymien au 22 février. 

On a exhumé à Thessalonique une plaque de marbre 
avec cette inscription Domesticus positus ad do(mnum) . 
Ioan(nem) dat sol(idos) très et semis pro memorwm -'. Il 
s'agirait, d'après cela, de la concession d'une tombe à 
proximité d'un martyr Jean. Nous n'avons aucune donnée 
certaine sur un martyr de Thessalonique de ce nom 5 . 

Il est question, dans un texte du X e siècle, d'un moine 
de POlympe enseveli àThessalonique èv tuj toû udpTupoç 
Iujéovtoç bôuu/. On ne peut s'empêcher de songer au 
martyr Sozon du 7 septembre; mais ses Actes le rattachent 
à la Cilicie s . 



Le sol de Byzance fut-il arrosé du sang des martyrs 



« ? 



Ibid., mi, BHG 2 . 506: Ojç ur)oè \xè%p\ vuv -rn>auYwç unbevôç 
tiiiv èv aÛTi] iu(f>Tupr|cravTwv àriobôxouç en.Kaç YvwaOtïvai nXnv 
Tf)ç 0€|avoTÔTnç Kod Ttavorfiaç TrapGévou Maxpiijvaç. 

P. Perdrizet, dans Mélanges d'archéologie et d'histoire, t. XXV 

1905), p. 88. 

! des martyrs (Acta SS. iun. t. I, p. 48), où M. Perdrizet, 

p. 89, trouve deux fois le nom de Jean, est une de ces longues 
séries de Fhiéronymien dont il faut désespérer. 
(4) BHG». 655, c. 

5 ]:i IG .1643, 1644. Un autre texte de date relativement récente, 
1., Vii d< S I avid de Thessalonique, BHG». 493,0. 2, mentionne une 
uovn, tiiiv àfiiuv uapxùpuuv ©eobiûpou Kal Mt-pKoupiou, et les syna- 
xaires, au 1 e, donn ;n s - " (, m- 

ninus de Th< ssalonique parfaitemenl inconnu d'ailleui 

dansles qui vont suivre notre travail Saints 

de Thra t i de Mésie, Anale» 1 . B01 land., t. XXXI, p. 161-300. 



l'orient. 267 

Un texte de Tertullien indique assez clairement que 
Caecilius Capella, vers les débuts du III e siècle, y sévit 
contre les chrétiens ; mais les victimes ne sont point nom- 
mées '. 

Dans son discours contre les Ariens prononcé à la fin 
de novembre 380, après que Théodose eut rendu aux 
catholiques leurs églises. S. Grégoire de Nazianze attri- 
bue cette victoire aux martyrs et se réjouit de la restau- 
ration de leur culte trop longtemps négligé -. Ces martyrs 
sont sans doute ceux que Byzance possédait en propre. 
Malheureusement, rien ne laisse deviner leurs noms. 

Deux martyrs célèbres passent pour avoir souffert à 
Bvzance, S. Mocius et S. Acace. Leurs légendes sont for- 
melles sur ce point 5 . La fête du premier se célébrait le 
11 mai, date de la fondation de Constantinople ; celle 
d'Acace le 8 du même mois. Nous les retrouvons, avec 
quelques autres, dans le martyrologe oriental, dont les 
notices suivantes doivent ici entrer en ligne de compte. 
D'abord celles de l'abrégé syriaque : 

10 MAI : à Nicomédie Akakios le martyr. 

11 mai : à Constantinople Maximus. 

19 mai : à Constantinople, à Byzance, Hesychws et d'autres 
martyrs. 

Le martyrologe hiéronymien : 

8 mai : Constantinopoli Agathi (Agati) inilitis, Maximi 
presbyteri. 



1 Tertullien, Ad Scapulam. 3, Oehler, t.I, p. 545. 
z] Orat. XXXV, 1, P. G. t XXXVI, p. 257. 

(3) Légende de S. Mocius, Analect. Bolland., t XXXI, p. 163-76 
légende de S. Acace, BHG 2 . 13. 



268 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

10 mai : Mecae (Moece. MoecaeJ... Acaci... Mutaci... Con- 
stantiae Ma.ximi (Maximae). 

18 mai : Constantinopoli Efuchi (Enchi). 

7 juin : In Begantium (Begarecium) quae est Constantino- 
poli Pauli... Achaa (Accadi, Cachaci) Moechi (Mochi, Mona- 

chi). 

15 juin : Constantinopoli MotiifMuci, Nuci). 

9 juillet : in Mediolano Moechi (Meci, Monachi). 

16 juillet : Mediolano Mochi (Moeci, Mochari). 

Si nous écartons de cette liste l'Hesychius du 19 (18) 
mai, un martyr dont nous ne connaissons que le nom 
par cette unique source, et au 7 juin Paul, qui estl'évêque 
de Constantinople, mort en exil, il nous reste trois noms : 
Acacius, Mocius, Maximus. 

Acacius est à sa date véritable dans l'hiéronymien ; deux 
jours plus tard, Le syriaque l'annonce sous Nicomédie. 
Avait-il une fête spéciale dans cette ville ou y a-t-il erreur 
dans la rubrique? Dans l'hiéronymien il est ce jour-là 
rapproché de Mocius et de Constantinople. Le 7 juin 
Acace est rappelé, pour taire cortège, avec Mocius, à l'évê- 
que martyr. 

Le n mai, date traditionnelle de la fête de S. Mocius, 
l'hiéronymien ne renferme aucun nom qui ressemble à 
celui-là, et la rubrique Constantinople ou Byzance fait 
défaut. Mais la veille, on reconnaît, au milieu d'un étrange 
desordre, d'une part le nom cpii doit représenter Mocius, 
de l'autre Constantiae, qu'il n'est pas téméraire de corriger 

I n Constantinopoli En effet, ce nom est accole à celui de 
Maximus, ce qui nous ramène à l'abrégé syriaque, lequel, 
a la date du 11, annonce un Maximus de Constantinople. 

II est probable que Maximus n'est autre que Mocius lui- 
même, dont le nom a été enregistré sous cette forme dans 



l'orient. 269 

le martyrologe oriental. La correspondance du lieu et de 
la date n'est pas ici le seul indice. Nous en avons un autre 
dans la notice du 8 mai, qui associe le prêtre Maximus au 
soldat Acace. Or, d'après la légende, qui semble bien 
indépendante du martyrologe, Acacius était soldat, Mocius 
était prêtre. 

On ne sait pourquoi Mocius est encore nommé le 
15 juin. Les deux commémoraisons du mois de juillet, 
in Mediolano, doivent se rapporter à une translation de 
reliques que Milan aura demandées à Constantinople. 
Comme nous l'apprend S. Victrice, Mocius comptait au 
nombre des saints dont la réputation de thaumaturge était 
le mieux établie '. Son culte se propagea jusqu'en Es- 
pagne, et le calendrier de Carmona 2 , le plus ancien du 
pays, annonce III idus maias sancti Crispini et Muci 
mar(tyris). 

Les deux anciens martyrs de Byzance avaient leur 
sanctuaire propre. La construction de la basilique de 
Saint-Mocius est attribuée à Constantin dans des textes 
qui font honneur au premier empereur chrétien de beau- 
coup d'entreprises de ce genre 3 . Il ne faudrait pas se 
contenter d'un témoignage aussi peu sûr. Malheureuse- 
ment, Eusèbe, qui pourrait nous éclairer, manque ici de 
précision. Il se borne à mentionner en termes généraux 
les fondations de l'empereur en l'honneur des martyrs, 
distinctes de la basilique des Saints-Apôtres: Maprupiotç 
ré ae-ficrrc-iç Ken TrepicpaveOTaTOiç oïkoiç toîç )aèv rrpô toû 
aerreoç toîç 6è èv aÙTw tuyx«vouo"i, b\ ujv ôuoû koù 



(1) De laude sanctorum, xi, P. L. t. XX, p. 453. 
(3) Analect. Bolland., t. XXXI, p. 320. 

(3) Preger, Scriptores originum Constantinopolitanarum , p. 214-15 
Theophanis Chronogr. ad an. 5816, Db Boor, t. I, p. 23. 



270 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

tôç tlùv .uapTÛpwv uvn.uaç èTÎua '. Il est possible que la 
basilique de Saint-Mocius soit comprise dans cette dési- 
gnation ; l'on serait même tenté de se demander si la coïn- 
cidence des èYxaivia xf)ç TrôXewç avec l'anniversaire de 
S. Mocius au 11 mai est purement fortuite, et s'il n'est 
pas permis d'y voir un indice de la dévotion spéciale 
de l'empereur pour le martyr de Byzance 2 . Retenons 
seulement que l'église de Saint-Mocius est fort ancienne. 
Ammonius, qui mourut au conciliabule du Chêne, fut 
enterré èv Tf) Mwxiou udprupoç éttujvûiuuj èKK\n,oia 3 . 
Elle est mentionnée de nouveau à l'époque du concile 
d'Éphèse * et fut rebâtie par Justinien sur un plan plus 
vaste. 

On veut que ce soit aussi Constantin qui bâtit Saint- 
Acace. Ici encore les témoignages formels ne sont pas suffi- 
samment sûrs. Le plus ancien est celui de Socrate. Ilsignale, 
sous le règne de Constance, l'église èv f\ tô cruùua toû 
udpTupoç 'Akcckîou aTTÔKetrai s , comme celle où le corps 
de Constantin aurait été transporté par Macédonius, et 
qui aurait été à cette occasion le théâtre de scènes san- 
glantes. Nous savons que le saint corps reposait au lieu 
dit Xxaupiov, qui se laisse identifier sans trop de peine. 
Il est raconté que les reliques de vS. Etienne furent débar- 
quées â Constantinople év tuj ZeÛTuern eiç tô iTcxupîov c . 
On est d'accord pour placer le Zeûrua entre les deux 
ponts qui rejoignent Constantinople à Galata par dessus 

1 Vita Cnnstantini, III, 48, Heikel, p. 98. 

2 Ii faut dire que les historiens n'insinuent rien de semblable. Voir 
Th. Preger, Das Gruendungsdatum von Konstantinopel, Hermès, 
t. xxxvi 19' >% p. 336-42. 

ne, riist. ceci., vin, 17, 5. 

I4 Voir Ad. SS. maii, t. II, p. 621. 

(5) Hist. ceci., 11,38. 

(6) PassioS. Stéphane, BHG*. 1649, c. 14. 



l'orient. 271 

la Corne d'Or '. L'endroit est situé en dehors de l'ancienne 
enceinte de Byzance, et vérifie la Loi générale qui place 
dans la banlieue toutes les sépultures, y compris celles des 
martyrs. 

Au dire du même historien Socrate, il y avait dans la 
capitale un autre sanctuaire, moins important, consacré à 
la mémoire de S. Acace. Un grand édiiiee de Constanti- 
nople devait son nom de Kapua à un noyer qui se voyait 
dans le vestibule, et auquel, à ce qu'on racontait, le mar- 
tyr S. Acace avait été suspendu. Cette tradition était 
consacrée par un petit oratoire placé tout à côté *. Il fut 
rebâti et sans doute agrandi par le patrice Narsès ! . 

Plus tard, les textes byzantins citent fréquemment une 
église de Saint-Acace sous le nom de ô erpoç 'Akûlkioç èv 
tlù 'EîTTacrKdXijj ', sur lequel les topographes n'ont pas 
dit le dernier mot s . 

Tels sont les seuls martyrs de Byzance qui se rattachent 
aux persécutions romaines 6 . Les troubles religieux du IV e 
siècle firent également des victimes que la ville impériale 
honora comme ses martyrs propres : l'évêque Paul et ses 

(1) J. Pargoire, Constantmople : la porte Basilikè, dans Échos 
d'Orient, t. XI 11906 , p. 31 ; S. Salavillë, Les églises de Saint-Acace 
à Constantinople, dans Échos d'Orient, t. XI I1909), p. 105. 

(2) Hist. eccl., VI, 23. Quelques archéologues, tels que Mordtmann et 
Salavillë, t. c., p. 108, sont d'avis que Socrate parle aux deux endroits 
du même édifice. Le texte de l'historien donne une impression toute 
contraire. D'une part il s'agit d'une éKK\n.<jia, de l'autre d'un oÎKiaxoç 
eÙKTr)pioç. 

(3) Preger, Scriptores originum Constantinopolitanarum, p. 253-5.4. 

(4) Voir par exemple Synax. eccl. CP., pp. 369, 661, 664,730, 834, 
933 j Preger Scriptores, p. 214 ; Ducange, Constantinopolis christiana, 
t. II, p. 118. 

I51 Voir Salavillë, t. c , p. 107. 

(6) Nous avons dit ailleurs ce qu'il faut penser des saints Manuel, 
Sabcl et Ismaël, de S. Lucillien avec ses compagnons et de S. Cal- 
listrate. Analect. Bolland. t. XXXI, p. 232-34. 



272 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

familiers Martyrius et Marcien, connus sous le nom popu- 
laire de saints Notaires '. Paul mourut en exil et son corps 
fut ramené clans sa ville épiscopale par les soins de Théo- 
dose, qui le lit déposer dans l'ancienne église des Macédo- 
niens, dont Paul devint bientôt le titulaire ' 2 . Les gens sim- 
ples, surtout les femmes, dit Sozomène-", oublièrent bientôt 
quel était ce S. Paul, et se persuadèrent que le corps 
saint vénéré clans la basilique était celui de l'apôtre. Sur le 
tombeau de Martyrius et de Marcien hors les murs de la 
ville s'éleva une chapelle dont S. Jean Chrysostome com- 
mença la construction, et qui fut terminée par Sisinnius '. 
On voit que le propre des saints de Byzance n'est pas 
très considérable. Mais le culte des martyrs étrangers ne 
tarda pas à s'introduire dans la ville nouvelle, et, s'il faut 
en croire certains documents dVpoque tardive, dont les 
sources ne paraissent pas toujours assez sûres, Constantin 
lui-même aurait été, par ses constructions, le grand propa- 
gateur de ces dévotions importées. On n'hésita pas à 
rehausser par l'éclat d'un patronage aussi illustre les ori- 
gines d'un bon nombre de vieux sanctuaires de la cité : 
Saint-Agathoniciis. Saint-Emilien, Saint-Ménas, Sainte- 
Euphémie, Saint-André, Saint-Philémon, Saint-Procope, 
Saint-Dion u de,Saint-Georges,Saint-Jean-Baptiste,Sainte- 
Thècle '. Les églises des Saints-Carpus-et-Papylus et celle 
de Saint-Romain seraient l'œuvre de l'impératrice Hélène. 
S'il est vrai que, de bonne heure, des voyageurs, comme 
Aetheria. ont été frappés par la multitude des sanctuaires 

i BHG*. 1029; Synax. ceci . CP., ..'5 octobre, p. 161. 
So< R m 1.. Hist. ceci., V, 9. 

;) Sozom . flist. eccl., VII, 10. 

j S. , Hist. ceci., IV, 3. 

5 '. Patria dans l'édition de Preger, Scriptores originum Con- 

stantinopolitanarum, index I phicus. Vuii aussi la Constant 'inopo- 

lis christiana de Ducangb. 



l'orient. 273 

de Constantinople, marlyria quae ibi plurima sunt 1 , il est 
bien difficile de démontrer que, dès le règne de Constan- 
tin, les cultes non indigènes aient pris le grand essor que 
supposent les listes des topographes. 

Le branle semble avoir été donné par l'introduction des 
reliques des apôtres André, Luc et Timothée dont la nou- 
velle capitale s'enrichit sous Constance. Depuis lors elle ne 
cessa de chercher ailleurs de quoi réunir un trésor sans 
rival, et nous avons vu la part considérable que prit 
Constantinople dans le mouvement des grandes transla- 
tions-, Il n'y eut pas que les empereurs et les évêques pour 
attirera Byzance les trésors religieux des églises étrangè- 
res. S. Marcel l'Acémète, qui tenait tant à avoir des reli- 
quaires bien garnis ", eut sans doute des émules, et il est 
assez probable que la plupart des sanctuaires, qui couvri- 
rent rapidement la capitale comme d'un réseau serré, 
durent leur origine à des envois de reliques. 

Pour achever de donner une idée du culte des martyrs à 
Constantinople avant la hn du VI e siècle, nous ferons sui- 
vre quelques dates, de provenances assez mêlées, et qui se 
dérobent parfois à un contrôle rigoureux. 

Juliana, tille de Valentinien (364-375), bâtit l'église de 
Saint-Polyeucte ', celle, probablement, qui était encore 
visitée du temps de Grégoire de Tours 5 . 

On place sous le règne d'Arcadius (395-405) la con- 
struction des églises de Saint-Eleuthère 6 et de Saint- 

(1) Geyer, Itinera Hierosolymitana, p. 76. 

Plus haut, p. 66-69. 
3 Voir plus haut, p. 76, n. 1. 
(4) Patria CP., III, 57, Preger, p. 227. 
5 In çloria martyrum, cil. 

161 Patria CP., III, 19,', Preger, p. 275. Il est fait mention de cette 
église dans Théodore le Lecteur, I, 16, P. G. t. LXXXVI, p. 173, et 
dans Moschus, Pratum spirituaU, P. G. t. LXXXVII, p. 3009. 

Cuit. Mart. 



274 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

André '. Césaire, qui fut consul en 397, bâtit Saint- 
Thyrse- et Aurélien, le consul de l'an 400, Saint-Etienne 5 . 
Nous noterons ici la fondation d'une autre église de Saint- 
Etienne par Sisinnius, évoque des Novatiens (f 407), le 
contemporain de S. Jean Chrysostome *. 

Proclus (434-447) fit construire l'église desSaints-Cosme- 
et-Damien dans le Zeugma 3 . 

Parmi les fondations de Pulchérie (f 453Ï, on cite l'église 
de Saint-Laurent 6 , et aussi Saint-Etienne du Palais 7 . 
Deux églises célèbres, Saint-Théodore et Saint-Jean-Bap- 
tiste turent bâties par deux consuls, la première * par 
Sphoracius (452), la seconde par Studius (454) qui la fit 
desservir par les moines Acémètes et donna son nom au 
monastère qui s'établit en cet endroit 9 . Anthémius (467) 
serait le fondateur de Saint-Thomas TrXncriov toû Bopcu- 
biou '". 

S. Marcien, prêtre et économe de la Grande-Église, fut 
grand bâtisseur et restaurateur de monuments religieux. 
On cite, parmi les constructions auxquelles il consacra 
son patrimoine ", Sainte-Anastasie, Saint-Théodore èv tûj 
Tevéïpu '*, Saint-Stratonicus èv tlù 'PriYÎuj, Sainte-Irène, 
à laquelle il ajouta une chapelle pour recevoir les reliques 

(1) Chronicon paschalc, Dindorf, p. 566. 

(2) Sozomène, Hist. ceci., IX, 2. 

; rHÉODORE LE LECTEUR, fragm., P. G. t. LXXXVI. p. 221. 

(4) Sozoméne, Hist. eccl., \'III, 24. 

(5) l 1 (tri 1 l P. III, 65, PrEOER, p. 239. 

rHÉODORi leLbi rsuR, I, 5 P. G. t. LXXXVI, p. 168. 
17 Thbophanis Ckronographia, De Boor, t. I. p, 87. Mention dans 
Théodore le Le< ni r, II, a, P. G. t. c. p 184 
(81 Justinibn, Von . III. 1 : ô bè aejkiapioç oîkoç toû à-pou pdpxu- 
bibpou irapà Eq>wpaK(ou toO tF|ç évbôEou |avr|jar|ç dviepritBr). 
(9) Théodore le Lecteur, I, 17, P. G. t. c, p. 173. 
to) Chronicon paschale, ad an. 451, Dindorf, t.I.. p. 591. 
ni VitaS.Marciani, BHG*. 1032. 
(12) Cf. Patria (P.. III, 43, Pri gi R, p. 133- 



l'orient. 275 

de S. Isidore, le martyr de Chio sans doute. Il faudrait 
ajouter encore Sainte-Zoé, où reposait le corps de la 
martyre '. 

Sous le patriarche Gennade s'éleva l'église de Saint- 
Cvriaque -. Saint-Théodose tù Kap^ouvdpia, Saint-Jean xà 
xaXoùueva 'IMou 3 et Saint-Mamas * seraient du temps de 
Léon I (457-474). De ce règne date de même l'introduction 
des reliques des Trois Enfants de la fournaise, rapportées 
de Babylone *. 

On rapporte aux années d'Anastase (491-518) la con- 
struction de l'église de Saint-Artémius èv Tfj 'OSeict, où 
furent transportées les reliques de ce saint, des églises des 
Quarante-Martyrs eîç KuuvcrravTiavàç, de Saint-Thomas èv 
toîç 'Auavriou 6 , de Sainte-Anastasie tï)ç 0ap)uaKo\uTpiaç,de 
Saint-Philippe, de Saint-Platon 7 . La fête des apôtres 
Pierre et Paul était depuis longtemps célébrée à Constan- 
tinople. Festus, sénateur de Rome, persuada à l'empereur 
Anastase de donner à cette fête une plus grande solen- 
nité 8 . 

Avec Justinien on voit surgir de nouvelles basiliques et 
les anciennes revêtent un éclat nouveau. Procope, qui est 
ici une source incomparablement plus sûre que la plupart 



(1) Sont mentionnées comme existant déjà du temps de S. Marcien, 
l'église de Saint-Jean-Baptiste èv toîç Aavin,\ (BHG-. 1032), et celle de 
Saint-Thomas èv toîç 'Auavriou. Théodore le Lecteur, I, 32, P. G. t. 
LXXXVI, p 177. 

(2) Théodore le Lecteur, 1, 17, P. G. t. c.. p. 173. 
Putria CP.. III, 45, a, Preger, pp. 334, ^27. 

(4) VoirJ. Pargoire, Les Saint-Mamas de Constantinople, Bulletin 
de l'institut archéologique russe de Constantinople, t. IX 
(Sofia 1904), p. 261-316. 

15I Voir plus haut, p. 248. 

16) Patria CP., III, 51, 55, 96, Preger, pp., 235, 236, 249. 

(7) Patria CP., III, 103, 189, 40, Preger, pp. 250, 275, 232. 

(8) Théodore le Lecteur, II, 16, P. G. t. LXXXVI, p. 189. 



276 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

des documents que nous avons eu à citer pour les temps 
antérieurs, en umère, parmi les édifices sacrés auxquels cet 
empereur attacha son nom ', Sainte-Zoé, les Saints-Pierre- 
et-Paul, les Saints-Sergius-et-Bacchus, les Saints-Apôtres, 
Saint-Acace, Saint-Platon, Saint-Mocius, Saint-Thyrsus, 
Saint-Théodore èv tûj 'Prioiin, Sainte-Thècle, Saint- 
Théodote, Saint- Agathonicus, les Saints -Priscus-et- 
Nicolas *, les Saints-Cosme-et-Damien, Sainte-Irène •>, 
Saint-Pantéléemon ', Saint-Tryphon, les Saints-Ménas- 
et-Mineus, vSainte-Ia. Il faut y ajouter Sainte-Théodora s . 
Saint-Mamas fut érigé par un chambellan de Justinien e . 

Aux nombreux martyrs déjà cités, titulaires d'églises 
ou de monastères, viennent se joindre encore les suivants, 
sig nalés avant la fin du VI e siècle: S.Cirycus, S. Zénobius, 
S te Hermione, S. Dometius, S. Luc ' ' , S tc Aquilina 8 , S. Co- 
non % S. Paul, les SS. Probus et Tarachus "'. 

(1) Procope, De aedif., I, 3-9. 

(2) Priscus (Martyrius) et Nicolas sont inscrits comme martyrs dans 
les synaxaires le 22 septembre. Synax. ceci. CP., p. 70. 

(3) La dédicace des églises des Saints-Apôtres et de Sainte-Irène, 
où l'on voit le patriarche apporter en grande pompe, sur un char de la 
cour, les reliques des martyrs, est rappelée dans Procope, Deacdif., 
I, 2, 4 ; Malalas, Chronogr., XVIII, Dindor] . pp. 484, 486. 

nalons ici, mais sans chercher à identifier les noms, les reli- 
ques qui reposaient dans un oratoire, dont parle Théodore le Lecteur, 
ëv8ci TreTrioTeuxai dvaTraùea9ai ,uépoç iepûiv \eujmvaiv xwv Qeone- 
aiuuv TTavTaXéovxoç kuî Mapivou, éTTiKu\ouu.évou toû tôttou 'Ouô- 
voia. P.G. t. LXXXVI, p. 2..'5. 
151 Malalas, Chronogr., XVIII, Dindorf, p. 492. 

tt-Mamas de < onstantinople, p. 304. 
7 ( oncilium CP. sub Mena, Hardouin, Concilia, t. II, pp. 1213, 1232; 
1277 ; i_m [333. \f. E. v. Dobsi mi!/. Die Akten der Edes- 

sem^ mner Gurjas, Samonas und Abibos, p. lxii, croit que le mo- 

nastère tuiv 'A^ifiou était placé sous le vocable de S. Habib d'Édesse. 
On n'en a au< une preuvi . mis doute le nom du fondateur. 

- - rnnuoii' , ad an. 532, Dindorf, 1. 1, p. 623. 

(gl Chronico île, ad an. 602, Dindorf, 1. 1, p. 694. 

1 Patria < P.. III, 47, 95, Prbgbr, p. 235, 249. 



l'orient. 277 

Alors même que certains sanctuaires ne pourraient 
prétendre à la vénérable antiquité que leur assignent les 
chroniqueurs, tout indique qu'il y eut de bonne heure, 
entre les empereurs et les grands personnages une noble 
émulation pour doter la capitale d'autant de martyria qu'en 
possédaient les villes les plus privilégiées. 

Parmi les châteaux-forts de Thrace bâtis par Justinien, 
plusieurs sont placés sous le vocable d'un saint. Deux 
d'entre ces forts portent le nom toû orp'ou 0eobwpou, 
équivalent peut-être à OeobwpoÛTroXiç.qui se rencontre éga- 
lement deux lois flans la liste de Procope. Deux autres 
sont respectivement dénommés toû cepou Tpouavoû et toû 
àxiou MouXiavoû '. A moins d'une preuve du contraire, S. 
Théodore et S. Julien sont les saints d'Euchaïta et de 
Cilicie, parvenus, dès l'antiquité, à une renommée univer- 
selle, que S. Trajan ne paraît pas avoir partagée. 

Le nom de Trajan a même paru suspect à quelques 
érudits, qui ont cru opportun de rappeler à ce propos le 
souvenir de l'empereur demeuré si célèbre dans les pro- 
vinces Danubiennes, et on a songé à voir dans le qppoû- 
piov toû orpou Tpouavoû la traduction de castellum divi 
Traiani -. Cette explication ingénieuse part de l'idée qu'il 
n'existe aucun saint de nom de Traianus. Or, cette sup- 
position est inexacte, car Traianus est un saint du pays, 
plus exactement, un saint de Macédoine. Yictrice de 
Rouen le mentionne parmi les saints guérisseurs les plus 
réputés de son temps, dans cette phrase : Curât Saturnimis, 
Traianus m MaceJoma '. Au 31 octobre on peut lire dans 

(1) Procope, De aedif., IV, 11. 

_■ C. Jirecek Dus christliche Elément in der toppgraphischen Nomen- 
klatur der Balkanlànder, SnzrNGSBERicHTE der k. Akademie der 

WlSSENSCHAPTEN, t. CXXXVI lbçj , p. 8 

3 De lande sanctorutn, xi, P. L. t. XX, p. 354. 



278 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

l'hiéronymien in Maccdonia... Saturnini ; le 20 ou le 21 
août il v a un Traianus, sans mention de la Macédoine. 
Mais le nom de Saturninus dans le manuscrit B, au 21 
août, pourrait bien rappeler la rubrique disparue, à moins 
toutefois qu'il ne faille identifier ce Saturninus avec un 
saint de ce nom, qui figure parmi les martyrs de Philippo- 
polis ', dont plusieurs synaxaires grecs font mémoire le 
20 août '. Quelque opinion que l'on ait sur ce dernier 
point, on ne saurait douter de l'existence d'un saint Traia- 
nus, honoré en Thrace et dans les pays voisins. 

L'hiéronymien au 20 et au 21 décembre annonce in Tra- 
cia civitate Gildoba Iitli, notice qui se retrouve peut-être, 
défigurée, au 4 juin Inliae Galduni. On n'a signalé jus- 
qu'ici, en Thrace, aucune ville du nom de Gildoba. Mais 
ce n'est nullement une forme de hasard ni un nom de fan- 
taisie. Gelduba, est, d'après Tacite, une forteresse sur le 
Rhin : castrum Rheno impositum \ D'autre part, on ne con- 
naît dans les pays rhénans aucun martyr Jules. Reste à 
découvrir la Gildoba de Thrace, et à identifier le martyr 
qu'on y honorait. 

Bizva, aujourd'hui Wiza, à l'est d'Andrinople *, a été 
d'après un récit, qui a laissé des vestiges dans les méno- 
loges et les synaxaires s , le théâtre du martyre des SS. Sé- 
vère et Memnon que l'on met en relations étroites avec 
un groupe de trente-huit saints martyrisés àPhilippopolis 6 . 



(i) Nous avons public leur Passion dans Analcct. Bolland., t. XXXI, 

p. 192-94- 

Synax. eccl. CP., p. 910. 
(3) Ilist , IV, 26. Cf. Hoi der, Altceltischer Sprachschatz, 1. 1, p. 1994. 
P ut-être appelé au i Kdarpov Bi£ûr|Ç- Voir E. Kalinka, An- 
tike Denkmaler ni Bulgarien (Wien, 19061, p. 116, n. 122. 
(5) Synax eccl. CP., pp. 909, 919. 

irons publié leui Pa i<>n in Analcct Bolland., t. XXXI, 

p. 192-94- 



l'oRIBN?. 279 

La Passion est sans valeur historique, mais il est difficile 
de croire que tout y soit de pure invention., y compris la 
liste des martyrs. On voudrait retrouver cette énuméra- 
tion dans quelque autre document. Sévère est peut-être 
celui-là même que le martyrologe oriental au 23 octobre 
cite en compagnie de Dorothée. L'hiéronymien les rap- 
porte tous les deux à Adrianopolis, ville que la légende 
fait précisément traverser à Sévère avant de lui faire 
atteindre Bi/ya. D'après l'abrégé syriaque, ce Sévère 
était prêtre, ce qui permettrait de l'identifier avec le 
prêtre Sévère, qui figure dans la Passion de S. Philippe 
d'Héraclée, martyrisé à Adrianopolis 1 . 

Dans ce document si important pour l'histoire de la 
persécution de Dioclétien, S. Hermès se trouve associé à 
S. Philippe. Les deux martyrs le sont aussi dans le marty- 
rologe oriental au 22 octobre; mais c'est surtout par le 
souvenir de l'évêque d'Héraclée que l'église d'Adrianopo- 
lis conquit un rang illustre *. Ce n'est certes pas par le 
culte des martyrs Maximus, Théodote et Asclépiodote, 
que nous ne connaissons que sur la foi d'un récit sans 
autorite 3 , qui les fait mourir dans un endroit appelé 
Xû\tuç, entre Adrianopolis et Philippopolis. 

Drizipara (non loin du Karistiran actuel) avait élevé une 
basilique au martyr S. Alexandre. Le sanctuaire, qui gar- 
dait le corps du martyr, fut détruit par les Avares 4 . Le 
tombeau était richement orné de métaux précieux : il fut 

(1) BHL. 6834. 

(2) L'auteur de la Passion des saints Gurias, Samonas et Abibus cite 
parmi les martyrs célèbres <J>iXunrov év 5 Abptavouir6\ei. La leçon man- 
que au texte syriaque actuel, BHO. 363, mais est suffisamment attestée 
par l'ancienne version grecque et par la version arménienne BHO. 
364. Gebhardt-Dobschutz, p. 6-7. 

(3 HHC-. 1239, T-'-t - 
4 Théophylacte Simocatta, Histor. VII, 14, De Boor, p. 270. 



280 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

pillé et le saint corps indignement profané. La malédiction 
du ciel tomba sur la famille du chef des barbares et vengea 
l'horrible sacrilège 1 . Ces quelques lignes d'un chroniqueur 
du VII e siècle sont plus précieuses pour nous que la lon- 
gue Passion de S. Alexandre le Romain, ainsi appelé parce 
qu'il était soldat à Rome lorsqu'il refusa de sacrifier 2 ; Si 
elle présente quelque intérêt au point de vue de la topogra- 
phie, elle est sans aucune valeur historique. 

La Passion de S.Agathonicus s , dont l'importance a été 
singulièrement exagérée 4 , fait mourir ce martyr à Sélym- 
bria (Silivri). Jusqu'au XIV e siècle, au moins, cette ville 
posséda une partie de ses reliques. On accusait alors les 
Latins d'avoir enlevé le corps du saint de son tombeau et 
de n'avoir laissé à Sélymbria que la tête 5 . 

La rubrique Perinthus ou Héraclée revient assez souvent 
dans le martyrologe oriental, mais pas toujours dans un 
contexte bien satisfaisant. Au 7 janvier le syriaque annonce 
Kvôbivoç, qui est sans doute le Candidus ou la Candida de 
l'hiéronymien. Le Marcianus du 26 mars est tiré êk tujv 
àpxaiwv uapiùpujv. Au 29 septembre on trouve les noms 
d'Eutychès, Génésius, Sabinus ; au 13 novembre celui 
d'Hédistus ; au 14, Théodote et Démétrius, prêtres mar- 



(i) Tm'iOPHYLACTE SlMOCATTA, IHst., VII, 14, 12 ; 15,2. De BoOR, 

71. Drizipara semble avoir été désignée aussi sous le nom de 
"A-fioç 'A\d£avbpoç Zouirapwv. Voir Theophanis ( hronographia, ad 
an. 6051, De Boor, t. I, p. ^34. 
(2) BHG*. 48, 49. 
(3)BHG*. 39-41. 

r, Beitràge zur Geschichte der Legendenliteratur dans 

JAHRBÙCHER FUR PROTESTANTISCHE THEOLOGIE, t. XIII (1887), p. 239. 

Cf. Analect. Bolland.,t. XXXI. p. -.\(> -47. 

Philothéb di Ski ymbi [a, l audaiio S. Agathonici, P. G. t.CLIV, 
P- 237- 



l'orient. 281 

tyrs. Aucun document n'est venu jusqu'ici confirmer ou 
compléter ces maigres données '. 

La plus intéressante de toutes les annonces martyrologi- 
ques qui se rapportent à Héraclée est celle du 19 novembre 
dans l'hiéronymien : /;/ Eraclea sanctae mulieres ami viduis 
numéro XL, que nous retrouverons plus loin dans le calen- 
drier gothique, mais sous la rubrique Bérée. La Passion, 
malheureusement légendaire au premier chef, des Qua- 
rante martyres *, confirme sur ce point l'énoncé de l'hié- 
ronvmien. 

Rien de mieux établi que le culte de S u Glycéria à 
Héraclée 3 . On rapporte que l'empereur Maurice, en 591, 
visita tôv rXuxepiaç Tfjç uàprupoç vewv ', et en 610 Héra- 
clius se rendit à Héraclée, koù nuSaTO eiç tnv crfiav TXukc- 
piav 5 . Le nom de la sainte est comme indissolublement lié 
à celui de la ville. L'auteur de la légende des Quarante mar- 
tyres n'a pu les conduire à Héraclée sans leur faire rendre 
hommage à celle qui de son temps était la patronne du 
lieu 6 , et son sanctuaire est également mentionné clans la 
biographie de S. Parthénius de Lampsaque 7 . Une inscrip- 



1 II faut encore citer, au 7 janvier et au 14 février un Félix, au 1 
avril, un Victor, au 20 novembre et au 21 décembre, unBassus que l'hié- 
ronymien semble rattacher à Héraclée. 

2 Publiée sous deux formes dans Analect. Bolland-, t. XXXI, p. 194- 
209. 

Th. Buttner-Wobst, Du Verehrung der heiligen Glykeria, By- 

ZANTINISCHE ZEITSCHRIFT, t VI. p. 96-99. 

4 ThÉOPHYLACTB Simocatta, Hist. VI, I ; le même auteur raconte 
longuement un miracle de la sainte. Hist., De Boor. pp 22. VI, il, 
59-62. 

151 Jkan d'Antioche. dans Fragmenta historicorum graecorum, t. V,i. 
p. 38. 

Analect. Bolland., t. XXXI. pp. 203. 208. 

(7.1 B. Latysev, Menologii anonym i byzantini saeculi X quae supersunt 
^etropoii, 19m, pp. 25, 312. 



282 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

tion plusieurs fois publiée ' atteste qu'au X e siècle on 
croyait encore posséder la tête de S te Glycérie à défaut du 
corps, que l'on prétend avoir été transporté à Lemnos -. 
Jusqu'en 484 Trajanopolis garda les reliques de S. 
Eustathe, évêque d'Antioche, que S. Jean Chrysostome a 
célébré comme un martyr \ L'évoque Calandion les fit 
rentrer triomphalement dans sa ville épiscopale cent ans 
après sa mort, et toute la population alla au devant du 
cortège jusqu'au dix-huitième mille d'Antioche *. Théo- 
dore le Lecteur, et après lui Théophane s placent à Philip- 
pes en Macédoine le lieu d'exil de S. Eustathe, et c'est de 
là qu'ils font revenir son corps à Antioche. Mais S. Jean 
Chrysostome, mieux informé, insiste pour la Thrace : toû 
crdiuaToç airroû TaqpévTOç èv OpaKrj... tôv uèv Taqpov eïvai 
èv èKetvuj tlù pap^apiRLÙ xwpiuj 6 H ne nomme pas cette 
localité barbare, mais S. Jérôme est plus précis : pitlsus est 
in exilium Traianopolim Thraciarum, ubi et usquc hodie 
conditus est 7 . 

Singidunum, dans la Mésie Supérieure, serait d'après 
une légende fort répandue \ la patrie des SS. Hermylus 
et Stratonicus. Leurs corps auraient été retirés du Da- 

i J II. MoRDTMANN,dans Archaeologisch-epigraphiscke Mittheilungen 
aus Oesterreich, t. VIII (1884), p. 227; Buttner-Wobst, Byzantini- 
sche Zeitschrift, t c. p. 97 ; J. Strzygowski dans JaJireshcftc des ôster- 
reichischen Institutes, t. I -18981. Beiblatt, p. 26-27. Voir le fac-similé. 

2 Historia trattslati corporisS. Eupliemiae, y : èv t«p rf) vf\ovj éxei- 
vr] tô xf|ç âfiaç rXuxepiaç kot^kêito Xei^uvov. Act. SS. sept. t. V, 
P- ^77- 

I P. G. t.L, p. 597-909. 
(t Théodori 11 Lecteur, II, 1, P. G., t. LXXXVI, p. 184. 

(5) Chronogr. an. 5918, De Boor, t. I, p. 133. 

(6) P.G. 1. L, p. 600. 

17) De viris illustribus, lxxxv, Ri< h vrdson, p 44. Cf. Acta SS. iul., 
t, IV, p. 136. 
(8) BHG». 745. 



l'orient. 283 

nube par les fidèles et ensevelis dans un endroit situé à 
dix-huit stades de la ville d'après une version, à dix-huit 
milles, d'après une autre. On peut se demander si ce ne fut 
pas en realité près de l'endroit appelé "OktcxPov dans 
Procope '. 

Le groupe Hermylus et Stratonicus n'apparaît dans les 
vieux martyrologes ni cà la date du 13 janvier, qui est celle 
de la fête principale chez les Grecs, ni au 4 juin où leur 
mémoire est rappelée *. Dans l'hiéronymien il n'y a qu'un 
et alibi Hermyli martyris au 2 août. S. Stratonicus avait 
à Constantinople une église dont on attribue la fondation 
à S. Marcien 3 . 

Naïssus (Nisch) ne figure dans aucune pièce hagiogra- 
phique, mais est citée par S. Victrice de Rouen parmi les 
villes principales où les reliques des saints opèrent des 
merveilles : An aliter in Oriente Constantinopoli, Antiochiae, 
Thessalonicae, Xaiso, Romae in Italia miseris porrigunl medi- 
cinant '. Pour mettre cette ville en parallèle avec les 
centres les plus importants de la dévotion aux martyrs, il 
faut qu'elle ait été célèbre par quelque grand sanctuaire. 
Ce n'est que bien tard qu'on prononce, à propos de Naïssus, 
le nom du martyr Procope 5 . On prétendait y posséder son 
corps. Mais quel est ce saint Procope ? Celui de Palestine ? 
On ne sait rien d'une translation de ses reliques en 
M sie. 

L'exorciste Hermès, que l'abrégé syriaque annonce le 
30 décembre sous Bononia (Vidin), appartiendrait à la 

(1) Deaedif., IV. 6. Cf. Analect. Bolland., t. XXXI, p. 256. 

(2) Synax. ceci. CP.. pp. 387,726. Le 13 janvier la fête se célèbre à 
Constantinople. 

Vitu S.Marctani, c. 13, Papadopoulos-Kekameus, 'AvoîXexTa iepo- 
ao\v|aiTiKfiç axaxuoXoTÎaç, t. IV, p 269. 

4) De laude sanctorum, c. xi, P. L. t. XX, p. 453. 
(5)Ioannis Cinnami Epitome, V, 8, Meineke, p. 226-27. 



284 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

ville voisine de Ratiaria s'il fallait s'en rapportera l'hiéro- 
nymien du 31 : Retiaria Hennetis exorcisiae. Ce même jour 
la compilation porte : Bononia Gagi, Ces notices reviennent 
le 1 janvier et le 4, et cette fois nous lisons: in Oriente 
civitate Bonania Hermetis, Aggei, Gagi. Il est probable que 
Hermès appartient en propre à Bononia et qu'il était 
honoré aussi à Ratiaria. Gaius se rattacbe-t-il à l'une. des 
deux villes, et Aggeus n'est-il pas un dérivé hiéronymien 
de Gaius ? Deux questions malaisées à trancher '. 

Novae, clans la Mésie inférieure (près de Swischtow) 
était sans doute le centre du culte de S Lupus, Aoûttttoç;. 
Pierre, le frère de l'empereur Maurice, y arriva le jour 
de la vigile de la fête solennelle de ce martyr *. Les syna- 
xaires enregistrent un Aoûttttoç le 23 août, mais sans un 
détail 3 . 

L'hagiographie de Durostorum (Silistria) est relative- 
ment abondante, et l'on y distingue tout d'abord S. Aemi- 
lianus, S. Dasius et les martyrs qui appartiennent au 
le de S. Jules 4 . Aemilianus ne figure pas seulement au 
martyrologe hiéronymien. le 18 juillet. Nous avons de lui 
des Actes s dont la rédaction actuelle semble être le rema- 
niement d'un récit contemporain r \ et que S. Jérôme 7 , 



(1) Il va sans dire qu'à Bologne d'Italie on a revendiqué lesmartyrs 
delà Bologm de Mésie. La méprise, presque inévitable, il faut le 
,aété relevée déjà. F. Lanzoni, San Petronio vescovo di 
Bologna (Roma. 1907), p. .278-80. 

.: Théophylacte Simoc.ati \. Hist., VII, .'.. 17, DeBoor, p. 249. 
(ji Syfuix ea l. CP , p. 917. 

rhéodore ne doit pa être nommé ici. Ce n'esl i|u'en 971 qui 
nom de la ville fut changé en OeohujpoÛTToXiç, par ordre de l'empereur 
i , , Léon Dia( n . Hist., IX, ta, P. G. t. CXVII, p 884. 

(5)BHG*.33- 

■ •.' t. Bolland., t. XXXI. p. 261-63. 

S( hoene, Euscbii chronicorum Ubri duo, t. II, p. 196. 



l'orient. 285 

S .Ambroise ', Théodoret -, le compilateur de la Chro- 
nique Pascale 3 ont probablement connus. L'histoire de 
S. Aemilianus doit avoir eu un grand retentissement. On 
en retrouve la trace en plus d'un endroit où l'on n'irait 
pas la chercher d'abord*. L'indication des Actes plaçant 
dans un endroit nommé Gédina ', à trois milles de Duros- 
torum, le tombeau d'Aemilianus paraît digne de foi. 

La légende de S. Dasius, fort surfaite 6 , place son mar- 
tyre à Durostorum le 20 novembre, et à cette date l'hiéro- 
nymien a gardé son nom, Dassi, sans rubrique topogra- 
phique. 11 le nomme à trois autres dates (6 août, 4 et 18 
octobre) sous Axiopolis. L'inscription du sarcophage, con- 
servé à la cathédrale d'Ancône, tranche en faveur de Du- 
rostorum : évtaû9a xaTÛKeiTou ô ârioç uâpTuç ActCioç èvex- 
9eiç ùttô AujpocTTÔXou ' , en même temps qu'elle nous 
apprend que les reliques ont été transférées en Italie, 
peut-être dans la seconde moitié du VI e siècle, lorsque 
Durostorum fut ravagé par les Avares. 

Des textes littéraires étroitement apparentés et d'un 
caractère historique incontestable nous mettent en pré- 
sence de plusieurs autres martyrs qui semblent apparte- 
nir également à Durostorum : S. Jules 8 , les SS. Nicandre 

11 Epist. XC, 17, P. L. t. XVI, p. 1107. 
(2) Hist.eccl., 111,6, 5. 

(j DlNDORF, t. I, p. 649. 

4 Socrate, Hist. ceci., III, 15; Sozombne, Hist. ceci., V, 11 ; Gré- 
goire de Nazianzb, Contra Iulianum, II, 40, P. G. t. XXXV, p. 716-17. 
Cf. Analcct. Bolland., t. c, p. 263-65. 

(5) Tribivâ est ia version du manuscrit de la Vaticane 866. Une autre 
recension de ia Passion, dans le manuscrit de la bibliothèque Nationale 
de Paris 1177, fol. 49* porte TiÊibiva. 

(6) BHG*. 491. Cf Analcct. Bolland.. t. XXXI, p. 265-68. 

(71 F. Cumont, dans Analcct. Bolland.. t. XXVII. p. 365-72. V. 
Schultze, Die Katakombcn (Leipzig, 1882), s'était prononcé contre 
l'authenticité de l'inscription, sans aucun motif plausible. 

■ S BHL. 4555. 



286 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

et Marcien ', les SS. Pasicrate et Valention i , Hesychius. 
Ce dernier est cité clans les Actes de S. Jules et dans l'hié- 
ronymien le 15 (17) juin : in Dorostoro natalis sancti Isici. 
Au 27 mai, qui serait l'anniversaire de S. Jules d'après sa 
Passion, il n'y a nulle trace de lui dans le martyrologe. Mais 
le 4 juin, dans le pêle-mêle des noms de villes et de per- 
sonnes, on retrouve des débris qui peuvent avoir formé Du- 
rostoli Iuli \ Pasicrate et Valention ne se rencontrent pas 
dans l'hiéronymien *. En revanche le groupe Nicandre et 
Marcien y figure plus d'une fois sous diverses rubriques. 
Le 26 décembre c'est sous Durostorum : Dorostoli, Mar- 
tiani, Neandri, et c'est bien d'eux qu'il s'agit encore dans 
les notices tronquées du 8 juin : Dorostoro civitate natale 
sancti Marci,et du 17 juin : Nicandri Dorostoli Isici.L, 'abrégé 
syriaque nomme au 5 juin et au 10 juillet un Marcianus 
avec des compagnons, pour la ville de Tomi. Les notices 
correspondantes de l'hiéronymien montrent qu'un des 
compagnons est Nicandre. L'annonce du même groupe 
in Aegyptu, au 5 juin, d'après une Passion : ', doit reposer 
sur une erreur dont L'origine n'a pas été clairement déter- 
minée ''. 



i BHG*. 1330; BHL.6070. 

j Synax. ceci. CF., p. 627. Le P. Jaxxing a montré que très proba- 
blement les trois Passions étaient primitivement réunies en une seule. 
1 S î. iun t. IV (1715 , p. 198-99. Mazocchi, Commentât ii in murmo- 
rcuin Ncapol. kalendarium vol. III (Neapoli, 1755 1 , p. 653-54, a émis la 
même opinion, et récemment M. Pio Franchi de' Cavalieri, dans le 
Nuovo bullcttino di archéologie cristiana, t. X 1 19041, p. 22-26, a repris 
la démonstration. 

(31 A la même date on lit Iuliae Galduni, qui lait songer au Gildobae 
luh rencontré plus liant, p, 27S. Il v a peut-être ici un de ces rappro- 
ments s: 'aie si fi dans l'hiéronymien. 

'4 1). Quentin, Les martyrologes historiques, pp. 265, 335, semble 

a croire, sur certain indices, qu'ils s'y trouvaient au 25 mai. 
5 BHG». 194 : BHL. 5260. 
(6) Anulat. Bolland., t. XXXI, p. 569-70. 



l'oriext. 287 

Outre les deux groupes du 5 juin et du 10 juillet, à la 
tète desquels nous avons trouvé S. Marcianus, la ville de 
Tomi (Konstantza) apparaît encore clans Le syriaque au 
3 avril avec Chrestos et Pappos, dont nous n'avons rien 
à dire. Au 15 septembre, la notice de l'hiéronymien in Tho- 
mis Slratonis, Vahri, Macrobi et Gordiani s'éclaire d'une 
façon inattendue par la comparaison avec celle des syna- 
xaires grecs au 13 septembre, où est raconté le supplice, à 
Tomi, de six martyrs MotKpopiou, 'H\eî, Zlutikoû, Aoukiccvoû 
koù OùocXepiavoû '. On a mis au jour, tout près de Tomi, 
des basiliques chrétiennes avec crypte et confession '-'. Il 
est à présumer que quelques-uns des martyrs cités y repo- 
sèrent. Mais lesquels ? 

Dans l'hiéronymien Axiopolis (près de Tschernawoda) 
est citée à trois dates qui n'ont pas de correspondant pour 
cette ville dans le syriaque. Le 5 août : /;/ Axiopoli Hirenei 
(Herenti, Hcreniri). Eracli, Dasi ; le 4 octobre : In Axiopoli 
Dasii ; le 18 octobre : /;/ Axiopoli Hermetis et Dasii. Il n'y a 
pas de doute, je pense, sur l'identité de Dasius, bien que 
son nom subisse plus d'une déformation dans les manus- 
crits : Taxi, Taxa. Dasilae. Hermès est peut-être le saint 
de ce nom que l'on se souvient d'avoir rencontré à Héra- 
clée. 

L'abrégé syriaque annonce le 12 mai : «à Axiopolis, Cyril- 
le et six autres martyrs.» Les compagnons sont anonymes. 
Trois noms sont reconnaissables dans l'hiéronymien au g 
et au 10 mai : in Axiopoli Quirilli, Quindeiet Zenonis. Cyrille 
parait également au 26 avril : in Axiopli natale Ctrilli,et il faut 
ajouter sans doute Vindei (c'est-à-dire Quindei)sépa.ré de ce 
nom par quelques noms étrangers. La basilique dont on a 



1 Synax. eccl. CP.,p. 40. 
12) R. Netzhxmmek, Ans Rumânien lEinsicdeln, s. a.), p. 104-105. 



288 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

trouvé les restes hors les murs d'Axiopolis *, pourrait 
bien être le sanctuaire de S. Cyrille, bâti sur son tombeau. 
Non loin d'Axiopolis — vers Râschowa, à ce que l'on 
pense 2 — se trouvait une forteresse dite de Saint-Cyrille. 
Justinien la lit réparer". On n'hésitera pas à reconnaître 
notre martyr dans le protecteur de cette place de guerre. 

Du nom de Quindeus, le compagnon de S. Cyrille, 
d'après l'hiéronymien, il y a peut-être lieu de rapprocher 
le Chindeus cité parmi les saints thaumaturges par Vic- 
trice à Rouen* et de faire remarquer que dans le con- 
texte il semble clore une série qui appartient à la Thrace 
et à la Mésie : Mucius ou Mocius, Alexander, Dalysus, ce 
dernier représentant Dasius. La déformation d'un nom 
peu connu n'aurait rien d'étonnant clans des manuscrits 
aussi défectueux que ceux de Victrice. Je dois cependant 
ajouter, pour qu'on ne se hâte pas de conclure, que dans 
un groupe de martyrs de Pamphylie, commémoré par les 
Grecs le i août s , Kivbaîoç est accompagné de plusieurs 
noms (lui rappellent la suite de Victrice, ainsi 'AXéHavbpoç 
et Aeôvnoç. Celui-ci fait songer à Leonida, qui, il faut le 
dire, semble être pour Victrice un nom de femme. 

Dinogetia, que l'on place aux environs de Garwàn G , 
se rencontre sur les listes hiéronymiennes au 14 mai et au 
1 octobre. Même difficulté, aux deux dates, de reconnaître 
les saints qui se rapportent à cette ville. Il semble que ce 
soit au moins S Alexandre, peut-être celui de Dri/ipara. 

Flavien au 25 mai. Philippe au 4 juin sont placés, clans le 

(1) Netzhammer, Aus Rumânien, p. 288-90. 

2 J. Weiss, Die Dobrudscha im Altertum (Sarajevo, 1911), p. 44 ; 
Id., dans Wiener Studien, t. XXVII (1905), p. 301-302. 
I . IV, 7. 

41 De laude sanctorum, xi, P. L. t. XX. p. 453. 
5 Si. 1 CP., p. 860-92. 

(6) W'kis-., Die Duhrudscha un Altertum, p. 51-52. 



l'orient. 289 

syriaque, sous la rubrique Noviodunum (Issâktscha). 
Parmi les homonymes de la contrée on ne trouve à rappe- 
ler que S. Philippe d'Héraclée '. Le 18 mai le syriaque 
place en Bithynie Héraclius et Paulus, tandis que clans 
l'hiéronymien la rubrique est Kovioduno. Il y a des parti- 
sans de cette dernière leçon 2 , bien qu'en réalité les 
deux saints n'aient pas été identifiés. 

Nous donnerons ici un rapide coup-d'œil aux souvenirs 
des martyrs de l'église de Gothie, dont le territoire est 
malaisé à circonscrire et qui se trouve, grâce à l'organi- 
sation politique et aux circonstances du moment, dans 
des conditions fort spéciales s . 

S. Cyrille de Jérusalem, vers 350, savait déjà que plu- 
sieurs de ces barbares avaient donné leur vie pour le 
Christ *. S. Ambroise en connaissait d'autres, peut-être, 
de même S. Augustin 5 . S. Jérôme dans sa Chronique, à 
l'année 371, signale la persécution d'Athanaric 6 , à la- 
quelle nous ramènent aussi Socrate et Sozomène,dans les 
chapitres qu'ils consacrent à l'église des Goths "' . Mais 
tous ces témoignages sont conçus en termes généraux, et 
aucun martyr déterminé n'est nommé. 

Il nous est parvenu un fragment, malheureusement peu 

(1) Plus haut, p. 279. 

2 H. Achelis, Die Martyrologicn, p. 40. 

3' Nous résumerons nos recherches sur les Martyrs de l'église de 
Gothie, Analect. Bolland., t. XXXI, p. 274-91. 

(4 Catech. X, 19 : TTépoai kcù T6t0oi kcù Trâvreç oi et éOviùv 
uapTupoûcnv ùirepaiToGvriaKovTeç toutou, ôv aapxôç ôqp6a\uoîç oûk 
é8€û>pr|0av. P.G. t. XXXIV, p. 688. 

51 Ambroise, Exposttio evangelii sec. Lucam, II, 37, P. L. t. XV, 
p. 1565 ; Augustin, Decivitate Dei, XVIII, 52, Hoffmann, p. 356. 

16) Schobne, Eusebii chronicorum libri duo, t. II, p. 197. 

7 Socrate, Hist. eccl., IX , ZZ ) Sozomene, Htst. eccl., VI, 37. 

Cu't. M-ul. iy 



2go CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

considérable, du calendrier des Goths de Thrace au 
V e siècle l . C'est un document arien qui enregistre avec 
des anniversaires comme celui de l'empereur Constance 
(3 novembre) et celui de l'évêque arien Dorothée (6 no- 
vembre), les fêtes des apôtres Philippe (15 novembre) et 
André (29 novembre) et trois groupes de martyrs. Au 
23 octobre, un grand nombre de martyrs goths avec un 
Friedrich. On pense que ce sont les martyrs de la persécu- 
tion d'Athanaric, partisans de Fritigern. 

Le 29 du même mois, ce sont d'autres martyrs goths 
qui souffrirent dans une église le supplice du feu ; ils sont 
associés aux noms de Wereka et Batwins Ceci permet de 
les identifier à coup sûr avec le groupe des martyrs que les 
synaxaires du 26 mars placent sousla conduite de Ba9oûo"n,Ç 
et OùripKaç, avec lesquels ils sont brûlés dans l'église qui 
leur sert de refuge '-. Enfin, le 15 novembre, notre calen- 
drier note les « quarante anciennes » à Bérée. Ce sont, à 
n'en point douter, les Quarante martyres d'Héraclée que 
l'hiéronymien annonce à la même date, et que leur légen- 
de ■"• fait également passer par Bérée. 

A côté de ces données du calendrier national, nous avons 
encore à citer les martyrs Innas, Khimas et Pinnas, 
dont il existe une très courte légende ', S. Nicétas et 
S. Sabas. Toute notre information sur S. Nicétas le 



[) Plusieurs fois publié, notamment dans Stamm-Heyne, Ulfilas, 

BlBLIOTHEK DER âLTESTEN DEUTSCHEN LlTERATUR-DENKMâLER, t. 

J (] ad H", in. 1908), p. J74. Voir aussi Analect. Bolland., t. XXXI, p. 
276. Il en existe une traduction avec commentaire par H. Achelis, 
Dcr atteste il utsche Kalender, Zeitsi hrii i fur die neutestament- 
lh he Wissensi haï i, t. 1 C900), p. 3 18-335. L'auteur fait remonter 
la rédaction du document jusqu'à la seconde moitié du IV'^ siècle. 
(2) Sytiiix. eccl. CP., p. 559. 
Voir plus haut, p. 281. 
I In il .. Bolland., t. XXXI, p. 215-10 : cl p. 287-88. 



L'ORIENT. 29I 

Goth provient d'une source unique, sa Passion ', compi- 
lation curieuse, qui malheureusement n'a aucune impor- 
tance au point de vue de l'histoire des Goths. Martyrisé 
dans les provinces Danubiennes, Nicétas fut transféré 
à Mopsueste en Cilicie, où ses reliques furent jalousement 
gardées. S. Sabas le Goth, dont nous avons de très beaux 
Actes -, rédigés très peu de temps après son martyre, ne 
devait pas non plus demeurer au milieu de son peuple. 
Nous avons vu que, sur la demande de S Basile, ses 
reliques lurent envoyées en Cappadoce "'. 

Chersona est liée au souvenir de S. Clément pape très 
probablement grâce à une confusion avec un martyr 
local de ce nom *. Le pèlerin Théoclose se contente de dire 
tbi domnus deviens martyrizatus est s . Au 7 mars les 
synaxaires 6 résument la légende de sept évêques qui ont 
évangélisé la Scythie et Chersona, et qui seraient presque 
tous morts martyrs 7 . L'un d'eux s'appelle Aetherius. 
Serait-il l'éponyme de l'île vfjcroç toû crrîou At9epiou située 
à l'embouchure du Dnieper s ? Quelques-uns l'ont pensé 
sans arriver à situer exactement cette île 9 . On a relevé 



(1) Analect. Bolland., t. XXXI, p. 209-15 ; cf. pp. 281-86, 292-94. 

(2) Analect. Bolland., t. XXXI, p. 216-21 ; cf. p. 288-91. Rappelons 
ici que, pour des raisons peu convaincantes, cette pièce a été attribuée 
à Ulphilas par H. Boehmer-Romundt, dans Neue Jahrbilchcr fiir 
das klassische Alterthum, t. XI (19031, p. 272-88. 

(3) Plus haut, p. 205. 

(4) Voir Duchesne, Le Liber pontificalis, t. I, p. xci. 
Geyer, Itinera, p. 143. 

(6) Synax. eccl. CP., p. 517. 

(7) BHG*. 266. 

(8) Constantin Porphyrogknète, De administrando imperio, IX, 
Bekker, p. 78. 

(g< B. Latysev, dans le Journal du Ministère de V Instruction publique 
en Russie, t. CCCXXIII, p. 73-87. Cf. Byzantinische Zeitschrift. t. IX. 
p 2S6-S7 



292 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

à Cherson des traces du culte de S. Phocas, une eùXoYÎa 
toû à-pou OuuKd toû TTTWxeiou Xepcruùvoç assez malaisée 
à dater, et à l'entrée d'une catacombe cette inscription 
uvn.ueîov tv\ç àf'mç uâprupoç 'Avacrracriaç , du V e -VI e 
siècle ', se rapportant probablement à la martyre de 
Sirmium. 

Les martyrs de la Dalmatie sont groupés autour de 
l'église de Salone. Le martyrologe syriaque nomme, le 
il avril, un de ses évêques Domnio, le 18 avril, deux de 
ses martyrs Septimius et Hermogenes. L'hiéronymien 
ajoute, le 26 août, S. x\nastase. Une liste plus complète des 
saints de Dalmatie est fournie par la mosaïque de la cha- 
pelle de Saint-Venant au Latran, où les reliques de ces 
martyrs ont été transportées au VII e siècle. En supprimant 
Maurus,qui appartient à l'Istrie,il reste les noms de Venan- 
tius, Anastasius, Asterius, Telius, Paulinianus, Domnio, 
Septimius, Antiochianus. Gaianus. L'épigraphie saloni- 
taine permet de dresser une liste parallèle à peu près com- 
plète *. Seuls y manquent Anastase, dont on a des Actes 5 , 
Hermogenes, et peut-être Venantius. D'après la chronique 
Pascale de 395, un S. Félix aurait subi le martyre en même 
temps que S. Domnio '. Ce saint aurait été plus spéciale- 
ment honoré à Epetium, localité appartenant au territoire 
de Salone' 1 . S. Menas d'Egypte a été honoré en Dalmatie. On 

1 Latysev, dans Vizantijskij Vrementtik, t. VI (1899), p. 337-369. 
Ci. 1,. Kurtz, dans Byzantinische Zeitschrift, 1. IX, p. 308-310. 

2) Sur l'hagiographie de Salone et sur les travaux de M^r Bulic à 
Spalato, voii ti( les .S'. Anastase martyr de SaUrnc, dans Analect. 

B01 1 and., t. XVI, p. 5< s ^-5'»> ; Saints d'Isirie et de Dalmatie, ibid., t. 
XXVIII, ]>■ V 'j-41 1 ',L' hagiographie de Salone d'après les dernières décou- 
vertes an ;ues, IBID,, t. XXIII, p. 5-18. 
(3)P.HL. 41.4. 

M. G., auct. antiq., t. IX. p. 758. 

5 Voir Analect. Bolland., XXIII, p. 15-16. 



l'orient. 293 

sait qu'une de ses légendes l'associe à deux personnages, 
Hermogenes et Eugraphus ', dont les noms ne sont pas 
inconnus à Salone, et L'idée de chercher de ce côté le moyen 
de les identifier ne pouvait manquer de se présenter '-'. En 
regardant de plus près, nous n'avons pas cru pouvoir main- 
tenir cette conjecture décidément bien fragile 3 . 

Trois villes de Pannonie, Sirmium, Cibalae et Siscia 
occupent une place honorable dans le martyrologe orien- 
tal. Quatre anniversaires sont marqués dans l'abrégé 
syriaque pour Sirmium. Au 6 avril, l'évêque Irénée, 
dont nous avons des Actes ', et dont le culte fut long- 
temps florissant 5 ; au g avril, Demetrius, qualifié de 
cliaconus. dans l'hiéronymien, probablement identique au 
patron de Thessalonique 6 ; au 20 juillet, Secundus 7 ; 
au 29 août, Basilla, Basillae Virginia dans l'hiéronymien. 
Celui-ci ajoute, au 23 février, S y ne ros ; au 26 mars et au 11 
mai Montanus ; au 25 décembre Anastasie. La basilique de 
S. Syneros — dont les Actes sont connus sous le nom de 
Passio S. Sereni 8 , — devait se trouver dans le cimetière de 
Sirmium où l'on a découvert deux importantes épitaphes 
de chrétiens enterrés ad beatum Synerotem, ad domnum 



(i)BHG*. 1270. 

(2) Analect. Bolland., t. XVIII, p. 406-407 ; t. XXIII, p. 14-15. 

(3) Analect. Bolland., t. XXIX, p. 144-45. 

14- BHG i . 948. ; Synax. ceci. CP., au 23 août, p. 917. Il est nommé 
aussi dans la Passio Pollionis, BHL. 6869, c. 1. 

(5) Th \cte, Martyrium SS. XV martyrum, c. 54, raconte 

l'histoire d'un Bulgare qui s'était rendu à tous les lieux de pèlerinage 
où les saints font des miracles, et en particulier èTrelr\Tr\ae bè Kai tôv 
érriov Eipn,vaîov, ttoXùv Kai ciùtov àbôuevov iv toîç ôaûiaacnv. 
P. G. t. CXXVI, p. 220. 

161 Plus haut, p. 263. 

(71 Dans l'hiéronymien au 15 juillet. 

(S, BHL. 7595- 



294 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

Synerotem '. Il est difficile de décider entre les deux dates 
assignées à Montanus. Le manuscrit de Berne au 26 
mars a conservé, exceptionnellement, sur ce saint une 
notice d'une remarquable précision; In Sinnio Mitnati pres- 
hytcri de Singidonas. Cum Sirmium fugisset conprehensus est et 
missus est in fiuvium ; nono lapide inventum est corpus eius et 
Maximae uxoris ems -. La forme du nom, Montanus, est 
assurée par la Passio Pollionis. où il est fait mention du 
prêtre de Singidunum •". La leçon de l'hiéronymien : Sirmi 
Anastasiae,a.u 25décembre,est Confirmée par ce fait que c'est 
à Sirmium qu'on alla chercher les reliques de la sainte 
pour les déposer dans sa chapelle à Constantinople *. Ce 
qui fut d'abord à Rome le titulus Anastasiae, devint peu à 
peu l'église de Sainte-Anastasie, dont la fête se célèbre 
encore le 25 décembre, date de S te Anastasie de Sirmium. 
Il y a deux dates à l'hiéronymien pour S. Pollion, le 28 
avril et le 29 mai ; elles s'expliquent aisément par ce fait 
que toutes les deux s'expriment par un IV kalendas. C'est 
de la première seule qu'il faut tenir compte, bien que la 
lecture de la seconde notice soit plus correcte : in Ciballis 
Pollionis. Au mois d'avril nous lisons: IV kal. mai in Panno- 
nia Eusebi episcopi Pollionis Tiballi. Le texte de la Pas- 
sion porte IV kal. maiarum, et mentionne en même temps 
l'évêque Eusèbe, qui aurait été martyrisé le même jour 
plusieurs années auparavant 5 . On peut douter de l'exac- 

11) CIL III. 10232-33. Cf. DeRossi, Bullettino, 1884-1885, 144-48 ; A. 

Hytkek. Starakrscànsko grobiste sv. Sincrotci u Sricmii, EPHEMl RIS 

Salonii \'-a (Jaderae, 1894), p. 5-10, avec fac-similés des inscriptions. 

I. manuscrits portent in Syrmia Muiiati >E. Montana 

presbyten et Maximae uxoris cius. 

BHL.686g, c. 1. 

i ore 1 E ].v.i 11 11. H, 65 : n.v^x flr l ^ 1T0 £epuiou tô Xeûyavov 

Tf|Ç «fiftç 'Avaaraaiaç Kai KaTeTfc'Un. Iv tlù uctpTupeîuj aÙTfiç tûj 
(ivti év toi; Aouvivou éufïoXoiç. l'.G. t. LXXXVI, p. _'i6. 
5 BHL. 6869. 



l'orient. 295 

titude de ce dernier détail : mais pour l'hagiographie, qui 
confirme en cela la donnée de l'hiéronymien, il y avait une 
relation entre Pollion et Eusèbe. 

Le syriaque au 28 avril nomme Eusèbe, prêtre à Nico- 
médie. Quoi que l'on puisse penser de ces indications con- 
tradictoires, elles concordent à fixer à la fin d'avril la date 
de S. Pollion. 

La notice de l'hiéronymien au 4 juin, in Sabaria civitate 
Pannoniae Quirini, se rapporte à S. Quirinus évêque de 
Siscia ', dont le tombeau faisait encore, au temps de Pru- 
dence, la gloire des urbis moenia Sis.:.:: . dans la basilique 
voisine de la porte de Scarbantia 3 . On sait que dans le 
courant du V e siècle ses reliques furent transportées à 
Rome et déposées près de la basilique de S. Sébastien, 
dans ce qu'on a appelé la Platonia *. Une grande inscrip- 
tion métrique, encore en partie existante, atteste la dé- 
votion des Romains envers l'évéque martyr Pannonien '. 

Nous ne pouvons passer sous silence les cinq sculpteurs 
de Pannonie, Simpronianus, Claudius, Nicostratus, Cas- 
torius et Simplicius, martyrisés sous Dioclétien, trans- 
portés eux aussi à Rome, dans la première moitié du IV e 
siècle, à ce qu'il semble, et honorés jusqu'à nos jours, sous 
le titre des Quatre Couronnés *. D'un culte rendu à ces 
saints martyrs dans leur patrie, qui n'était peut-être 
qu'une patrie d'adoption, il ne reste nulle trace. 

Les Actes de S. Ursicinus font de lui un citoyen d'une 

•35- 
2} PerisUphanon, vu, 3. 

(3 Passif S ;:/, BHL. 7035. c. 5. A comparer avec la Chronique 

de Jérôme, ad an. 2325. et Grégoire de Tours, Ilist. Franc. I, 35. 

14 A. De Waal, Die Apost-elçruft ad Catucumbas an der Via Appia. 
Rom. 1S94. 

5 Ihm, Damasi epigrammata, j6*. 

(6) Act.SS. nov. t. III, p. 74S-84. 



296 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

ville d'Illyrie qui n'a pas été déterminée jusqu'à présent : 
tô uèv ïévoç dt'Ywv ix. tûùv 'IXXupiwv TTÔXeuuç Xi(3évT0u, et 
placent sa sépulture dans un endroit situé à 22 stades 
de la cité, èv TrpoaOTeuy XeYOuéviu KaXâuuj '. La pièce en 
elle-même n'inspire pas grande confiance. Mais d'autres 
documents attestent la célébrité d'un S. Ursicinus. C'est 
un des martyrs dont S. Marcel l'Acémète obtient des 
reliques, et à la place même où le biographe en parle, il 
signale l'Illyric au nombre des pays qui ont contribué 
à enrichir l'oratoire du pieux abbé -'. Ursicinus est un 
des martyrs représentés sur la mosaïque de Saint-Martin 
in Caelo Aureo de Ravenne s . Sa fête se célébrait en cette 
ville le 13 décembre d'après le martyrologe hiéronymien: 
Ravennae Ursicini. 

Nous achèverons notre revue des pays Danubiens par 
le Norique et la Rhétie. La notice du manuscrit de Berne 
au 4 mai : et in Nurico Ripense loco Lauriaco natale Floriani 
etc. n'appartient pas à la première rédaction du marty- 
rologe hiéronymien et est empruntée à la Passion du 
saint*. Le plus ancien texte précis que nous ayons au 
sujet de S. Florian est du VIII e siècle : in loco nuncupante 
ad Puoche, ubi preciosus martyr Flori anus corpore requiescit 3 . 
Mais tout porte à croire que le culte du martyr remonte 
à la vénérable antiquité. 

A Castra Regina (Ratisbonne), on a trouvé l'inscription 
Sarmannac quiescenti in pacc martiribus sociata 6 . On a voulu 
conclure de cette formule qu'il y eut à Ratisbonne des 

(i)BHG*. 1861. ce. i, 11. 
(a) BHG-. 1028, c. 29. 
|) CIL. XI. 281. 

BHL. 3054. Cf. Krusch, p. 66. 
g Monumenta Boica, t. XXVIII, 2, p. 35. 
CIL. III. 5972. 



l'orient. 297 

martyrs dont ce serait là l'unique vestige '. Le martiribiis 
sociata pourrait signifier aussi bien que la défunte reposait 
auprès des saintes reliques provenant de n'importe quelle 
église. 

Rien de plus assuré que le culte de S te Afra à Augusta 
Vindelicum (Augsbourg), quel que soit le jugement à 
porter sur les Actes de cette martyre '-. La notice in 
provincia Retia civitate Augusta Afrae veneriae, du 7 août, 
est répétée, avec une légère modification, au 9 octo- 
bre. Remarquons encore une fois que le VII idus, 
servant à exprimer les deux dates, explique cette répétition. 
La fête traditionnelle se célèbre au mois d'août ; le pèleri- 
nage était fréquenté au VI e siècle : 

Pergisad Augustam qua Virdo et Licca fluentant. 
Illic ossa sacrae vener obère martyris Afrae, 
c'est Fortunat qui l'atteste "'. 



(1) A. Ebner, Du altestcn Denkmale des Christcnthums in Regensburg, 

RoMISCHE QUARTALSCHRIKT, t. VI (1892), p. I53-69. 

(2)BHL. 108, 109. 

(l)Vita Martini, IV, 642-43. 



CHAPITRE VII. 

LES PRINCIPAUX CENTRES DU CULTE 
DES MARTYRS. ROME ET L'ITALIE. 

L'hagiographie romaine dépasse en richesse tout ce 
que la tradition des églises nous a légué en ce genre. 
Nulle part les persécutions ne firent autant et d'aussi 
illustres victimes, et il n'est pas de sanctuaires de martyrs 
dont la célébrité, dans le monde chrétien, ait égalé ceux 
de la ville éternelle. La liturgie, l'archéologie, la topogra- 
phie, l'histoire, la légende même en rendent témoignage, 
et les sources d'information sont, nous ne dirons pas si 
limpides, mais si abondantes que nous ne devrions pas 
songer à épuiser en quelques pages un pareil sujet. D'ail- 
leurs, l'état présent de la recherche scientifique ne permet 
pas encore d< tracer un tableau suffisamment achevé 
dans tous ses détails ; ce sera beaucoup si nous parvenons 
à produire une esquisse dont les contours ne soient pas 
trop indécis. 

Les documents auxquels nous aurons à puiser sont tout 
d'abord le férial de l'église romaine, qui nous est parvenu 
SOUS une double forme répondant à diverses phases du 
eloppement du culte. La première est représentée par 
la Dcpositio cpiscoporitin et la Deposiiio martyrum du recueil 
philocalien de 354, martyrologe précieux parce qu'il con- 
state l'usage officiel et qu'il marque une date, mais qui 
paraît n'être qu'un extrait, et dont le texte n'est pas 



ROME ET L'ITALIE. 299 

intact. Le martyrologe romain que l'auteur de l'hiérony- 
mien a incorporé dans sa compilation, et qui se laisse 
isoler dans ses parties principales ' est plus précis et plus 
complet. En tenant compte des évêques dont l'ordination 
figure dans la liste en même temps que la déposition, on 
arrive à conclure que le calendrier romain a été à plu- 
sieurs reprises l'objet d'une revision. Probablement rédigé 
sous Miltiade (311-314), il subit des retouches ou reçut 
des compléments sous Marc (336), sous Libère (352-366), 
sous Innocent (401-417) ; il prit sa forme définitive peu 
après la mort de Boniface (422). Nous constatons ces 
additions en ce qui concerne la liste des évêques -. Celle 
des martyrs, arrêtée dans les premières années de la paix 
religieuse, reçut-elle aussi des accroissements par la même 
occasion ? 

Cela n'est nullement improbable. Nous savons en effet 
que Damase (366-384) s'occupa de remettre en honneur 
les tombeaux des martyrs et il y a lieu de penser que ses 
travaux aboutirent parfois à des découvertes que le calen- 
drier ne faisait pas pressentir 3 . Il est superflu d'ailleurs 
d'insister sur l'importance de l'œuvre épigraphique de 
Damase au point de vue de l'hagiographie. Ses petits 
poèmes, si gauchement versifiés, outre qu'ils renferment 
parfois la plus ancienne version connue de la légende du 
saint, aident singulièrement à fixer la topographie de la 
Rome souterraine. D'autres documents épigraphiques, 
moins solennels, viennent à propos compléter la série 
Damasienne, inscriptions votives ou simples graffiti, 
témoins irrécusables de la dévotion du peuple. 

(1) Voir l'essai de restitution du mois de janvier, Duchesne, dans 
Act. SS. novemhr. t. II, p. [xlvhi|. 

(2) Duchesne. t. c. p. [l]. 

(3) Plus haut, p. 89-90. 



300 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

Tout le monde connaît Y Index oleorum, les étiquettes 
des fioles d'huile recueillies sur les tombeaux des martyrs 
et envoyées à la reine Théodelinde, et toute cette littéra- 
ture des itinéraires dont plusieurs reposent sur des 
documents antérieurs au grand mouvement des transla- 
tions, représentant par conséquent l'état des sanctuaires 
tels qu'ils étaient demeurés jusque vers le milieu du VII e 
siècle '. On sait que les premiers corps saints enlevés aux 
cimetières suburbicaires pour être transportés dans l'inté- 
rieur de la ville sont ceux des saints Primus et Felicianus, 
que le pape Théodore (642-649) fit déposer dans la basili- 
que de Saint-Etienne. Quelle que soit l'antiquité de ces 
sources, elles ne sont pas infaillibles, et elles ont les 
défauts de ce genre de documents, qui doivent toujours 
être interrogés avec certaines précautions. 

Nous avons enfin, pour nous renseigner sur les martyrs, 
le faisceau compact des légendes romaines dont la plupart 
furent rédigées au VI e siècle. Elles donnent parfois d'utiles 
indications sur les sanctuaires qui attiraient le flot des 
pèlerins, mais sont dépourvues de toute valeur au point de 
vue de l'histoire qu'ils prétendent faire connaître 2 . C'est 
en utilisant convenablement les matériaux si disparates 
que nous venons d'indiquer, que l'on parviendra à recon- 
stituer le calendrier romain. Ce travail n'est point terminé, 



1 Nous renvoyons pour cet ensemble de documents aux tableaux si 
commodes : : ar De Rossi, Roma Sottcrranea, t. I, p. 176-83. Le 

catalogue des huiles saintes publié récemmenl par A.Sepulcri, 

1 pupiri dtllabusilica di Monza e le reliquie inviate da Roma, Archivio 

STORK LOMBARDO, 1903, p. J4I-62. 

(21 Sur les légend unes, voir notre travail l' Amphithéâtre Fla- 

vien et ses environs dans les sources hagiographiques, dans Analecta 
Bolland., t. XVI, p. 309-5J ; A. Dufourcq, Etude sur les Gesta Mar- 
tyrum romains, Paris, 1900. 



ROME ET L'ITALIE. 3OI 

et nous ne pourrons en indiquer que les grandes lignes '. 

Les origines du culte des martyrs dans l'église de Rome 
sont relativement tardives. Au cours du II e siècle, lorsqu'en 
Orient l'usage de célébrer les anniversaires des martyrs 
est en pleine vigueur, il n'en est question à Rome dans 
aucun des documents écrits qui nous sont parvenus, et la 
tradition monumentale est également muette. D'ailleurs, 
l'église romaine à cette époque ne célébrait pas les anni- 
versaires des défunts en général ; le formulaire des épita- 
phes antiques, d'où est exclu le jour de la déposition, est à 
cet égard absolument concluant. Aucun martyr antérieur 
aux persécutions du III e siècle — exception faite des apô- 
tres, et nous essayerons d'apprécier la portée de cette 
exception — n'est mentionné ni dans le calendrier philo- 
calien ni dans l'hiéronymien, et leur silence montre assez 
que le souvenir distinct des héros des premiers âges 
s'était effacé lorsqu'on commença à organiser le culte. 
Des personnages marquants dont le martyre ne fait aucun 
doute, n'ont été primitivement l'objet d'aucune commé- 
moraison liturgique. Ainsi Flavius Clemens, les deux 
Domitille, Acilius Glabrio, le pape Télesphore, Ptolémée 
et Lucius, Justin le philosophe et ses compagnons, le 
sénateur Apollonius. Les plus anciens martyrs cités dans 
les fastes sont Calliste (f 222), Pontien et Hyppolyte 
(après 235). Mais je n'oserais affirmer que l'institution du 
culte des martyrs à Rome remonte aux jours de la déposi- 



1 Malgré les réserves que nous avons cru devoir faire (Analcct. Bol- 
land., t. XXI, p. 89-931 à propos du livre de M. Urbain, Ein Martyrolo- 
gium der christlichen Gemeindc zu Rom am Anfang des V Jahrhundcrts, 
dans Texte und Untersuchungen zur Geschichte der altchrist- 
lichen Literatur. N. F., t. VI, n.3, nous devons confesser qu'il nous 
a été fort utile. 



302 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

tion de ces saints personnages. Il suffirait de dire qu'il a 
été introduit par une génération suffisamment rapprochée 
pour n'avoir pas perdu leur souvenir. Divers indices 
donneraient à penser que ce n'est guère que dans la 
seconde moitié du III e siècle que l'organisation devint 
sérieuse et l'observation des anniversaires un peu régu- 
lière. Des martyrs de la persécution de Valérien, comme 
le prêtre Moyse ', ne sont point commémorés, et la date de 
la déposition du pape Corneille lui-même n'est point con- 
nue. On a joint sa fête à celle de S.Cyprien, son illustre col- 
lègue et ami, qui certainement ne mourut pas le même jour. 
Ne faudrait-il pas dater les débuts du culte des martyrs à 
Rome de cette période où nous le voyons en pleine vigueur 
dans l'église d'Afrique, avec laquelle celle de Rome entre- 
tenait alors des relations extraordinairement suivies et 
intimes ? Nous n'insisterons pas, faute d'indices con- 
cluants, sur l'hypothèse de l'importation transmarine. 
Le fait de l'origine tardive est mieux établi. 

On objectera sans doute la présence des noms des apô- 
tres Pierre et Paul dans la Depositio martyrum. Ne faut-il 
pas en conclure que tout au moins ils faisaient exception 
à la règle générale, et peut-on s'imaginer que le culte des 
fondateurs de l'église romaine n'ait point commencé au 
lendemain de leur mort? Il est incontestable que les 
romains connaissaient, au II e siècle, l'emplacement des 
tombeaux des apôtres. On a cité assez souvent ces paroles 
de Gaius, qui vivait sous le pape Zéphyrin, à Proclus, le 



i Cyprien, Epist. 27, \ : 28,1 ; 31, i ; 32, 1 ; 37* ; 55- 5 : presbytero 
Moyse tutu adhuc conf essore nunc iam martyre subscribente. Hartel, p. 
627. Corneille dans Ei Uist eccl., VI, 43, 20 : Mwafïç. ô paKci- 

pioç pâpTUÇ, 6 TTtxp' nuiv tvufxoç paprupriaciç Ka\f\v Tiva ku'i 
6auuaaT»'iv uupTwpiav. 



ROME ET L'ITALIE. 303 

chef des Cataphrygiens : « Quant à moi j'ai à montrer les 
trophées des apôtres. Si vous voulez aller au Vatican ou 
sur la voie d'Ostie, vous trouverez les trophées des fonda- 
teurs de cette église '. » Ce texte prouve que l'on gardait 
pieusement la mémoire des deux grands « coryphées », 
mais non pas qu'elle était l'objet d'une commémoraison 
liturgique -. 

L'ensemble des textes qui se rapportent aux plus an- 
ciennes manifestations du culte des saints apôtres a été 
l'objet de discussions compliquées qui n'ont abouti à aucu- 
ne solution entièrement satisfaisante. Nous ne pouvons 
nous dispenser d'en dire quelques mots, bien que nous 
n'ayons pas la prétention de clore le débat. Il s'agit, en 
somme, d'expliquer l'article du férial romain à la date du 
29 juin. La formule philocalienne est celle-ci:.P^n in Cata- 
cumbas et Pauh Ostense Tusco et Basso cons. [258]. On lui 
préférera comme plus claire et probablement plus ancien- 
ne celle du martyrologe hiéronymien, telle qu'il faut la 
restituer : Romae natale sanctorum apostolorum Pétri et Paulin 
Pétri in Vaticano via Aurélia, Pauli vero via Ostiensi, utrum- 
que in Catacumbas Basso et Tusco consulibus 3 . La date con- 

1 Dans Eusèbe, Hist. eccl., II, 25, 7. 

(2) Nous ne voulons par nous attarder à réfuter les subtilités que 
l'on a accumulées pour essayer de démontrer que TpÔTiaia ne peut signi- 
fier les tombeaux. Elles ont été renouvelées récemment par Guigne- 
bert, La primauté de Pierre et la venue de Pierre à Rome, Paris, 1909, 
p. 304-11, sans rendre la thèse plus plausible. M. P. Monceaux 
l'a fort bien montré dans Revue d'hist. et de htt. relig., 1910, p. 231-33. 

(3' Voir Duchesne, Le Liber pontijîcalis, t. I, p. cv. Dans le manus- 
crit de Berne Via Aurélia est placé immédiatement après Romae. Nous 
supprimons le passi sub Nerone entre Catacumbas et Basso. C'est certai- 
nement une interpolation. M. Monceaux, dans Revue d'hist. et de Htt. 
telig., t. c, p. 236, propose la restitution suivante : Passi sub Nerone 
Basso [et Crasso cons an.6i) translate in Catacumbas Basso] et Tusco 
consulibus. L'hypothèse est séduisante, mais la tradition manuscrite ne 
lui donne aucune probabilité. 



304 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

sulaire, ne pouvant être celle de la mort des apôtres, 
doit se rapporter à un fait liturgique : une transla- 
tion de reliques ou l'institution d'une fête. La première 
explication semble trouver un appui dans une inscription 
Damasienne placée précisément à l'endroit de la voie 
Appienne ad Catacumbas, dans la crypte dite Platoma ou 
Platon ia, ubi iacuerunt corpora sanctorum apostolorum Pétri 
et Pauli comme dit le Liber pontificalis dans la Vie de 
Damase, et aussi les itinéraires. Voici le texte de l'inscrip- 
tion. 

Hic habitasse prius sanctos cognoscere debes, 
nomina quisque Pétri pariter Paulique requins. 
Discipulos oriens misit,quod sponte fatemur : 
sanguinis ob meritum — Christum per astra secuti 
aetherios petiere sinus regnaque piorum — 
Roma suos potius meruit defendere cives. 
Haec Damasus vestras référât nova sidéra laudes '. 

On conviendra que cette poésie ne pèche point par 
excès de clarté, et l'on ne s'étonne pas de la variété des 
interprétations qu'elle a fait naître. 

Celle qui a eu le plus de succès, c'est l'histoire des 
orientaux qui tentent d'emporter dans leur pays 
les corps de leurs compatriotes, et qu'une inter- 
vention céleste oblige à abandonner leur trésor au 
troisième mille de la voie Appienne. Cette tradition, que 
représentent les Acta Petriet Pauli 2 , la lettre de S. Gré- 
goire le Grand à l'impératrice Constantine *, les Actes 

m Ihm, Damasi epigrammata, 26. 

■ BHG*. 1490, c.87. 
13 Registr. IV, 30, Ewald-Hartmann, 1. 1, p. 264-66. 



ROME ET L'ITALIE. 305 

de Sharbil '.s'explique fort bien par une lecture super- 
ficielle de l'inscription, où il est en effet question de dis- 
ciples venus d'Orient et d'une station des apôtres à tel 
endroit : hic. Il est possible que le Liber pontificalis et les 
itinéraires, tout en étant moins précis, soient les échos de 
la même tradition. Tous ces documents d'ailleurs impli- 
quent l'idée d'une translation, quelles qu'en aient été les 
circonstances. 

En partant de ce fait que le hic habitasse prius sancios se 
rapporterait à un séjour des corps saints aux catacombes, 
on a essayé de donner une base scientifique à l'hypothèse 
de la translation. 

L'année 258, dit-on, est une année de persécution 2 . 
L'édit rendu, dès l'année précédente, contre les chrétiens, 
portait défense de tenir des réunions et d'entrer dans les 
cimetières. Ceux-ci furent probablement surveillés parla 
police tant que dura la persécution. 

Les tombes apostoliques du Vatican et de la voie d'Ostie 
devaient être les premières menacées. « La prudence com- 
mandait d'en extraire les reliques des apôtres et de les 
cacher en quelque endroit où la police ne fût pas tentée 
d'aller les chercher, où même les fidèles n'eussent pas 
autant de facilité de se réunir pour les vénérer. Le monu- 
ment des catacombes satisfait admirablement à cette con- 
dition. » Certes, une fois acceptée l'idée de la translation, 
on ne saurait mieux harmoniser des textes qui paraissent 
discordants. 

Mais l'hypothèse ne s'impose pas, même à la lecture 
des vers de Damase, et elle se heurte, nous semble-t-il, à 

(11 BHO. 1049. 

2 Nous résumons ici, presque dans ses propres termes, l'argumen- 
tation de Mgr Duchesne, Le Liber pontificalis. t. I, p. evi, 

Cuit. Mart. 20 



306 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

de telles difficultés, qu'on ne saurait la regarder comme 
probable. S'il est une résolution que les chefs de l'église 
ne devaient pas songer à prendre, c'est bien celle de 
transférer ailleurs les corps des apôtres. Punissable à 
toute époque, la transgression des lois qui assuraient le 
respect des sépultures eût emprunté aux circonstances 
une gravité exceptionnelle, et il eût été bien difficile d'ac- 
complir un tel acte en des endroits entourés d'une sur- 
veillance spéciale. Et puis, l'idée d'une translation serait- 
elle venue à des Romains, que les mœurs et la législation 
avaient pénétrés d'un respect pour les morts, que nous 
serions tentés de qualifier de superstitieux, et qui eut 
une si heureuse influence sur la discipline du culte 
des reliques ? D'autant que, puisque la police veillait 
à l'entrée des cimetières, les tombeaux n'étaient 
exposés à aucune prolanation, et que, si l'on avait 
vu des magistrats dans les provinces refuser la sé- 
pulture aux martyrs, il était sans exemple, jusque là, que 
l'on eût violé leurs tombeaux. 

On suppose d'ailleurs, et logiquement puisque S. Pierre 
fut rendu au Vatican, S. Paul à la voie d'Ostie, qu'il 
ne s'agissait que de les soustraire temporairement aux 
entreprises des infidèles. Mais alors on ne conçoit plus 
que L'on ait fait de l'événement une commémoraison 
solennelle. Le jour qui devait laisser une trace dans le 
férial était celui du retour triomphal des apôtres à leur 
demeure primitive, désormais abritée sous une somptueuse 
basilique, et non celui de l'enlèvement furtif commandé 
par le malheur des temps. 

Le martyrologe du 29 juin n'a donc point gardé, nous 

nble-t-il. le souvenir d'une translation, et nous serions 

plus portes à croire qu'en tait les saints apôtres n'ont 

jamais été troubles clans leur repos depuis le jour où ils 



ROME ET L'iTALII . 307 

furent déposes au Vatican et sur la voie d'Ostie. Mais alors 
l'anniversaire ne peut être que celui de l'institution, en 
258, d'une fête en l'honneur des apôtres. 

Cette solution ne va pas non plus, nous le savons, sans 
quelques difficultés. C'était bien le moment, pourra-t- 
on dire, en pleine tourmente, un bon mois avant le mar- 
tyre du pape Xyste, d'instituer une fête liturgique, et de 
convier les fidèles à se réunir à des endroits interdits. 
L'objection se présente tout naturellement. Mais nous 
sommes peut-être trop mal renseignés sur les détails du 
régime de la persécution pour trancher ces questions. A 
Cartilage, on se préoccupait de régler le culte alors qu'une 
foule de confesseurs attendaient le martyre en prison. Et 
savons-nous si, après l'édit de 257, une accalmie ne s'était 
point produite à Rome au début de l'année suivante, une 
suspension momentanée des rigueurs, dont l'église aurait 
profité trop tôt, attirant ainsi l'attention des autorités et 
provoquant une recrudescence de sévérité ? 

On demandera encore la raison du choix de la voie 
Appienne pour la commémoraison commune des deux apô- 
tres. Il n'est pas impossible que leur souvenir fût ratta- 
ché par la tradition à un point précis de cette route par 
laquelle, venus d'Orient, ils étaient entrés dans la ville 
éternelle, et qui sait si le hic habitasse prius sanctos cognoscere 
debes ne doit pas être entendu sans métaphore ? Ne serait- 
ce pas pour permettre à tous les quartiers de la grande 
ville de se rendre plus aisément à la réunion du 29 juin 
que l'on a songé à multiplier les stations ? 

Tantae per urbis ambitum 
stipata tendant agmina ; 
trinis celebratnr viis 
festum sacrorum martyr um 2 . 

(1 Ambrcise, Ilymn. X. Steier, Untersuchungen ùber die Echtli.it 
der Hymnen der Ambrosius, Jahrbùcher fur klassische Philologie, 
Supplementband XXVIII, p. 656. Cf. p. 611-17. 



308 CENTRES DU CULTE DES MARTYTS. 

Nous ne chercherons pas, d'ailleurs, à tirer des ren- 
seignements bien précis d'un texte aussi obscur que celui 
de Damase. On ne peut se méprendre sur le sens général, 
encore que le détail des circonstances qu'il reflète 
nous échappe. 

Le pontife répond aux Orientaux qui, sans doute, reven- 
diquaient pour eux les deux grandes gloires de l'église 
Romaine : « Nous l'avouons, c'est vous qui nous les avez 
envoyés ; mais ils sont devenus nos concitoyens en 
versant leur sang au milieu de nous. » Faut-il aller plus 
loin et lire entre les lignes des allusions aux pre- 
mières rivalités entre les églises d'Orient et d'Occi- 
dent ? Ce serait peut-être un excès de pénétration, 
et il nous suffit de constater que Damase insiste sur 
tout autre chose que la présence des apôtres. L'on recon- 
naîtra aussi que, s'il avait voulu rappeler le séjour de leurs 
reliques, la tyrannie du mètre ne l'en aurait pas empêché, 
puisqu'il suffisait, au lieu d'écrire nomma, de dire : cor- 
pora quisque Peiri pariter Paulique requiris. 

Nous n'insisterons pas davantage. A partir du moment 
où nous constatons que la foule des fidèles afflue à Rome 
pour célébrer la fête des apôtres, avec L'enthousiasme que 
décrit Prudence ' et que partageait un habitué du pèleri- 
nage romain, Paulin de Noie -, S. Pierre reposait au Vati- 
can, S. Paul sur la voie d'Ostie. 

S'il fallait prendre à la lettre les descriptions de Pru- 
dence, la fête de S. Hippolyte à Rome, le jour des ides 
d'août, l'aurait à peine cédé en solennité à celle des 
apôtres. On ne trouve pas de trace ailleurs de cette 

i> Peristcph. xn. 
(a) Epist. xvn, i ; xvin, i ; xx, 2 ; xliii, i ; xlv, i; IIartel, pp. 125, 

M4- l \5, i r H, 37'J- 



ROME ET L'ITALIE. 309 

extraordinaire popularité de S. Hippolyte, et l'on se 
demande s'il n'y a pas quelque confusion dans l'esprit 
du poète avec la i'éte de S. Laurent, qui se célébrait trois 
jours auparavant, et presque au même endroit. L'impor- 
tance de celle-ci ne fait aucun doute. Les deux Mélanie 
n'étaient pas seules à la garder 1 , et Prudence n'exagère 
pas. sans doute, lorsqu'il montre les senatus luminci et les 
mlustres domus se prosterner dans la basilique du martyr 2 . 
Partout on emportait de ses reliques, et il est aisé de 
constater que S. Laurent est, dès l'antiquité, un des mar- 
tvrs dont le culte a pénétré dans tous les pays. Sa légende, 
qui paraît empruntée à l'Orient 3 , a vivement frappé les 
imaginations, et l'on crut de bonne heure avoir retrouvé 
le gril, instrument de son supplice. 

Pour nous rendre compte de l'importance du trésor de 
corps saints que cachait le sol de Rome, 

quam plena sanctis Roma sit, 
quam dives urbaman solum 
sacris sepulchris jloreat ', 

nous relèverons, en suivant l'ordre des voies qui partent 
de la capitale, les noms des martyrs dont le culte est 
sérieusement attesté dans les documents antiques que 
nous avons rappelés, et dont l'identification n'offre aucun 
doute. Nous croyons pouvoir alléger cet exposé de la liste 
des papes, même martyrs. Ils sont assez connus et il n'y a 
guère de doute sur le lieu de leurs sépultures s . 

: Vita S. Mclaniae »kk.,BHG-. 1241, c. 5. 

2 Pa-nteph., Il, 516. 521. 

3 Analcct. Bolland.. t. XXXI, p. 264. 
. Prudence, Peristeph., n, 542-44. 

5 Un tableau d'ensemble dans Urbain, Eu: Martyrologium der 
christlickai Gevuindc zu Rom, p. 102-109. 



3IO CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

Via Salaria vêtus. Indiquons d'abord les articles 
suffisamment clairs du martyrologe hiéronymien se rap- 
portant à la voie Salarienne. 

ii juin : via Salaria natale sanctae Basillae. 
17 juin : ad Septem Palumbas via Salaria vetere sancto- 
rum Blasti, Diogenis '. 

24 juin : in cimiterio ad septem Palumbas via Salaria 
vetere Festi -'. 

28 août : via Salaria vetere in cimiterio Basillae Hcr- 
metis. 

11 septembre : via Salaria vetere in cimiterio Basil- 
lae sanctorum Proti et Iacinti 3 . 

22 septembre : via Salaria vetere in cimiterio eius- 
dem Basillae. 

Les trois dernières fêtes sont marquées dans la Depo- 
sitio martyrum, et celle du 22 septembre est accompagnée 
d'une date Diocletiano IX et Maximiano VIII consul. [304]. 
Nous ignorons ht raison du double anniversaire 11 juin 
et 22 septembre de Basilla ; mais les preuves du culte ne 
manquent pas. A défaut des itinéraires et de V Index oleo- 
rum nous aurions encore à citer ces inscriptions domina 
Iiassilla commandamus tihi Crescentinus et Micina i ; com- 
mando Bassila innocentia Gemelli*. Il n'y a aucun doute 
non plus au sujet des autres saints. Les pèlerins citent 
leurs noms, et nous en rencontrons plusieurs sur une 
inscription découverte dans l'église de Saint-Marcel-in- 

11 Les manuscrits placent Cyriaci entre les deux noms. 
(2) Suivi clans les manuscrits de Luciue cum aliis XXII etc. Je n'ose- 
rais identifier Lucia avec la Lucina de Y Index olcnrum. 

; \. manuscrits B, W ajoutent: qui fucrunt doctorcs christianac 
logis sanctae Eugeniae et Basillae 
(4.) Marucchi, Monumenti cristiani dcl museo Pio-Lateranense, tav. 

LI. 17 

(5) Ibid., tav. LI, 16. 



ROME ET L'ITALIE. 311 

Via-Lata : Hic requiescunt corpora sanciorum Iohanni pres- 
byteri, Blasti. Diogeni et Longini marturum '. Une inscrip- 
tion métrique, taisant allusion aux dévastations des Goths, 
fut placée sur le tombeau du martyr Diogène au VI e siè- 
cle ». 

Le martyr Jean, assez célèbre pour avoir été à une cer- 
taine époque l'éponyme du cimetière ad septem Palumbas 
ad caput S. loliaunis 3 , figurait probablement dans le mar- 
tyrologe au 24 juin, avec Festus, et aura été absorbé 
par les autres Jean, le Précurseur et l'Evangéliste, qui 
sont commémorés le même jour. Une église de S. Her- 
mès à Antium * est signalée dans la vie du pape Boniface 
(418-422), et S. Grégoire envoie à Chrysante, évêque de 
Spolète, des reliques des saints Hermès et Hyacinthe " . 
Sa correspondance ne mentionne pas moins de quatre 
monastères ou églises dédiées à S.Hermès en Sicile, en 
Sarclai -ne, en Italie 6 . Il n'est pas bien certain que le 
tombeau de S. Hermès ait été orné d'une inscription 
Damasienne 7 ; le pape Pelage (579-590) y fit construire 
une basilique 8 . Protus et Hyacinthe ont été célébrés 
par le pontife 9 , et plus tard deux autres inscriptions 
métriques attirèrent l'attention des visiteurs sur leur glo- 
rieuse sépulture l0 . Nous ne pouvons omettre de rappe- 
ler ici un fait unique dans l'histoire des Catacombes 
romaines. 

1 Gatti. dans Bullcttino commtale, 190g, p. 113-15. 
2) De Rossi, Inscriptiones christianae Urbis Romac, t. II pp. 83-100. 
;) Index coemeteriorutn dans De Rossi, Roma sotteranca, t. I,p. 176. 
14' Dui hesne, Le Liber pontificalis, 1. 1, pp. 227, 229. 

(5) Regisir. IX, 49, Hartmann, t. II, p. 76. 

(6) Hartmann, t. c. p. 490. 

(71 Ihm, Damasi epigrammata, 52. 

(8) Duchesne, t. c. pp. 309-310. 

(9) Ihm, Damasi epigrammata, 49. 

(10) Ihm. Damasi epigrammata, 96-97. 



312 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

En 1845, une tombe fut découverte par le P. Marchi, 
intacte, et portant cette inscription : 

DP III IDVS SEPTEBR 
YACINTHVS 
MARTYR 

Elle avait échappé aux recherches lors des translations 
du IX e siècle et l'on put vénérer les os carbonisés du mar- 
tyr tels qu'ils y avaient déposés le jour de son supplice '. 

Nommons encore, avec les itinéraires et V Index, Maxi- 
mum ou Maximilianus, qui est peut-être au martyrologe le 
26 août, Herculanus, Crispus, Longinus celui-ci men- 
tionné sur l'inscription de Saint-Marcel, et S. Liberalis. 
Une grande inscription en l'honneur de ce dernier com- 
mence par ces vers : 

Martyris hic sancti Liberalis membra quiescunt 
Qui quondam in terris consul honore fuit 2 . 

Quel est ce consul devenu martyr ? On n'est point par- 
venu à le déterminer 3 . 

Via Salaria nova. Le martyrologe donne la liste sui- 
vante : 

31 décembre : Via Salaria in cimiterio Iordanorum 
Donatae Paulinae Ruslicianae Nominandae Serotiuae 
Saturninae Ililariae *. 

10 juillet : Felicis et Filippi in Priscillac et in Iordano- 
rum Martialis Vitalis Alexandri. 

et in Maximi Silani ; hune Silanum martirem Novati 
furati sunt. 

(1) (1 M<archi>, Monumenta délie arti cristiane primitive (Roma, 
184.4), P- -'38-72 ; De Rossi, Bulletino, 1894, p. 21-34. 

■1 1 m Rossi, Inscriptiones christianae I r rbis Romae, t. II, p. 101, n. 23. 
i autre in on se rap] ne martyr, p. 104, n. 38. 

1. Bullettino, 1888-89, P- 54- 
(; Cf. Du< hesne, dans Art. SS. nov. t. II, p. [xlvJ. 



ROME ET L'ITALIE. 313 

12 août : []'ia Salaria] Chrysanthi Dariae Iasonis 
Mauri et militum LXX '. 

23 novembre : In cimiterio Maximi Felicitatis. 

29 novembre : Saturnini in Trasonis. 
Nous empruntons les notices du 10 juillet et du 29 no- 
vembre à la Depositio martyrum. On sait que la légende a 
t'ait des Sept martyrs du 10 juillet - ceux que nous avons 
cités, plus Ianuarius enterré au cimetière de Prétextât 
- des frères, fils de S te Félicité dont la fête est marquée 
au 23 novembre. 

L'hiéronymien s'en fait l'écho : Roinae natale sanctorum 
germanorum, et S. Grégoire fait allusion aux g esta emenda- 
itora qui rapportent leur histoire -'. La tradition primitive 
l'ignore. Damase dans son inscription en l'honneur des 
saints Félix et Philippe ne sait rien de cette parenté 3 ; 
et les trois vers qui se rapportent à S te Félicité sont d'ori- 
gine douteuse *. L'inscription qui fut placée, par ordre du 
pape Vigile (537-555), près de la sépulture des saints 
Vital, Martial et Alexandre 5 est conçue en termes géné- 
raux et s'applique à tous les martyrs 6 . Le pape Boniface 
(418-422) construisit un oratoire sur le tombeau de S te Fé- 
licité, près de laquelle il se fit enterrer lui-même. Il orna 
cette tombe sainte en même temps que celle de S. Silanus, 
dont les reliques avaient sans doute repris leur place pri- 



(1) Entre Daria et Jason les manuscrits insèrent Claudii, Hilariclc. 

2 Homil. in evangelia III, 3, P.L. t. LXXVI, p. 1087. 

31 Ihm, Damasi epigrammata, 47. Cette inscription fait corps avec le 
n.91 qui doit la précéder. Voir Duchesne, dans Mélanges Boissicr 
(Paris, 1903). p. 169-72. 

(4) Ihm, Damasi epigrammata, 41. 

(5) Il est dit dans la vie du pape Symmaque (498-514) : Hic fecit cyme- 
terium Iordanorum in vu lins propter corpus sancti Alcxandri. Duchesne, 
Le Liber pontificalis, t. I, p. 263. 

(6) Ihm. Damasi epigrammata, 89. 



314 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

mitive depuis que le pape Innocent (401-417) avait repris 
aux Novatiens plusieurs de leurs églises '. 

Le 29 novembre, l'hiéronymien répète à côté de Saturni- 
nus, Chrysanthi, Mauri, Dariae et aliorum LX (al. LXXXII). 
Tous ces martyrs ont été célébrés dans des inscriptions 
métriques. Celles de S. Saturnin, de S. Maurus (insontem 
puerumj et des soixante martyrs sont de Damase * ; celle 
des SS.Chrysanthe et Darie est d'époque postérieure \Ces 
deux suints ont d'ailleurs joui d'une grande célébrité, 
dont leur légende * et Grégoire de Tours s font compren- 
dre la raison. Le nom de S. Jason que nous rencontrons 
au 12 août est attesté par l' Index, les étiquettes des am- 
poules et les itinéraires, comme les autres noms que nous 
venons de passer en revue. 

De même qu'ils allaient vénérer sur la voie Salarienne 
les Sept frères, les pèlerins y avaient découvert un 
groupe de Sept vierges B . Les noms répondent assez 
bien à ceux de l'hiéronymien au 31 décembre. Mais nous 
ne savons pas comment le groupe s'est constitué. Hilaria 
appartient à d'autres combinaisons ; elle a son rôle dans 
la légende de Chrysanthe et Darie. cle même Claudius, et 
c'est sous l'influence de cette tradition que Claudius et 
Hilaria ont pénétré dans les martyrologes au 12 août. 
L'abrégé De locis et la Notitia de Guillaume de Malmes- 
bury citent un S. Semetrius, que certains manuscrits de 



1 Du< hesne, Le Liber pontifiât lis, t I, p. 227 ; cf. p. 229, n. 13 ; p. 
521, n. 108. — Signalons ici une inscription votive à S*e Félicité : Pctrus 
et Pancara botuposue ru nt martun Felicitati. Oderk 1, Sylloge veterum 
inscriptionum, p. 268. 

Iiim. Datnasi epigrammata, 46 (cf. 88), 44,43. 
; Iiim. Damasi epigrammata, 87, cf. 45. 
i 4 l m IL. 1787 ; BHG». 313. 

oria martyrum, xxxvn. 
Voir le De Locis, • 1 Guillaume de Malmesbury. 



ROME ET L'ITALIE. 315 

l'hiéronymien placent au 26 mai sous la rubrique Romae. 
D'après la Légende, S u Praxède aurait enseveli ce martyr 
avec vingt-deux autres clans le cimetière de Priscille, le 
23 juin '. Il n'est sans doute pas différent du titulaire d'un 
monastère romain dont il est fait mention dans le Regis- 
tre de S. Grégoire et dans le Liber pcmtificalis '. 

Bien que nous ne puissions pas fixer la date de sa fête, 
le martyr Criscentio appartient incontestablement au lerial 
de la voie Salarienne Les itinéraires le nomment Cres- 
centius ou Crescentianus. Le Liber pontificalis place la 
tombe du pape Marcellin dans le cimetière de Priscille 
in crypta iuxta corpus sancti Criscentionis \ Voici une inscrip- 
tion du même cimetière qui se rapporte à ce martyr : 
Filicissimus et Leopar[da emerunt locum] bisomum at Criscent- 
[ionem martyr em] wtroitit *. 

VlA NOMENTANA. Nous suivrons, avec le martyrologe, 
la voie Nomentane dans toute son étendue. 

21 janvier : Agnetis m Nomentana. 

20 avril : in cimiterio maiore via Nomentana Victoris 
Fehcis Alexandri Papiae 5 . 

3 mai : Via Nomentana miliario VII Eventi Alexandri 
Theoduli. 

9 juin : Via Nomentana ad arcus miliario ATT' Primi et 
Feliciani. 

16 septembre : Via Nomentana ad Caprea in cimiterio 
maiore Emerentianetis Papiae Felicis Victorii Alexandri. 
L'annonce du 21 janvier est empruntée à la Depositio 

1 RHL. 6920. 
(2) Voir P. F. Kkhr, Regcsta pontificum Romanorum, t. I, p. 120-121. 

3 DUCHESNE, t. I, p. IÔ. 

(4) Nuovo bullcttino di archeol. cristiana t. XIII '1907), p. 125. 
15' Sur la lecture cimiterio maiore, voir De Rossi, Del luogo 
appcllato ad capream dans Bcllettino comunale, 1883, p. 246. 



316 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

martyrum. L'hiéronymien mentionne en outre S te Agnès 
le 27 et le 28 janvier. La signification primitive cle cette 
fête qui est devenue S. Agnetis secundo n'a pas été tirée au 
clair. Nous pouvons nous dispenser d'insister, pour le 
reste, sur la popularité et l'extension du culte S te Agnès. 
Sa basilique, que les pèlerins ne manquaient jamais de 
visiter, est comptée parmi les fondations Constantiniennes, 
et les papes Libère, Symmaque, Honorius s'occupent 
successivement de l'embellir et de la restaurer ' ;Damase fit 
graver en l'honneur d'Agnès une de ses plus belles inscrip- 
tions que nous admirons encore -. Prudence lui donna une 
place dans sa galerie poétique "", et porta au loin la gloire 
de la jeune martyre. 

Le S. Alexandre du 3 mai a été confondu avec le pape 
du même nom *. On a retrouvé son cimetière et sa basili- 
que avec ce fragment d'inscription :...] et Alexandro Deli- 
catus voto posuit dedicante aepiscopo Urso *. Cet Ursus 
pourrait être l'évêque de la ville voisine de Nomentum, 
lequel vivait sous le pape Innocent (401-417). Les saints 
Primus et Felicianus reposèrent ad arcus Numentanos intra 
arenarium, comme le dit leur Légende 8 , jusqu'au moment 
où le pape Théodore leur assura un abri plus sûr à l'inté- 
rieur de Rome 7 . 

Les martyrs du 16 septembre, qui tous, à l'exception de 
S te Émerentienne 8 , paraissent également au martyrologe 



11 Du< m ■■ . / e Liber pontificales, pp. 180, 196, 207, 209. 
(3) Ihm. Datnasi cpiçrammata, 40. 

Peristeph. xiv. 
14 Duc hesnb, Le Liber pontificalis, t. I, p. xci-xcii. 
151 De Rossi, Inscriptiones christianae l 'rbis Remue, t. I, p. vu. 

6) III IL. 6932. 

7 In. HESNB, t. C. p. 332. 

Sur [a ' r\ | Émerentienne, voir M. Armellini, GU anti- 

miUri cristianURomA, 18931, p. 273-84. 



ROME ET L'ITALIE. 317 

le 20 avril, sont cités dans les vieilles topographies. On les 
retrouve sur une inscription précisément avec la date du 
16 septembre ' : 

XVI kal. octob. marturoro i^n cimi] 

teru maiore Victoris Feli[cis] 

Emerentianetis et Alexan L dri] 
Papias seul fait défaut. Ces martyrs ont-ils tous souffert 
la mort le même jour, ou avons-nous ici l'indication d'un 
anniversaire commun des saints du cimetière majeur ? 
Nous n'avons pas le moyen de le décider. 

On a rapproché de ce groupe les deux saints auxquels 
est dédiée l'inscription suivante : Sanctis martiribus Papro 
et Mauroleoni donnas votum reddiderunt Camastus qui et Ascle- 
pius et Victorina ; natale h(abent) die XIII kl. octob. pueri qui 
votum hoc [fecerunt] Vitalis, Maranus, Abundantius, Teles- 
forus -'. On les identifie avec les saints Papias et Maurus, 
dont il est fait mention dans les Actes de S. Marcel ? . De 
Rossi suggère de corriger la XIII kl. oct. en XVI kl. oct. De 
cette façon le Papias du groupe binaire ne serait autre que 
le Papias du 16 septembre, et Maurus ne serait omis dans 
cette liste que par négligence, dont la forme corrompue Ma- 
gnus pour Maurus dans un des manuscrits serait la preuve 4 . 
Ces ingénieuses combinaisons semblent un peu fragiles, et 
l'identité de Paprus avec Papias, de Mauroleon avec Mau- 
rus n'est guère certaine. 

Via Tiburtina. Voici l'extrait du martyrologe : 



h De Rossi, Bullettino comunalc, 1883, p. 247, et fac-similé. 
2) De Rossi, Bullettino, 1877, P- I0 > Marucchi, Monumenti cristiani 
dcl museo Pio-Lateranense, tav. XLIV. 7, 12. 
3, BHL.5234 
4) De Rossi, Bullettino comunalc, 1S83, p. 248. 



318 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

22 février : Via Tiburtina ad sanctum Laurentium 
natale sanctae Concordiae. 

27 juin: Via Tiburtina miliario IX natale VII germa- 
norum Crescentis Iuliani Nemesi Primitivi Iustini Stactei 
Eugenii l . 

18 juillet : Via Tiburtina miliario IX Sempherosae mairis 
VII germanorum i . 

4 août : Via Tiburtina in cimiterio sancti Laurentii Cris- 
centionis et Iustini. 

10 août : Laurenii in Tiburtina. % 

13 août : Ypolitiin Tiburtina. 

23 août : in cimiterio S. Laurentii Habundi et Here- 
naei \ 

Le texte des commémoraisons du 10 et du 13 août est 
emprunté à la Depositio martyrum. Tous les noms de la 
liste sont relevés également dans les itinéraires •, qui en 
ajoutent quelques autres, comme Cyriaca, l'éponyme du 
cimetière, dont ils font une martyre, une reine Triphonia 
et sa tille Cyrilla, S. Romain, celui-ci bien connu par la 
légende 5 . La tradition populaire, aidée sans doute par 
Les hagiographies 6 , paraît avoir suivi sur la voie Tiburtine 
le procédé qui, sur un autre point du territoire, a valu à 



(1) Cette restitution, au moyen des Actes de Stt Symphorose, BHL. 
7971, est d'AcHELls, Die Martyrologien, p. 160. 

121 Les noms des sept frères, qui suivent dans les manuscrits, sont 
tout différents de ceux du 27 juin, et n'ont aucun lien avec Ste Sym- 
phorose. 

3 Nous extrayons cet article d'une liste infuse où se suivent 

Habundi Innounti Merendini. On ne sait d'nu provient le second de ces 
noms. N aidons le troisième comme une corruption de Here- 

naeus, Ircnaeus. 

<l Sur les basiliques de PAgro Vcrano voir De Rossi, BuUetthw, 
1864, p. 41-45. 

( 5) BHL. 4753- 

(6) BHL. 7971. 



ROME ET L'ITALIE. 319 

3 tc Félicité une famille de sept martyrs. Sept saints, qui 
l'avaient probablement d'autre lien que la proximité des 
ombeaux ou des anniversaires, ont été transformés en 
rères et donnés comme fils à S ts Symphorose. On ne sait 
l'ailleurs pas exactement comment la série du 27 juin s'est 
ormée. Plusieurs noms font double emploi avec ceux 
['autres dates, et l'on constate également des doublets 
lans les listes des saints de la voie Tiburtine dressée par 
es pèlerins. Les restes de la basilique de S tc Symphorose, 
lu neuvième mille, ont été mis au jour par les archéolo- 
gues '. Dans la Vie du pape Adrien, il est question d'une 
iglise, voisine de celle de S. Laurent, dédiée à S. Etienne, 
\bi corpus S. Leonis episcopi et martyris quiescit *. La basili- 
[ue fut consacrée par le pape Simplicius (468-483) ; 
>. Léon doit être l'évêque dont on a l'épitaphe en vers, 
ort longue 3 , mais sans la moindre allusion au martyre '. 
A Tibur (Tivoli), il y avait en 613 un oratoire de 
». Alexandre \ C'est peut-être l'Alexandre de la voie 
somentane ; mais on ne saurait l'affirmer avec certitude. 

\ "ia Labicana. Notice du martyrologe : 

13 janvier : Via Lauicana coronae milittim qaadraginta* . 



(1) E. Stevenson, Scoperta délia basilica di S. Sinforosa e dei suoi 
ittefigli, Roma, 1878. 

2. Duchesnb, Le Liber pontificalis. t. I. p. 508. 

(3/ Ihm, Damasi epigrammata, 33. 

4] Au 19 juin, nous lisons dans le martyrologe hiéronymienrA'o;»^' in 
imiterio Yppolyti via Tiburtma Honori Evodi. Ce ne sont pas des saints 
lais les ensuis de 386. Cette date est celle de l'invention des SS. Gér- 
ais et Protais annoncée plus haut. Ou ne sait quels sont les noms >l- 
apportant à la voie Tiburtine. 

15 CL.. XIV. 3S98. Cf. De Rossi, Bullettino, 1881, p. 102. 

'61 Nous négligeons avant le mot via, le mot secunde, secundi qui 
récède dans les manuscrits. Peut être faut-il lire miliario secundo, en 
icrifiant milites. 



320 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

10 février : via Lauicana miliario X Zotici Hirenei 
Amanti. 

26 mars : in cimiterio eiusdem via Lauicana natale Cas- 
tuli. 

2 juin : in cimiterio inter duos lauros via Lauicana mi- 
liario quarto Marcellini presbyteri et Pétri exorcistae. 

11 août : via Lauicana inter duos lauros Tyburti 1 . 
g septembre : Gorgoni in Lauicana. 

22 décembre : via Lauicana inter duos lauros XXX 

martyrum. 

Nous empruntons la formule du 9 septembre à la Depo- 
sitio martyrum. Y a-t-il lieu de produire aussi au 9 novem- 
bre cette notice bien connue Clementis Semproniani Claui 
Nicostrati in comitatum ? Nous avons dit ailleurs que nous 
ne regardons pas l'expression in comitatum comme une 
expression topographique -'. Néanmoins, il faut rattacher 
le groupe des saints Simpronianus, Claudius, Nicostratus, 
Castorius et Simplicius, connu sous le vocable des Quatre 
Couronnés, à la voie Labicane*. L'itinéraire de Salzbourg, 
plus précis qu'ailleurs, indique ici in uno loco in interiore 
spelunca XL martyres et in aller XXX martyres et in tertio 
IIII coronatos. A la suite de quelles circonstances les mar- 
tyrs clc Pannonie sont-ils arrivés à Rome ? Il y a sur ce 
point une grande lacune dans notre information ; mais il 
nous paraît probable que, dès le milieu du IV e siècle, ils 
reposaient dans une crypte de la voie Labicane. On ne 
saurait prétendre, en effet, qu'on ait, à cette époque, déposé 
leurs corps dans la basilique du Caelius, et la rubrique 



: I manuscrits ajoutent Valeriani et Caeciliae. 
Art. S S. nov. t. III, p. 753. 

Rappelons en passant que l'on a souvent, avec la légende, distin- 
gué les cin(| sculpteurs Pannoniens des Quatre couronnés. Les deux 
upes ne sont pas distincts. Act. S.S., t. c.,p. 760-61. 



ROME ET L'ITALIE. 321 

du manuscrit de Berne, au 8 novembre, Rotnae ad Celio 
monte, ne saurait être primitive. 

Les martyrs du cimetière vnter duas Lauros sont suffi- 
samment déterminés. Le pape Damase a rédigé en l'hon- 
neur des SS. Marcellin et Pierre une inscription qui est 
peut-être la plus précieuse de son recueil ' ; Tiburtius et 
Gorgonius aussi ont été célébrés par le pontife -'. Aucun 
d'eux n'a échappé à l'attention des pèlerins. 

Le cimetière de S. Zoticus a été retrouvé au X e mille, 
mais clans un état de dévastation qui n'a guère permis 
d'ajouter quoi que ce soit à l'histoire du culte de son titu- 
laire ' La notice du martyrologe hiéronymien, très 
embrouillée au 10 février, peut se restituera l'aide des 
martyrologes historiques i et du catalogue des reliques de 
Sainte-Praxède 5 . Ces textes permettent même d'ajouter 
aux trois noms celui de Iacintlius, qui faisait sans doute 
partie de la tradition primitive de l'hiéronymien. 

On connaît également l'emplacement du cimetière de 
S. Castulus,et nous savons par l'épitaphe d'un personnage 
enterré catabatico in secundo... [ad] dominum Castulu(m) 
in scala 6 , que la sépulture du martyr se trouvait au 
second étage. C'est par un manuscrit que nous avons con- 
naissance d'une antique inscription votive en l'honneur de 
S. Castulus 7 . Une note au Liber de locis fait mention de 

(i) Ihm, Damasi epigrammata, 29. 
.• Ihm, Damasi epigrammata, 30, 31. 

(3) E. Stevenson. // cimitero di Zotico al dcctmo miglio dclla via 
Labicana, Modena, 1876. 

(4) Qlbntin, Les martyrologes historiques, p. 49. 

5 Dayanzati, S. Prassede (Roma, 17.251, p. 335. Cf. Stevenson, t. 
c, p. 20. 

161 M. Akmei.lini. Gliantichi cimiteri cristiani iRoma, 1893), p. 325. 
N rcment retouché, en le citant, l'orthographe barbare 

de ce texte. 

7 De Rossi, Inscnptwnescliristianae Urbis Romae, t. II. p. 64. 

Cuit. Mart. 2 j 



322 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

son église et d'une autre de Saint-Stratonicus près de 
l'aqueduc. Il y a un Stratonicus parmi les martyrs trans- 
portés à Sainte-Praxède parle pape Pascal I '. 

Via Latina. Seules les notices suivantes de l'hiérony- 
mien sont suffisamment certaines : 

10 mai : via Latina in cïmiterio eiusdem natale sancti 

Gordiani et Epimachi. Via Latina ad centiim aidas Quarti 

et Quint i. 

25 décembre: in cimiterio Aproniani via Latina passio 

sanctae Eugeniae. 

[Via Latina] Iovini et Basil ei. 

Les deux derniers martyrs figurent sons la rubrique Ro- 
mae. Un passage de la Passion du pape S. Etienne les place 
sur la voie Latine -. Cette indication topographique paraît 
sérieuse. Sauf ce dernier point, les itinéraires confirment 
les notices du martyrologe. Parmi les noms que l'on peut 
leur emprunter en toute sécurité nous citerons Trophimus, 
Simplicius (Sulpitius) et Servilianus, Sophia, Tertullinus. 
A propos de la basilique des Saints-Gordien-et-Epimaque, 
restaurée par le pape Adrien, le Liber pontificalis les énu- 
mère tous comme appartenant à la voie Latine 3 . Servilia- 
nus paraît être nommé dans l'hiéronymien au 20 avril *. 

L'itinéraire de Salzbourg et Guillaume de Malmesbury 
ajoutent encore S. Nemesius, d'accord en cela avec les 
Actes de S. Etienne ''. L'inscription métrique Martyr is hic 



(1) Dàvanzati, t. c. p. 293; Marucchi, Eléments d'archéologie chré- 
tienne, t. III (Rome, 1902), p. 325. 

- I ;l IL. 7845, c. 14 : posuit iuxta corpora sanctorum Iovini et Dasilei. 
31 DO( HESNE, Le Liber pontificalis, l I, p. 509. 

141 es martyrologes historiques, qui empruntent leur 

notice sur les saints Sulpitius et Servilianus aux Actes des SS. Nérée 
et Achillée. BHL. 6058-6066. 

5 Iiim, Damasi epigrammata, 80. 



ROME ET L'ITALIE. 323 

Nentesi sedes aurait donc été placée dans un des sanctuai- 
res de la voie Latine '. 

Via Appia. L'ensemble des cimetières de la voie Appien- 
ne et de la voie Ardéatine est la région dont le marty- 
rologe est le mieux fourni, et il le serait bien davantage si 
nous tenions compte des sépultures des papes. 
20 janvier : Sebastianiin Catacumbas. 
n février : via Appia Sotcridis -. 

14 avril : in cimiterio Praetextati Tiburti Valeriani Maxi- 
mi. 

30 avril : in cimiterio Praetextati via Appia Quirini. 
19 mai : Partheni et Caloceri in Callisti Dioclctiano VII II 
et Maximiano VIII. 

29 juin : Pétri et Pauli in Catacumbas . 
10 juillet : in Praetextati Ianuari. 
6 août : in Praetextati Agapiti et Felicissimi. 
16 septembre : Appia via in eadem urbe natalis et passio 
sanctae Caeciliae virginis. 

A part celles du 11 février, du 14 et du 30 avril, et du 16 
septembre, ces notices sont des extraits de la Depositio 
niartyrum; elles ne contiennent aucun nom qui n'ait frappé 
l'attention des pèlerins. La date de l'anniversaire de 
S te Soteris est inscrite sur une épitaphe de l'année 401 : 
Bitalis pistor... depositus in pace in natale domnes Sitiretis 7 '. 
Nous nous bornerons à contater, sans y trouver d'explica- 
tion satisfaisante, la répétition au 21 avril des martyrs 

i' D'autres préfèrent, avec Marucchi, Xhovo bullettmo di archeolo- 
gia cristiana, 1905, p. 23-26, rattacher S. Nemesius à la voie d'Ostie 
et au cimetière de Commodille. Cette opinion, qui s'écarte d'ailleurs de 
celle de De Rossi, Inscriptioncs christiancie L'rbis Romae, t. II, p. 102, 
29, est faiblement appuyée. 

(2) Dans les manuscrits Sorotedis. 

> De Rossi, Inscriptiones christïanae Urbis Romae, t. I, 495. 



324 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

du 14 avril, cette fois avec la rubrique in cimiterio Callisii 
via Appia. Ils apparaissent aussi au it août, sur la voie Labi- 
cane, sans doute par l'effet d'une confusion avec un homo- 
nyme, Tiburce. S'ils accompagnent parfois, au 22 novem- 
bre, le nom de S le Cécile, c'est sous l'influence des Actes 
de la sainte ' qui lui associent ces trois martyrs, lesquels 
n'ont eu peut-être aucune relation avec elle. 

A première vue,l'hiéronymien n'enregistre aucune fête de 
S te Cécile sur la voie Appienne, où toute la tradition place 
son tombeau. La restitution par De Rossi, delà notice du 
26 septembre, n'est pas dépourvue de probabilité '-' et nous 
l'adoptons provisoirement, sans entrer dans d'autres dé- 
tails. L'histoire du culte du S tc Cécile est si compliquée et si 
peu mûre qu'il faut renoncer à l'exposer en quelques pages 3 . 

Plusieurs saints du cimetière de Prétextât ont eu les 
honneurs d'une inscription Damasienne, simple dédicace 
comme celle de S. Janvier : Beatissimo martyri Iamiario 
Damasus episcopus facit * , ou éloge métrique comme celle 
des diacres Felicissimus et Agapitus *. 

Les restes de l'activité de Damase nous permettent 
de compléter en plus d'un endroit les lacunes du calen- 
drier de la voie Appienne. On voit encore dans la basilique 
de S. Sébastien le marbre philocalien où Damase résume 
l'histoire du martyr Eutychius que nul autre document 
ne mentionne '. Un des imitateurs de Damase avait fait 

BHL. 1495. 
(2) Roma sotterranea, t. II, p. 154-55. 

ij Nous renvoyons le lecteur au travail de Mgr J. P. Kirsch, Die 
ia in der rômischen Kirche des Altertums, Paderborn, 1910, 
où le problème est bien posé. Cf. Analect, Bolland. t. XXX, p. 311. 
1 1 1 ■ 1 . Damasi epigrammata, 22. Di Rossi a trouvé au cimetière 
Prêt qu'il suppose avoir fait partie- d'une inscrip- 

tion en l'honneur de S. Cyrinus, cite dans les topographies, Ihm, 25. 
(5) Ihm, Damasi epigrammata, 23. 
Ihm. Damasi epigrammata, 27 . 



ROME ET L'ITALIE. 325 

graver tout près de là. dans la Platonia, des vers en 
l'honneur de S. Quirinus de Siscia '. là si nous retournons 
au cimetière de Calliste, nous y lisons sur la pierre 
d'abord l'histoire du martyre de S. Tarsicius, telle que la 
conservait la tradition du IV e siècle '-'.puis la belle inscrip- 
tion qui ornait la crypte pontificale, en l'honneur des nom- 
breux martyrs de la nécropole : 

Hic congesta lacet quaeris si turba piorum 

corpora sanctorum retinent veneranda sepulcra etc. 3 . 

Damase y mentionne les compagnons du pape S. Xyste: 
hic comités Xysti portant qui ex hoste tropaea. 

On sait que S. Cyprien, dans une lettre écrite peu après 
l'événement, annonce la mort, au VIII des ides d'août, de 
Xyste et de quatre diacres *. La Depositio martyrum au 6 
août indique l'anniversaire du pape dans le cimetière de 
Calliste. celui de deux de ses diacres, Felicissimus et Agapi- 
tus dans le cimetière de Prétextât. Le Liber pontifie m lis parle 
de six diacres, dont il donne les noms en deux groupes, 
ceux que nous venons de nommer d'une part, de l'autre 
Ianuarius, Magnus, Vincentius et Stephanus, probable- 
ment les quatre que mentionne Cyprien, et dont aucun 
autre document n'a conservé les noms 5 . Ce sont évidem- 
ment les comités Xysti de l'inscription Damasienne. 

Un autre vers, hic conf essor es sancti quos Graecia misit, 
se* rapporte au groupe auquel on a donné le nom de mar- 
tyrs grecs, Hippolyte, Eusèbe et leurs compagnons, dont 
une légende sms grande autorité raconte les aventu- 



(1 I hm, Damasi epigramtnata, *j6 A . 

(2) Ihm. Damasi epigrammata, 14. 

(3) Ihm, Damasi epigrammata, 12. 
141 Epist 80, 1, Hartel, p. 840. 

15) Duchesne, Le Liber pontificalis , 1. 1, p. 755. 



326 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

res '. Deux anciennes inscriptions donnent les dates du 
20 mai pour Hippolyte, Adria et Paulina 2 , du 9 novembre 
pour Marie et Néon 3 . 

De Rossi a découvert clans la crypte de S. Corneille une 
inscription gravée sur le stuc et ainsi conçue : Sanctus 
Cerealis et Salustia cum XXI. Ce n'est là ni une épitaphe, ni 
une invocation. Serait-ce un souvenir historique de la 
déposition d'un groupe de martyrs i ? Cela paraît fort pro- 
bable s . 

L'Index oleorum cite entre S tc Soteris et S te Cécile les sain- 
tes Sapientia, Fides, Spes, Caritas. Nous retrouverons 
dans cet index et dans les itinéraires, lorsqu'ils arrivent 
à la voie Aurélienne, le pendant grec de cette extraordi- 
naire famille, la mère Sophia et ses trois filles Pistis, Elpis, 
Agape, dont l'histoire a pénétré clans l'hagiographie orien- 
tale 6 . Tout le monde accordera qu'il faudrait de fortes 
preuves pour faire croire à la vraisemblance même d'un 
seul cas de cette espèce 7 , et ces preuves manquent. On vou- 
dra peut-être en conclure que même dans les catacombes 



(il BHL. 3970. Sur les martyrs grecs voir De Rossi, Roma sotterra- 
nea, t. III, p. 193-226. 

(2) Ihm, Damasi cpigrammata,yS. 

v Ihm. Damasi epigrammata, 77. Urbain, Ein Martyrologium der 
christlichen Gcmcindc zu Rom, p. 119, croit pouvoir restituer dans l'hic- 
ronymien du 16 janvier, Marthae et A driani (ce sont deux noms pris 
dan rtyrs grecs) là où nous lisons Marthe, Audemi. 

M ■ Duchesne, on préférera y retrouver les martyrs de la voie 
Cornélienne, indiquée expressément, Martha et Audifaz. 
Roma sotterranca, t. 1, p. 279-80. Cf. tav. IV, 4. 
I. 5 dix noms Félicitas, Mercures et trouvés ailleurs (Roma sot- 
teranea, t. I, p. 2731 ne sont accompagnés d'aucun indice qui permette 
d'y ajouter le titre de martyrs 

BHO, 108-1085 ; BHG«. 1638, 1639. 
17 Di Rossi, Roma sotterranea, t. I, p. 203, a cité une inscription du 
cimetière de Calliste : Piste Spc: sorort dulcissime fecit. Je ne sais s'il y 
a là de quoi nous tranquilliser. 



ROME ET L'ITALIE. 327 

on avait fini par aménager certains petits sanctuaires 
où des cultes d'importation étrangère étaient installes, 
qui parfois pouvaient faire tort aux saints locaux, en 
absorbant l'attention des fidèles. Et quand nous par- 
lons d'importation étrangère, nous pourrions étendre 
ce mot à des échanges de dévotion locales, se pratiquant 
de cimetière à cimetière, ce qui donnerait la clef de certai- 
nes homonymies inquiétantes dans les martyrologes des 
diverses voies romaines. Pour que les pèlerins citent des 
noms, il suffît qu'ils les aient lus dans un sanctuaire, et ils 
ne font pas nécessairement la distinction entre une épi- 
taphe et une simple inscription votive. Il sont même très 
prompts à dire ubi martyr in corpore requiescit l , et il ne faut 
pas toujours les croire sur parole. 

Via Ardeatixa. Le martyrologe y renvoie aux dates 
suivantes : 

12 mai : Via Aràeatina Xerei et Achillei. 

13 juin : Via Aràeatina miliarw VII Feliailae. 

18 juin: Via Ardcatma in cimiterio Balbinae Marci et 

Marcelliani. 

Les manuscrits de l'hiéronymien — sauf celui de Berne, 
qui se trompe en écrivant in ciniit. Praetexiati — n'indi- 
quent pas l'endroit de la sépulture des saints Nérée et 
Achillée. Mais on sait assez par la découverte de leur 
basilique et les fragments de l'éloge Damasien, militiae 
nomen dederant'-. qu'As appartiennent au cimetière de Domi- 



(1) Je citerai en passant un exemple tiré du Liber de locis sanctis, pré- 
cisément à propos du cimetière de Calliste : liaud procul in coemeterio 
Calisti Cornélius et Cyprianus in ecclesia dormiunt. Il devait y avoir là 
un monument rappelant le souvenir de S. Cyprien, dont la fête était 
célébrée à Rome, on le sait, en même temps que celle de Corneille. 

[2) Ihm, Dama. imata, 8. Sur cette inscription voir P. Franchi 
de' Cavalieki, Xotc agiografiche, fasc. 3 (Roma, 1909), p. 43-55. 



328 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

tille. C'est dans la basilique delà voie Ardéatine et non 
dans l'église de la voie Appienne que S. Grégoire pronon- 
ça une de ses homélies '. 

Felicula, qui se rencontre aussi avec beaucoup d'autres 
martyrs romains à la date du 5 juin, est inconnue aux 
pèlerins, mais non pas aux lecteurs de la Passion des 
SS. Nérée et Achillée, dont l'auteur connaissait peut-être 
le martyrologe -. On a cru retrouver l'emplacement du 
tombeau des saints Marc et Marcellien, cuius corpus quies- 
cit stirsum sub magno altare, comme dit l'itinéraire de 
Salzbourg 3 . 

La commémoraison de S tc Pétronille au 31 mai n'appar- 
tient pas à la rédaction primitive du martyrologe hiérony- 
mien. Ni les itinéraires, ni la peinture qui la représente 
avec ces mots Petronella martyr, ni toute son histoire 
posthume ne permettent de douter cle la popularité de son 
culte, concentré primitivement dans les environs du tom- 
beau des SS. Nérée et Achillée *. 

Via Ostiensis. A l'exception du dernier anniversaire, 
tout le martyrologe de la voie d'Ostie sera fourni parla 
Depositio martyrum : 

29 juin : Pauli Ostense. 

8 août : Ostense VII hallistaria Cyriaci Largi Crcscen- 
tiam Memmiae Iulianetis et IxmaraaU 

(1) Homil. in Wang. XXVIII, P.L. t. LXWI, p. 1210. 

(2) RHL. 6061. 

(3) 0. Marucchi, Discussione critica sut ' lungo recentemente attribui- 
to ai sepolcri de l papa Datnasoe dei martiri Marco e Marcelliano presso 
la via Ardeatina dans Nuovo bi 1 m i riNO, 1905. p. 191-230. 

(4) DsRossi, Bullettino 1875, p. n-43; 1878, p. 125-46. L'illustre ar- 
chéologue a cru devoir expliquer la contradiction qui existe entre l'in- 
scription qui donn< I' onilla li et li Vcti - des 
S^ Nérée el Achillée qui la font mourir de mort naturelle. Bien qu'il 

• ii rendu compte de In mauvaise qualité d< cette hagiographie, il 
nous semble l'avoii encore prisetropau dans cette circonstance. 



ROME ET L'ITALIE. 329 

22 août : Timotei Ostense. 

30 août : Via Ostense in t imiter io Commodillae Felicis 
et Adaucti. 

Nous n'allons pas essayer d'esquisser l'histoire du culte 
de S. Paul dans sa basilique de la voie d'Ostie, et ailleurs. 
Nous rappellerons toutefois l'inscription, si éloquente dans 
sa simplicité qui fut placée sur la tombe glorieuse de 
l'apôtre, à l'époque Constantinienne, et que la reconstruc- 
tion de la basilique a fait reparaître au grand jour : Paulo 
apostolo martyr i ' . 

Bien que le mot « ballistaria » soit demeuré une énigme, 
le culte de S. Cyriaque et de ses compagnons au VII e mille 
de la voie d'Ostie est suffisamment établi parle fait que le 
pape Honorius (625-638) y construisit une basilique en 
son honneur '-'. 

Le martyre de S. Timothée est placé par les Fasti 
prtores de Vienne et la chronique de Prosper, qui en 
dépend, au 22 juin 306, parles Fasti poster ior es mieux, pour 
la date du mois, le 23 août 303 : his cous, passus est Thimo- 
theus Romae X kl. septemb. 3. Cette indication nous permet 
de le distinguer du disciple de S. Paul, avec lequel on serait 
tenté de l'identifier,en dépit des Actes de Silvestre*,à cause 
du voisinage de la basilique de S. Paul, qui a déjà attiré 
sur la voie d'Ostie le culte de S te Thècle. Car il nous fau- 
drait de bien solides raisons pour croire à une Thècle ro- 
maine, malgré l'affirmation des pèlerins au sujet de sa 
basilique, ubi ipsa corpore iacet. 

Des fouilles très importantes entreprises récemment au 



|i Voir Grisar. Analccta Romana (Roma, 1899), p. 259-71. 
(a Duchesni-:, Le Liber pontificalis, t. I. p. 324. 

Mommsen. Chronica minora, t I, pp. 291, 447. 
(4 BHL. 7725-7735 : BHG*. 1628-1634- 



330 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

cimetière de Commodille ■ ont confirmé les conclusions qui 
nous semblaient ressortir de l'étude des monuments. 
Avec Félix et Adauctus. dont un éloge Damasien ornait le 
tombeau -, on allait vénérer dans cet hypogée une sainte 
du nom d'Emerita, mentionnée clans une inscription de 
l'année 426 ", mais elle seule et sans la compagne Digna 
que la légende * lui a donnée s . 

Via Poktuensis. Le martyrologe contient trois anni- 
versaires certains pour la voie de Porto. Le second est 
dans la Depositw martyrum : 

29 juillet : Via Portuensi ad Sextum Philippi Simplici 
Faustini et Viatricis. 

30 juillet : Abdos et Semnes in Pontiani quod est ad 
( rsum pileatum. 

2 décembre : in cimiterio Pontiani Pernod. 
On a retrouvé, dans le cimetière de Generosa 6 , la basi- 
lique des martyrs du 29 juillet ; une peinture qui les 
représente entourant le Christ avec un compagnon nom- 
mé Kuiinianus permet d'ajouter un nom au martyrologe 7 . 
Les données monumentales et les itinéraires confirment 
également les autres énoncés du martyrologe, et les com- 
plètent. Au cimetière de Pontien, le Christ est représenté 
couronnant quatre martyrs dont les noms sont inscrits 

I Marucchi, dans Nuovo bullettino, 1904, p. 41-161 ; 1905, p. 5-66. 
(21 Iii-.i. Damasi epigrammata, 7. 

Rossi, (nscriptiones christianae Crins Ravine, t. 1,653. 
BHL. 2160. 
5 Voir pour de plus amples développements notre travail [.es 
Saint, du cimetièi ,! Commodille, dans Analect. Bolland,, t. XVI, 

P- 17-43- 

De R a consacré une longue m< phie à ce cimetière 

dans Roma sotterranea, t. III. p. 647-97. 

(7) Ihid., tav. li ; WiLPERT, Le pitture délie cuiacombe Romane, 

tav. _>6j. 



ROME ET L'ITALIE. 33I 

dans le champ : Sanctus Abdo, Sanctus Senne, Sanctus Milix, 
Sanctus Bicentius. La peinture fut exécutée aux frais d'un 
certain Gaudiosus : De donis Dei et sanctorum Abdo et Senne 
Gaudiosus '. Des peintures plus anciennes représentent 
Sanctus Milis, Sanctus Pymenius de part et d'autre d'une 
croix richement ornée, et entre les deux martyrs Pierre 
Marcellin Sanctus Pollion *. Les reliques des saints 
Milix (Melix, Milex), Pollion et Pymenius (Pigmenius, 
Pymeon et même Symeonl n'ont pas été oubliées sur la 
voie de Porto. On les a transportées, avec tant d'autres, 
à l'intérieur des murs 3 . Quant à Vincentius, qui porte 
le costume clérical, c'est à n'en point douter le grand 
S. Vincent de Saragosse. 

Les pèlerins ont aussi visité un oratoire de sainte Can- 
dide. On voudrait pouvoir désigner parmi les saintes de 
ce nom qui figurent à l'hiéronymien au 29 août, au 30 
octobre, au i et au 2 décembre celle qui en était la titulaire. 

Via Aurélia. En négligeant la partie du martyrologe 
sur laquelle la lumière n'est pas faite, du 8 au 12 juin, 
nous obtenons : 

12 mai : via Aurélia miliario secundo natale sancti 
Paucrati. 

2 juillet : via Aurélia miliario II Processi et Mar- 
tiniani. 
On ne sait si la basilique construite par le pape Sym- 
maque (498-514) sur le tombeau de S. Pancrace en rem- 
plaça une autre plus ancienne '. Cela n'est pas sans 
probabilité. Elle devint fameuse, et, de même que S. Félix 

(i) WlLPERT, t. C, tav. 258. 
2 WlLPERT. t. C, tav. 255. 

De Rossi, Bullettino, 1881, p. 149-54. 
4 Dcchesne, Le Liber pontificalis, t. I, pp. 262, 267. 



332 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

à Noie, on prit l'habitude d'y prendre S. Pancrace comme 
juge de la fidélité au serment '. Le pape Honorius 
rebâtit la basilique ; une inscription rappelle que le corps 
du saint fut déplacé à cette occasion -. 

Une basilique des SS. Processus et Martinien existait à 
l'époque de Théodose "', et fut visitée par les pèlerins 4 . 
Ceux-ci ont vénéré également sur la voie Aurélienne un 
S. Artémius, une sainte Lucine, sainte Pauline, sainte 
Sophie et ses trois Mlles que nous avons déjà rencontrées 
plus haut, et les deux Félix encore mal identifiés s . Les 
saints Nabor et Nazarius que l'hiéronymien place, au 
8 juin, sur la même voie Aurélienne, ne sont autres que 
les martyrs de Milan ,; . 

\ IA Cornelia. Son martyrologe se réduit pour nous 
aux anniversaires que voici : 

20 janvier : via Cornelia miliario ab urbe XII Marii 
Marthae Audifax et Abacuc 7 . 

29 juin : Pétri in Vaticano. 

10 juillet : via Cornelia miliario VIII Rufinae Secundae. 

Grégoire de Tours. Ingloria martyrum, xxxvni. 
2 De Rossi, Inscriptiones Christian u I r rbis Romae, t. II, pp. 24, 156. 

(3) I I ' ' HESNE, t. C, p. 222 

(4) Sur la légende des deux saints voir P. Franchi de' Cavalieri, 
Note agiogra •. 3 (Roma, 1909), p. 35-39- 

I >' chesne, Le Liber pontiftealis t. I, p. cxxv. 
D'après la Passio S ■ I u ebii et Pontiani, BHL. 2742, 6, 9, 10, un 
S. Vntonius fut martyrisé via Aurélia iuxta formant Traiani, el ense- 
veli quelques jours plus tard in cocu: ierio Calepodii in crypta. D'après 
Di Rossi, /';.• ripttones christianae Urbis Romae, t. II, p. 218, ce serait 
'était dédié Yoratorium s. Antonini mentionné par P. 
Mallius. 

7 Au 15 janvier, on reconnaît dans un ensemble assez confus via 

1 miliario XIII Mari Marthae Audifax. li semble que ces noms 

ttirés par le nom d'Abacuc, annoncé la veille. Je crois qu'il 

faut lire au 15 : in Ibbacuc prophetae. Le mot Cornili 

accolé à in Oriente dans les manuscrits trahit la réminiscence. 



ROME ET L'ITALIE. 333 

Les saints du 20 janvier et du 10 juillet ne sont pas 
seulement connus par des légendes beaucoup lues au 
moyen âge 1 ; souvent les pèlerins en quittant Saint- 
Pierre allaient visiter leurs sanctuaires, sur lesquels les 
itinéraires sont généralement très avares de détails. La 
basilique des saintes Rufina et Secunda, quae ponitur in 
episcopioSilvac Candidate, fut restaurée par le pape Adrien -. 

Complétons cette revue des sanctuaires suburbains par 
quelques indications sur les martyrs appartenant aux 
villes voisin 

Praeneste (Palestrina) a pour patron S. Agapit, inscrit 
au martyrologe hiéronymien le 18 août : in civitate Prae- 
nestina miliario XXXIII Agapiii. C'est la date tradition- 
nelle, et l'on ne s'explique pas la répétition de cette 
annonce au 1 mai. De la basilique, dont il est question 
dans une inscription qui pourrait être du IV e siècle 3 , il 
ne reste que des ruines qui ont été retrouvées *. On n'a 
pu déterminer avec précision la position d'une basilique 
de S. Ag ipit, iuxta basilicam sancti Laurentii martyris, sur 
la voie Tiburtine, dont la construction est attribuée à 
Félix III (483-492), et que les topographes désignent cha- 
cun à leur manière 5 . 

Un autre martyr, moins connu, était honoré autrefois 
aux environs de Praeneste. L'hiéronymien, au 1 août, 
annonce via Praenestiiia miliario XXX ab urbe natale sanc- 
torum Secundini... Suit une série que nous n'avons pas le 



ï)BHL. 5543, 7359. 
(2) Duchesnb, Le Liber pontiricalis, t. I, p. 508. 

3 CIL. XIV. 3415. 

■41 Sur ces restes voir Marucchi, Guida archaeologica delV antica 
Preneste iRoma, 1885), p. 140-75. 

5 Duchesnb, Le Liber pontificalis. t. I, pp. 252, 253. 



334 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

moyen d'identifier. Au VIII e siècle, il y avait encore à 
Praeneste une basilique de S. Secundinus, ubi eius corpus 
quiescit, et que le pape Adrien fit restaurer *. 

Deux anniversaires, dont le premier figure dans la 
Depositw martyrum romaine, se rapportent à Albano. 
6 août : Secundi, Carpofori, Victorini et Severiani. 
26 septembre : in Albano Senatoris. 

Le groupe du 8 août est surtout connu par l'identifica- 
tion qu'en a faite un hagiographe du IX e siècle avec les 
Quatre Couronnés '-'. S. Sénateur a longtemps paru sus- 
pect r> . Il ne saurait plus l'être depuis que l'on peut lire dans 
le Liber de locis, dont l'auteur remonte la voie Appienne jus- 
qu'à Albano : pervenitur ad Albanam civitatem et per eandem 
civitatem ad ecclesiam sancti Senatoris, ubi et Perpétua iacet 
c or pore et innumeri saneti*. Il n'y a nulle trace ailleurs de 
cette sainte Perpétue et de cette multitude. L'exploration 
des catacombes d'Albano n'a rien fourni de décisif sur 
l'hagiographie de la localité s . 

Voici en quelques lignes le martyrologe d'Ostie. 
20 juin : m Ostia Aureae. 
16 juillet : in Ostia Hilarini. 
23 août : m Ostia Cyriaci Archelai. 
19 octobre : in Ostia Asteri. 
Hilarinus est inconnu. S tc Aurea est l'héroïne d'une 
légende sans valeur historique ,; , et, ce qui est plus impor- 
tant, la titulaire d'une basilique qui fut restaurée par le 

(1) Duchesne, t. c. pp. 510, 522. 

1 Voii Acta SS. nov. t. III, p. 750. 
(3il>i Rossi, Roma sotterranea, 1. 1, p. 141. 
14 De Rossi, Bullettino, 186g, p. 64-78. 
(51 Di Rôssi, Bullettino, 1869, p. 65-78. 
BHL 10. 



ROME ET L'iTALIE. 335 

pape Sergiusà la fin du V f II e siècle '. L'épitaphe relevée 
sur un sarcophage : Hic Qtiiriacus dormit in pace -, n'est 
pas celle d'un martyr et montre simplement que le nom 
de Cyriaque n'était pas inconnu à Ostie. 

Une précieuse inscription du cimetière de Commodille 
prouve que la fête de S. Astère était célébrée avec un 
certain éclat : Pascasius vi.xitplus minus annus XX fecit 
fatum IIII idus octobris VIII ante natale domni Asteri depo- 
situs in pace \ Le Libellas precum des prêtres Faustin et 
Marcellin contre Damase fait mention de la basilique du 
martyr à Ostie *. 

Il faudrait peut-être ajouter encore une notice deux fois 
répétée dans l'hiéronymien, exactement à un mois de 
distance, le 22 novembre et le 22 décembre : in ostia Deme- 
tri et Honorati. Mais si la répétiton s'explique à la rigueur 5 , 
la valeur de la notice, comme sa provenance, nous 
échappe complètement. 

Le martyrologe de Porto est beaucoup plus important. 

24 mai : m Portu Romano Vincent:. 

13 juillet : in Portu Romano hoc est in Hiscla natale 
sanctorum Eutropi Zosimae et Bonosae. 

22 août : in Portu Romano Hippolyti qui dicitur No?mus. 

5 septembre : Aconti in Porto et Nonni et Herculani et 
Taunni. 



(1) Duchesne, Le Liber pontificalis, t. I, pp. 376, 380. 

(2) Publiée par D. Vaglieri dans Xotizie degli scavi di antichità, 
1910, p. 37. 

(3 Marucchi, / nwnumenti del museo cristiano Pio-Lateranense, tav. 
LI, 28. 

4 C. xxii. P. L. t. XIII, p. 99. 

5 Elle s'explique, à première vue, par l'identité des formules de 
la date. Mais en latin cette identité n'est pas absolue. Xkal. dec, XI 
kal. ian. Et puis, quelle est la date véritable ? 



336 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS 

18 octobre : iv.xïa Portum Romanwm sanctae Agnetis 

virginis. 

13 décembre : Ariston in Portu '. 

Les notices du 5 septembre et du 13 décembre provien- 
nent du férial philocalien. Dans l'hiéronymien, Acontius 
est marqué au 15 juillet, Ariston au 22 décembre et au 
5 septembre. Le Nonnus du 5 septembre est identifié avec 
Hippolyte dans l'hiéronymien. 

Jusqu'à preuve du contraire, Vincent, Agnès et Hippo- 
lyte ne sont point des saints propres à Porto, mais les 
eélebres martyrs d'Espagne et de Rome 2 , auxquels la cité 
maritime avait élevé des basiliques. Les dates sont celles 
de la dédicace. C'est ainsi que la fête des saints Laurent 
et Hippolyte se célébrait à Forum Sempronii le 2 février, 
jour de la consécration de leur église. On connaît un verre 
doré avec les images des trois saints Vincentias, Agnes, 
Poltus -<. Ne sortirait-il pas d'une officine de Porto ? 

Une inscription rappelant la dédicace d'une basilique 
sanctis martyribus et beatissimis Eutropio, Bonosae et Zosi- 
mae * marque l'emplacement du sanctuaire élevé en leur 
honneur par l'évêque Donat sans éclaircir la désignation 
in Iliscla du martyrologe. Taurinus et Herculanus sont 
nommés dans une autre inscription 5 . On ne sait s'ils repo- 
saient dans la basilique de S. Acontius. Celle-ci était encore 
debout au commencement du X e siècle 6 . 



(1) Le manuscrit : in Pontum. L'hiéronymien, au 22, fournit la vraie 
lecture : et in porto romano Aristoni. De Rossi, Bullettino, 1866, p. 37, 
donn< .i Porto un martyrologe un peu plus fourni que le nôtre. 

(2) Pour Hippolyte, voir Dh Rossi, Bullettino, t. c. p. 42. 

H. Vopel, Die altchrist lichen Goldglàser (Freiburg, 1859), n. 401. 
(4) CIL. XIV. 1937. Cf. 1938 
5, CIL. XIV. 1942. 

li/ ripant propre titulunt Sancti Acontii, dans Auxilius. Voir 
Dummler, Auxilius uni Vulgarius (Leipzig, 18661, p. 72. 



ROME ET L'ITALIE. 337 

Le 24 février et le 2 mars — sans doute un doublet 
( VI haï. et VI non.) — il faut probablement lire sous la 
rubrique in Porta Romano, les noms de Pauli et Privutivae, 
et quelques autres, dont on ne peut tirer aucun parti '.car 
je ne sais s'il y a lieu de les rapprocher de l'annonce du 23 
juillet: via Collatina natale Primitivae 2 . S te Primitiva eut 
peut-être son époque de célébrité, dont il ne reste que ces 
légers vestiges. 

Le férial de l'église Romaine nous a jusqu'ici conduits 
hors de l'enceinte de la ville. Partout s'affirme le carac- 
tère strictement local du culte des martyrs, nullement 
étendu à toutes les églises de la cité et de la banlieue, 
mais concentré dans la basilique où repose le corps, ou, 
parfois, les reliques qui le représentent. Il serait intéres- 
sant de savoir comment les martyrs firent peu à peu la 
conquête de la ville elle-même, avant même que l'on son- 
geât à y transférer leurs dépouilles sacrées. Nous donne- 
rons quelques dates. 

D'après le Liber pontificalis, le pape Damase (366-384) 
construisit deux basiliques, dont l'une, à côté du théâtre 
— celui de Pompée — dédiée à S. Laurent. Elle existe 
encore. C'est San Lorenzo in Damaso, qui fut souvent 
appelée du nom du fondateur,ou encore, l'église in Prasino z . 
Le vocable de Saint-Laurent n'est point un anachronisme. 
Une inscription Damasienne le prouve à l'évidence. 



(1) Au 15 mai, De Rossi, t. c, p. $7, lisait in Portu Romano Praesta- 
bilis II s'agit surtout, ce jour-là, de martyrs milanais. Ne faudrait-il 
pas écrire plutôt in porta Romana ? 

(3) Cf. De Rossi, Bullcttino, 1879, p. 113. 

(3) Duchesse, Le Liber pontificalis, t. I, p. 212, 213. Cf. De Rossi, 
Inscriptiones christianac Urbis Rom.ie, t. II, p. 134. 

Cuit. Mart. 2} 



338 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

Haec Damasus tibi, Chrisle Dcus, nova tecta dicavi, 
Laurenti saeptus martyris auxilio l . 

L'église de Saint-Clément lut-elle formellement dédiée à 
ce martyr ? S. Jérôme, écrivant en 392, d'après les souve- 
nirs qu'il avait rapportés de Rome, semble l'affirmer : 
nominis dus memoriam, dit-il en terminant la notice sur 
S. Clément, usqite hodie Romae exstrucia ecclesia custodit '-'. 
Cette basilique est restée debout, et beaucoup de souve- 
nirs attestent sa haute antiquité \ 

Sous Innocent (401-417), fut fondé par une noble 
dame, Vestina, le titre qui porta longtemps son nom : la 
basilique était dédiée aux saints Gervais et Protais *. Le 

r 

pape Simplicius(468-483)dédiala basilique de Saint-Etienne 
sur le Célius — aujourd'hui San Stefano Rotondo — , une 
basilique de Saint-André sur l'Esquilin,une autre basilique 
de Saint-Etienne, celle-ci hors les murs, et dans Rome 
même, iuxta palatium Licmianum, la basilique de Sainte- 
Bibiane*. L'église arienne de Sainte-Agathe, à laquelle se 
rattache le nom de Ricimer ", est à peu près de cette 
période. 

Nous avons, dans les signatures du concile romain de 
499, une liste des titres presbytéraux 7 . qu'il est intéres- 
sant de comparer à la série parallèle de 595 H . Dans la 
première, la très grande majorité des titres est désignée 

(il ÏHM, Damasi epigrammata, 55. 
2 Devirisillustribus, xv. 
(3) De Rossi, Bullettmo, 1863, p. 25-31 ; 1870, p. 129-168. 

4 ! >t 1 HESNE, Ia Liber pontifical is, t. I, p. 221. 

5 Du< m sne, t. c, p. 249-250. 

(6) Cf. Duchesne, t. c, p. 313 ; Mélanges d'archéologie cl d'histoire, 
t. VII. P . 235. 

7)Thii vomanorum pontificum, p. 651-53. 

(8) Gregori I Registrum, V. 57, Ewàld-Hari mann, 1. 1, p, 562-67. Cf. 
Du< , dan \[--'<-'.; , d'archéologie et d'histoire, t. VII (1887), p. 

217-43- 



ROME ET L'ITALIE. 339 

par le nom du fondateur : titulus Pammachi, Iulii, Vestinae, 
Damasi, Eusebi, Tigridae, Aequitii etc.; quelques-uns par 
le vocable d'un saint : S. démentis, S. Matthaei. Un des 
prêtres du titre de Damase signe presbytcr tituli Damasi, 
deux autres presbyter tituli S. Laurentii. Les deux noms 
étaient donc couramment employés l'un pour l'autre, et 
nous en savons la raison. On est plus embarrassé de ren- 
dre compte d'une variante comme celle-ci : titulus Caeciliae 
et titulus sanctae Caeciliae ; titulus Sabinae et titulus sanciae 
Sabinae. 

Un coup d'ceil sur la liste de 595 donnera peut-être la 
clef du mystère. Là, toutes les églises ont un patron. Pour 
les unes on voit paraître un vocable inconnu jusque-là. Le 
titulus Lucinae est devenu le titre de Saint-Laurent, Saint- 
Vital est l'ancien titulus Vestinae ; Saints-Jean-et-Paul 
n'est autre que le titulus Pammachi autrement dit titulus 
Vizanti. Mais pour d'autres on voit reparaître le nom du 
fondateur, précédé du titre de sanctus. Ainsi le titulus 
sancti Damasi remplace le titulus Damasi ; le titulus Euse- 
bii est devenu le titulus sancti Eusebii. Et c'est bien 
le nom du fondateur. La notice du martyrologe, au 14 
août, le constate formellement : Eusebi tituli conditoris. 
Il est assez probable que la commémoraison solen- 
nelle du fondateur se lit dans chacune des églises de 
Rome, comme elle se faisait en Afrique ', et il était natu- 
rel, que là où il n'était point supplanté par quelque martyr 
illustre, il devînt le patron. En 595, la transformation est 
accomplie ; en 499, on la voit commencer, et il n'est pas 
étonnant que l'on constate quelque fluctuation dans 
l'usage, jusque chez les prêtres d'une même église. 

(1) Augustin, Sermo cclxii,2, P. !.. t. XXXVIII, p. 1208 : condito- 
risbasilicac huius sancti Leontii liodie depositio est. Voir aussi Epist. 29, 
sur cette fête. P. L. t. XXXIII, p. 114-20. 



34© CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

Au moment où, par le développement naturel du culte. 
les fondateurs sont devenus, comme patrons de leurs 
églises, les égaux des martyrs, on n'est point étonné de 
les voir entrer dans les cycles hagiographiques et d'assis- 
ter à leur transformation par la légende. Parfois une 
similitude de noms est l'amorce d'une confusion de person- 
nes, et le souvenir de la fondatrice du titulus Anastasiae, 
par exemple, a pu s'obscurcir par la superposition d'une 
autre Anastasie. Serait-ce aussi le cas de Chrysogone? 
Le titulus CaeaUae du Transtévère serait-il devenu d'une 
façon analogue la basilique de la martyre romaine du 
même nom ? Nous serions assez porté à le croire. 

Quoi qu'il en soit, toute une catégorie de martyrs se 
distingue des autres en ce que leur culte est entièrement 
renfermé clans les murs de la capitale, et qu'on cherche 
en vain leurs tombeaux sur les grandes voies où nous 
avons vu s'échelonner les sanctuaires. Il est vrai que les 
pèlerins de Rome commençaient leurs pieuses excursions 
par une station urbaine à la basilique des Saints-Jean-et- 
Paul sur le Célius, et la légende racontait que ces saints 
avaient été, sur l'ordre de Julien, exécutés et ensevelis dans 
leur maison. Nulle part moins qu'à Rome, où les lois sur la 
sépulture étaient observées, ce trait ne se présente comme 
vraisemblable, et l'on trouvera plus de difficulté que jamais 
à admettre cette exception depuis que l'on sait à quoi s'en 
tenir sur la valeur de la légende 1 . Celle-ci n'est qu'une 
adaptation, où la topographie joue un rôle trompeur, 
d'un autre récit, ce qui démontre assez l'absence de toute 
tradition historique. Le titulus Pammachi ou Bizanti, 
pourrait bien être dans le cas de la basilica Iulia, qui devint 



Pio Franchi dk' Cavalier*, Nuove note açioçrafiche, Studi e 
testi, 9 (Roma, 1902), p. 55-65. 



ROME ET L'ITALIE. 34I 

la basilique des apôtres Philippe et Jacques ', à cela près 
que les titulaires Jean et Paul furent l'objet d'une trans- 
formation légendaire. D'après le Liber pontificalis, la basi- 
lique de S tL Bibiane aurait été fondée sur le tombeau de 
cette martyre -, à l'intérieur de la ville. J'avoue ne 
point trouver d'explication satisfaisante à cette ano- 
malie 3 . 

Rome, si riche en martyrs de son propre sol, fut large- 
ment accueillante aux martyrs étrangers. Je ne parle pas 
de ceux dont elle reçut les corps, comme les marbriers de 
Pannonie et S. Quirin de Siscia, qui acquirent un vrai 
droit de cité. Il y en eut un grand nombre d'autres qu'elle 
adopta soit en leur donnant une place au calendrier, 
tels Perpétue et Cyprien dès le milieu du IV e siècle, 
soit en leur élevant des basiliques, où sans doute leurs 
reliques étaient déposées. Un classement chronologique de 
ces sanctuaires nous entraînerait trop loin, et il nous 
suffit de rappeler quelques noms pour donner une idée de 
l'importation des cultes dans la ville éternelle. Les saints 
Félix de Noie, Genesius, Gervais et Protais, Vital, Vin- 
cent, Valentin, Agathe, Lucie, Vit, Leucius, Cosme et 
Damien, Anthime, Menas, Sergius et Bacchus, Théodore, 
et plus tard les SS. Cyr et Jean, Georges, Eustathe, Apol- 
linaire et bien d'autres furent honorés dans des basiliques 
ou des oratoires de Rome et de la banlieue. 

En Campanie ', trois villes principales sollicitent le 

1 Duchesse, Le Liber pontificalis, t. I, p. 303. 
(2) Duchesse, t. c, p. 249. 

Les inventions de reliques de 1624 n'ont pas éclairci le mystère. 
Voir <0. Ingrillvni>, La vita di S. Bibiana (Roma, 16301, p. 66-73. 
La question mérite d'être mise à l'étude. 

(4) Voir F. Lanzoni, Le origini dcl cristianesimo e delV episcopato 



342 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

regard de l'érudit en quête de sanctuaires de martyrs, 
Naples, Capoue et Noie. Les villes voisines Puteoli (Poz- 
zuoli), Misenum, Baiae ne doivent pas être détachées de 
Xaples ; leurs traditions hagiographiques se tiennent et 
souvent se confondent. 

Celle du martyrologe hiéronymien est d'une complica- 
tion inusitée. Il faut se reporter aux dates suivantes, qui 
toutes ont gardé quelque fragment du martyrologe de ces 
pays : les 7, 19, 23, 29 septembre, les 15, 16, 18, 19, 20, 21 
octobre. Les saints qui y figurent ces jours-là, tantôt iso- 
lés, tantôt en compagnie, sont Janvier, Sosius (ou Sos- 
sius), Euticius, Proculus, Acutius, Festus et Desiderius. 
Les indices topographiques varient. Ainsi. S. Janvier est 
placé successivement à Bénévent (7 septembre), à Naples 
(19 septembre), à Puteoli (29 septembre et 18 octobre) ; 
Sosius à Misenum, Baiae, Naples, Puteoli (23, 29 septem- 
bre, 15, 16 octobre) ; Acutius à Beneventum et Puteoli ; 
Festus et Desiderius à Beneventum et Naples ; Euticius 
et Proculus à Puteoli. 

La légende de S. Janvier ' fait de ce saint un évêque de 
Bénévent ; Festus et Desiderius sont l'un diacre l'autre 
lecteur de la même église ; Sosius est un diacre de l'église 
de Misenum: Proculus, Euticius et Acutius appartiennent à 
Puteoli. Ces derniers auraient été ensevelis dans leur 
église d'origine, Sosius près de Misenum, Festus et Desi- 
derius à Bénévent, Janvier à Naples. Sauf Sosius, dont la 
date serait le 23 septembre, tous auraient été martyrisés 
le 19 septembre. La Passio Ianuarii est antérieure au VIII e 
siècle, mais n'en est pas moins une composition artifi- 



nella Campania Romana, Rivista stokico-critica delle scienzb 

TEOLOGICHE, t. VI I M<> . pp. 23-34, IIO-IIQ, 237-95. 

1 l:l IL 4415-4137: BHG*. 774; BHO.437. 



ROME ET L'ITALIE. 343 

cielle dont on ne saurait tirer grand parti pour fixer les 
incertitudes du martyrologe hiéronymien. 

Au sujet de S. Janvier nous avons un texte important 
dans la lettre d'Uranius sur la mort de S. Paulin (f 431). 
L'évêque de Noie, dam erniers moments, crut voir à 

ses côtés ses frères Janvier et Martin. Uranius rapporte ses 
paroles et ajoute : Ianuarius episcopus simul et martyr Xea- 
politanae urbis illustrât ecclesiam '. Une peinture du V e siècle 
le représente en évêque - ; il ne saurait y avoir d'hésita- 
tion sur la date de son martyre, 19 septembre, fixée d'ail- 
leurs par le calendrier de Carthage du VI e siècle, où Sosius 
figure aussi, le 23 septembre. Il en est de même du calen- 
drier de Xaples (IX e siècle), qui enregistre en outre 
Festus et Desiderius au 7 septembre, Eutyches et Acutius 
au 18 octobre. Proculus y est omis. On peut d'ailleurs se 
demander si Proculus est un saint propre à la Campanie 
ou s'il n'est pas plutôt S. Proculus de Bologne, dont le 
culte aurait été importé dans l'Italie méridionale. Sosius, 
Eutyches, Festus et Desiderius sont représentés sur la 
mosaïque de Capoue, dont il sera parlé plus loin : indice 
de plus pour les retenir parmi les saints indigènes de la 
Campanie. 

Un S. Artemas, martyr à Puteoli, est inscrit à l'hiéro- 
nymien. le 25 ou le 26 janvier 3 . Il est le héros d'un récit 
hagiographique, malheureusement d'époque tardive*. Il 
e^t plus important de noter que le saint était figuré sur 
la mosaïque de Capoue. Au 16 février, nous lisons dans le 

(i)P.L. t. LUI, p. 861. 

(2) Garrucci, Storia dell' arte cristiana,\. Il, tav. 102, 2. 

->5 il est appelé Antymasius ; le 26 apparaît la forme Arthcmu- 
tis, Arthemi. 

1 BHL. 717. Cf. F. Savio, Pictro suddiacono agiografo napolctano 
dd secolo X, Atti della K. accademia delle scienze di Torino, 
t. XXXVI (1901), p. 503-17. 



344 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

martyrologe:!;/ Campania Cumbas(aX.Cumis) natale Iulianae. 
Serait-il vrai que, comme un document hagiographique 
antérieur au VIII e siècle le raconte ', une martyre Iuliana 
de Nicomédie aurait été transférée à Cumes ? Serait- 
ce la même martyre Juliana dont S. Grégoire demande 
des sanctuaria à l'évêque de Naples, Fortunatus, pour la 
consécration d'un oratoire qu'une pieuse dame, Januaria, 
avait élevé sur ses terres en l'honneur de cette sainte et 
de S. Séverin a ? Le 30 octobre, c'est un Maximus qui est 
annoncé in Comsa. On a pensé qu'il faudrait encore lire 
ici Cumis, et que ce Maximus serait celui de la légende, 
qui le fait mourir à Apamée et transférer à Cumes par 
les soins d'une Juliana 3 . 

Certes telle était la tradition de Cumes, et en 1207 les 
reliques de S te Juliana et de S. Maximus furent transférées 
de cette localité à Naples 4 . Déjà du temps de S. Grégoire, 
il y avait dans cette ville un monasterium sanctoricm 
Herasmi, Maximi atque Iulianae \ 

A Capoue, d'où nous vient la formule corpus sanctis com- 
mcndavi*, on put voir jusqu'au milieu du XVIII e siècle 
dans l'église de Saint-Priscus, une série de monuments des 
plus précieux pour l'histoire du culte des saints en Cam- 
panie "' . Ce sont les mosaïques, du V-VI C siècle, représen- 
tant outre les prophètes et les apôtres, trente-deux saints 

h RHL.4522. 

i Gregorii I Rcgistr.. IX, 180, 181, Hartmann, t. II, p. 174 175. 

(3) BHL. 5845, 5845. Cf. Lanzoni, t. c, p. 278-79. 

(4, BHL. 4527. 

(51 Grkgorii I h'cgistr. X, 170, 172, Hartmann, p. 167-169. 
CIL X.4529. 

17 I >e Rossi. Bullcttino, 1884-1885, p. 104-125 ; planches, ibid., 1883, 

tav. II -II I et dans Garrucci, Storia delV arte cristiana, tav. 254, 255. 

I outes les reproductions dérivent de la planche grossièrement dessinée 

de Michèle Monaco, Sunctu irium Capuanum, (Neapoli, 1630), p. 134. 



ROME ET L'ITALIE. 345 

dont les noms étaient indiques en toutes lettres. Dans l'ab- 
side étaient figurés les seize saints qui suivent : Laurentius 

— Susius — Paulus, Petrus — Timoteus, Cepriamts — Agne 

— Quuitus, Quartus — Lupidus — Prisons, Sinotus — Mar- 
cellus — Ru fus, Augustinus — Félicitas 

La coupole était ornée des groupes suivants : Xistus, 
Cypriamts — llippolytus, Canio - Augustinus, Marccllus — 
Lupulus, Rufus — Prisais, Félix— Artimas, Aefimus — Euti- 
ces. Sositis - Festus, Desiderius. 

On remarque plusieurs répétitions dans cette double 
liste, dans laquelle on peut distinguer trois groupes de 
saints : saints étrangers à la Campanie ; saints de Campa- 
nie étrangers à Capoue et de Lucanie ; saints de Capoue. 

Le premier groupe est assez reconnaissable: Laurentius, 
Petrus, Paulus, Timoteus, Cyprianus, Agnes, Xistus. 

Parmi les saints de Campanie il faut certainement ran- 
ger Félix, le patron de Noie, Artemas et Eutices de Puteo- 
li, Festus et Desiderius. Aefimus est inconnu ; il y a 
peut-être lieu de douter que ce nom ait été bien lu au 
XVII e siècle. On s'est demandé si Susius n'est pas une 
erreur de transcription pour SVSTVS. Dans ce cas, ce ne 
serait pas le martyr de Misenum, mais le pape Sixte. 
Remarquez pourtant que, dans la série de la coupole, il 
est désigné sous le nom de Xistus, et que Sosius y repa- 
raît. D'ailleurs, Sosius était un martyr célèbre dont le 
culte ne resta pas confiné dans l'église de Misenum. Le 
pape Symmaque lui dédia un oratoire à Rome ', avec 
une inscription dont le texte est parvenu jusqu'à nous 2 . 
Hippolvtus pourrait être le martyr romain, mais aussi le 
martyr local d'Atripalda. Enfin Canio est un saint que 
nous retrouverons à Atella. 

1 Dcchesne, Le Liber pontificahs, t. I, p. 261. 

-• De Rossi, Inscript wnes christianae L'rbis Romac, t. II, p. 246. 



34 6 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

Tous les autres martyrs appartiennent à Capoue, si on 
s'en tient aux indications de l'hiéronymien. Au i septem- 
bre nous rencontrons: InCapua Aguaria sancti Prisci. La 
via Aquaria est précisément celle où s'éleva la basilique de 
Saint-Priscus, remplaçant, à ce qu'il semble, le petit 
oratoire qui abritait d'abord la tombe du martyr, autour 
de laquelle les tombeaux des fidèles étaient venus se 
grouper. Telles sont les vraisemblances '. Nous ne som- 
mes malheureusement pas assez renseignés pour nous 
prononcer sans hésitation. Il y avait à Nuceria un saint 
Priscus dont le culte s'était répandu au dehors, dans la 
Campanie. On voudrait être certain qu'il n'a pas été 
honoré spécialement à Capoue. 

Le martyr Lupulus apparaît au 14 et au 15 octobre. A 
la première date on le reconnaîtrait difficilement : in Cap- 
padocia Campaniae Lttpi ; la notice du lendemain in Capua 
Lupili explique la bizarrerie de cet énoncé. La forme 
abrégée de Capua a été mal interprétée par le copiste. 

Sinotus est clairement indiqué au 7 septembre : Capua 
natale Sinoti. Du 24 au 27 août, on reconnaît à toutes les 
dates S. Rufus, sous des tonnes diverses : in Capua Rulfi, 
Rufini, Rufinae, de 2 même S. Marcel au 6 et au 7 octo- 
bre, ni Capua Marcelliou Marcellini. Au 16 novembre (voir 
aussi le 17), nous lisons : in Capua Agustini et Feliatatis. 
\ 'Mitons, en guise de commentaire, ce passage de la petite- 
chronique de 395 étudiée par De Rossi : Hac perseatiwne 
Cyprianus hortatus est per epistolas suas Aui^usiinum et Felici- 



kossi fait remarquer, Bullcttino, 1884-1885, p. 11 1, que Pri- 
scus est le en d'un Ansius (famille de Capoue), propriétaire 
de briquetteries. On a trouvé, dans le cimetière de Saint-Priscus, 
marque. CIL. X. 8042, 11. 

que la légende a plus I ' di S. Rufus ne servirait 

qu'à dérouter la recherche. BHG*. 7376, 7377, 7371, 7372. 



ROME ET L'ITALIE. 347 

tatenu qui passi suut apinl civitatem Capuensem metropolini 
. ■■ipaniac '. Nous n'avons pas cette lettre de S. Cyprien ; 
mais îe renseignement est précieux à recueillir. Il inspire 
d'autant plus de confiance qu'il est indépendant des 
sources qui nous font connaître les deux martyrs, et 
ceux-ci n'acquirent jamais une grande notoriété. 

L'identification des martyrs Quartus et Quintus est fort 
difficile, surtout si l'on veut les considérer comme faisant 
upe. Le martyrologe annonce, au 5 septembre, in Capua 
Quinti : au 5 novembre, in Capua Quarti confessons, et le nom 
de Quartus est accolé à celui de Marcellus au 7 octobre. 
S. Quartus, quel qu'il soit, semble être entré dans la Pas- 
sion de S Césaire de Terracine, par un caprice de l'ha- 
giographe *. 

Si Noie devint une des villes saintes de l'Occident, elle 
en fut redevable surtout à son évéque Paulin, qui consa- 
cra son temps, ses biens et son talent poétique à la gloire 
de S. Félix, pour lequel il avait une tendre dévotion. S. Fé- 
lix souffrit pour la foi, mais ne mourut pas clans les tour- 
ments. Il n'en est pas moins honoré comme martyr, insig- 
ms martyr, dit Grégoire de Tours 3 , et son culte se déve- 
loppa comme celui des martyrs les plus illustres. Son tom- 
beau, placé à quelque distance de la ville, fut bientôt abrité 
sous une basilique ; d'autres tombes chrétiennes ' et di- 
verses constructions l'environnèrent ; Paulin entreprit 
d'élever en cet endroit une basilique nouvelle dont il nous 
a laissé la description. Le nom de Cimitile que garde 

1 1 • M. G. Script, antiq. t. IX, p. 738. 

(a ActaSS., nov. t. III, p. 55. 

(3> In glona martyrum, cm. Augustin, De cura gerenda pro mor- 
tuis, xvi, lui donne le titre de confessor, P.L. t. XLI, p. 606, de même 
Uranius, dans sa lettre sur la mort de Paulin, P. L. t. LU, p. 860. 
41 CIL. X. 1338-1400. 



348 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

le village où l'on trouve les restes de tant d'édifices 
importants atteste son origine '. La fête du saint atti- 
rait à Noie des foules énormes, et S. Paulin se plaît à énu- 
mérer, non sans quelque hyperbole, les contrées qui y en- 
voyaient leur contingent -, sans oublier de faire connaî- 
tre les faveurs dont les pèlerins étaient redevables à l'in- 
tercession de S. Félix. 

Il était notamment regardé comme le vengeur du par- 
jure. Le pape Damase, calomnié, eut recours à lui, et lui 
témoigna sa reconnaissance par une inscription qui fut 
placée dans la basilique 5 . Le prêtre Boniface et le moine 
Spes, qui s'accusaient mutuellement, furent envoyés à 
Noie par S. Augustin, pour que le serment leur fût déféré 
sur le tombeau du martyr *. 

Un culte aussi populaire devait nécessairement fran- 
chir les étroites limites du territoire de Noie. On ne peut 
guère douter que le S. Félix delà mosaïque de Capoue s 
et celui que l'on connaissait à Rome sous le vocable de 
Félix inPincis ne soient celui de Noie". La difficulté d'iden- 
tifier, dans la foule des homonymes, réels ou créés par les 
hagiographes, les titulaires des vieilles églises dédiées à un 
vS. Félix ne permet guère d'essayer une statistique de son 
culte. S. Félix de Noie est inscrit à deux dates dans l'hié- 
ronymien, le 14 janvier : Xola civitate Campaniae sancti 

1 H. Holtzinger, Die Basilika des Paul inus zu Xola, clans Zeit- 
fur biedende Konst, t. XX 118851, p. 135-47 ; E. Berteaux, 
L'art dans l'Italie méridion < Paris, 1904), p. 31-38. 
[a ' arm. XIV, 55-85, Haï i; \g. 

(31 Iiim. Damasi epigrammata, 6r. Voir sur tout ceci De Rossi, In- 
scriptiones christianae Urbis Rotnae, t. II, p. 190-91. 

Auousi in. Epist. 78, 3 : Multis entm notissima est sanctitas loci ubi 
beati Felicis Nolensis corpus conditum est ; quo volui titpergerent. P.L. t. 
XXXIII. p. 269. 

(5) Plus haut. p. 347. 
■ 1 1 ( hksne, Le Liber pontificales, t. I, pp. 500, 517. 



ROME ET L'ITALIE. 349 

Felicis, et le 27 juillet, in Nola civitaU Campaniat natale 

Fclicis, à quoi les manuscrits B et W ajoutent : de ordina- 
tions episcopatus : multa ibi mirabilia fiunt, bien que S. Félix 
n'ait pas été évêque '. A Noie, on célébrait aussi la fête de 
S. Priscus de Xuceria, et sans doute aussi les saints dont 
on avait des reliques. 

L'existence d'un cimetière souterrain avec des tombes 
de martyrs à Abellinum (Atripalda) peut difficilement être 
contestée -. L'expression cum sanctis sociatus relevée sur 
une inscription de 357 ne suffirait pas à le prouver 3 . L'épi- 
taphe de Romulus, qui parle de ses prières et des larmes 
versées ante specum martyr um • semble formelle. La tradi- 
tion d'Atripalda donne au martyr, chef d'un groupe, le nom 
d'Hippolyte ou Hippolistus, et raconte de lui une légende 
dépourvue d'autorité \ Si le nom était mieux garanti, on 
hésiterait moins à le retrouver dans l'Hippolytus de la 
mosaïque de Capoue. 

Pour compléter ce qu'il y aurait à dire sur l'hagiogra- 
phie d'Abellinum, nous ferons remarquer que ni l'épitaphe 
de l'évêque Sabinus 6 , ni le titre de sanctus qui lui est donné 
dans celle de Romulus ' ne sont des attestations de culte. 

Plusieurs abrégés de l'hiéronymien portent, au 25 mai, 
une annonce qui doit se lire certainement et in Campania 

(1) Le calendrier de Naples du IX<s siècle annonce le simple natale de 
S. Félix deux fois également, le 14 janvier et le 20 juillet. 

_i G. A. Galante, // cemetero di S. Ipolisto martire in Atripalda, 
Atti della R. accademia di archeologia, lettere e belle arti, 
t. XVI(Napoli, 1894), p. 189-222. 
(3 CIL. X. 1191. 
4 CIL. X. 1195 ; Buchelrr, Carmina latina epigraphica, 788. 

Act. SS., mai. t. I, p. 42. 
CIL. X. 1194; Bùcheler, i4-'4- 
17 Amare sancti Sabini episcopi, CIL. X. 1195. 



35° CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

Atellae Canionis '. C'est à n'en point douter le Canio que 
nous avons trouvé sur la mosaïque de Capoue. La légende 
l'a complètement défiguré *. 

Nuceria (Nocera) nous amène à examiner dans le 
martyrologe une série de notices qui ne sont pas indépen- 
dantes. Celle du 16 septembre est bien claire : in Nuceria 
Prisciani, répétée avec une variante le 12 octobre : in Cam- 
pama Prisciani. Personne n'hésitera à reconnaître ici le 
Priscus de S. Paulin : 

Forte sacrata dies inluxerat Ma beati 
natalem Priscireferens, quem et Nola célébrât 
quamvis Me alia Nucerinus episcopus urbe 
sederit 3 . 
Le 15 et le 17 septembre, nous lisons : in Nuceria Con- 
stante (ou Constantiae). Le 18, le 19 et le 20, vient s'y 
joindre un Félix : In Nuceria Felicis, Constantiae. Or, au 
1 septembre, les trois noms que nous venons de trouver 
sous la rubrique Nuceria, apparaissent sous d'autres 
rubriques : In Capua Prisci ; in Casino Constanti ; in Apulia 
Félix, et ce Félix d'Apulie revient au 2, au 11 et au 13 sep- 
tembre. Il paraît impossible, avec nos moyens, de fixer les 
incertitudes d'une pareille tradition.il doit avoir existé 
avant le VIII e siècle une Passion des saints Félix et Con- 
stantia. Le manuscrit W, au 20 septembre, en a conservé 
ce lambeau : Felicis et Constantiae, qui passi sunt sub Nerone. 
Ceci ne prouve nullement que le groupe Félix, Constantia, 
n'est pas artificiel. Les légendes postérieures ne sont ici 
d'aucun secours '. L'attribution de Priscus à Nocera est 

n Les manuscrits cités dans l'édition de Duchesne et de De Rossi 
portent Atnonis. La tectun ( anionis esl fixée par le manuscrit de 
Dublin, Trinity Collège, A. 4.20, que nous nous proposons de publier. 
(2) BHL. 541. Cf. De Rossi, Bullettino, 1884-1885, p. 112. 

Car m. XIX. 515-18, Hartel, p. 136. 
(4) Act. SS., sept. t. VI, p. 6-8. Il n'est pas sans intérêt de rappeler 



ROME ET L'ITALIE. 35I 

certaine, et nous ne voyons pas d'impossibilité à ce que le 
Priscusdu 1 septembre ne soit autre que lui, qu'on fêtait 
ce jour-là à Capoue. 

La mention du n février in Vulturno Castrensis est bien 
claire. On a trouvé prés de Calvi, dans une grotte, des 
peintures, que Ton juge du VIII e siècle, représentant les 
saints Castrensis et Priscus '. Bien que la légende fasse 
de S. Castrensis un évêque africain du VI e siècle, comme 
de plusieurs autres saints antérieurs à cette époque -, il 
est à croire qu'il faut le regarder comme un martyr local, 
dont le corps fut longtemps vénéré à Vulturnum 3 . 

Entre la Campanie et le Vieux Latium nous rencontrons 
encore Formiae, qui possédait le corps de S. Érasme. 
L'hiéronymien, au 2 juin, dit simplement in Campania 
Herasmi. Mais S. Grégoire parle de l'église de Formiae, 
in qua corpus beati Herasmi requiescit *. Deux monastères 
dédiés à S. Erasme, cités également par S. Grégoire, l'un 
à Xaples, l'autre sur la côte du mont Repperi. attestent 
la popularité de son culte à cette époque 5 . 

Le patron de Terracine est S. Césaire, dont la légende 
manque d'autorité. Mais il figure à l'hiéronymien au 21 
avril : in Terracina Campaniae Cessari, et peut-être aussi 
au 1 novembre. Un peu en dehors de la ville, au milieu 
des sépultures, près de la voie Appienne, s'élevait autrefois 
une église San Cesareo, sur l'emplacement, à ce qu'on 

que le groupe Félix et Constantia est revendiqué par deux villes homo- 
nymes, Nocera Umbra et Nocera de' Pagani. C'est évidemment en 
faveur de cette dernière que l'hiéronymien fait pencher la balance. 

(1) DeRossi, Bidlettino, 1883, p. 74-75. 

(2) Lanzoni, dans Rivista storico-critica, t. c p. 2S7-90. 

(3) On semble avoir retrouvé la fenestellci confessionis du tombeau de 
S. Castrensis à Volturno. De Rossi, Bullettino, 1881, p. 147-49. 

11 Rcgistr. I, 8, Ewald-Hartmann, t. I, p. 10. 
15) Registr. I, 23, IX, 172, Ewald-Hartmann, I, p. 27, t. II, p. 169. 



352 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

croit, du tombeau du martyr '. Le culte de S. Césaire 
était en honneur à Rome et Saint-Césaire in Palatio 
existait au VI e siècle 2 . 

Sur une inscription malheureusement très endommagée 
provenant de Privernum (Piperno), De Rossi a cru recon- 
naître les noms de trois martyrs au moins, [...]rius, Iulius 
et Montanianus. Le grand archéologue défend son senti- 
ment avec son habileté et son érudition ordinaire. Mais 
la part de la conjecture est si considérable dans ses déduc- 
tions que l'on peut hésiter à le suivre \ 

Mentionnons enfin cette notice intéressante du 17 août : 
In Fabriteria Magni. Fabrateria était une ville située près 
de la Ceccano actuelle, et Magnus un saint dont la popu- 
larité doit avoir été considérable, à en juger parle mouve- 
ment légendaire, encore mal éclairci, dont son nom a été 
le centre. 

Quatre anniversaires, dans l'hiéronymien, se rapporte- 
raient à la Lucanie. Celui du 29 octobre est parfaitement 
indéchiffrable. Le 21 (19, 20) août, on reconnaît les noms 
de Valentinus (Valentianus) et Leontius, qui étaient 
honorés à Bénévent au IX e siècle. On a pensé que, dans 
la notice du 26 (27) août, in Lucania civitate Potentia Felicis 
Aronti, se retrouverait S. Orientius honoré à Lecce *. Le 
15 juin : in Lucania Viti, semble appartenir à la première 
rédaction du martyrologe. La notice, rejetée à la fin, le 
nie nie jour, in Sicilia Viti, Modesti et Criscentiac, doit être 
une addition postérieure faite sous l'iniluence d'une 

1 - Voir R. de la Blanchèrr, Tcrracme (Paris. 1S84), p. 153-15.4 , et 
la planche I. à l'endroit appelé le Prébende. 

(3) Jean Diacre, Vita S. Gregorii, IV, 20. Cf. Duchesne, Le Liber 
pontifical is y t. I, p. 377, not. 12. 

Bullettino, 1878, p. 85-99. 

(4) LANZONI, dans Apulia, 1. 1 (1910), p. 368. Cf. m. ibid., t. II, p. 171. 



ROM!- HT L'ITALIE. 353 

légende qui transporte en effet en Sicile S. Vitus, et qui 

lui donne des compagnons '. Il est probable que ce martyr, 
qui devint si célèbre en Italie et plus tard en Allemagne 2 , 
appartient originairement à la Lucanie. 

Sous Aeclanum. en Apulie, le martyrologe place au 26 
(25) août un saint Mercorius,Mercurius,plus tard transféré 
à Bénévent. et à cette occasion confondu par les hagiogra- 
phies du pays 3 avec S. Mercure de Césarée '. Une autre 
ville d' Apulie, Aecae(Troja), paraît au 5 novembre : in Ecas 
Marci, un saint que la légende a également travesti, et 
de multiple façon. Il est vraisemblable que Marc est un 
martyr peut-être un eveque d'Aecae, dont le culte a été 
très populaire en Apulie, à en juger par le nombre de 
saints homonymes que l'on signale dans la contrée, et qui 
ne sont très probablement que des transformations d'un 
Marc unique s . Les relations de S. Eleuthère avec Aecae 
semblent purement artificielles 8 . Quant aux saints de 
Venosa, Senator, Viator, Cassiodorus et Dominata, ils 



1 BHL.8711. 

(a) Ad. SS., iun. t. II, p. 10 13- 1042 ', J. H. Kessel, St. Veit, seins 
Geschichte, Verehrung uni bildliche Darstellungen, Jahrbùcher des 
Vereins von Alterthumsfreunden im Riieim.ande, t. XLIII 
(18671, p. 152-83. 

(3 BHL. 5936, 5937,5938. 

(4) H. Delehaye, Lu Translatif) S. Mercurii Beneventum, dans 
Mélanges Godekroid Kurth, t. I (Liège, 1908), p. 18-24. 
5 Ad. SS., nov. t. m, p. 54. 

(61 Voir les sources dans Lanzoni, t. c, p. 373. Les martyrologes 
historiques, au 18 avril, annoncent apud Messanam Apuliae civitatem 
natale sanctorum martyr um Eleutherii etc. D. Quentin, Les martyrolo- 
ges historiques, p. 257, fait dériver cette notice d'une phrase de la Pas- 
sion BHL. 2451 : eum episcopum ordinavit atque in Apuliam civitatem 
Aecanam destinavit. 

Cuit. Mart. 33 



354 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

paraissent issus d'une méprise d'épigraphiste, fécondée 
par l'imagination d'un hagiographe '. 

En Calabre, S. Leucius est honoré à Brundusium. 
L'hiéronymien l'annonce au S janvier : in Bruadisio Leu- 
ci ; le ii janvier, il dit tout simplement : Leuci confessons, 
et la tradition de l'église de Brindisi, qui regarde Leucius 
comme son premier évêque, concorde avec cette der- 
nière donnée '. S. Grégoire l'appelle beatissinms martyr 
et assure que son corps repose dans l'église de Brundu- 
sium. Il nous apprend en même temps qu'il y avait un 
monastère sous le vocable de S. Leucius à cinq milles de 
Rome \ L'emplacement de ce monastère n'a pas été 
reconnu. 

Le martyrologe de la Sicile est moins riche qu'il ne 
paraît au premier regard. Les copistes de l'hiéronymien 
ont confondu parfois la Cilicie et même La Syrie avec la 
Sicile *, et souvent aussi les notices qui paraissent se rat- 
tacher à la grande île sont dans un état tel qu'il n'y a rien 
à en tirer. Parmi ceux qui sont aisément reconnaissables, 
deux noms dominent tous les autres, ceux de S te Lucie et 
de S" Agathe. S te Lucie est la martyre de Syracuse encore 
fêtée de nos jours à la date primitive, le 13 décembre. On 
ne sait comment la notice : Siracusa passio sanctae Luciae 
inis se répète au 7 février. Mais une inscription retrou- 
vée ces dernières années met hors de doute l'antiquité de 



(1 II. Dblehayb, Suint Cassiodore, Mklanges Paul Fàbrb (Paris, 
1902 1, p. 40-50. 

121 BHL. 4894. 

(3) Registr. XI. 57, Hartmann, t. II, p. 344. 

(4- Voir p. ex. le ti octobre : tu acervo Siciliae pour in Anazarbo Cili- 
ciuf ; le 27 juillet, in Sicilia natale Simeonis pour in Syria. 



ROME 1.1 L'ITALIE. 355 

ce culte '. Rome avait, au VI e siècle, son monastère des 
Saints-André-et-Lucie -. La sainte de Catane, Agathe, est 
plus célèbre encore. Elle a également ses deux fêtes dans 
l'hiéronymien, le 5 février et le 12 juillet. L'église de Car- 
thage l'a admise dans son calendrier ; on lui bâtit aussi 
une église à Rome ! et des basiliques in Caclano funào *, 
dont la situation est inconnue, et dans un endroit de la 
voie Aurelienne nommé fundus Lardarius 5 . Un monas- 
tère de Palerme lui était dédié en même temps qu'à 
S. Maximus \ et le monastère de Saint-Etienne à Capri 
honorait ses reliques 7 . S Euplus, connu surtout par 
sa légende, tant chez les Grecs que chez les Latins 8 , 
est également rattaché à Catane. L'hiéronymien le cite 
à trois dates : le 12 août, le 2 et le 12 septembre. A la 
fin du VI e siècle, s'éleva à Messine une basilique, dont il 
fut titulaire conjointement avec S. Etienne et S. Pancrace, 
celui-ci un autre martyr sicilien \ C'est sans doute du 
sanctuaire où reposaient Agathe et Euplus qu'il s'agit dans 
l'inscription de Iulia Florentina trouvée près de Catane et 
où l'on relève la phrase suivante : atius corpus pro foribus 
martyrorum cum loculo suo per presbiterum humatum est i0 . 
Tauromenium (Taormina) apparaît deux fois dans le 



il) C'est l'épitaphed' une certaine Euskia, qui mourut Tf| éop-rf) rf|ç 
Kupiaç uou Aouxiaç. P. Orsi, Insigne epigra/s in Siracusa, Romischb 

QUARTALSCHRIFT, t. IX, p. 299-308. 

rREGOKii I Regtstr., XI, 15, Hartmann, t. II, p. 275 

(3) Epist. Gclasii, Thiel, p. 495. 

(4) Duchesne, Le Liber pontificalis, t. I, p. 262. 

(5] Gregorii I Registr., IV, 19, Ewald-Hartmann, t. I, p. 253. Cf. 
Dialog., III, 30, P. L. t. LXXVII, p. 288. 

(6) Gregorii I, Registr., IX, 66», Hartmann, t. H, p. 86. 
17 Gregorii I Registr., I, 52, Ewald-Hartmann, t .1, p. 78. 
(81 BHG-<. 629,630; BHL. 2728-2731. 

y Gregorii I Registr., II, 9, Ewald-Hartmann, t. I, p. 107. 
(101 CIL, X. 7112. 



356 CENTRES DU CULTIÎ DES MARTYRS. 

martyrologe, le 3 (5) avril et le S juillet, avec Pancratius, 
auquel les Grecs ont fait une longue et bizarre légende '. 
La plupart des autres saints dont le culte est attesté en 
Sicile par des établissements antérieurs au VII e siècle, 
principalement connus par le registre de S. Grégoire, sont 
des saints étrangers, surtout des orientaux, tels S. Théo- 
dore, S. Georges, S. Christophe '-'. 

La Sardaigne, qui plus tard fit valoir les prétentions 
les plus ambitieuses, n'apparaît guère dans le martyro- 
loge qu'avec deux noms, Gavinus, le 30 mai et le 25 octo- 
bre, comme honoré à Turris, Luxorius, — plus tard un 
dit aussi Ruxorius -- le 20(21) août et le 25 (26) septem- 
bre : . Il existait en Sardaigne, au temps de S. Grégoire, 
un monastère placé sous le double patronage de ces 
martyrs : Gavini atque Luxurii monaslerium '. 

A Sulci (Isola di S. Antioco), une inscription en l'hon- 
neur de S. Antiochus, Aida micat ubi corpus beati sanc'i 
Antioci quubit etc. s , est évidemment un souvenir d'une 
ancienne mosaïque qui décorait l'abside du sanctuaire. 
S. Antiochus serait un martyr local. 

Sainte fulia est la patronne de la Corse. La légende est 
dépourvue de toute valeur B Mais en revanche l'hiérony- 

(1) HHG-'. 1410. 

2) Oi uvrir dans la catacombe de Saint-Jean à Syracuse 

le tombeau d'une martyre, ou du moins d'une sainte Deodata. Voir 
J. Fuhrer, Bine wichtige Grabstâtte det Katakombe von S. Giovanni bei 
Svraki<s, Mùncl : . > : In.. Zur Grabschrift auf Deodata, ibid., 1896. 
I preuve du culte n'a pas été faite. Voir Analcct. Bolland., t. XVI, 
p. 94. 
(3) BHL. 5092. 

boorii I Registr. IX. 197, HartmanK, p. 185. 
(5) Cil.. X, 7533 : I '■ R, Carmma latina, 919. 

BHL. 4516-4517 Cl ! Lan oni, Le origini del cristianesimo e delV 
episcopato nella Corsica, dans Rivista storico-critica, t. VI (1910), 

446-53 



ROME ET L'ITALIE. 357 

mien, au 22 mai, confirme l'antiquité du culte de la 
sainte : In Corsica insula natale hiliae. 

Reprenons notre exploration du continent italien par la 
Sabine. S. Victorin est honoré à Amiternum (San Vitto- 
rino) le 24 juillet : in Amilernina civitate miliario L XXXIII 
ah urbe Roman a via Salaria natale Viçtorini.L,e martyrologe 
porte, au lieu du chiffre de la distance, qui est exact, mili- 
tes octoginta très. Les hagiographes du moyen â^e n'ont pas 
•té sur ce point, et ont accueilli dans leurs listes cette 
belle troupe de soldats-martyrs. Un monument intéressant 
du culte de S. Victorin, dans la catacombe d'Amiternum ', 
est l'inscription suivante du V e siècle, à ce qu'il semble : 
latente Deo Christo nostro sancto marturi I "ictorino Quod- 
vuldeus episcopus de suo fecit -. S. Victorin est entré dans 
diverses combinaisons hagiographiques 3 qui confirme- 
raient, s'il en était besoin, la localisation de son culte 
dans la Sabine. 

Le 10 juillet, l'hiéronymien annonce in Savinis Anatoliae, 
Victoriae, un groupe qui n'est nullement artificiel. Les 
deux saintes sont représentées côte à côte sur la mosaïque 
de S. Apollinare Nuovo de Ra venue '. S. Victrice ne 
semble connaître que la seule Anatolia 5 , mais les hagio- 
graphes les reunissent toujours r '. L'annonce du 9 sep- 
tembre, in Sabinis miliario XXX Iacinthi, trouve son expli- 

[)VoirA. Bevignani, Osservazioni suite catacombe di S. Vittorino c 

dt InlZZai'.O, NUOVO BULLETTINO L>I AKCHEOLOGIA CRISTIANA, I9O3, 
p. 187-93. 

CIL. IX. 4320 Sur ks graffiti de cette catacombe, De Rossi, 
Roma sotterranea, 1. 1, p. 174. 

. 1 SS. Nerei et Achillei, BHL. 6064; Acta SS. Severini et Vie- 
tormi, BHL. 7659. 

1 ( La remarque est de M. DuFOURCQ, Gista martyrum, t. III, p. 261. 
5 De laude sanctorum, xi, P. L. t. XX, 454. 
161 BHL. S591 ; 417-420. 



358 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

cation dans ce passage de la vie :1e Léon III : fccit autem 
et in basilica beati Iacinthi sita in Sabinis, ubi et corpus eius 
requescit, vesteni die stauraci pulcherrimam '. 

Les deux mentions du Picenum sont à retenir. Le 
16 mai : in Piceno civitate Ausimo Florenti. La tradition de 
culte et l'hagiographie 2 sont d'accord pour rattacher 
S. Florent à la ville d'Osimo. Le 15 avril : In Piceno in 
Aurco monte Maronis. S. Maron est un des martyrs qui, 
avec S. Victorin et d'autres, jouent un rôle dans la Pas- 
sion des SS. Nérée et Achillée 5 . Montoro, près d'Osimo, 
fait songer à Mons aurens, mais les prétentions de Cività 
Nova sur les reliques de S. Maron méritent considération. 
Ne quittons pas le Picenum sans rappeler qu'Ancône pos- 
séda une église dédiée à S. Etienne, une des plus ancien- 
nes, antérieure même à l'invention des reliques 4 ; on y 
vénérait une des pierres de la lapidation du premier mar- 
tyr 5 . L'église était située iuxta civitatem 6 . 

En Ombrie 7 , à Ocriculum, on fait le 14 mai la fête de 
S. Victor. Ce saint fut trouvé par l'évêque Fulgentius, 
comme en témoigne l'inscription : Iubante Deo Fulgentius 
episcopus invento corpore beati martyris Victoris in Christi 

(1) Duchesne, Le Liber pontificalis, t. II, pp. 13, 42. 

1 BHL. 561. Voir Acta SS., maii t. II, p. 613-15. 

(3) BHL. 6064. H. ACHEl is, Acta SS. Nerei ci Achillei (Leipzig, 1893), 

47- 53- 
1 \ Augustin, Sermo cccxxm, 2 : Corpus dus votuiuvt apparucrat, 

mnnoria ibi utlde erat PI'. / . t. XXXVIII, p. 1445. 

5 fbui.,p. 1445-46. 

G [REl, Dialog., I, 5. /'. /.. t. XXVII, p. 177. 

(7) Voir De Rossi, V io d'archcologia cristiana nelV Umbrùi, 

BOLLETTINO DI ARCHBOL. CRIST., 1871, 81-148 : F. I AN/OM. Le origitli 

del cristiatusimo e delV episcopato nelV Umbria Rotnatta, Rivista sto- 

RICO-CRIIliA DELL! CIENZE TEOLOCICHE, t. II] 119071, pp. 739"75 6 ' 
821-34. 



ROME ET L'ITALIE. 359 

nomine super altarem construxit '. Il serait bien téméraire de 
''identifier avec un des saints Victor connus. 

S. Juvénal de Narni passe pour être un confesseur, et 
sa légende lui donne cette qualité *. Mais S. Grégoire, 
chaque fois qu'il parle de lui, lui reconnaît le titre de mar- 
tyr : iuxta beaii Iuvenalis martyris sepulchrum 3 , et il met 
dans la bouche de Probus. évêque de Reate, ces paroles : 
ad me sanctus Iuvenalis et sanctus Eleutherius martyres véné- 
rant *. 

A en juger par l'hiéronymien, dans sa forme actuelle, 
au 14 et 15 février, au 14 avril et au 1 mai, la liste d'Inter- 
amna (Terni) serait assez fournie. Mais il n'y a à retenir 
comme se rapportant certainement à cette localité que 
l'annonce du 14 février : Interamnae, via Flaminia miliario 
LXIII1 natale Valentmi. S. Valentin, patron de Terni, est 
le héros d'une légende très connue, qui fait de lui un 
martyr de la persécution de Claude s . Son culte a suivi, 
jusqu'à Rome, les étapes de la voie. Flaminienne et pres- 
que aux portes de la ville se dressait une basilique de Saint- 
Valentin G . Cela a suffi pour lui assurer les droits de 
citoyen romain, et il est entré, en cette qualité, dans la 
Passion cies SS. Marius et Marthe '. Avec quelque pro- 
babilité aussi il faut lire au 14 avril et au 1 mai : Interam- 
nae Proculi. Au temps de S. Grégoire, se célébrait dans le 

1 Acta SS., maii t. III, p. 269 ; A. Mai, Scriptorum veterum nova col- 
Icctio, t. V, p. 76, 1. 

(2) BHL. 4614 Sur son tombeau, voir De Rossi, Bullettino, 1S71, 
p. 83. 

(3) Homil. in evang. XXXVII, 9, P. L. t. LXXVI, p. 1280. 
4) Dialog. IV, 12, P. L. t. LXXVII, p. 340. 

BHL 8460. 

(6) 0. Marucchi, Il cimittro e la basilica di S. Valentino, Roma, 
1890. 

7 BHL. 8463. M. Marucchi, t. c, p. 29-39, se prononce pour la 
distinction des homonymes, Valentin de Terni et Valentin de Rome. 



360 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

pays la fête d'un S. Proculus martyr : un évêque du voisi- 
nage, Boniface de Ferentis, vint à cette occasion célébrer 
les saints mystères dans le sanctuaire, dont la situation 
n'est pas exactement indiquée ', et l'on peut présumer 
qu'il se trouvait sur le territoire d'Interamna. Proculus 
était-il un martyr indigène, ou bien le natalicius dies dont 
parle S. Grégoire signific-t-il la fête, en Ombrie, de S. 
Proculus de Bologne ? Il faut se borner à poser la ques- 
tion. 

Les martyrs Apollonius et Ephebus, que le martyro- 
loge et la légende de S. Valentin placent également parmi 
les martyrs d'Interamna. appartiennent probablement 
à une autre ville. Quant aux saintes Agape et Domnina, 
elles n'ont aucun titre à prendre place dans les fastes 
d'Interamna 2 . 

Les deux martyres Sabina et Serapia, dont une trans- 
lation tardive a fait des saintes romaines, sont originaire- 
ment des saintes ombriennes. C'est en vain qu'on essaye- 
rait de transposer des indices topographiques aussi clairs 
que ceux-ci: in oppido Vendinensium ad arcum Faustini, 
iuxta areain Vindiciani z . De Rossi a montré que Vindena 
était une petite ville d'Ombrie voisine d'Interamna et 
que c'est là qu'il faut localiser le martyre de Sabina et de 
Sérapia 4 . Ne faudrait-il pas reconnaître la première de 
ces deux saintes dans la Savina de la mosaïque de S. Apol- 
linare Nuovo à Ravenne " ? 



1 Dialog. [,g, /'. LA. LXXV, p. 197. 

j)Ce qui précède r -^t emprunté à notre travail Les martyrs d'Interam- 
na dans Bulletin d'an* ibnne i [ttératureet d'àr< héologie chré- 
tiennes, t I (19111, p. 161-68. 
BHL. 7407. ce. 11. 15. 
{4) Bullettino, 1871^.9093. 
(5) CIL. XI, j8i. 



ROME ET L'ITALIE. 361 

Felicissima de Todi, au 26 mai, in Tuder Tusciaè Felicis- 
stmae, n'est peut-être pas distincte de Felicissimus de 
Pérouse,au 24 novembre. Au 1 septembre, la notice in Tu- 
dcrtina Tusciae Terentiani episcopi semble avoir quelque 
appui dans la tradition de l'église de Todi '. 

S. Sabinus ou Savinus est un martyr de Spolète, dont le 
tombeau se trouvait miliarto a cantate Spoletana plus minus 
secundo. Ce détail, emprunté à la Passion du saint, pièce 
de très peu de valeur du reste *, est reconnu exact. 

Paul diacre parle encore de Spoletium ubi basilica beati 
martyris Savini episcopi sita est 3 , et c'est probablement cette 
basilique hors les murs de Spolète que cite Procope *. 
L'existence des martyrs Marcellus et Exuperantius, dia- 
cres de Savinus, martyrisés et enterrés à Assise ne repose 
que sur le texte de la Passion. S.Grégoire prie l'évêque de 
Spolète d'envoyer à l'évêque de Fermo des sanctuaria beati 
martyris Sabini s , pour être placés dans un oratoire consa- 
cré à ce martyr. Ailleurs il est question d'un monastère de 
S. Sabinus dans le même diocèse 6 . Le culte du saint prit 
dans le centre et le nord de l'Italie une grande extension 7 ; 
il est un des martyrs représentés sur la mosaïque de S. 
Apollinare Nuovo de Ravenne 8 . 

L'inscription métrique Martyris hic locus Vitalis nominc 
vero 9 , dans une église du voisinage de Spolète, est suivie 

1 BHL. 8000-8004. 
f2.BHL.7451. 

(3) Ihst Langobard.,l\ , 16, M. G. Script, rcr. langobard., p. 121. 

(4) De bcllo Gothico, II, 8, Dindori-, p. 178. 
s Reçistr., IX, 59, Hartmann, t. II, p. 82. 

161 Registr., XIII, 18, Hartmann, t. II, p. 385. 

7 F. Lanzoni, La Passio S. Sabini Savini, Romische Quartal- 
schrift, t. XVII (19031, p. 21-26. 

181 CIL. XI, 281. 

CIL X,4944; Buchkler, Car mina, 1801. Cf. De Rossi, Biillet- 
tino, 1871, p. 94-112. 



362 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

de ces lignes: Spes episcopus Dei servus sancto Vitali martiri a 

se primum invente altaris honorent fecit. Sancti Vitalis marty- 
ris passionis natal is die XVI [kalendas tnart.]. On a suppléé 
la date au moyen de l'hiéronymien, qui, précisément le 
14 février, porte in Tuscia Spoliti avitate Vitalis '. 

Bien que n'ayant pas de martyrs propres 2 , Forum 
Sempronii (Fossombrone) mérite d'être enregistré ici à 
cause de la double commémoraison,le 2 février et le 6 août, 
de S. Laurent et S. Hippolyte. Foro Simprum via Flanti- 
nia miliario ab urbe CLXIIII LaurenU Ippoliti. C'est la fête 
de la déposition des reliques envoyées de Rome, c'est-à- 
dire de la dédicace de la basilique. De Rossi pense que la 
seconde date est celle où la fête de ces martyrs était célé- 
brée à Forum Sempronii 3 . Mais pourquoi cette seconde 
fête à cette date, qui n'est ni celle de S. Laurent, ni celle 
de S. Hippolyte ? 

La Tuscie ou Etrurie romaine n'est pas dépourvue de 
martyrs '. Au 29 janvier, Perusiae in Tuscia Consiantini, 
désigne un martyr qui de temps immémorial est bonoré à 
Pérouse. Mais ce n'est point dans ses Actes qu'il faut se 
renseigner sur S. Constant \ Il faut en dire autant de 
S Felicissimus,au 24 novembre,*?* Ptrusia Tusciae Felicissi- 
mi, qu'une légende de date récente fait martyriser au 
VU 1 si: cle par les ariens S. Felicissimus serait en réa- 
lité un martyr des persécutions romaines \ 



1) Plus haut, p. 105. 

Voir Analect. Bolland., t. XXIX. p. 468-69. 
(3) Dullettino, 1882, p. 36. 

Lanzoni, Le origini dcl cristianesimo c delV episcopato «<•//' Elruria 
Romana, Rivista stokico-critica delle scienze teologiche, t. IV 
1190 : t. V, p 20-29. 

(5) BHL. 1937-1940. 

(6) LANZONI, Rtvista storico-critica t, IV, p. g^. 



ROME ET L'ITALIE. 363 

Les Actes de S. Donat d'Arezzo font de lui un martyr ', 
tandis que deux des principaux manuscrits de l'hiérony- 
mien portent, au 7 août : in Tuscia civitate Aretia Donati 
eptscopt et confessoris. Au 3 juin : apud Aretium Tusciae Lau- 
renti, semble être une simple dédicace d'église, avec des 
reliques de S. Laurent, comme à Fossombrone. Laurent 
pourrait être aussi un martyr local. Mais la légende des 
saints Pergentinus et Laurentinus, martyrs d'Arezzo, ne 
fournit aucun élément de solution '-. 

Nous ne ferons que citer en passant Fiesole, qui honore 
comme son patron S. Romulus, un martyr, d'après une 
tradition relativement récente \ mais difficilement conci- 
liable avec les monuments anciens 4 . 

On honore à Bieda, le 25 mai, un S. Sentias, qui a sa 
place au martyrologe : insola (insida) Tusciae civitate Blera 
Sentiate. D'après sa légende 5 , ce serait un ermite du V e 
siècle. Il est possible que nous soyons ici en présence d'un 
nouveau cas de transformation radicale, et que S. Sentias 
soit un martyr du pays 6 . 

Sous la rubrique in Colonia Tusciae, au g août, on relève 
les noms Venant, Marcelliani, Secundiam. que leur légende 7 
place in civitate Tuscana (Toscanella). On peut se deman- 
der à quel point ce récit est indépendant du martyrologe. 
Une autre version 8 les fait mourir à Centumcellae (Civita- 
vecchia). 

La notice in Tuscia Musiiolae, du 23 novembre, nous 

(1) BHL. 2289-2294. 

(3) BHL. 6632. 

13I BHL. 7330-7334. 

Voir Analect. Bolland., t. XXIV, p. 509-10. 
15^ BHL 7581, 7582. 

Analect. Bolland., t. XXIX. p. 471. 
7) BHL. 7550. 
(8) Act SS., aug. t. II, p. 407. 



364 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

conduit près de Chiusi, à un mille environ de cette loca- 
lité, à la catacombe dite de S te Mustiola,où l'on a découvert 
l'inscription : Iulia Asinia Felicissimae sanctissimae ex génère 
Mustiolae sanctae '. Dans la Passion de S te Mustiola 2 il est 
question d'un S. Irénée, qui fut martyrisé avec elle le 3 
juillet, puis d'un S. Félix, qui souffrit la mort le 22 juin in 
Falisco (Civita Castellana) et fut enterré à Sutri. Nulle 
trace ailleurs de cet Irénée. Mais dans l'hiéronymien, au 
23 novembre. un Félix suit immédiatement le nom de Mus- 
tiola. 

On sait qu'à Bolsena on a découvert un cimetière 
chrétien avec le tombeau d'une sainte Christine '. 
Toutes les données archéologiques tendent à prouver qu'il 
y eut là un sanctuaire avec tombeau de martyr, autour 
duquel s'est développée une nécropole d'une réelle impor- 
tance. Les documents qui nomment Christine comme 
éponyme, sont de date trop récente pour être pris en 
considération, d'autant plus que la date de la fête et les 
Actes, qui ne sont qu'une adaptation des Actes de Chris- 
tine de Tvr ', amèneraient à conclure qu'il s'agit sim- 
plement ici d'un culte oriental transplanté en Italie. Il 
paraît certain qu'il y eut des martyrs à Bolsena ; il est 
possible qu'il v ait eu une martyre du nom de Christine. 
Nous ne pouvons en dire davantage. 

A une localité dite ad Baccanas (Baccano), sur la via 
Cassia.à vingt-et-un milles de Rome, se rattache le souve- 
nir d'un S.Alexandre, fêté le 21 septembre. Ses Actes s , 
sans avoir une valeur historique appréciable, sont curieux 



1 CIL. XI. 2549. Voir la note de l'éditeur, 
(a BHL. 4455, 4456. 
-, De Rossi, Bullcttino, 1880, p. 109-143. 
; BHL. 1748-1758. 
5)BHL. ,73. 



ROME ET L'ITALIE. 365 

au point de vue de la t iphie. Les fouilles entreprises 

à lîaccano semblent confirmer l'existence en ce lieu d'une 
basilique de martyr : un autel, décrit par De Rossi', a été 
retrouvé dans un cimetière chrétien. L'auteur des Ac 
prétend avoir lu sur le tombeau Fépitaphe : Hic requiescit 
sanctus et vetterabilis martyr Ahxander episcopus cuius depo- 
sitio celebratur XI kal. oct. Le style de cette inscription n'ac- 
cuse pas une très haute antiquité, pas plus d'ailleurs, que 
celui des Actes. On a essayé d'identifier notre S.Alexandre 
avec celui dont les Grecs t'ont mémoire le 22 octobre '. 
Malgré quelques traits communs aux deux légendes 3 , 
l'identification paraît problématique et même peu vrai- 
semblable. 

De mauvais Actes font mourir S. Torpes à Pise '.Aucun 
monument historique ne continue le fait. Toutefois, il y a 
quelque raison de croire à l'antiquité du culte de S. Tor- 
pes. On aurait déchiffré son nom sur des diptvques du 
VI e - VII e siècle conservés à Lucques s . 

S. Grégoire raconte que Redemptus, évêque Ferentinae 
civitatis, faisant la tournée de son diocèse, arriva un soir 
à l'église du martyr S. Eutychius, et voulut prendre son 
repos à côté du tombeau de ce saint, lequel lui apparut 
durant la nuit 6 . Ce serait l'Eutychius honoré à Soriano, 
dont on a une légende 7 et dont la fête se célèbre le 
15 mai 8 . On peut rappeler, mais sans arriver à une con- 

1 Bullettino, 1875, p. 148-52. 

2\ G. MoRiN, dans Revue bénédictine, t. XXIV, p. 112-17. 

3 Cf. Synax.eccl. CP..p. 156. 

41BHL. 8307. 

5 P. Guidi, dan* Revue bénédictine, t. XXIV. p. 122. 

6 Dial. III. 38. P. L. t. LXXVII, p. 316. 

:. -- . 

(8) Gêrmano di S. Stanislao, S. Eutizio di Perento e ilsuo sanctuario 
posto nel territario di Soriano, Roma, 1S83 ; id., Memorie archeologiche c 
criticlie sopru gli atti e il cimiterio di S. Eutizio di Ferento, Roma, 18S6. 



366 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

clusion satisfaisante, que, le 23 novembre, le martyrologe 
enregistre, aux environs de la rubrique in Tuscia, un 
Eutices. Une inscription que l'on croit provenir de Tar- 
quinii (Corneto), mentionne un Euticius cou/essor depositus 
VIII kalendas scptembris in pace Christi '. On a agité la 
question de savoir si ce n'est pas l'Eutychius de S. Gré- 
goire. Il n'y a nul indice suffisant pour le donner à penser. 
De Rossi - a songé au prêtre Eutychius qui est nommé dans 
les Actes des saints Valentin et Hilaire 3 . Mais c'est 
là une simple conjecture. Nous ne savons rien sur les 
sources de ces Actes et le texte de l'épitaphe ne suggère 
aucune idée de culte. 

Au vingt-sixième mille de la voie Flaminienne, près de 
Rignano, on a découvert un ensemble important de cime- 
tières souterrains, et les textes hagiographiques concer- 
nant les saints Abundius, Abundantius et leurs compa- 
gnons, honorés le 16 septembre*, nous amènent précisément 
dans ces environs. Une inscription, dont malheureusement 
on ne connaît pas la provenance exacte et dont l'authenti- 
cité n'est pas au dessus de tout soupçon, Abundio presbytero 
martyri sancto dcp. VII id. dec. s , serait l'épitaphe même 
du premier de ces martyrs. Il faut se borner à la signaler. 
Indépendamment de ce monument les conclusions de De 
Rossi au sujet du cimetière de Rignano subsistent. Il est 
probable qu'il s'est formé autour d'une sépulture de mar- 
tyrs, sans doute celle de S. Abundius et de ses compa- 
gnons 6 . 

1 CIL. XL 351^. 
(a Bullettino, 1874, p. 101-18. 

MHL. 8469,8471. 
14) BHL. 16-18. 

5) MARUCCHI, I numumenti dcl musto cristiano Pio-Latcrancnse tav. 
XLIII. 4 Cf. Analcct. Bolland.,t. XXIX, p. 186. 
(6) Bullettino, 1883, p. 134-59. 



ROME HT L'ITALIE. 367 

Le lieu du monde qui nous donne peut-être la vision la 
plus nette de ce qu'était le culte des saints dans l'empire 
romain, au V e et VI e siècle, c'est Ravenne Ses riches 
basiliques, encore debout, élevées en l'honneur des saints 
et sur les murs desquelles se déroulent ces glorieuses pro- 
cessions de vierges et de martyrs, étincelantes d'or et de 
couleurs brillantes : >es solennelles inscriptions rappe- 
lant les dédicaces des églises ; l'histoire de ses évêques, 
qui nous sert 'de guide au milieu de ces merveilles, tout 
cet ensemble nous apparaît comme l'expression d'un sen- 
timent profond de respect et d'un religieux enthousiasme 
pour les héros qui ont scellé de leur sang leur foi dans le 
Christ. Avant de devenir ville impériale, Ravenne avait eu 
l'honneur de donner un des siens à l'armée vêtue de robes 
blanches que ses artistes ont si admirablement représentée. 
Son premier évéque, Apollinaire, fut victime d'une persécu- 
tion dont il est impossible de préciser l'époque, et ense- 
veli à l'endroit où l'on voit s'élever dans un désert la belle 
basilique de S. Apollinare in Classe. Il y eut là d'abord, 
autour du tombeau du martyr, un cimetière important et 
sans doute un oratoire modeste '. Le banquier Julien, en- 
couragé par l'évêque Ursicinus, lit bâtir le splendide 
monument, cudificavit, ornavit atque dedicavit, qui fut con- 
sacré en 54g par l'évêque Maximien -. S. Apollinaire est 
marqué à l'hiéronymien le 23 juillet. 

Ravenne y figure à d'autres dates. Sans compter S. Sévè- 
re, un évêque, le i janvier et le 1 février, le 9 avril la dédi- 
cace d'un oratoire de Saint-Polyeucte, et le 11 novembre 
S. Martin, le martyrologe annonce, sous Ravenne, du 24 
au 26 janvier, un S. Savinus, le 18 juin des saints incon- 



(1) De Rossi, Bullcttino, 1879, p. 98-117. 
12 CIL. 294. 



368 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

nus entre lesquels il faut peut-être glisser les SS. Ger- 
vais et Protais honorés le lendemain, le 13 novembre 
Lt le 16 décembre, un Valent inus et, le 13 décembre, 
un Ursicinus. Il convient de rapprocher de ces noms 
celui de S. Vital, bien que le martyrologe ne le rat- 
tache pas à Ravenne ; mais la basilique qui fut élevée 
en son honneur par le banquier Julien, et dédiée en 547 
par l'évéque Maximien ' lui assure une place privilégiée 
dans la liste des saints de Ravenne. 

Pour apprécier celle-ci, il faut avoir devant les yeux un 
témoignage aussi formel qu'autorisé, d'où il résulte que 
Ravenne n'a eu qu'un seul martyr indigène. S. Pierre 
Chrvsologue (f 4.4.U) s'exprime ainsi : Beatus Apoilinaris, 
primas sacerdotio, soins hanc ecclesiam Ravennatem vernacnlo 
atque inclito martyrii honore decoravit 2 . Il faut en conclure 
que les autres noms appartiennent à des saints étrangers 
dont le culte a été importé à Ravenne. On n'hésitera pas 
pour S. Polyeucte, martyr oriental assez connu, ni pour 
S. Sa\ in us, le martyr de SpolèteMl est possible que S.Valen- 
tinus soit un martyr africain, vu qu'il est marqué au calen- 
drier de Carthage précisément le 13 novembre. Une dévo- 
tion marquée aux saints mis en relief par S. Ambroise, et 
dont les églises des Saints-Gervais-et-Protais 4 et de Saint- 
Nnzaire s sont les preuves les plus claires, explique le culte 
de S. Vital, un des deux martyrs de Bologne dont l'éléva- 
tion eut lieu en la présence de l'évéque de Milan 6 . Il est 

1 CIL. 288, 389. 

1 Srrmo cxxvm. P. L. t. LU, p. 552. 
'3) Plus haut, p. 361. 
( I tait dédiée à Stephano, Gervasio, Protasio bcatis marty- 

ribus. CIL. 27". 

(5) A< . Liber pontif. ceci. Ravcnn., xi.n. ux, M. G. Script. 

rerum langobard. pp. 307, 319. 
Plus haut, p. 94-95. 



ROME ET L'ITALIE. 369 

moins facile de se rendre compte de la mention de S. Ur- 
sicinus. On sait que la fantaisie d'un hagiographie 1 a réuni 
dans un même récit Gervais et Protais, les martyrs de 
Milan, Valérie, celle-ci également honorée dans la même 
ville -, Vital et Ursicinus, et l'on a de bonnes raisons de 
croire que cet écrit fut composé à Ravenne. Comme Ursi- 
cinus n'appartient ni à Milan, ni à Bologne, ni à aucune 
église voisine, on serait tenté de le regarder comme un 
martyr de Ravenne, n'était la parole de S. Pierre Chrvso- 
logue, qui ne pouvait ignorer cette gloire de sa ville épis- 
copale. 

Il est probable que le martyr illyrien Ursicinus, qui 
jouissait d'une certaine notoriété 3 , a été spécialement 
honoré à Ravenne. Son culte doit y avoir été assez popu- 
laire. On sait qu'un des évèques de ce siège, au VI e siècle, 
portait son nom '. Fortunat cite Ursicinus parmi les trois 
principaux patrons de Ravenne : 

Martyris egregii tumulum Vitalts adora, 
mitis et Ursicini, parili sub sorte beati ; 
rursus Apolhnans pretiosi limina ïambe 5 . 

Ces vers sont utiles à relire ; ils font comprendre 
avec quelle réserve il faut accepter le témoignage des 
pèlerins qui visitent en passant une basilique — je fais 
allusion à celle de S. Vital -- et affirment qu'ils ont prié 
au tombeau du saint. 

Nous avons cité quelques églises de Ravenne dédiées 

1 F. S.vvio, Due lettere falsamente attribuite a S. Ambrogio, Nuovo 

BULLETTINO DI ARCHEOLOGIA CRISTIANA, t. III (1897I, P- I 53"75- 

2 De Rossi, Builettino, 1864, p. 30. 
(3 Voir plus haut, p. 295. 

^ Agnellus, Liber ponttf. eccl. Ravenn. XXVI. M G. Script, rerum 
langobard., p. 3.22-24. 

5 Vita S. Martini, IV, 6S2-S4. 

Cuit. Mart. 24 



370 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

aux martyrs. Nous avons à ajouter, outre celle que Galla 
Placidia fit bâtir en l'honneur de S. Jean l'évangéliste ', 
les églises ou chapelles de Sainte-Euphémie,gw«0 vocatur ad 
mare — déjà démolie quand écrivait Agnellus 2 — de Sainte- 
Pétronille 3 , de Sainte-Anastasie *, de Sainte-Agnès s , de 
Sainte-Agathe 6 , de Saint-André 7 , de Saint-Barthélémy 8 , 
de Saint-Eusèhe, évêque et martyr, celui de Verceil, sans 
doute 9 , de Saint-Georges 10 , de Saint-Etienne ", de Saint- 
Serge '-, de Saint-Théodore ,3 , de Saint-Zacharie •*. 
L'église des Saints-Jean-et-Paul est mentionnée par For- 
tunat lï . Tout à la fin du VI e siècle il est question de la 
fondation d'un monastère des Saints-Marc-Marcel-et-Feli- 
cula l6 . Il en existait un aussi sous le titre des Saints- 
Laurent-et-Zénon 17 On le voit, rien qu'à en juger par le 

(i) CIL. XL 276. 

(2) Agnellus, dans M. G. t. c, p. 283-341. 

(3) Ibid., p. 288. 

(4) Ibid., p. 289. 

(5) Ibid., p. 297. 
(6)/6irf.,pp 307,333- 

(7) Ibid., p. 313. C'est probablement celte église que l'évêque Maxi- 
mien restaura et embellit, comme le raconte Agnellus {ibid., p. 329), 
et que chante Fortunat clans ses Versus de templo domni Andreae quod 
■icavit Vital/s episcopus Ravennensis (Carm. I. 21. On sait qu'il n'y 
ut de Vital dans la liste épiscopale de Ravenne. C'est ce qui a fait 
croire que Maximien portait deux noms. M. G. Script, antiq. t. IV, 2, 
p. 126, 

Ibid., pp. 323, 319. 
(g) Ibid., pp. 326,334. 
(10) Ibid., pp. 326, 334. 
1 1 îbid., p. 337 ; CIL. XI. -.'98, 299. 
ta) Ibid., p. 334 

13 Ibid., p. 334. Cette église existe encore et s'appelle aujourd'hui 
Santo Spirito. 

1 1 Ibid., pp. 306,327. 

15. Vita s. Martini. IV. 689. Cf. CIL, XL 300. 
(16 A Vf. G. t. c, p. 342. Cf. Gregorii I Regùtr., IX, 

168. Hartmann, t. II. p. 166. 

(i7)G I ■;istr. XIV.. 6, I Iaktmann. t. II, p. 424. Une église 

de Saint-Zénon est citée par Agnellus, M. G., t. c, p. 334. 



romh et l'Italie. 371 

le nombre de ses églises, Ravenne le cédait à peine à la 
capitale de l'empire d'Orient en dévotion envers les mar- 
tyrs. 

Ces données topographiques sont complétées par d'au- 
tres documents d'un genre spécial. Nous avons d'abord 
la liste des reliques, mérita, dont l'évêque Maximien fit la 
déposition lors de la dédicace de l'église Saint-Etienne en 
550. C'est Agnellus qui nous l'a conservée et probablement 
relevée sur une inscription : Sancti Pétri, Pauli, Andreae, 
Zachanae, Iohannis Baptistae, Iohannis evangelistae, Iacobi, 
Thomae, Mathari, Stephani, Vinceniii, Laurentii,Quirini,Flo- 
riam,Emiliani, Apoteuaris,Agathae, Eufimiae,Agnetis, Euge- 
niae '.Le nom de S.Zacharie rappelle la vision racontée par 
Agnellus, la construction de l'oratoire et la dédicace d'un 
calice avec cette inscription : Offero sancto Zachariae Galla 
Placidia Augusta '-. Quirinus est l'évêque de Siscia ; Flo- 
rianus, le martyr de Lorch, Aemilianus celui de Durosto- 
rum 3 . C'est probablement aussi l'évêque Maximien qui, 
lors de la restauration de l'église Saint-André y plaça les 
reliques des saints Martyrius, Sisinnius et Alexandre 4 . 

Les listes des saints relevées sur les mosaïques ont 
plus d'importance. Nous négligeons celles qui ne renfer- 
ment que les noms des apôtres ou des évangélistes s .Sur la 
voûte de la chapelle de Saint-Pierre-Chrysologue,au palais 
archiépiscopal, on relève les suivants, plus les noms des 
apôtres : Cassiamis, Chrysogonns, Chrysanthis, Sebastianus, 
Fabianus, Damianns, Eufimia, Eugenia, Caecilia, Daria, 



(1) M. G. t. c, p. 327-28. Nous n'avons pas répété chaque fois le mol 
sancti. 

1 M. G. t. c., p. 306. 
131 Plus haut, pp. 296, 285. 

41 Fortunat, Carm. I, 2. Voir plus haut. p. 380. 
(5) CIL. XI. ; 5 6, 278, 282, 291. 



372 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

Perpétua, Félicitas '. Ces noms sont connus. Cassianus est 
le martyr de Forum Cornelii, Damianus, le compagnon de 
S. Cosme. 

Les deux grandes processions à Saint-Martin in 
Caelo Aureo, actuellement Sant' Apollinare Nuovo, don- 
nent les listes suivantes. D'une part les vierges : Sancia 
Eugenia, Savina, Cristina, Anatolia, Victoria, Paidina, Eme- 
rentia\na], Daria, Anastasia, Iustina, Félicitas, Perpétua, 
Vincentia, Valeria, Crispina, Lucia, Cecilia, Eulalia, Agnes, 
Agathe, Pelagia, Euftmia ". On reconnaît facilement les 
noms des martyres romaines et quelques noms célè- 
bres. D'autres mentions sont fort intéressantes par leur 
rareté. Savina est sans doute la martyre de Vindena \ 
Christina la célèbre héroïne que la légende fait mou- 
rir à Tvr 4 . Nous avons rencontré dans la Sabine 
Anatolia et Victoria 5 . Valeria appartient probable- 
ment à Milan f \ Iustina à Padoue 7 , Crispina certaine- 
ment à l'Afrique 8 . Pour Paulina et Vincentia, il ne se pré- 
sente aucun moyen d'identification satisfaisant. 

En tête de la procession des martyrs, se trouve Sanctus 
Marttnus, en sa qualité de patron de l'église. Il est suivi 
de Sanctus Clemes, Systus, Laurcntius, Yppolitus, Cornélius, 
Cyprianus, Cassianus, Iohannis, Paulus, Vitalis, Gervasius, 
Protasius, Ursianus, Namor, Félix, Apollinaris, Sebastianus, 
Demiler, Policarpus, Vincentius, Pancratius, Crisogonus, 



i CIL. XI. 261. 

(a CIL. XL 281. Nous n'avons écrit qu'une seule fois le mot sancia, 
qui accompagne chaque nom. 
3) Plus haut, p. 359. 
(4) Plus haut, p. 304. 
15) Plus haut, p. 357. 
I in, p. 378. 

BHL. 4571-4575- 
(8) BHL. 1989. 



ROME ET L'ITALIE. 373 

Protus, Iaquintus, Sabinus '. La place qu'occupe Ursicinus 
trahit l'influence du Pseudo-Ambroise. Après lui viennent 
les saints Nabor et Félix de Milan. Demiter est évidem- 
ment le patron de Thessalonique et Sabinus le saint de 
Spolète. Parmi les saints que l'on voyait représentés clans 
l'ancienne cathédrale -, il y avait S. Proculus, S. Liberius, 
le premier un martyr de Bologne, le second un évêque de 
Ravenne. 

On aura remarqué combien, dans l'hagiographie de cette 
ville byzantine, l'élément oriental est faiblement repré- 
senté. A côté de quelques grands martyrs comme Poly- 
carpe, Georges, Théodore, Sergius, Démétrius, dont rien 
d'ailleurs n'indique la popularité, ce sont surtout les 
saints d'Italie et des contrées voisines qui y sont en hon- 
neur. Ravenne vivait de la vie religieuse de l'Occident. 

Le ii et le 13 août, l'hiéronymien annonce in Foro Cor- 
nelii sancti Cassiani. Tout le monde connaît la description 
de la peinture que Prudence vit sur le tombeau de ce mar- 
tyr '. C'est dans sa basilique que S. Pierre Chrysologue 
rendit l'âme *. 

Tout le propre de l'antique église de Bologne est com- 
pris en ce vers de Paulin de Noie : 

Vitalem Agricolam Proculumque Bonovia condit 5 . 
Proculus et Agricola sont également cités comme apparte- 
nant à Bologne par Victrice de Rouen'"'. Le culte de S.Pro- 

(1) CIL. XL 281. Même remarque que plus haut pour le mot sanctus. 

CIL. XL 254- 
[3 Peristeph., x. 

(41 Acnellus, Liber pontif. ceci. Ravcnn.,xxi, M. G. Script.rerum 
langob., p. 314. 

(5) Carm. XXVII, 432. 

(6) De laude sanctorum, xi, P. L. t. XX, p. 453. 



374 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

culus semble avoir eu une grande diffusion, s'il est vrai que 
c'est le même martyr que nous trouvons honoré en Ombrie, 
à Puteoli, à Ravenne '. Les martyrs Vital et Agricola 2 
sont parvenus à une renommée plus universelle. S. Vital eut 
son église à Ravenne 3 et à Rome ', et nous voyons Vic- 
trice enrichir son église de Rouen d'une relique de S. Agri- 
cola s , tandis que Namatius, évêque de Clermont, envoie 
des prêtres en Italie pour rapporter des reliques des 
saints Vital et Agricola \ On a pu remarquer que 
les noms des deux martyrs n'étaient pas inséparables 
comme ils le sont de nos jours. Si, au 27 novembre, le 
martyrologe hiéronymien enregistre in Italia civitate 
Bononia Agricolae et Vitalis, au 29 avril, on n'y trouve 
que Bononiae Vitalis, au 3 décembre, Bononiae Iialiae 
Agricolae. Les autres martyrs, Hermès, Aggée et Caius 
qui apparaissent dans les calendriers du moyen-âge, 
ont été indûment annexés par l'église de Bologne sur la 
foi d'une notice de l'hiéronymien au 31 décembre, laquelle 
reparaît le 1 et le 4 janvier. La ville dont il s'agit n'est pas 
la Bononia d'Italie, mais celle de la Mésie. Il suffit pour 
s'en persuader, de se reporter à l'abrégé syriaque, au 31 
décembre 7 . 

Malgré les fables dont on a entouré la mémoire de S. 

lu Plus haut, p. 343-373. 

(2) Plus haut, p. 94-95. 

(3) Plus haut, p. 368. 

(4) Le titulus Vestinae esl mentionné comme titulus S. i'italis au 
concile de 595. Voir Duchesne, dans Mélanges d'archéologie et d'his- 
toire, t. YII118871, p. 223. 

(5) De lande sanctorum, vi, P. L. t. XX, p. 448. 

6 Grégoire de Tours, Hist. Franc., II, 16; In gloria martyrum , 
xliii. 

7 Plus haut, p. 283. A. Harnack, Die Mission, t. IJ', p. 221, cite le 
martyrologe syriaque sous Bologne d'Italie . 



ROME ET L'ITALIE. 375 

Antonin ', on peut le mettre au nombre des anciens mar- 
tyrs, et c'est à Placentia (Piacenza) qu'il faut chercher 
son tombeau. Yictrice de Rouen le compte parmi les mar- 
tyrs les plus vénérés comme parmi les thaumaturges les 
plus réputés : curât Placentiae Antoninus ', et, le 30 sep- 
tembre, l'hiéronymien place en première ligne : Placentia 
natale Anton vit. 

Nous quittons l'Emilie pour faire une rapide tournée en 
Istrie et en Vénétie s . Parenzo nous attire par la belle basi- 
lique que l'évêque Euphrasius construisit au VI e siècle. 
C'est là que fut transféré le corps de S. Maurus, qui repo- 
sait d'abord dans un cimetière suburbain. Au VII e siècle, 
S. Maurus fut enlevé à Parenzo et porté à Rome, où il 
repose encore avec les martyrs Dalmates, dans la cha- 
pelle de Saint- Venant au Latran *. 

Aquilée, si déchue de son ancienne splendeur, eut aussi 
son importance dans l'histoire du culte des reliques. Nous 
savons qu'on y recherchait, comme ailleurs, une sépul- 
ture privilégiée dans la sancla beatorum vicinia 5 . in hoc 
sanctorum loco 6 , et ce voisinage était sans doute celui des 
corps des martyrs appartenant en propre à cette église. 
L'histoire des origines, à Aquilée, est étrangement trou- 
blée par des légendes que nous ne pouvons discuter ici. 
Fortunat, qui connaissait le pays, ne multiplie pas, autant 



t BHL. 580, 581. 

De lande sanctorum, xi, P. L. t. XX. p. 453. 
3 Nous avons dit ailleurs que la lecture m Istria, m i"/rw dans le 
martyrologe hiéronymien 124 mai, 5 juin, 13 août) n'est qu'une défor- 
mation de ;;: Syria, ai Lystris. Voir Saints d'htric et de Dalmatic, dans 
Analect. Boi.i.and., t XVIII, p. 3S4. 
141 Analect. Bolland., t. c, p. 377-84. 
15 CIL. Y. 1678. 
(6) CIL. V. 1698. 



376 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

qu'on pourrait s'y attendre, les invitations à visiter les 
sanctuaires de la ville : 

aui Aquiliensem si forte accesseris urbem, 
Cantianos domini minium venererts amicos 
ac Fortunati benedictam martyris urnam '. 
Les Cantiani sont les trois martyrs Cantius, Cantia- 
nus, Cantianilla,qui sont au martyrologe hiéronymien à la 
date du 31 mai avec Protus et Chrysogonus. Leurs trois 
noms sont inscrits sur le célèbre reliquaire de Grado 2 , et 
une antique homélie, prononcée le jour de leur fête 3 , nous 
donne sur leur passion des détails, malheureusement trop 
sommaires. Au mois de juin, les 14, 15 et 17, le martyro- 
loge annonce in Aquileia ProU, et le nom des Cantiani n'y 
apparaît, semble-t-il, que comme rappel '. Pour S. Chryso- 
gone, au 24 novembre, la leçon de l'hiéronymien reste 
incertaine, Roma, ou Aquileia ". Ce ne sont pas les Actes 
de S te Anastasie, le seul récit que nous ayons concernant 
S. Chrysogone 6 , qui trancheront la question de savoir si 
ce martyr est un romain honoré à Aquilée ou un saint 
d'Aquilée honoré à Rome 7 . 

La notice de l'hiéronymien au 14 août mérite de nous 

(1) VitaS. Martini, IV, 658-660. 

(2) De Rossi, Bullcttino, 1872, pp. 41, 155- 

(3) BHL. 1549. Elle est attribuée tantôt à S. Ambroise tantôt à S. 
Maxime de Turin. /'./,. t LVII, p. 701-702. 

4 On a fait étal d'une inscription d'Aquilée : bcatissimo martyri 
Proto, gravée sur un sarcophage. Mais on est d'accord maintenant 
pour la regarder comme de date relativement récente. Il est vrai qu'il 
est'; on aussi d'un marbre beaucoup plus ancien qui porterait le 
même texte. Swoboda, dans Lanckoronski, Der Dont von Aquileia 
(Wien, 1906), p. 39. J'avoue ne pas oser m'en servir. 

(5)11 existe aussi une inscription bcatissimo martiri Chrysogutto. Swo- 
boda, t.c, p. 39. Elle e ment de date récente. 

m BHL. 1795. 

La question a été toit bien posée par P. Pasciiini, La chiesa Aqui- 
l ■ (A il periodo délie origini (l dine, 1909), p. 62-65. 



ROME ET L'ITALIE. 377 

arrêter un instant : in Aqtiileia Fclias Furtunati Vincen- 
ttae Fortunatus apparaît encore, sans Félix, sous Aquilée, 
le 12 juillet et le 22 ^23) août ; le 11 juin, il s'agit d'une 
translation, et le même jour il est question des SS. Nabor 
et Félix. Or, quand on parcourt les pages de l'hiérony- 
mien, le groupe Félix, Fortunatus. devient une véritable 
obsession. Le nom de Fortunatus revient fréquemment, et 
très souvent, le même jour, celui de Fclix. Pour une qua- 
rantaine de mentions que nous avons relevées, le nom de 
Félix se trouve au moins vingt-cinq luis, sinon accolé au 
nom de Fortunatus, du moins dans les environs '. A Yice- 
tia (Vicenzai, on a trouvé une inscription, que De Rossi 
faisait remonter très haut, sur laquelle les deux noms se 
trouvent réunis : Baeati martyres Félix et Fortunatus 1 . On 
est porté à penser qu'il a existé un groupe Félix et Fortu- 
natus, dont le culte a joui d'une extraordinaire célébrité. 
Mais où localiser ce groupe ? Dans l'annonce du 14 août, 
il se trouve entre Aquileia et Vicetia. S'il faut s'en tenir 
au témoignage du poète Fortunat, le groupe est artificiel ; 
Félix appartient à Vicence, Fortunat à Aquilée. Voici 
comment il s'exprime : 

Felicem mentis Vicetia laeta refundit 
et Fortunatum fert Aquileia suum '. 
Faudra-t-il dire que, pour des raisons qui nous échap- 
pent. ^n s'est plu à Aquilée, à Vicence et ailleurs, à honorer 
ensemble les deux martyrs ? Leurs anniversaires coïnci- 
daient-ils peut-être ? Je ne sais s'il y a rien de mieux à 
répondre en ce moment. Si l'on veut commenter l'hiéro- 

1 Un autre accouplement, moins fréquent, il est vrai, mais qui re- 
vient plusieurs fois, c'est celui de Fortunatus et Donatus, auxquels 
Félix s'ajoute parfois. 

l Romu sotterravea, t. III, p. 436. 

3 Carm. VIII, 3, 165-166. 



37 8 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

nymien au moyen du texte de Fortunat, on sera amené à 
lire : XIX kal. sept, in Aquileia Furtunati. Vincentia Felicis. 
Le 3 septembre, on faisait mémoire à Aquilée de la 
dédicace de la basilique de Saint-André, et de Yingressio 
reliquiarum qui avait eu lieu à cette occasion. Ces reliques 
étaient celles de l'apôtre, de S. Luc, de S. Jean, de S te 
Euphémie, d'autres peut-être que l'état du texte de 
l'hiéronymien ne nous engage pas à préciser. 

Les hagiographies de Iulia Concordia (Portogruaro), 
gens de peu de considération, racontent la passion de 
soixante-douze martyrs de leur cité '. Mais, au 17 et au 
18 février, l'hiéronymien nous laisse dans la perplexité en 
mettant Concordia tantôt en Afrique, tantôt en Italie, et 
en accumulant sans ordre les noms de saints dont l'atta- 
che à la rubrique topographique est invisible. Indice plus 
grave. Fortunat, qui promène son lecteur dans les sanc- 
tuaires du pays, ne connaît pas les martyrs de Concordia. 
Si petis illud iter qua se Concordia cingit 
Augustinus ad est pretiosus Basiliusque 2 . 
Les noms d'Augustin et de Basile n'ont jamais figuré 
dans aucune liste de martyrs de Concordia '. 

En revanche à Padoue, Fortunat nous conduit au tom- 
beau de S tc Justine : 

Si Patavina tibi pateat via, pergis ad urbem : 
hue sacra lustinae, rogo, ïambe sepulchra beatae *. 

(] BHL. .'303. Sur le cimetière chrétien de Iulia Concordia, voir 

ORT, dans Revue archéologique, 1875, t. I, p. 340-46 ; 1876, t. I, p. 

: Liverani, l ioni del sepolcreto di Concordia, dans Archi- 

vio I ' ■ ■ t. X 1875), p. 352-55 ; E. Degani, Relazione intorno al 

sepolcreto cristiano Concor dièse, dans Atti del II Congresso i.nter- 

NAZIONALE DI ARCH1 "I OGIA CRISTIANA iRoma, I9O2), p. 105-107. 
(2) VitaS. Martini. IV, 663, 664. 

3 M. Bem.1, Concordia e i suoi martyri (Udine, 1893), p.71. 

4 \':td S. Martini, IV, 672, 673. 



ROME ET L'ITALIE. 379 

L'inscription de l'antique basilique commencée et 
achevée par Opilio existe encore dans l'immense église 
qui a remplacé cette modeste construction '. Nous avons 
reconnu sainte Justine dans la procession des Vierges de 
Ravenne. Elle est invoquée dans cette épitaphe décou- 
verte à Rimini : Hic requiescit in pace Innocentius qui depre- 
cans sanction Andream et sanction Donatum et sancta Iustina 
ut si qui s isia sepultura pos depositwne tins aperiie voluerit 
vel iusserit aperire iudicium vestrum puniatur*. 

Brixia (Brescia) se dissimule, dans l'hiéronymien, au 
iô lévrier, sous la formule in Brilannis natale sanctorum 
Faustiniani et Iuventiae, plus précieuse pour l'histoire du 
culte des martyrs Faustin et Iovite que la copieuse légende 
qu'on leur a faite au moyen âge "'. On sait que Brescia 
eut un évêque, Gaudence, qui professait à l'égard des 
martyrs et de leurs reliques une dévotion particulière. Il 
est étrange que, dans ses sermons, on ne rencontre pas la 
moindre allusion aux martyrs de sa ville épiscopale, alors 
qu'on le voit partout à la recherche de reliques étrangè- 
res. Nous avons de lui un discours prononcé lors de la 
dédicace de la basilique consacrée aux martyrs, et à la- 
quelle il voulut qu'on donnât le nom de Concilium sancto- 
rum. Les saints qu'il y réunit sont S. Jean-Baptiste, 
S.Thomas, S. André, S. Luc, les saints Gervais, Protais 
et Xazaire, les saints Sisinnius, Martyrius et Alexandre, 
enfin les Quarante martyrs *. En quoi consistaient ces 
reliques, nous ne le savons pas exactement, sauf pour les 
saints de Milan : quorum sanguinem tenemus gypso collection, 

(i)CIL. V. 3100. 

2 De Rossi, Bullettino, 1864, p. 15. 

3 BHL. 2836-2838. 

(4) Sermo xvn. P. !.. t. XX, p. 959-71. 



380 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

dit l'évêque. Et il ajoute : nihil amplius requirentes, tenemus 
enim sanguinem qui testis est passioms ', manifestant ainsi un 
état d'âme trop fréquent chez les chercheurs de reliques, 
plus préoccupés d'en recueillir un grand nombre que 
d'exiger des garanties d'authenticité. 

Les saints Sisinnius, Martyrius et Alexandre (f397) 
venaient à peine d'être victimes de la fureur des païens 
dans la vallée des Anauni (Val di Non) lorsque Gaudence 
reçut leurs reliques. On sait d'ailleurs qu'ils furent hono- 
rés comme martyrs aussitôt après leur mort. Voir à ce 
sujet la correspondance de Vigile 2 , la réception de leurs 
reliques à Milan 3 , et la lettre de S. Augustin rappelant la 
causa clericorum Anaunensium, qui, occisi a gentilibus, nutte 
martyres honorantur *. Ils sont à l'hiéronymien, au 29 mai : 
Tredenti in Anannia Sisinni Alexandri Martyri. Nous avons 
deux homélies sur ces martyrs, qui temporibus nostrispassi 
stutt, attribuées à S. Maxime de Turin 5 . Outre Milan et 
Brescia, Ravenne reçut de leurs reliques 6 . 

Il nous reste à visiter les villes de la Transpadane. A 
Comum (Côme) vit encore le souvenir de S. Fidèle. Nous 
ne discuterons pas ses Actes 7 . Au VI e siècle, Ennodius 
connaît son tombeau : secessum haud proed a beati martyris 
Fidelis sepulchro, ubi Larius Ionu marinons minas deponit 8 , 
c'est-à-dire près du lac de Côme. On a retrouvé les restes 



(r P. L. t. c, p. 963. 

•- BHL. 7794. 7795- 
(3. Vita S. Ambrosii, BHL. .577, c. 52. 
( Bpist. 139, 2, P. L. 1. XXXIII, p. 536. 
(5 P. L. t. IA II, p. 695 ' 
Plus haut, p. 371. 
BHL. 2922, 2 
(8) Vita B. Antonii, BHL. 584, c. 18. 



ROME ET L'ITALIE. 381 

de la vieille basilique du quatrième siècle '. Il y avait 
aussi dans la ville une basilique de Saint-Julien. Vne cer- 
taine Guntelda, sur son épitaphe, adjure le gardien de 
cette église, et te custude beati Iuliani, de veiller à ce que 
son tombeau soit respecté -. Nous n'avons aucune rai- 
son de penser que le titulaire de la basilique est un mar- 
tyr local. 

Avant les grandes inventions de corps saints à Milan 5 , 
cette ville comptait trois martyrs indigènes. S. Ambroise 
lui-même n'en connaissait pas d'autres : granum sinapis 
martyres nostri sunt Félix, Nabor et Victor '. Au 8 mai, qui 
est la date traditionnelle, et à d'autres dates que nous 
n'avons pas à discuter ici '', S. Victor est marqué 
dans l'hiéronymien. S. Ambroise choisit, à côté de la 
tombe du martyr, un emplacement pour y déposer son 
frère Satyre : 

Uranio Satyro snpremum f rater honorent 
Mariyris adlaevam detulii Ambrosius °. 
Plusieurs églises lui furent dédiées à Milan et ailleurs 7 . 
Un de ses clients les plus dévots fut Ennode, qui fut 
guéri par ce martyr 8 , et, d'après Grégoire de Tours, 
les captifs s'adressaient à lui avec succès pour obtenir 



(1) De Rossi, Bullettino, 1882, p. 89. 

(2) CIL. Y. 5415, 

(3) F. Savio, I santi martiri d: Milano, Pavia, 1906. 

4^ Expositio evangelii sec. Lucam, VII, 178, Schenkl, p. 361. Un 
interpolatcur a ajouté, après Victor, Gervasius et Protasius et Xazarius. 
Voir Schenkl, p. vi-vii. 

15 Martyrologe hiéronymien aux 6, 14, 15 mai, aux 21, 30 septem- 
bre. 

(6) Bùcheler, Carmina latina, 1421. 

- F. Savio, I santi martiri di Milano, p. 18-20; Id., Gli antichi vescovi 
d'Ii.ilia. Il Piemonte (Torino, p. 1899), p. 495-513. 

(8) Ennodii opéra, Vogel, pp. 284, 302, 303. 



382 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

leur délivrance '. Déjà du temps de S. Ambroise, la 
basilique des saints Nabor et Félix était très fréquentée ; 
leur tombeau était protégé contre les indiscrétions de la 
foule, comme c'était d'ailleurs l'usage, par un cancel *. 
La dévotion à ces deux martyrs, dont la fête se célèbre le 
12 juillet :> , franchit les limites du diocèse de Milan ; nous 
les avons vus représentés sur la grande mosaïque de 
Ravenne. 

La question de la translation des martyrs Victor, 
Nabor et Félix de Lodi à Milan n'a pas reçu jusqu'ici de 
solution absolument satisfaisante. Les récits hagiographi- 
ques où elle est racontée n'inspirent qu'une confiance 
médiocre *, et pour mettre dans la balance le poids de 
l'autorité de S. Ambroise, il faudrait que l'authenticité 
de l'hymme 

Victor, Nabor, Félix, pii 
Mediolani martyres % 
fût absolument incontestable. S'il s'agit d'une transla- 
tion solennelle, le fait cadre mal avec tout ce que nous 
savons de l'histoire de S. Ambroise. 

On admettrait plus facilement que, d'après la tradition 
de l'église de Milan, les trois martyrs eussent été exécu- 



(1) In gloriamartyrum, XLIV. 

z) Paulini Vita S. Ambrosii, BHL. 377, c. 14 : erant in basilica in 
qua sunt hodie corpora Naboris et Fclicis martyrum ; sed sancti martyres 

Nabor et Félix celcbcrrime frequentabantur in tantum ut super ipsorum 

vasii et Protasii] sepulchra ambularent omnes qui vellcnt ad cancellos 
pervenire quibus sanctorum S'aboris et Felicis ma/rtyrum ai iniuria sepul- 
chra defendebantur. 

I urs noms paraissent encore dans le martyrologe hiéronymien 
le 14 mai et le 10 juillet. 

(4 BHL. 6028, 6039. 

(5) A. Su ni'. I ntrrsuchun«en iïber die Bchtheit der Hymnen des 
. Imbrosiu ., Jamrbui her pur klassische Philologie, Supplemcntband 
XXVIII (Leipzig, 1903), p. 055. Cl. 606-11. 



ROME ET L'iTALIE. 383 

tés à Lodi et transportés aussitôt à Milan. Il faudrait alors 
ne pas trop prendre à la lettre les expressions du poète : 
Rapti quadrigis corpora, 
revecti in ora principum 
plaustri triumphalis modo. 

Quoiqu'il en soit, S. Ambroise regardait bien comme 
des martyrs de Milan les saints Victor, Xabor et Félix, et 
ce n'est pas à eux qu'il faisait allusion en écrivant ces 
paroles : perdiderat civitas nostra martyres quae rapitit alie- 
nos '. 

La gloire des vieux saints milanais fut quelque peu 
éclipsée par celle des nouveaux martyrs découverts par 
S. Ambroise, Gervais et Protais d'une part, Nazaire et 
Celse de l'autre i . Les deux groupes, le premier surtout, 
acquirent une grande célébrité, et nous avons déjà pu con- 
stater que leurs reliques furent très recherchées. Nous 
les retrouverons jusqu'en Espagne s , et Grégoire de 
Tours assure de son côté qu'elles étaient répandues 
per totum Galliarum ambitum i . Les anniversaires respec- 
tifs sont le 19 et le 28 juillet ; dans l'hiéronymien les deux 
groupes se trouvent mêlés \ Nous pouvons ajouter à ces 
martyrs l'évêque Denys, mort en exil, et dont les reliques 
furent renvoyées à S. Ambroise par les soins de S.Basile 6 . 
L'anniversaire est marqué au 27 mai. 



(1) Epist. XXII, 12, P. L. t. XVI, p. 1023. 

(2) Plus haut. p. 93-96. 

(3) Voir Analcct. Bolland., t. XXXI, p. 320-21. 

(4) In gloria martyrum, xlvi. 

(5) Le 30 octobre, ils sont encore une fois nommés sans rubrique 
raphique, à moins de les raccorder à la rubrique la plus voisine, 

In Antiochia. Mais cette solution manque de vraisemblance. Le Naza- 
rius du 17 juillet n'est pas le martyr de Milan. Il faut lire Nartzalius, 
qui est le nom d'un des martyrs Scillitains. 

(6) Basile. Epist. 197, P. G. t. XXXII, p. 710. 



384 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

Il v avait anciennement à Milan une église de Sainte- 
Valeria qui occupait l'emplacement d'une sépulture de la 
famille des Valerii '. On n'est pas d'accord sur l'origine 
du vocable ; mais on n'a pas d'arguments pour établir qu'il 
y eut une martyre du nom de Valeria. C'est une fantaisie 
d'hagiographe qui fait de Valeria la mère des saints Ger- 
vais et Protais, comme elle leur a donné pour père S. 
Vital -. Ces deux noms, avec celui d'Ursicinus, se lisent 
dans certains manuscrits de Phiéronymien au 19 juin : 
interpolation due à l'influence du Pseudo-Ambroise^.Faus- 
tinus, au 7 août, Félicitas, au 25 décembre, sont des noms 
étrangers à Milan ; de même, Mocius, car c'est bien lui qui 
est nommé le 9 et le 16 juillet. Ces anniversaires s'expli- 
quent sans doute par des dépositions de reliques. Il y eut 
à Milan deux cérémonies de ce genre qui laissèrent un 
souvenir durable. Le 9 mai, c'est, d'après Pbiéronymien, 
la fête de ingressu reliquiarum apostolorum Iohannis, Andreae 
et Thomae in basilica ad portant Romanam ; le 27 avril, il 
annonce Mediolano Lucae Andreae Iohannis Severi et Euphe- 
miae. Le nom de sainte Euphémie doit probablement être 
ajouté à la première énumération. Le manuscrit d'Echter- 
nacb semble l'avoir conservé sous cette forme : Mediolano 
Ephemici, et l'on a pu voir par l'exemple de Ravenne et 
d'Aquiléc que les reliques de S lc Euphémie accompa- 
gnaient fréquemment celles des apôtres dans les dédi- 
caces. La dédicace du 6 mai est celle-là même dont on 
demandait à S. Ambroise de renouveler les rites : sicut 
Romanam basilicam dedices. Il répond : « Je le ferai, si je 



1 De Rossi, Bullettino, 1864, p. 303.' ; Savio, / santi marliri di 
Milano t c , p. 43-51. 
i\ Plus haut, p. 369. 
(3) BHL.3514. 



ROME ET L'ITALIE. 385 

trouve des reliques '. » C'est dans la lettre où, après avoir 
rappelé cette conversation, il raconte L'invention des SS. 
Gervais et Protais,qu'il écrit la fameuse phrase : per aiderai 
civiias nostra martyres quae rapuit alienos. Il nous parait que 
ces martyrs étrangers ne sont autres que ceux dont il 
avait solennellement reçu les reliques pour les déposer 
clans la basilique de la Porte Romaine. Sous l'évèque 
Simplicianus furent amenées à Milan et reçues sunima 
cum devotionc les reliques des martyrs d'Anaunie ". Il 
les déposa dans une basilique qui existe encore de nos 
jours et dont le titulaire est actuellement S. Simplicien 
lui-même ; . 

Il est à croire que Milan reçut de bonne heure des 
reliques de S tc Thècle. On sait qu'une de ses plus ancien- 
nes basiliques fut consacrée à la protomartyre ; mais on 
ignore la date précise de cette consécration l . 

D'après les actes de S. Eusèbe de Verceil 5 , pièce qui 
remonte aux environs du IX e siècle, mais dont on peut 



(1) EpisL, XXII, 1, P. L. t. XVI, p. 1019. 

(2) Paclinls, Vita S. Ambrosii,BHL. 377, c. 52. 

(3) La fête de la translation se célèbre le 15 août, qui est le jour 
même de la fête de S. Simplicien. Dans le manuscrit d'Echtcrnach, au 
15 juillet, se rencontrent à une ligne de distance Alcxandria et Sisin- 
nius. Le P. Savio (t. c , p. 72) y a reconnu avec beaucoup de sagacité 
les noms des martyrs d'Anaunie mais il hésite à fixer à cette date 
plutôt qu'au 15 août la translation à Milan. La coïncidence de cette der- 
nière date avec l'anniversaire de l'évèque donnerait pourtant à penser 
qu'elle est artificielle. Je noterai en passant, mais sans en vouloir tirer 
trop grand parti, qu'au 15 juillet Sisinnius et Alexandre sont seuls nom- 
més, à l'exclusion de Martyrius, de même que dans le récit de Paulin. 

(4) De Rossi, Inscriptions christianac L'rbis Romae, t. II, p. 161 ; 
Savio, Le basiliche di Milano al tempo di S. Ambrogio (Torino, 1904 1, 
p. 10-17. 

(5) BHL. 2748. Sur cette pièce, voir F. Savio, Gli antichi vescovi 
d'Itaha. Il Piemottte, p. 548-54. 

Cuit. Mart. 25 



386 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

tirer quelque parti au moins pour la topographie, ce saint 
fut enseveli dans la basilique qu'il avait lui-même élevée 
sur le tombeau du martyr Theonestus, qui ne nous est 
connu que par cette mention et par une inscription peu 
ancienne '. Ce fut plus tard la basilique de S. Eusèbe, 
lequel, comme on suit, fut, à partir d'une certaine époque, 
assimilé aux martyrs '-', bien que les contemporains lui 
aient refusé ce titre •". On avait à Verceil des reliques des 
saints Nazaire et Victor. Le prêtre Sarmata avait choisi 
son tombeau à leurs côtés 4 . Il y en avait peut-être d'au- 
tres, dont nous ignorons les noms, car c'est de Verceil 
que nous vient L'épitaphe Sanctorum gremiis commendat 
Maria corpus etc. s II ne nous reste qu'un indice de ce 
genre, pour Eporedia (Ivrée), dans l'épitaphe de Silvius, 
qui se réserve un tombeau près des martyrs, et bâtit un 
oratoire où il dépose des reliques : 

hoc proprio sumptu divino munere dignum 
aedificavit opus, sanctorum pignora condens '. 

On a voulu préciser, et donner à ces martyrs les noms 
de Savinus, Tegulus et Dessus, mais sans apporter d'ar- 
guments suffisants ' . Pour nous ils demeurent des incon- 
nus. 

Au 20 novembre, l'hiéronymien annonce Taurinis civitate 
Octavi, Solutoris, Advcnioris. Les deux premiers noms se 
retrouvent, sans indication de ville, au 15 mars. Une 



1 L. Bruzza, Iscrizioni antiche Verccllesi (Roma, 18741,11. 126; 
S ivio, t. c, p. 418- 
(2) CIL. V. 6723,6722 ; Bii< hbler, 704, 14253 BHL. 2748. 
1 Savio, t. .;.. p. 414-31. Cf. Bruzza, t. c, 128. 
CIL. Y. 67 1 : Biï< iir i.i k, 779. 
(5) CIL. Y. 6734 ; Biï< m i 1 k. 7 

CIL. Y. 6S r 7 ; BiicHELER, 777. Le manuscrit qui nous a conserve 
cette 'ne porte divino munere dignus. 

7 Savio, t. c. p. 1S2-83. 



ROME ET L'ITALIE. 387 

homélie en l'honneur de ces martyrs est attribuée à S. 
Maxime de Turin '. Quelle que soit la valeur que l'on 
reconnaisse à leurs Actes -, on ne peut douter que leur 
tombeau n'ait été abrité de bonne heure sous un oratoire 
ou une basilique *, qui fut visitée par Ennodius, voyageant 
de Pavie à Briançon l . D'autres limi/ia sanctorum solli- 
citèrent sa dévotion durant le parcours. Les noms qu'il 
cite semblent aisés à reconnaître. Eusebius est sans 
doute l'évêque de Verceil, et Saturninus le martyr de 
Toulouse, qui avait probablement une église dans les 
environs. Crispinus, Daria, Maurus, Quintus ne peuvent 
être identifiés que par conjecture. 

(1) P. L. t. LVII, p. 437-30. 
(21 BHL. 85,86. 

Savio, t. c, p. 283-S5. 
(4) Opcra, éd. Vogel, p. 104. 



CHAPITRE VIII. 

LES PRINCIPAUX CENTRES DU CULTE DES MAR- 
TYRS. LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIQUE. 

Avec un guide comme Grégoire de Tours, la visite des 
sanctuaires est aisée, et nous pourrons, d'un pas rapide, 
traverser la Gaule. Ses livres spéciaux, le Liber in gloria 
martyrum, le Liber de virtuiibus sandi Inliani, et aussi ses 
autres ouvrages sont remplis d'indications précieuses 
sur les basiliques et les fêtes des saints. Plus rarement 
qu'ailleurs, les inscriptions, les chroniques et les récits 
hagiographiques viennent combler les lacunes ou pro- 
voquer des discussions, et l'historien des Francs est 
trop connu pour qu'il y ait lieu, la plupart du temps, 
de commenter les renseignements qu'il nous fournit '. 
Le martyrologe hiéronymien nous sera de quelque 
secours. 11 renferme, pour la Gaule, deux catégories 
d'annonces, celles que le compilateur italien avait recueil- 
lies, et celles qui sont propres à la recension gallicane. 
Celles-ci. on le sait, se reconnaissent aisément. 

Parcourons d'abord la Narbonnaise. Dans une hymne 
ou Prudence énumère les villes qui se glorifient d'avoir 
donné un martyr à l'église, il cite Narbonne : 
Sur r et et Paulo speciosa Narbo i . 

ii) Outre les travaux d'une portée plus générale, il faut eiter 
A. Longnon. G ographiede la Gaule au VI e siècle, l'ai is, 1878; C. A. 
iouilli, Die Heiligender Merowhger, Tiïbingen, iyoo. 
Peristeph.iv,$$. 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIQUE. 389 

Ce qui donne à penser que la notice de l'hiéronymien 

au 22 mars, in Narbona cantate natale sancti Pairfi coufes- 
soris, n'est pas tout à fait exacte et qu'il faut s'en tenir 
au manuscrit d'Echternach, qui retranche le titre de 
confesseur. Grégoire de Tours ne le mentionne pas, mais 
il note que Narbonne possédait des reliques de S. Gene- 
sius ' et de Félix de Gerunda -. 

Biterrae (Béziers) paraît n'avoir pas eu de martyr pro- 
pre ; mais il convient de ne pas oublier la basilique fondée 
en 455 par le prêtre Othia, in honorent sanctorum martyrum 
Yincenti, Agnetis et Eulaliae 3 . 

Saint Baudile de Ximes est un des martyrs qui semblent 
appartenir à la première rédaction de l'hiéronymien, au 
20 mai : Xonauso Baudilis martyris. C'est l'indice d'une 
renommée peu commune. Une épitaphe, qui place le dé- 
funt sous sa protection, porte au 21 mai le jour de sa pas- 
sion '. Grégoire de Tours consacre un chapitre au glorio- 
sum sepulchrum Baudillii beati martyris 5 . 

La Première Aquitaine comptait une série importante 
de sanctuaires. Biturigas (Bourges) n'honorait que des 
martyrs étrangers. Son église possédait du sang de 
S.Etienne''' ; non loin de la ville s'éleva aussi, vers le milieu 
du VI e siècle, une basilique de Saint-Svmphorien 7 . 

Près de la Civitas Arverna ou Arvernis (Clermont-Fer- 
rand) reposait S. Antolianus. Grégoire de Tours raconte 

(ii Ingloria mari. xxn. 

(2) Ingloria rnart. xci. 

CIL. XII. 4311. 

(4) XII kal. initias Tenarias intravit Pctrus fauecs Avertit, sed marter 
Baudelius per passionis Aie domino duîccm suum commendat alttmnum. 
Leblant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, 708. 

(5) Ingloria mort, i.xxvii. 

(6) Ingloria mari. xxxm. 

17 In gloria confess. lxxix. Cf. Longnon, Géographie de la Gaule, 
p. 464. 



390 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

quelques incidents curieux à propos de la construction de 
la basilique dans les premières années du VI e siècle '. Une 
basilique abrita également les tombeaux des saints Cas- 
sius et Victorinus -, sur lesquels nous avons quelques 
détails \ Un martyr du nom de Liminius était enseveli 
clans l'église de Saint-Vénérand. Le peuple se racontait 
son histoire, mais ne lui rendait aucun culte *. Les autres 
martyrs honorés au chef-lieu des Arvernes appartenaient 
à d'autres églises, S. Pierre, S. André ', S. Etienne c , 
S. Laurent 7 , S. Cirycus 8 . L'église épiscopale doit son 
titre de Saint-. \gricola-et-Vital aux reliques que l'évêque 
Namatius (446-C.462) envoya quérir à Bologne, et qu'il 
déposa solennellement dans sa cathédrale le jour de la 
dédicace *. L'hiéronymien fixe cette cérémonie au 14 mai : 
Arvemus dedicatw ecclesiae sancii Agricolae. Un anniversaire 
qui s'explique moins facilement, c'est celui du 10 décem- 
bre : in civitate Arvernis Agricolae et Vitalis, martyrum. Les 
deux martyrs avaient sans doute une fête distincte de 
celle de la déposition de leurs reliques. 
Les vers de Sidoine Apollinaire : 

hinc te suscipiet benigna Brivas 

sancti quae fovet ossa Iuliani "', 
trouvent leur commentaire naturel dans la notice de 
l'hiéronymien au 28 août : in Arverno vico Brivatinse passio 
sancti Iuliani martyris, et surtout dans le livre de Grégoire 

1 Hist. Franc. I, 33 ; In gloria mort. LXIV. 

2) Ihst. Franc. IV, iz. Cf. Leblant, Inscriptions, 560. 

; II: t. Franc. I, 33. 

t Ht 1. Franc. I, 33 ; In gloria confess. xxxv. 

Ht t. I ranc. \\ r , 31. 

Hist. Franc. II, 17. 

Vitae fat non, VI. 7. 

Hist. Franc. II, 21 ; Vitae Patrum, III, 1. 
(9) Hist. Franc. II, 16 ; In gloria mari. m. m. 
to Carmina, XXIV. 16-17 Cf - Epist.VlI, 1. 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIQUE. 391 

consacre aux miracles de S. Julien. D'après la tradition, 
le martyr souffrit la mort à JBrioude, et son corps y fut 
enseveli; la tête aurait été portée à Vienne '..Une pre- 
mière basilique,celle probablement où fut enseveli Avitus, 
l'empereur qui mourut évêquè de Plaisance 2 , devient bien- 
tôt trop étroite. Vers la fin du V e siècle, elle fut remplacée 
par un temple plus vaste, où les pèlerins continuèrent à se 
porter en foule. Tout ceci ne nous renseigne malheureuse- 
ment pas surles origines du culte de S. Julien, et le chapi- 
tre de Grégoire, de festivitate ans, fait vivement sentir tout 
l'intérêt qui s'attache à cette question. Le peuple de 
Brioude ignorait le jour de l'anniversaire du martyr, et 
s'adressa à S. Germain d'Auxerre pour connaître cette 
date. Celui-ci. après leur avoir recommandé de prier, 
déclara que la fête devait être célébrée le cinq des calendes 
de septembre "°. Quoiqu'il en soit, Saint-Julien devint le 
principal sanctuaire de l'Auvergne, d'où le culte du mar- 
tyr se répandit par toute la Gaule, à Saintes, dans le Li- 
mousin, à Reims, à Tours et aux environs *, à Paris aussi s , 
et dans des endroits qu'il est difficile d'identifier, tel le 
vicus Vibriacensis 6 et î'oratorium Artannense 7 . Un mar- 
chand porta môme des reliques de S. Julien en Orient, et 
bâtit une basilique en son honneur 8 . A dix stades (moins 
de 2 kilomètres) de la basilique de Brivas, se trouvait une 
église de Saint-Ferréol, près d'une fontaine. où l'on préten- 
dait que les bourreaux de S. Julien avaient lavé sa tête '■'. 

(1) l'irtut. S. Iuliani. 1. 
1 Hist. Franc. II, 11. 
iji Virtut. S. Iuliani, xxix. Cf. BHL. 345J. 

Virtut. S. Iuliani, xlvii, xi.i, xxxii, xxxiv-xl. l. 
[5 Hist. Franc. VI, 17 ; IX, 6. 

l'irtut. S. Iuliani, xlviii-xlix. 
7 Fortcnat, Carm. X, 10, 13. 
(8) Virtut. S. Iuliani. xxxm. 
.9) Virtut. S. Iuliani, xxv, xxvi. 



392 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

Nous retrouverons ailleurs le souvenir de ce martyr 
uni à celui de S. Ferréol. Grégoire signale encore en 
Auvergne, dans un endroit qu'il appelle domus Iciacensis 1 , 
une basilique de S. Saturnin 2 . A Ricomagus (Riom), 
on célébrait solennellement la fête de S. Polycarpe s . 
Thigernum (Thiers) avait une basilique, où l'on gardait 
comme reliques trois pierres arrosées du sangdeS.Sympho- 
rien d'Autun *. Une révélation fit découvrir à Thigernum 
le corps d'un S. Genesius, eiusdem loci sanctus. L'évêque 
Avitus (c. 571) érigea en son honneur une église, où il 
déposa également des reliques de S. Genesius d'Arles ;; . 

Près de l'Urbs Albigensis (Albi), reposait, dans une 
crvpte, un martyr du nom d'Amarandus. Les fidèles 
l'avaient longtemps négligé Mais une intervention surna- 
turelle attira leur attention, et le tombeau du saint devint 
un centre de culte d'une certaine importance. S. Eugène, 
chassé d'Afrique par la persécution d'Hunéric, y serait 
venu mourir 6 . 

Le Gévaudan compte certainement un évêque martyr, 
S. Privât, honoré à Mende : In Gavalus vico Mimmatensc pas- 
sioS. Privati martyris. Cette notice de l'hiéronymien au 
21 août concorde parfaitement avecles données de Grégoi- 
re 7 , qui cite une basilique de Saint-Privat 8 . Faut-il y ajou- 
ter un martyr du nom de Paul ? Voici ce que nous lisons 
dans l'hiéronymien, en tête des annonces du 29 janvier: 



1 Probablement Yssac-la-Tourette (Puy-de-Dôme). Longnon, t. c. 

p. 499- 

j In glori 1 m ni. r.xv. 

Ingloria mari, lxxxv. 
1 Ingloria mort. \.\. 
îti ;/"> i 1 mu ri. i.xvi. 

in gloria mart. lvi, lvii. Cl. Ad. SS. nov. t. III, p. 3-I3-25. 
(7) Ilist. Franc. 1,34 ; X, 2y ; Virtut. S. Iuliani, xxx. 
Hist. Franc, vi, 37. 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIQUE. 393 

in Gavala civitate saurti Pauli. Ce saint est parfaitement 
ignoré de tous les écrivains. Fortunat lui-même n'a pas 
entendu parler de lui et ne connaît que S. Privât : Priva- 
tion Gabalus... gerit '. S'agirait-il ici de Gabala de Pales- 
tine ? Les documents palestiniens sont malheureusement 
aussi muets que la tradition gauloise. 

La basilique de Saint-Saturnin à Toulouse, qui fut con- 
struite, vers 570, par le duc Launobode et que Fortunat a 
célébrée dans ses vers -, doit-elle être distinguée de celle 
que mentionne Grégoire de Tours et qui contenait le corps 
du saint s ? Les avis sont partagés «. Au 30 novembre, l'an- 
nonce de la fête, in Spanis civitate Tolosa natale sandi Satur- 
nini episcopi, pourrait bien appartenir à la première édition 
du martyrologe. Il n'en est pas de même de la commémo- 
raison d'une translation, au 30 octobre. Nous avons déjà 
trouvé d'autres traces du culte de S. Saturnin. On eut 
de ses reliques à Tours % en Bourgogne c , sur le territoire 
de Brioude, au monastère appelé Pauliacense Monaste- 
rium : . Toulouse avait encore une basilique de Saint-Vin- 
cent. Grégoire raconte un miracle qui s'y est accompli. 
De son contexte il ressort que le patron était S. Vincent 
de Sara^osse 8 . 

Dans la Seconde Aquitaine, à Aginnum (Agen), où le 
patron principal, S. Caprais, avait sa basilique : ', nous ren- 

(1) Carm. VIII, 161. 

Carm. 11,8. 
(3 Hist. Franc. VI, 12. 

(4) De Vie et Yaissete, Histoire générale de Languedoc, ccl. Privât. 
t. I (1874) » F- 377- Voir la note de E. Mabille, ibid. p. 377-78. 
5 Ingloria conf. xx. Cl". Vitae Patrum, II, 3. 
(6) Ingloria mari. xxx. 

/:; florin mart. xlvii. I, t. c, p. 537, identifie le Paulia- 

cense monasterium avec Saint-Scrnin (Aude). 

(8) Ingloria mort, lxxxviii, lxxxix. 

(9) Hist. Franc. VI, 12. La fête est marquée au martyrologe le 
20 octobre. 



304 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

controns précisément un S. Vincent, que Grégoire appelle 
Agenensis urbis etipse martyr, et dont il cite les Actes '. Sa 
basilique était située infra ierminum Agennensis urbis 2 . 
Fortunat l'a célébrée clans ses vers, de même qu'une autre 
basilique située à Vernemetis, ancien temple païen que 
l'évêque de Bordeaux Leontius II consacra à S. Vincent 3 . 
D'après les Actes, le corps clu martyr aurait été transporté, 
longtemps après sa mort, au castrum Pompeiacum * . Au 
g juin, nous lisons dans le manuscrit de Berne clu marty- 
rologe hiéronymien : in Galleis civitatc Aginno loco Pom- 
peiaco passio sancti Vincenti martyris, notice qui n'est peut- 
être pas indépendante de la Passion. L'ensemble des 
documents concernant S. Vincent d'Agen et son culte 
fait naître plusieurs problèmes embarrassants, dont le plus 
i^rave est celui de l'identité de ce martyr. Bien que la tradi- 
tion semble faire de S. Vincent un martyr amenais, l'hy- 
pothèse d'une transformation, par la légende, cle S.Vincent 
de Saragosse, très honoré dans le pays, ne nous paraît pas 
exclue. Il est bien difficile de décider à qui les fondateurs 
ont entendu consacrer les basiliques de Paris 5 , cle Tours 6 , 
de Vaison 7 . 

La basilique principale cle Santonas (Saintes), où 
furent déposées les reliques de S. Eutrope, fut con- 
struite par l'évéquc Palladius (573-600). Elle remplaça un 
édifice plus ancien, qui tonifiait en ruines et que Léon- 



(i) In glorïa mat t. CIV ; DHL. 8631. 
(a) Hist. Franc. VII, 35. 

(3) Carm. I. 8, <j. 

(4) Loi , p. 551, l'identifie avec la ville de Mas d'A^enais 
(Lot-et-Garonne). 

151 Hist. Franc. IV, 20, etc. 
16) Hist. Franc. X. 31. 
(7) Voit plus loin, p. 397. 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIQUE. 395 

tins de Bordeaux restaura J . D'après Grégoire de Tours, 
le saint avait été fort négligé jusque là par les Sainton- 

geois, et l'on avait même oublié sa qualité de martyr. Ou 
constata, lors de la translation, qu'il avait droit à ce titre, 
et il y eut une vision à l'appui -. Un sarcophage, portant 
la simple inscription Euiropiits, a été trouvé à Saintes " et 
l'on a essayé de démontrer qu'il renfermait les reliques de 
S. Kutrope '. Il existe une curieuse lettre de S. Grégoire 
à l'évêque Palladius fondateur d'une église en l'honneur 
des saints Pierre et Paul, Laurent et Pancrace. Il y avait 
élevé treize autels, dont quatre n'étaient pas encore con- 
sacrés parce qu'on les réservait pour les reliques des titu- 
laires. Le pape lui envoie les reliques désirées 5 . Saintes 
possédait également une basilique de Saint-Julien 6 . 

L'Urbs Vasatensis (Bazas) se glorifiait de posséder une 
fiole du san^' de S.Jean-Baptiste, rapportée de Jérusalem 
par une matrone du pays, qui, au retour, bâtit une église 
pour y déposer la relique. Grégoire de Tours raconte 
la pieuse conquête en des termes empreints d'une rare 
naïveté 7 . On honorait dans l'Urbs Beorritana 8 un prêtre 
martyr dont la basilique et le tombeau étaient spéciale- 
ment redoutables aux parjures. Grégoire ne donne pas son 
nom dans le corps du livre, mais dans le sommaire des 

1 Venantii Fortunati Carm. I, 13. Mgr Duchesne, Fastes épis- 
copaux, t. Il, p. 138, juge probable que Fortunat et Grégoire parlent de 
la même basilique. Cette solution ne va pas sans quelques difficultés. 
(2) In gloria mari. i.v. 
(3* Leblant, Inscriptions, 579. 

(41 Cl. De Rossi. Rotna sotterranca t. I. p. 98. — A remarquer que 
(ii -égoire de Tours et Fortunat écrivent Eutropis ; dans Fortunat au 
génitif Eutropis ou Eutropitis. 

5 Gregorii I Registr., VI, 48, Ewald-Hartmann, p. 423. 

(6) Virtut. S. Iuliani, xi.vn. 

(7) In glorii mart. xi. 

(8) Longnon, t. c. p. 599, l'identifie avec Cicutet ^Hautes-Pyré- 
nées). 



396 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

chapitres, il est nommé Genesius '. Aurions-nous ici enco- 
re à constater la transformation d'un saint étranger dont 
on possédait les reliques? 

On sait en effet que le chef-lieu de la province d'Arles 
avait donné à l'église un martyr Genesius, qui était la 
gloire de la cité: 

Teque praepollens Arelas habebit 
Sancie Genesi, 
s'écrie Prudence 2 ; et Fortunat : 

Porrigit ipsa decens Arelas pia dona Genesi 

astris, Caesario concomitante suo 3 . 
S. Apollinaire de Valence voulut, avant de mourir, visi- 
ter sa basilique 4 , où le peuple accourait en foule ', et où 
les tombes des privilégiés étaient creusées ad sanctum 
martytem r '. Il est probable que l'annonce du 25 août, 
in Areîaio Genesi, appartient à la première rédaction de 
l'hiéronymien. On ne sait s'il faut en dire autant de l'an- 
nonce du 15 décembre : Arelato dedicaiio basilicae altaris 
sancti Genesi martyr is. Serait-ce la dédicace d'une chapelle 
érigée sur la rive droite du Rhône, où les fidèles laissèrent 
les consecrati cruoris vestigia, tandis qu'ils transportaient le 
corps sur l'autre rive 7 ? Nous avons déjà rencontré plus 
d'une fois 11- nom de Genesius s ; nous le retrouverons, 
notamment à Embrun 9 . Rappelons la célébrité de son 
culte à Rome, et le dédoublement qui s'opéra insensible- 
ment et fut consacré par une légende "'. 

(1) In gloria mari, lxxiii. 
a) Peristeph.IV, 35. 
[yCarm. VIII, 3, 157. 
(41 Vita, l'.IIL. 634, < . 7- 
(5) Ingloria mari, lxviii. 

1 II.. XII. 961. 
171 PassioS. Genesii, Kl IL. 3315, c. 3. CI. Longnon, t. c. p. 435. 

Plus haut. pp. 280, 341. 
, /;: • ri 01 : i mari. Xl.vi. 
(10) Analect. Bolland., t. XXIX. p. 260-63. 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIQUE. 397 

Rien ne permet d'affirmer que Vasio (Vaison) ait eu des 
martyrs propres ; mais il ne convient pas de passer sous 
silence l'épitaphe du fondateur d'une basilique de Saint- 
Vincent, mort probablement en 515. 

Inlusiris titulis meritisque haut dispar avorum 
Pantagatus fragilem vitae cum linquerit usum, 
Malluit hic propriae corpus committere terme 
Quam precibus quaesisse solum. Si magna patronis 
Mariyribus quaerenda quies, sanctissimus ecce 
Cum sociis paribusque suis Vincenlius ambit 
Hos aditos, servatque dornum dominumque tuetur 
A tenebris, lumen pracbens de lumvu vero '. 
Les compagnons de S. Vincent sont certainement les 
martyrs dont Pantagatus avait réussi à se procurer les 
reliques. La chapelle qu'il leur fit construire lui servit à 
lui-même de dernier asile. 

La basilique de Saint-Victor de Marseille renfermait le 
tombeau de ce martyr-, et était un des lieux de pèlerinage 
les plus connus de la Gaule, comme on le voit dans Fortu- 
nat 3 . Il n'est pas tout à lait certain, que le in Massilia Vic- 
torisàu 21 juillet appartienne au premier fonds de l'hiéro- 
nvmien. On ne sait ce qu'il faut penser d'une autre notice, 
au 1 mars, commençant par Massilia Hermetis etc. Si les 
Marseillais avaient eu des droits sur ces martyrs, on peut 
en 'ire qu'ils les auraient fait valoir. Il faut en dire autant 
des chrétiens Volusianus, Fortunatus et autres, dont une 
epitaphe, très incomplète, a livré les noms, à côté desquels 
on croit lire ces mots : qui vint [igni]s passi sunt l . De Rossi 

1 CIL. XII. 1499, Bucheler, 698. L'inscription comprend 19 vers. 

(2) Ilist. Franc. IX, 20 ; In gloria mart. lxxvi. 

(3) Carm., VIII, 3, 156. Cf. X, 10-21. 

(4) CIL. XII, 489. 



398 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

y reconnaît des martyrs ' ; Leblant n'ose se prononcer *. 
Je préférerais, cette fois, me ranger du côté de Leblant. 
Grégoire de Tours ne connaît, outre Saint-Victor et 
l'église épiscopale, que la basilique de Saint-Etienne "\ 
L'existence d'un monastère de Saint-Cirycus nous est 
révélée par l'épitaphe d'une de ses religieuses, Euse- 
bia '. 

Racontant les origines de la basilique des saints 
Nazaire-et-Celse à Ebredunum (Embrun), Grégoire de 
Tours commet une singulière distraction. Il affirme, en 
invoquant la lectio cerlaminis des deux martyrs qu'ils ont 
souffert la mort et que leurs corps ont été retrouvés près 
d'Embrun 5 . Le contexte explique fort bien comment la 
confusion s'est faite dans sa mémoire c , et il n'y a pas lieu 
de se demander si la Gaule a vu se répéter le groupe 
binaire si caractéristique, propre à la Haute-Italie 7 . On 
honorait également à Embrun des reliques de S. Gene- 
sius 8 . 

La première basilique de Saint-Ferréol, le martyr de 
Vienne 9 , était située sur la rive du Rhône, et exposée aux 
violences de l'inondation. L'évêque Marnert (f 473) en 
bâtit une autre, dans laquelle fut transféré le saint corps. 
On le reconnut grâce à une tradition d'après laquelle la 
tête de S. Julien était déposée clans le même tombeau. 

(i) Roma sotterranea, 1. 1, p. 98-99. 

Inscriptions, 548 a. 
(3) Hist. Franc. VI, 11. 

Cil.. XII, 482. 
15) In gloria mart., xlvi. 

LONGNON, t. C, p. 45^)-57. 

(7) ActaSS. iul. t. VI, p. 516. 

(8) In gloria mart. xlvi. 

(9) Foutunat, Carm. VIII, 162: l'crrcoltun pariter pulchra Vienna 
gtrit. Ailleurs Carm. III, /, le poète fait mention de reliques de S. Fer- 
réol envoyées à Nantes. 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIQUE. 399 

Grégoire de Tours visita la nouvelle basilique, et se fit 
expliquer l'inscription de l'abside : 

Heroas Christi getninos haec coniinct aida : 
Iulianum cap: r. Ferreolum '. 

Une lettre de Sidoine Apollinaire à Mamert confirme 
le récit de la double translation "-'. La notice de l'hiérony- 
mien au 19 septembre, laquelle est probablement une 
addition gallicane, annonce la dédicace de la basilique, la 
translation de S. Ferréol et de la tête de S. Julien et tnul- 
torumsanciortim corporum. Au 9 octobre, in Vigenna civitate 
multoriim martyrum répond à cette dernière indication, sur 
laquelle aucun autre texte ne jette un peu de lumière. Gré- 
goire n'a pas entendu parler de cette foule de martyrs ; 
lors de la translation, on n'a trouvé que trois tombeaux, 
et rien ne nous autorise à voir une connexion entre cette 
vague multitude et le groupe Severinus, Exsuperius, 
Felicianus 3 , dont le culte ne semble pas remonter au delà 
de l'épiscopat de l'évêque Barnard (IX e siècle), qui les 
transporta à Romans *. Sans l'épitaphe de Foedula, qui 
voulut après sa mort être placée sous la protection des 
saints Gervais et Protais, nous ignorerions que l'église de 
Vienne honorait les reliques de ces martyrs s . 

Dans une homélie prononcée à Genève, en 515, par S. 
Avit pour la dédicace d'une basilique, sur l'emplacement 
d'un temple païen, nous lisons cette phrase : fructifical 
Iochs martyrum quo Jloruit cultus idolorum 6 . Il n'est évidem- 

(i) l'irtut. S. Inliani, n. 
2 Epist. VII, 1. 

(3) Inscription métrique dans l'appendice des œuvres de S. Avit, éd. 
Peiper, M. G. auct. antiq. t. VI, 2, p. 1S4. 

(4) Vita S. Bamardi, BHL. 991, c. 7. Cf. Giraud-Chevalier, Le 
mystère des Trois Doms (Lyon, 1887!, p. lxxxvii-civ. 

(5) CIL. XII, 2115. 

(6) Homil. xx, Peiper, p. 133. 



400 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

ment pas question d'y voir une allusion à des martyrs 
locaux ', mais à ceux dont les reliques furent déposées 
dans le nouveau sanctuaire, sans cloute les martyrs 
d'Agaune. Maurienne non plus n'eut pas ses martyrs pro- 
pres. Elle dut son nom de Saint-Jean-de-Maurienne à 
l'église qui reçut les reliques de S. Jean-Baptiste rappor- 
tées de Palestine par une certaine Tygris -. 

La gloire de l'église de Lyon, mère d'une troupe héroï- 
que de martyrs dont la chrétienté entière a lu les Actes, 
devrait faire pâlir, semble-t-il, la renommée des sanc- 
tuaires les plus importants de la Gaule. En fait la basilica 
mirât ma^nitiidinis qui fut construite à Athanacus (Ainay), 
lieu du martyre 3 , ne semble pas avoir attiré le flot popu- 
laire, comme tant d'autres églises que nous voyons citées 
parmi les lieux de pèlerinage célèbres. Ni \ ictrice ni 
Fortunat ne mentionnent les Lyonnais dans leurs listes. 
Grégoire de Tours, qui fait de S. Irénée un martyr ', 
place son tombeau dans la crypte de l'église Saint-Jean 
entre les deux martyrs Epipodius et Alexandre, dont les 
Actes ne sont pas très importants'', mais qui paraissent 
avoir laissé un souvenir durable dans l'église de Lyon fi . 
On attribue à S. Eucher une homélie prononcée le jour 
de leur fête 7 . L'hiéronymien annonce au 24 avril : in civi- 

(1 L'invention de S. Victor n'eut lieu qu'au commencement du 
VU- siècle. Voir B. Krusch, dans M. G. Script, rer. merov. t. III, 

P- 11-!*- 

h: gloria mort. xnr. Cl. BHL. 8289, 8290. 

1 In gloria mart. xlviii, 

4) llrj. 1 ranc. I, 29; In gloria mut. xi.ix. Sur on voir 

W'.Mi YER,Die Légende des h. Albanus, Abhandlungen der K.Gesbll- 
schaft DEKWissiiNM haï i i-.N zu Goi 1 1 N< i BN.n.F. t. VIII, (1904), p. 60 l,J. 

(5) BHL. 2574,2575. 

(6) In gloria confess. LXIII. 
7 /'. L. t. L, p. 861-65. 



LA GAULE. L'ESPAGNE, l' AFRIQUE. 4OI 

tate Lugduno Galliae passio Alexandri ami aliis numéro 
XXXIIII ci dcdicatio criptae ubi corpora eorum requiescunt. 

Le grand nombre des compagnons de S. Alexandre appelle 
naturellement quelques reserves ; la crypte sera celle de 
la basilique de Saint-Jean devenue plus tard L'église Saint- 
Irénée '. 

Deux martyrs, S. Marcel au Castrum Cabilonense (Cha- 
lon-sur-Saône),S.Valérien au Castrum Trinorciense(Tour- 
nus), qui figurent dans les additions gallicanes de l'hiéro- 
nymien respectivement au 4 et au 15 septembre, sont rat- 
tachés, par les hagiographes, à la persécution lyonnaise 
dont Epipodius et Alexandre furent les victimes -'. La 
basilique de Saint-Marcel r ' donna naissance à la célèbre 
abbaye de Saint-Marcel près de Chalon ; celle de Saint- 
Valérien ' à l'abbaye de Tournus qui n'acquit pas une 
moindre renommée. 

A Augustodunum (Autun), on honorait le martyr Sym- 
phorien, dont la fête est marquée dans l'hiéronymien au 
22 août 5 , et dont les Actes ne sont pas à mépriser 6 . La 
basilique fut construite, vers la fin du V e siècle, par le 
prêtre Euphronius, qui devint évêque d' Autun 7 . Fortunat 
cite S. Symphorien parmi les grands martyrs de la Gaule 8 . 

(1) LoNGNON, Géographie de la Gaule, p. 197. 

2 BHL. 5245, 8487. 

Ilist. Franc. V, 27 ; IX, 3, -7 ; In gloria mart. lu. 

(4 In gloria mart. LUI. 

Le manuscrit de Berne annonce aussi la vigile le 21. Ce même 
manuscrit, au 31 juillet, indique encore : Agustiduno dedicatio ccclesiae 
senions 'et Sattcti Nazaril et translatio multorum sanctorum martyrum 
(in ipsa ccclesïa). Moins les mots entre parenthèses, c'est également la 
notice du ms. W. Le ms. E. la passe entièrement sous silence. 

(6) BHL. 7967. Cf. W. Meyer, Fragmenta Buruna (Berlin, 1901), 
p. 161-63. 

17 Ilist. Franc. II, 15. Cf. VIII, 30. 

(8) Carm. VIII, 3, 160. 

Cuit. Mart. 26 



402 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

Autun avait également une basilique de Saint-Etienne '. 

La Première Lyonnaise est encore représentée dans la 
partie gallicane de l'hiéronymien par une série de notices, 
qui toutes créent des difficultés, à plus d'un titre, et pour- 
raient bien dépendre, en dernière analyse, des textes 
hagiographiques correspondants, tous pour le moins fort 
suspects. Citons d'abord celle du 24 septembre, qui se rap- 
porte à Saulieu : In civitatc Agiistidiino vico Sedeloco natale 
sanctoritm Andocii, Tyrsi et Felicis. Ces saints, dont Gré- 
goire semble ignorer l'existence, nous sont connus par une 
Passion - dont la parenté avec celle de S. Bénigne de 
Dijon est certaine 3 . Or voici ce que nous savons de 
S. Bénigne, proclamé au martyrologe le 1 novembre: 
Lingonica civitatc Castro Divionc Benigni presbyteri et mar- 
tyris. Au temps de Grégoire, son culte était de date 
récente '. Le grand sarcophage où il reposait était visité 
parles paysans superstitieux, et regardé comme un tom- 
beau païen. Un miracle et une apparition, dont fut favorisé 
Grégoire, évêque de Larigres,firent connaître la vérité, et 
une basilique fut élevée en l'honneur du martyr. On igno- 
rait son histoire; des pèlerins revenant d'Italie la rappor- 
tèrent à l'évêque ". C'est sans doute le récit que nous avons 
encore 6 ; l'on peut deviner ce qu'il vaut au point de vue 
de l'histoire. 

Le 5 septembre, ce sont des martyrs de Besançon : in 
Galliis civitatc Vcsontionc Fcrrcoli et Fcrrucionis, dont la 



1 /;; gloria onfess. lxxii. 
(2 BHL. 424-427. 

(31 Voir L. Du< hesni . Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule, t. I-, 
p. 51-52 • W. Mkvf.k. /)/,• Légende des hl. Albanas, p 72-81. 

(4) Dijon avait une basilique de Saint-Jean. Vitae Patrum, VII, 3. 

(5) In gloria mart. l. 
(6 BHL. 1153-1162. 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIQUE. 403 

Passion ' a d'étroites affinités avec celle de S. Bénigne. 

Grégoire la cite, mais il ajoute sur le culte des deux mar- 
tyrs des détails inédits. Sa propre sœur obtint, dans leur 
basilique, la santé de son mari '-'. 

Le cas des saints de Langres, au 17 janvier, est plus 
clair, et n'est pas sans jeter quelque lumière sur les précé- 
dents : Lingonas passio sanctorum geminorum Speusippi, Ela- 
sippi, Mehisippi. Leonillae, Iunillac, Neonis. Ceci est évidem- 
ment emprunté au texte connu ", qui n'est qu'une adapta- 
tion d'une légende grecque ', et c'est cette légende, trans- 
portée en Gaule, qui y crée un culte. Le récit de Grégoire 
dénie formellement au culte de S. Bénigne la consécration 
traditionnelle ; il nous le montre installé tardivement. La 
réserve qu'entraîne cette circonstance doit s'étendre évi- 
demment au culte des martyrs de Saulieu et de Besançon, 
si étroitement lié avec celui de S. Bénigne s . 

Les saints d'Agaune (Saint-Maurice), au 22 septembre, 
font probablement partie des suppléments gallicans de 
l'hiéronymien. On sait comment leur culte s'établit 6 , et 
quel retentissement eut, dans le monde chrétien, la révéla- 
tion d'un fait inoui dans les annales des persécutions, le 
massacre de la legw Félix Agaunensis, comme l'appelle 
Fortunat 7 . Le roi Sigismond, qui serait, au témoignage de 
Grégoire de Tours, le vrai fondateur du monastère et des 

(xi BHL. 2903-2905. 

(2) Ingloria mari. î.xx. 

(3) BHL. 7829. 
BHG*. 1646. 

Au 7 septembre, le ms. B du martyrologe annonce in territurio 
Edita civitate loeo Alisia natale sanctac Régine martyyae. Le ms. W. 
ajoute: cuius gesta habentur. C I [gnent sans doute BHL. 

7092-7094, pièce déplorable, mais qui serait le plus ancien témoin du 
culte de S^ Reine. 

(6) Plus haut, p. 104. 

(7; Carm. VIII, 3, 172. 



4«'4 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

basiliques d'Agaune, y fut lui-même enseveli et honoré 
comme martyr '. S. A vit prononça une homélie in basilica 
sanctorum Acaunensium -. Le souvenir clés soldats martyrs 
hanta avec persistance le cerveau des hagiographes de la 
Gaule et de l'Italie supérieure, et longtemps, lorsqu'il 
s'agissait d'identifier quelque saint obscur, le procédé à la 
mode fut de l'enrôler dans la légion Thébaine. La liste dé- 
cès légionnaires d'occasion n'a pas été dressée. Elle serait 
longue. 

La Deuxième Lyonnaise pourrait être passée sous 
silence n'était l'évêque Victrice de Rouen, l'ami et l'émule 
des grands évêques qui furent les zélés promoteurs de la 
dévotion aux martyrs, Ambroise, Gaudence de Brescia, 
Paulin de Noie \ Dans un traité, qui a parfois les allures 
d'un discours ', il célèbre les martyrs, et nous donne les 
noms de ceux dont on lui a procuré les reliques. Par deux 
fois il reçut des envois importants. D'abord, ou lui donne 
S. Jean-Baptiste — nous employons le style de l'époque 
— S. André, S.Thomas, S. Gervais, S. Protais, S. Agri- 
cola.S 1 ' Euphémie, et il ajoute encore S.Luc !i .0n retrouve 
ici, avec quelques différences qu'expliquent suffisamment 
les circonstances r ',la liste presque entière de Gaudence de 



(i) In gloria tnart. r.xxiv. Cf. Lonc.non, t. c. p. 231-33. — L'hiérony- 
micn enregistre au 1 mai : Civitate Sidonensi loco Acauno passio Sigis- 
m un à 
(2) Opéra, Peiper, p. 145. 

!.. Va< andard, Saint Victrice, êvêque de Rouen, Paris, 1903. 
I De lande sanctorum, dans P. L. t. XX. p. 443-58; Sauvage-Tou- 
gard. S. Victrice. Son livre De lande sanctorum d'après les variantes 
Saint-Gai, Paris, 1895. Cf. Vacandàrd, t.c. p. 173-79. 
5 /'./.. t.c. p. 448. 

SS. Sisinnius, Martyrius et Alexandre, dont Gaudence 
avait des reliques, étaient probablemenl en vie lorsque Victrice 

reçut ce premier envoi. 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIQUE. 405 

Brescia. Plus loin, Victrice énumère d'autres martyrs, 
dont il faut croire que des reliques lui ont été données, bien 
qu'il ne le dise pas avec toute la clarté désirable. Cette 
série est curieuse. Quelques noms paraissent là pour la 
première fois : d'autres sont malheureusement peu recon- 
naissables, par la faute, sans doute, des copistes. Les voici 
dans l'ordre de l'auteur: les SS. Jean l'évangéliste, Pro- 
culus, Antonius, Saturninus, Traianus, Nazarius, Mucius, 
Alexandre, Datysus, Chindeus, Rogata, Leonida, Anas- 
tasia, Anatoclia. Nous avons essayé, dans les chapitres 
précédents, de les identifier, sans succès pour les saintes 
Rogata et Leonida. 

Dans la Troisième Lyonnaise, la ville de Tours s'impose 
tout d'abord à notre attention, non point qu'elle ait eu des 
martyrs propres, mais parce que. grâce à son évèque Gré- 
goire, nous sommes mieux renseignés sur elle que sur la 
plupart des autres villes de la Gaule '. Un document hors 
de prix est le calendrier des jeûnes et des vigiles réglé par 
l'évéque Perpetuus tv 491), qui bâtit à Tours une basilique 
en l'honneur de S. Pierre, une autre à Monte Laudiaco 
(Montlouis), dédiée à S.Laurent Les seize vigiles compren- 
nent, outre les l'êtes du Seigneur, de S. Martin et de quel- 
ques autres évêques, celles de S. Jean, de la Chaire de S. 
Pierre, de S.Jean-Baptiste, des SS. Pierre et Paul, de S. 
Symphorien. Ce martyr n'était pas le seul qui fût honore 
à Tours. Le prédécesseur de Perpétue, Eustochius, avait 
élevé à l'intérieur de la ville une basilique pour y déposer 
les reliques des saints Gervais et Protais rapportées d'Ita- 
lie par S. Martin lui-même. La basilique de Saint-Vincent 
est une fondation d'Euphronius, auquel succéda Grégoire. 

: Ilist. Franc. X, 31. 



406 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

C'est à l'épiscopat de ce dermerque remonte la basilique de 
Saint-Julien à Tours ', celle de la parrochia Paternacensis 
(Pernay),où il plaça des reliques de S. Julien et de S. Nice- 
tius -, peut-être aussi celle du Gaudiacus viens in Turo- 
nico (Joué), également consacrée à S. Julien 3 . Grégoire 
dédia aussi, la première année de son pontificat, l'oratoi- 
re des saints Saturnin, Martin et Ilidius '. Il déposa enco- 
re, en divers sanctuaires, des reliques des SS. Cosme et 
Damien, de S. Jean, de S. Serge, et de S. Bénigne \ Il ne 
sera pas sans intérêt d'apprendre, de la bouche même de 
l'évêque de Tours, comment il se procurait des reliques. 
C'est à propos de S. Julien de Brioude qu'il s'en explique. 
« Il arriva qu'après mon ordination je me rendis en Auver- 
gne. Pendant mon voyage, je visitai la basilique du saint, 
et, après la fête, j'arrachai, pour m'en faire une sauve- 
garde, quelque peu de la frange du voile qui couvrait le 
saint tombeau ; puis je sortis après avoir terminé ma priè- 
re. Or, des moines de la ville de Tours construisirent, 
suivant leurs faibles moyens, en l'honneur du martyr, 
une basilique qu'ils désiraient voir consacrer par ses mira- 
cles. Sachant que j'avais rapporté des reliques, ils me 
prièrent d'enrichir leur église de ces dépouilles à l'occa- 
sion de la dédicace. Je pris secrètement la boîte et, au com- 
mencement de la nuit, je me bâtai de la porter à la basili- 
que de Saint-Martin. Un homme pieux qui se trouvait 
alors a distance de la basilique, raconta qu'au moment 
où nous v entrâmes, il vit une éclatante lumière descen- 
dre sur l'édifice et pénétrer dans l'intérieur. Lorsque nous 



i l'niut. S. luttant, xxxiv-xxxix. 

.: l 'irtul. S. Iuliani, i. ; Vitae Patrum, VIII, 8. 

(3) Virtut. S. luttant, xl. 

; h: loria conf. xx ; Yitac Patrum, II, 3. 

5 Hist. Franc. X, 31. 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIQUE. |"7 

l'apprîmes le Lendemain par les fidèles, nous conjecturâmes 
que cela était dû à la vertu du martyr. Après avoir déposé 
les saintes reliques sur l'autel et veillé la nuit, nous les 
portâmes, au chant des psaumes, â l'église dont j'ai 
parlé '. » 

Les martyrs de Nantes sont nommés au martyrologe le 
24 mai : In Galliis civitate Natnnetis Rogatiani Donaiiani 
germanorum et martyrum. Leur basilique, qui existe encore, 
est signalée par Grégoire -. Il nous renseigne aussi sur la 
basilique de Saint-Nazaire, in vico quodam, appartenant au 
territoire de Nantes \ Cette localité, qu'il ne nomme pas, 
porte encore aujourd'hui le nom du martyr milanais dont 
les reliques la rendirent célèbre. Par les poèmes que 
Fortunat adresse â l'évêque de Nantes Félix (f 582), à 
l'occasion de la dédicace de son église, nous apprenons 
qu'il y déposa des reliques de S. Ferréol et d'autres saints '. 

Dans la Quatrième Lyonnaise, nous n'avons à nous 
arrêter qu'à Troyes et à Paris. Surle territoire de la pre- 
mière de ces villes, apudurbem Tricastinoritm, se trouvait, 
dans un petit oratoire, le tombeau de S. Patrocle, gardé 
par un seul clerc. La découverte — histoire infiniment 
curieuse — de sa Passion donna un nouvel essor au culte 
de ce martvr. La chapelle devint une basilique, et la fête 
fut régulièrement célébrée s . La date, 21 janvier, est don- 
née par l'hiéronymien. 

La basilique de Saint-Denys de Paris, mentionnée plu- 
sieurs fois par Grégoire de Tours °, est celle-là même qui 



(ii Virtut. S. lui. xxxiv, traduction Bordicr, légèrement retouchée. 
(2) In gloria mari. lix. 
(i) In gloria mart. lx. 
14) Cartn. III, 7. 55- 

(5) In gloria mart. lxiii. 

(6) Hist. Franc. V, 32, 34 ; In gleria mart. lxxi. 



40S CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

fut bâtie à l'instigation de S le Geneviève ', sur le tombeau 
du martyr, au lieu appelé Catulliacus 2 . Le martyrologe 
hiéronymien, au 8 octobre, donne déjà à S. Dcnys les com- 
pagnons Kleutherius et Rusticus, que les récits hagiographi- 
ques 5 et clés textes remontant au VII e siècle 4 lui adjoignent 
indissolublement II est à peine nécessaire de faire remar- 
quer que dans la désignation des sanctuaires de martyrs, le 
principal titulaire est ordinairement seul cité, et que l'ar- 
gument tiré du silence n'est pas décisif en l'espèce contre 
les compagnons de l'évêque. Fortunat, qui reconnaît S. 
Denvs comme le saint par excellence de Vurbs Parisiaca s , 
parle aussi d'une basilique fondée en son honneur par 
l'évêque de Bordeaux Amelius, dans le premier quart du 
VI e siècle et agrandie par un de ses sucesseurs, Léonce c . 
Paris possédait d'autres églises, Saint-Pierre, dite aussi 
des Saints-Apôtres 7 , Saint-Julien 8 , Saint-Laurent \ 
Saint-Vincent 10 . 

Les villes de la Première Belgique qui doivent trouver 
place ici sont Trêves et Cologne ". Sur Trêves, il est 

(i) Vita S. Gcnovcfac, BHL. 3334. 

(2) Cf. J. IIavet, Oeuvres, t. I, (Paris, 1896). p. ..'07-17. 

(3) Passio sanctorum Dionysii, Rusticiet Elcutherii, BHL.3171. 
p Havet, t. c. p. 221. 

5 Carm. VIII, 3, 159. 

6 Carm. I, 11. 

17 Hist. Franc. II, 43, III, 18 ; IV, 1. V ; 18 etc. 

Hist. I ranc.VI, 17 ; IX, 6. 

Hist. Franc. VI, 9, 25. 

- ///,/. Franc. VI. 20, 46 : VII, 10 ; In gloria conf. lxxxviii, et . 

ons pas Mayence et pour cause. Rhaban Maur, 
dans son martyrologe, au 16 juin, /'. /.. t. CX, p. 1151, énonce ce qui 
suit : in civltate Moguntiaco passio sanctorum Aurez episcopi et lustinae 
s<,r<;ii eius, qui ab Hunnis vastantibus praedictam civitatem in ecclesia 
occisisunl. L'ha saints, BHL. 823-i I pas de 

bonne quai il inscription métrique Aurais ac simul Iustinus fera 

praelia mundi etc. mériterait plus de considération si nous avions quel- 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIQUE. 409 

vrai, nous n'avons que des données vagues. Une inscrip- 
tion : 

Ursiniano subdiacono sub hoc tumulo ossa quiescunt 

qui mentit sanctorum sociari sepulcra ', 
fait naître L'idée d'un tombeau ou d'une série de tom- 
beaux de martyrs,auprès desquels Ursinianus aurait cher- 
ché son dernier refuge. Les traditions locales relatives 
aux martyrs de Trêves manquent malheureusement d'at- 
testations anciennes -, et les sanctorum sepulcra pourraient 
bien devoir s'entendre de l'autel où étaient renfermées 
des reliques venues d'ailleurs. 

Colonia Agrippina figure certainement à l'hiéronymien 
en deux endroits sans qu'on ait le moyen de décider s'il 
s'agit de deux groupes de martyrs ou d'un seul deux fois 
répété 3 . Le 8 (et le 9) octobre, c'est S. Géréon avec une 
troupe de plus de trois cents martyrs. Le 15 du même 
mois, il annonce le natale Maurorum, que le manuscrit 
d'Echternach a déjà produits le 9, sous une forme qui 
semble être synonyme du natale sanctorum Gereon cum 
sociis suis triceutorum decim et octo martyrum quorum nomina 
l 'eus scit. Grégoire de Tours ne nous aide guère à éclaircir 
cette question. « Il existe à Cologne une basilique con- 



que idée précise de son âge et de l'endroit où elle a été relevée. De 
-1 Inscriptiones christianae Urbis Rotnae, t. II. p. 258. Une autre 
inscription, certainement de basse époque, sur Aureus et Iustina, dans 
Kraus, Die christlichm Inschriften der Rheinlandc, Spuriae 27. 

1 CIL. XIII. 3787, Bùcheler, Carmina, 773. 

: ActaSS. oct. t. II, p. 330-S7 ; t. III. p. 18-20. 

1 j Nous ne nous occuperons pas de l'article du 30 juin ainsi conçu : 
in Agripina Asclini Pamphili. Notker lisait le prem er tic ces noms 
Asclepii, qui doit être la vraie leçon. Or. les menées mentionnent 

un Asclepios précisément au 30 juin, malheureusement, sans ajouter 
aucun détail qui vaille la peine d'être relevé. Asclinus-Asclepius est 
donc un saint oriental. Le reste n'a probablement aucun lien non plus 
avec Cologne. 



410 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

struite au lieu où l'on dit que cinquante hommes de la 
célèbre légion sacrée des Thébains souffrirent le martyre 
pour le nom du Christ. Comme elle paraît en quelque 
sorte être d'or à cause des admirables mosaïques qui s'y 
trouvent, les habitants du lieu en ont contracté l'habi- 
tude de l'appeler la basilique des Saints d'Or '. » Sancti 
aurei, sancti Mauri semblent être des équivalents, et au 
moyen âge on ne distinguait pas ce groupe de celui dont 
S. Géréon est le chef-. On n'avait probablement pas tort 
de les confondre ; cela ne suffit pourtant pas à donner 
du crédit aux histoires que l'on fit courir, d'assez bonne 
heure, on le voit par le passage de Grégoire, sur le 
compte des Saints d'Or. Il est sans doute superflu de 
rappeler qu'à Cologne l'imagination des hagiographes 
était sujette à grossir les choses dans des proportions 
peut-être sans exemple. On sait ce qu'est devenu, sous 
leur plume, le souvenir des vierges martyres dont la 
basilique est attestée par l'inscription de Clematius, texte 
(pie l'on souhaiterait plus clair, mais qui est d'une saveur 
antique tortement prononcée 3 . 

L'évêquede Cologne Ebregisil, à la lin du VI e siècle, remit 

en honneur le culte de S. Mallosus, martyrisé apiid Bcrtu- 

nense oppidum (Birten), engloba l'oratoire du saint dans une 

ilique, et retrouva les saintes reliques '. On disait que S. 

Victor reposait au même endroit ; maison ne l'avait pas 



In glorii mari. ixi. 
i BHL.3446. 

F. X. Krai l> christlichen Inschriften der Rheinlande, t.I, 394, 

aszewski, dans CIL. XIII. 1313 , la range parmi les inscriptions 

faus . 1 té réfuté pai Riese, Die Inschrift des Clematius und die 

Kôlnischen Mat tyrien, dans Bonner Jahrbuchek, Heft 118 (1909), p. 

236-^5. Ci.Analecta BoUand.,t. XXX, p. 362. 

. Ttt gloria mari. lxii. 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIQUE. 411 

encore découvert '. Les noms de Mallosus et de Victor, 
encadrant celui d'Agrippina, ou Cologne, se reconnaissent 
dans l'hiéronymien au 10 octobre -'. 

Terminons notre revue par la Seconde Belgique. 
L'Urbs Remensium (Reims) avait une basilique dédiée 
aux martyrs Tiraothée et Apollinaire qui lui appartien- 
nent'"'; ils sont à l'hiéronymien sous la rubrique Re)inis 
civitate, au 23 août. Au 14 décembre, on y lit également 
lù-mus natale Nicasi episcopi. La basilique de Saint-Nicaise 
est citée dans un texte du IX e siècle *, mais elle est cer- 
tainement antérieure. S. Julien était également honoré 
par les Rémois, qui lui bâtirent une église 5 . 

Les martyrs de Soissons, Crépin et Crépinien, sont 
marqués à l'hiéronymien, le 25 octobre : /;/ Gallia civitate 
S(u)essionis Crispwi et Crispiniani ; Grégoire mentionne 
leur basilique à différentes reprises 6 . Nous n'avons, à 
l'appui de la notice du 14 juin, S(it)essiouis civitate passio 
Valeri et Rufini,que des récits hagiographiques sans grande 
portée 7 . 

Le martyr Quintinus a donné son nom au Virmandense 
oppidum, où reposait son corps 8 . Il est mentionné clans 
l'hiéronymien au 31 octobre. Deux martyrs d'Amiens sont 
enregistrés au n décembre: in Gallia Ambiants Victoria 
et Fusciani martyr uni. Bien que la plus ancienne trace de 



: Mù/.,Birten (Prusse Rhénane) est situé sur la rive gauche du Rhin 
à 3 kil. au dessus de Xanten. Voir Longnon, t. c, p. 3S4-85. 
Dans les manuscrits B et W. Le manuscrit E les omet. 
/;: florin mart. i.iv. 
4 VitaS. Remigii, Krusch, M. G , Script, rer.merov., t. III, p. 279. 
(51 Yirtut. S. luttant, xxxn. 
(61 Hist. Franc. V, 34 ;IX,o. 
7 BHL. 7373-7375. 
- In gloria mart. LXXII. 



412 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

leur sanctuaire se trouve clans un texte du X e siècle l , et 
que les Actes de ces martyrs soient dépourvus de valeur 
historique 2 , l'antiquité de leur culte ne peut être raison- 
nablement révoquée en doute. 

La Grande-Bretagne est le terme naturel d'une explora- 
tion à travers les Gaules. Nous n'y rencontrerons pas 
autant de sanctuaires qu'une lecture rapide de l'hiérony- 
mien semble en promettre. In Britannia est généralement 
une transcription vicieuse qu'il faut corriger en Brixia 
comme au 16 février, en Mauritania au 21 mai, en 
Abreitania au 17 septembre. Mais au 22 juin la Bretagne 
apparaît dans la notice de S. Alban, Albini martyris cum 
aliis numéro DCCCL X XX VIIII, notice qui appartient à la 
seconde recension auxerroisc du martyrologe, et semble 
être l'écho d'une tradition liturgique remontant à S. 
Germain ". Gildas raconte le martyre de S. Alban de 
Verulam et de ses compagnons ' ; Fortunat atteste l'an- 
tiquité de son culte 8 , et Bède,qui a popularisé son histoire' 1 , 
a puisé à d'anciens récits dont on a retrouvé la trace 7 . 

Si l'on veut s'en tenir, pour l'Espagne, aux sources 

absolument sures et se garder des fantaisies qui ont si 

étrangement troublé l'hagiographie de ce pays, il ne faudra 

re s'écarter de Prudence et du martyrologe hiérony- 



1 17/,/ S. Ebrulphi, BHL. 237^, c. 5. 

j BHL. 3224, .V25. 

(3) Voii Duchbsnb dans Act. SS. nov. t. II, p. [lxxv]. 
i} M" , Chronica minora, t. III, p. 31. 

' irm. VIII, 155. 

6) Hisl. •■ . I. 7, I'i UMMER, p. 21. 

7 W. Mbyer, Die I nde des h. Albanus des Protomartyr Angliac 
m Texten vor Beda, Abhandlungen der k. Gesellschaft der Wis- 

< HAÏ 1 KN /.V GOTTINGEN, tl. F. I. VIII (1904), 11. I. 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIQUE. 413 

mien, qui fournissent des listes sensiblement identiques. 
Les textes épigraphiques, quoique généralement un peu 
postérieurs à la limite que nous nous sommes fixée, ne 
doivent pas être négligés, el quelques calendriers indigè- 
nes font entrevoir certaines lignes de la tradition antique, 
sans permettre toutefois de les suivre assez loin. 

Rappelons donc d'abord que Prudence célèbre, en plu- 
sieurs endroits du Peristephanon, les martyrs de Calagur- 
ris (Calahorra), Emeterius et Chelidonius '. Leur date au 
martyrologe hiéronymien est le 3 mars, et Grégoire de 
'l'ours leur consacre un chapitre de son livre des Martyrs-'. 
1 tlalie de Mérida a été également chantée par le poète ". 
Les manuscrits de l'hiéronymien la mentionnent, comme 
souvent, trois jours de suite, le 10, le 11 et le 12 décembre. 
La première date, qui est celle du calendrier de Carthage, 
des calendriers mozarabes et de toute la tradition est la 
véritable 4 . Le culte de la célèbre martyre n'a jamais cessé 
d'être en honneur en Espagne et n'a pas tardé à franchir 
les frontières de son pays ; nous le voyons adopté en Afri- 
que, et il y a une homélie de S. Augustin pour le jour de 
la fête \ Fortunat énumérant les sanctuaires célèbres de 
son temps, dit : 

Eulalia Emerita iollit ab arbe caput fi . 

Grégoire de Tours célèbre « la glorieuse Eulalie "' ». 

(i) Peristeph. 1 : Ilymnus in laudem sanctorum martyrum Emeteriet 
C 'hcli 'dont Calagorttanorum ; iv, 31-32 ; vin: de loco in quo martyres 
Passi sunt nunc baptisterium Calagurri. 

(2) In gloria mart. xcn. 

3 Peristeph. ni. 

(4 1 Pérotin, Le Liber ordinum en usage dans l'église Wisigothique et 
Mozarabe d'Espagne (Paris, 1904), p. 490-91. 

(5) Morin, Une page inédite de S. Augustin, dans Revue Bénédic- 
tine, t. VIII, p. 417-19. 

(6) Car m. VIII, 3, 170. 

(7) In gloria mart. xc. 



414 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

Elle a sa place clans le chœur des vierges de Ravenne '. 
Saragossc honorait un groupe de dix-huit martyrs. 
Prudence donne leurs noms : Optatus, Lupercus, Suc- 
cêssus, Martialis, Urbanus, Iulius, Quintilianus, Publius, 
Fronto, Félix, Caecilianus, Evotus, Primitivus, Apode- 
mus et quatre Saturninus. Il ajoute Engratia, Caius et 
Crementius, qui survécurent aux tourments -. Tous ces 
noms, sauf ceux des trois confesseurs, se lisent dans 
Phiéronymien, au 22 janvier; le 15 avril, quelques-uns s'y 
retrouvent sous la rubrique in Spanis Caesaraugusta. La 
liste de Prudence soulève un petit problème qu'il n'est pas 
facile d'éclaircir. Après le quatorzième nom, Apodemus, 
il ajoute : 

Quatiuor posthinc sitperest virorum 

nomen extolli, renuenic métro, 

quos Satuminos memorat vocatos 
prisca vesiutas. 
Il faut bien comprendre que, outre les quatorze déjà 
cités, il y avait quatre homonymes, que le poète s'ex- 
cuse d'introduire dans ses vers en dépit de la prosodie 
(Saturninus). Eugène de Tolède, dans son Carmen de basi- 
lica sanctorum decem et octo martyrum, cite dix-huit noms, 
mais à la place des quatre Saturnins, les suivants : Cassia- 
iuis, Ianuarius, Matutinus, Faustus 3 . Ils figurent égale- 
ment dans la curieuse liste qui fait partie de la messe de 
S Engratia et des XVIII martyrs de Saragossc, dans le 
sacramentaire mozarabe*. On remarquera, dans la série 



m Plu haut, p. 372. 

Peristeph. iv, 145-164. — Sur Engratia, - 1. Hubner, Inscriptiones 
Hispaniae christianae, 15 z. 

Carmen, 15-20. M. G., auct. antiq. t. XIV, p. 240. 
(4) M. Férotin, Le Liber mozarabicus sacramentorum et les manus- 
crits nwzarubes (Pan . cgi . p. 276. 



LA GAULÉ. l'kSPAGXE. L'AFRIQUE. 415 

ainsi composée, les noms de trois célèbres martyrs de 
Cordoue, Faustus, Ianuarius, Martialis. Faut -il expliquer 
le l'ait par une simple coïncidence ? N'est-il pas plus natu- 
rel de supposer quelque confusion ? 

L'hymne de Prudence que nous venons de citer passe 
en revue tous les anciens martyrs d'Espagne et salue les 
villes qui s'honorent de posséder leurs tombeaux. A Cor- 
doue, c'est Acisclus, Zoellus et les trois martyrs qu'il 
désigne sous le vocable de très coronae ; à Tarraco, c'est 
Fructuosus; à Gerunda, Félix; à Calagurris,nos deux mar- 
tyrs ; à Barcelone, Cucutas ; à Mérida, Lusilanorum capitt 
oppi d or 11 ni ,1a vierge Eulalie ; à Complute, Justus et Pastor; 
puis, à Saragosse, Valère ; à Sagonte, Vincent. Il ajoute 
quelques martyrs étrangers à l'Espagne, Paul de Nar- 
bonne, Genesius d'Arles, Cassien de Tingis *. 

Les martyrs de Cordoue sont cités dans l'hiéronymien, 
Zoellus au 27 juin, Acisclus, au 18 novembre, avec cette 
note intéressante dans les manuscrits B et \Y : hac die 
rosae ibidem colliguntur. Les « trois couronnes », c'est-à- 
dire les martyrs Faustus, Ianuarius et Martialis, qui sont 
désignés dans une inscription du VI e siècle sous le nom 
de dominorum îriiim -, apparaissent au 13 octobre, qui est 
aussi la date des calendriers du moyen âge, et au 9 novem- 
bre, sans compter d'autres mentions secondaires comme 
celles du 22 janvier, du 15 et du 24 avril. Une inscription 



(1) La strophe sur S. Cassien, iv, 45-48, n'est pas d'une elarté lim- 
pide : Ingcret Tingis sua Cassianum \ festa Massylum monumenta regum, 

| qui cinis gentes domitas coegit | ad iuga Christi.Ona voulu y chercher, 
par une interprétation forcée, une mention des martyrs d'Afrique 
désignés sous le nom de Maxilitains. Papebroch a proposé au second 
vers Fessa (Fez) pour festa (Act. SS. april. t. II p. 408). La conjecture est 
ingénieuse ; mais elle repose sur un anachronisme. La fondation de 
Fez ne remontre qu'au IX e siècle. 

(2) Hùbner, Inscriptiones Hispaniae christianae, 374. 



416 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

du V e ou du VI e siècle réunit les noms de tous les martyrs 
de Cordoue '. Le calendrier de 961 indique que la sépulture 
des trois martyrs se trouvait hors ville, in vico Turris, et 
que leur fête se célébrait in Sanctis Tribus -, c'est-à-dire 
que, outre La basilique hors les murs où étaient conservés 
leurs corps, ils avaient une église à l'intérieur de la ville ; 
celle-ci est citée par Euloge ï . Cet état répond trop bien 
aux conditions normales dans les temps antiques pour ne 
pas remonter plus haut que la rédaction du calendrier. Il 
en était probablement de même de S. Zoïlus, dont le corps 
fut enlevé de son tombeau in vico Cris pour être trans- 
porté à l'intérieur de la ville in ccclesia vici Tiraceoriim l . 
Pour S. Acisclus il est fait également mention de deux 
églises, l'une où était son tombeau, in ecclesia Carcerato- 
rum ; l'autre était l'église des parcheminiers \ 

Fructuosus, Augurius et Eulogius sont assez connus par 
leurs Actes fi et par l'hymne de Prudence 7 . Ils sont au mar- 
tyrologe hiéronymien, à la date du 21 janvier, qui n'a pas 
cessé d'être celle de leur anniversaire s . Ce jour-là, S. Au- 
gustin prononça leur éloge 9 . Une liste cle reliques, qui 

(1) HiiBNER, 126. Le n. 374 mentionne avec les reliques dominorutn 
trium celles de S. Acisclus. Une inscription de l'année 622 nomme les 
trois saints très fratres sanctos rctinet quos Curdoba passos. HiiBNER, 
363, 5. D. Férotin. Le Liber ordinum, p. 482, attire l'attention sur « ce 
détail inconnu jusqu'ici » qu'ils sont présentés comme frères. Ce 
détail n'a aucune chance d'être historique. L nous de 

martvre, lorsqu'ils ne sont pas trop nombreux, sont facilement iran- 
iennes en frères par la légende. 

1 I ROTIN, t. C. p. 4S3. 

(3) Memorialt sanctorum, II, g. P. L. t. CXVI, p. 776. 
4 La commémoraison de cette translation se célébrait à Cordoue 
le 4 novembre. 
(5) Férotin, Le Liber ordinum, p. 487. 
BHL.3ig6. 
1 Peristeph., vi. 
(8/ Férotin, Le Liber ordinum, p. 452-53. 
(9) Scrm. CCLXXIII, P.L. t. XXXVIII, p. 1247-53. 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIQUE. 417 

parait être du VI e siècle, comprend les noms des trois 
martyrs avec bon nombre d'autres '. 

Gerunda (Gerona en Catalogne) est la patrie du martyr 
Félix -, annoncé dans l'hiéronymien au 1 août, et dont la 
Passion a été beaucoup lue au moyen âge 3 . Grégoire de 
Tours raconte an vol avec effraction commis dans sa 
ilique, et ajoute : Indus reliquiae apud Xarboneusim basi- 
licam retinentur *, ce qu'il faut entendre évidemment d'une 
relique représentative et non du corps saint. Ailleurs enco- 
re, il mentionne de ses reliques amenées d'Espagne \ Une 
inscription, qui pourrait être du VI e siècle, fait connaître 
les noms des autres martyrs de Gerunda : He sunt reliquiae 
sancii Romani saneti Thomae martyrum qui aput Gerundam 
clavibus transfixi martirium passi G . Leur célébrité est bien 
inférieure à celle de S. Félix, et les quelques lignes que 
nous venons de transcrire constituent le plus ancien docu- 
ment qui nous révèle leur existence. 

Le saint que les manuscrits de l'hiéronymien,au 15 et au 
16 février, appellent Loquutnfas, Quoquofas, Cucubas, est le 
martyr de Barcelone que les calendriers espagnols du 
moyen âge marquent au 25 juillet, Cucufas 7 . 

Les martyrs de Complutum (Alcala), auprès desquels 
S. Paulin de Noie faisait déposer le corps de son jeune 
fils s , sont les saints Justus et Pastor 9 . Ils ne man- 



(1) Hùbnek. 57. 
1 2 PcrisUph., iv, 29-30. 
(3)BHL. 2S64-2S66. 
14. -f" gloria mart. xci. 
(5) Hist. Franc. IX, 6. 

(61 HiJBNER, I92. 

(T\Peristéph., iv, ^. 

artn. XXXI. 605-609, Hartel, p. 328-29. 
(9) Peristeph., iv, 41-44. 

Cuil. Mirt. 27 



4ï8 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

quent pas à l'hiéronymien, où leur date est le 25 août; 
dans les calendriers espagnols la fête tombe le 6 du même 
mois. 

Le plus célèbre des martyrs d'Espagne, un des plus 
célèbres de la chrétienté toute entière, c'est S. Vincent. 
Dans un des sermons qu'il prononça le jour de la fête, S. 
Augustin s'écrie : quae hodie regio, quaeve provincia ulla, quo 
usque vel Romanum imperium vel christianum nomen extenditur 
natalem non gaudet celcbrare Vincentii ' ? Le martyrologe 
hiéronymien, au 22 janvier, qui est la date traditionnelle, 
annonce in I lispania Valentia civitate S. Valerii episcopi et 
Vincentii diaconi ; au 31 octobre, les mêmes saints, simple- 
ment in Spanis. S.Vincent seul apparaît encore, sous cette 
dernière rubrique, le 11 janvier et le 21 août -, et le 19 avril 
sous celle de Caucolibcris (Grenade). Vincent est un des 
rares noms inscrits au calendrier de Polemius Silvius 3 , 
et le martyrologe de Carthage l'a également adopté. Pru- 
dence le célèbre dans ses vers * ; S. Paulin de Noie le cite 
parmi les grandes illustrations de la sainteté s . S. Avit 
nous apprend qu'on célébrait sa fête au temps du roi Sigis- 
mond c : Grégoire de Tours parle plusieurs fois de ses reli- 
ques 7 . Les chrétiens de Dalmatie lui avaient élevé des 
autels \ Parmi les anciennes inscriptions qui se rappor- 
tent à l'illustre martyr, rappelons celles qui mentionnent 

1 Serm. cclxxvi, n. 4, P.I.. t. XXXVIII, p. 1257. Voir aussi les ser- 
mons CCLXXIV-CCLXXVII. 

12) Dans le manuscrit d'Echternach également au 20 janvier. Mais 
c'est une sorte d'antici] nnonce du 22. 

(3 CIL.I-.p. 257-79- 
4) Peristeph. v ; iv, 77-80. 
- Carm. XIX, 154, Hartel, p. 123. 
(6) Epist. 76, 79, Pj mit, pp. 9-',9.3- 
• 7) llist. Franc. III, 29; Inglorïa mart. xxx. 

(b) F. Bulic, dans BulUttino d' archeologia estoria Dalmala,{. XXIV, 
p. 305-306. 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L/ AFRIQUE, pi 

des reliques domni Vincenti ', une consécration d'église 
saneti Vincenti martyris Valentini -, et les épitaphes de deux 
servi sancti Vincentii martyris 3 , et de l'évêque de Valence 
Justinien : 

Hic Vincentium gloriosum martyrem Christi 
sat pio quem coluit moier aminé vivons, 
hune devotus moriens reliquid eredem *. 
Les calendriers mozarabes marquent au 20 novembre- 
un vS. Crispinus d'Astigi (Ecija). Il est à peine douteux qu'il 
ne faille, dans le martyrologe hiéronymien, à cette même 
date, rapprocher de la rubrique in Spanis le nom Crisputi, 
qui s'en trouve assez éloigné dans le texte actuel '. On a 
cru reconnaître son tombeau dans un sarcophage chré- 
tien, découvert il y a quelques années, à Ecija. Malheureu- 
sement, le lieu de la trouvaille est le seul indice dont on 
puisse l'aire état' 1 . Dans un calendrier gravé sur une colon- 
ne de l'église de Carmona et remontant au VI e siècle, 
figure aussi S. Crispinus, mais à la date du 13 mai ' . 

La même liste mentionne une autre sainte d'Astigi : 
IIII nouas maias sanciae Treptetis virginis. Les calendriers 
mozarabes, au 5 mai, donnent Trcpctts. Celui de Cordoue, 
d'accord avec l'inscription de Carmona, au 4 mai, Treptecis 



(1) Hubner, 374. 

(2) Hubner, 115. 

(3) Hubner, 157. 

14) Hubner, 409. Cf. De Rossi, Inscriptiones christianac UrbisRomae, 

t. n,r- -93- 

lî Le texte porte : in Spanis Maximi presbïteri etc. Ce Maximus n'ap- 
partient pas à l'Espagne. C'est un doublet du 19 novembre où il figure 
sous l'indice Césarée. 

(6) F. Fita, Sarcôfago cristiano de Ecija, dans Boletin de la real 
academia de la Historia, t. X 1 1887), p. 267-73. 

7) Fita, Lapidas visigôticas de Carmona y Gines, dans Boletin, 
t. LIV 119091, p. 38. Cf. Id., Xucvas inscripeiones de Carmona y Montait, 
Boletin. t. LY, p. -73-87, et Analect. Bolland., t. XXXI, p. 319-21. 



420 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

virginis, et ajoute : in civitate Estiia. L'épigraphie de la Béti- 
que montre que Treptus, Thereptus, Trebtes appartient à 
L'onomastique delà région, notamment d'Astigi '. 

S. Félix diacre était depuis longtemps honoré à Séville, 
le 2 mai ; mais, outre qu'aucun document autorisé ne per- 
mettait de conclure à l'antiquité de son culte, le patronage 
indiscret des auteurs de fausses chroniques avait jeté une 
ombre fâcheuse sur son nom -. Le calendrier de Cordoue 
de 961, qui, au 2 mai, annonce le diacre Félix martyrisé 
à Séville, a commencé la réhabilitation. La liste de Car- 
mona, qui porte : VI nonas inaias sancti Felici diacoui, est 
bien près de l'achever définitivement. 

A Séville encore se rattache le groupe Iustus et Rul-ina, 
honoré le 17 juillet s. Leurs reliques sont citées dans des 
inscriptions relativement anciennes '. On voudrait retrou- 
ver la trace du groupe dans cette notice de l'hiéronymien 
au 19 juillet : in Spams Iusîac. Malgré la transformation de 
Iustus en Iusta, l'hypothèse ne doit pas être écartée. 
Mais le martyrologe ne renferme aucun vestige du culte 
de S 1, Léocadie de Tolède, dont la fête tombe le 9 décem- 
bre. Sa basilique, située hors les murs de la ville, fut 
bâtie, ou rebâtie, en 61S '-. Une inscription du VII e siècle 
mentionne des reliques sancte Leuc\adiae\ 6 . 

Il y avait à Mérida une basilique de S u Lucretia, dont 
il est question dans un document de la première moitié du 
VII 1 - siècle 7 . Une inscription, qui peut être antérieure 

1 CIL. II. r025 : Asellius Threptus ; 1502 : Lucretius Treptus ; 
Hùbni r, Inscriptiones Hispaniae christianae,g8. 

21 Y< >S. mai, 1. 1, p. 185 ; Florez, Espaîia sagrada, t. IX, 

p. 3 

.. Le Liber ordinum, p. 470. 
: [ùbner, 88 (de- l'année 662; ; 110. 

ii Liber apologct., 16, P. L. t. CXV, p. 859. 

75- 
Vitae l'atrum Emeritensium, 17, Ad. SS. nov. 1. 1, p. 325. 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIQUE. 42 1 

d'une centaine d'années, cite son nom avec ceux d'autres 
saints dont les reliques étaient déposées in hoc altario '. Il y 
avait là également des reliques des SS.Verissimus, Maxima 
et Iuli;>. dont les calendriers mozarabes indiquent la fête 
au 1 octobre. Ceux-ci seraient des saints de Lisbonne 2 . 
Une autre liste de reliques, du VII e siècle, rappelle les 
ivuns des saints Facundus et Primitivus", fêtés le 27 
novembre, et dont le calendrier de Cordoue place la sépul- 
ture près de Léon. Leur culte doit avoir été fort populaire, 
puisque le pèlerinage a donné naissance au monastère et à 
la ville de Sahagun *. Les saints Servandus et Germanus, 
réunis sur deux listes de reliques du VII e siècle 5 , sont 
honorés le 23 octobre : ils semblent appartenir à Mérida c . 

La Chronique de Prosper enregistre l'illustre martyre 
de quatre Espagnols,Arcadius,Paschasius,Probus et Euty- 
cianus, mis à mort pour la foi catholique par le roi Arien 
Genséric ' . Ont-ils été honorés dans leur église d'origine ? 
Aucun indice ne permet de l'affirmer avec certitude. 

En Espagne comme ailleurs, le culte des martyrs indi- 
gènes n'exclut point les honneurs rendus à ceux des 
autres églises, et l'on trouve fréquemment, sur les listes 
de reliques, les noms de martyrs étrangers, mêlés à ceux 
des saints du pays. Les dates sont malheureusement par- 
fois assez incertaines ; beaucoup d'inscriptions, se rap- 
portant à des dédicaces d'églises et à la déposition des 



' IiJr.NER. 57. 

j Fi'iROTiN, Le Liber ordinum, p. 480-81. 

HÙBNER, 175. 

(4) R. Escalona. Historia del real monasterio de Sahagun (Madrid, 
17S2 p. 1-17. 

(5) Hubner, 88, 110. 

Acta SS. oct.t. X, p. 25. 

Ad ann. 437. M. G. auct. antiq., 1. 1. 475. 



422 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

reliques, sont du VII e siècle. En les parcourant ', on relè- 
vera, la plupart du temps, des noms fort connus, ceux 
des apôtres très fréquemment, S. Laurent, S. Christophe, 
S. Julien, les SS. Gervais et Protais, Baudilius,Ferreolus 2 
et même S. Babylas 3 , et S. Quiricus *. 

Sur la colonne de Carmona 5 sont inscrits, outre les 
martyrs espagnols que nous avons cités, S. Vincent, les 
SS. Gervais et Protais, S. Jean-Baptiste et S. Mocius de 
Byzance. Voici le texte de deux inscriptions qui sem- 
blent, à de bons juges, appartenir au VI e siècle et qui 
donnent une idée de ce genre de monuments. 

Hic reliquiae sanctorum martirum id [est] 
sancti Tome, sancti Dionisi, sanctorum Cosme et 
Damiani, sancti Sebastiani, sancte Aire, sancti 
Sabe 6 . 

In nomine Domini Hiesu Christi consecratio 
domnorum Pétri et Pauli die XIII kalendas iunias 
in quorum basilica reliquiae sanctorum, id est 
domne Mariae, domni Iuliani, domni Istcfani, 
domni Aciscli, domni Laurentii, domni Martini, 
domne Eulalie, domni Vincenti, domnorum trium 7 . 

Il nous reste à parcourir l'Afrique, une terre remplie de 
corps saints, comme disait S.Augustin : uumquià non et 

(i) Nous renverrons simplement à la table VIII du Suf>f>lcmentum 
de Hii) mi R, sous la rubrique Nomina sanctorum. 
■ Hubnbr, 175 ; cf. Supplem. p. 75. 

H M R, 85. L'éditeur écrit dans la table Quiricus = Kupicxxôç, 
admissible. 
| HÛBNER, 57, 175. 
(5) Plus h:, ut, p. 419. 
6 Mm 

71 HÛBNER, 374- 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIQUE. 423 

Africa sanctorutn martyrum corporibus phna est ', où le culte 
des martyrs connut toutes les magnificences et toutes les 
exagérations, dont le sol était couvert de chapelles et de 
basiliques, sanctuaire immense que le flot de la barbarie a 
envahi pour ne laisser que de lamentables ruines. Ce 
qui en reste est assez considérable pour nous éblouir 
tout d'abord et donner l'illusion que, moyennant un effort 
proportionné, on arrivera à reconstituer l'image du passé. 
A première vue, l'information semble ne rien laisser à 
désirer. La littérature chrétienne de l'Afrique comprend 
une série de Passions de martyrs, qui, dans leur ensemble, 
forment la meilleure collection hagiographique que l'anti- 
quité nous ait laissée. Nulle église ne peut produire une 
suite d'Actes dont l'importance soit à comparera ceux des 
Scillitains, de Perpétue, de Marianus et Jacques, de 
Montanus et Lucius, de Cyprien, de Crispina, de Satur- 
ninus, et la valeur moyenne des pièces d'une catégorie 
inférieure est bien au-dessus de ce que nous offre l'hagio- 
graphie des autres pays '. A notre point de vue spécial, 
on pourrait objecter, il est vrai, que l'existence d'un récit 
de ce genre n'est pas nécessairement une preuve de culte. 
Mais nous ferons remarquer que l'on attribue générale- 
ment la bonne qualité de l'hagiographie africaine à l'usage 
de lire les Passions dans les réunions liturgiques 5 , circon- 

(1) Epist. 78, 3, P. L. t. XXXIII, p. 269. 

(2) Ces Passions ont été l'objet d'excellents travaux, que nous 
aurons à citer, de M. P. Franchi de" Cavalieri dans les Studi e Testi 
principalement, et de M. P. Monceaux, dans son Histoire littéraire de 
l Afrique chrétienne, Paris, 1901-1912, 4 vol. 

(3) Concilium Carthag. III, c. 47: Ut, praeter scripturas canonicas nihil 
in ecclesia legatur sub nomme divinarum scripturarum.... Liceat etiam 
legi passiones martyrum, quum anniversarii dits eorum eclebrantur. 
Lauchert, p. 173. Dans divers sermons, S. Augustin rappelle ou com- 
mente la lecture qui vient d'être faite. Sermo cci.xxm, 6 : beati quorum 
passio recitata est ; Sermo cclxxiv : longam lectionem audivimus... 



424 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

stancc qui leur assurait, du moins dans une certaine 
mesure, la stabilité propre aux textes consacrés par 
l'usage ecclésiastique. 

La correspondance de S. Cyprien est particulièrement 
fertile en renseignements sur les persécutions de Dèce et 
de Valérien, et nous y recueillons les noms d'un certain 
nombre de martyrs. On peut être sûr que l'évêque qui 
recommandait de bien tenir à jour le registre des anniver- 
saires n'a pas décerné à la légère le titre qui donnait droit 
aux honneurs du culte, et que la liste des martyrs cités 
dans ses écrits comme aussi dans les lettres incorporées 
dans sa correspondance, fit partie du martyrologe de Car- 
thage. 

S. Augustin ne fut pas témoin des persécutions ; mais il 
assista et contribua aux notables développements que prit 
le culte des martyrs, dont il put contempler l'entier épa- 
nouissement. Sans compter les nombreux passages de ses 
œuvres où la matière est traitée ou effleurée en passant, 
les discours prononcés par lui aux fêtes des martyrs ' 
constituent les documents les plus sûrs de l'histoire du 
culte des saints en Afrique. 

Viennent ensuite les martyrologes. D'abord le martyro- 
loge local de Carthage, qui représente l'état du culte au 
commencement du VI e siècle -. La série des évéques, 
depuis Gratus, s'arrêtant à Eugène (f 505), a servi à le 

novimus quia patienter audistis et diu stando et audiendo tamquam martyr i 
^assi estis ; Sermo cclxxv, i : voluptatem oculis interioribus hausi- 

muscum bcati Yinccntii gloriosa passio léger etur. /'. /.. t. XXXVIII, 

pp. 1250, 1253, 1254. 

i' Nous possédons encore le texte d'ungrand nombre d'entre eux. 

D'autres nous sont connus par VIndiculus de Possidius, BHL. 786. 
j Pu . d'abord par Mabillon, Votera Analecta, t. III, p. 398. Il y 

en a d'autres éditions. Ainsi ActaSS., nov. t. II, p. [lxx-lxxi] ; H. 

Achelis, Die Martyroloçicn,p. iq-21 ; II. Lietzmann. Diedrci àltesten 

Martyrologien ■ (Bonn, 191 1 1, p. 4-6. 



LA GAULE. L'BSPAGNB. L'AFRIQUE. 425 

dater. Si nous faisons abstraction de cette série comme 
aussi des fêtes communes et des martyrs étrangers, il nous 
reste quarante-six jours consacrés à des saints Africains, 
parmi lesquels il y a des martyrs de la Proconsulaire, de 
Numidie et de Maurétanie. 

Une particularité de ce calendrier consiste dans les 
groupes assez nombreux simplement désignés par un 
ethnique. Ainsi, 31 mai : sanctorum Timidensium ; 17 juillet : 
Scilitcworum : 22 juillet : MaxulUanorum ; 30 juillet : Tu- 
ntanarum ; 17 octobre : VolUanorum ; 29 octobre : 
Vagcnsium ; .. novembre: Copiianoritm ; 11 décembre : 
Eronensiunt ; 17 janvier : Rtibrcnsium ; 19 janvier : Tertul- 
lensium et Ficariensiutn ; 2 février : Carteriensium ; 16 
février : Petrensium. On a pensé que ces noms désignaient 
tous les martyrs d'une même localité dont on aurait fixé 
au même jour la commémoraison commune '. C'est une 
hypothèse sans fondement. Là où le contrôle est possible, 
nous constatons qu'il s'agit de saints martyrisés le même 
jour. Mais on peut se demander si le nom rappelle le lieu 
d'origine ou le lieu du martyre. Tel de ces groupes 
indique des saints qui appartiennent à Carthage par leur 
martyre et leur tombeau, ainsi les Scillitains du 17 juil- 
let. Au contraire, les saintes du 30 juillet — ce sont 
les saintes Maxima, Donatilla et Secunda — sont bien 
propres à Thuburbo. Il y a donc ici une obscurité que 
nous ne sommes pas à même de dissiper. Ce qui est bien 
clair, c'est que le calendrier est très loin de comprendre 

(1) Monceaux, Histoire littéraire, t. III, p. 109. Or. s'est demandé, 
à pmpos des Tertullenscs, s'il ne faut pas entendre par là tous Ils 
martyrs dont on conservait les corps in l'crtullo, dans la basilique de 
Tertullus à Carthage. G. Mbrcati, D'alcuni sussidi per la critica dcl 
testodiS. Cipriano, Studi b documenti di storia e diritto, t. XIX 
(18981, p. 348. L'ensemble de la liste ne nous paraît pas donner 
grande probabilité à cette hypothèse. 



426 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

la liste complète des martyrs de Carthage. Et ceci soit dit 
sans tenir compte de la lacune qu'il présente entre le 16 
lévrier et le 19 avril, lacune qui explique, par exemple, 
l'absence des saintes Perpétue et Félicité. Les nombreux 
martyrs connus par la correspondance de Cyprien, et 
dont il n'y a nulle trace dans le calendrier, tomberaient- 
ils tous entre ces mêmes limites, ou se cacheraient-ils 
sous les noms collectifs que nous avons relevés ? Cela est 
peu probable, et il faudrait plutôt dire qu'au VI e siècle 
d'anciens anniversaires étaient tombés en désuétude. 

Il suffit d'ouvrir le martyrologe hiéronymien pour 
s'apercevoir qu'aucun pays n'y est représenté par autant 
de noms que l'Afrique. La rubrique in Africa, presque tou- 
jours accompagnée d'une longue suite de noms, écrase 
toutes les autres. Ce qui frappe tout d'abord, c'est le vague 
de cette rubrique. Alors que partout ailleurs la localité 
ou du moins la province est désignée régulièrement, ici 
c'est l'exception. Puis, les noms Africains semblent jetés 
pêle-mêle et s'enchevêtrent parmi d'autres articles ; les 
répétitions sont fréquentes, et, comme les moyens de con- 
trôle font le plus souvent défaut, il faut ordinairement 
renoncer à reconstituer les notices qui se rapportent à 
l'Afrique. On en est réduit, dans la plupart des cas, à rete- 
nir quelques noms que leur forme permet de rattacher sans 
hésitation à l'onomastique punique, ou qui sont plus com- 
muns dans l'Afrique Romaine, mais presque toujours sans 
avoir le moyen de distinguer entre les homonymes '. 

(n Dans sa liste àes Martyrs et confesseurs africains mentionnes par 
les auteurs, les Actes des martyr';, le calendrier de Carthage et les marty- 
rologes, liste très utile el dont nous nous sommes beaucoup servi, 
M. MONCEAUX, Hitt, litt., t. III, p. 536-551. a peut-être admis trop de- 
noms uniquement attestés par l'hiéronymien. Il y a aussi quelques 
distractions, qui s'expliquent dans un pareil travail. Ainsi on trouve, 
parmi les saints, Rcpostus et Sophronius qui figurent dans la corres- 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIQUE. 427 

Ajoutez-y la difficulté, plus sensible ici, de décider si une 
série de noms représente des martyrs immolés le même 
jour, ou un groupe artificiel, constitué lors d'une déposi- 
tion de reliques. Pour l'Afrique donc, la richesse de l'hié- 
ronymien est simplement apparente, et ce n'est que dans 
des cas exceptionnels qu'on peut en tirer un réel profit. 

On sait que les monuments épigraphiques mentionnant 
des martyrs sont égalemement plus nombreux qu'ailleurs ', 
et leur nombre s'accroit sans cesse à mesure que les fouil- 
les sont poussées avec plus d'activité. Quelques-unes de 
ces inscriptions viennent opportunément éclairer les 
textes littéraires, et même les données des martyrologes. 
D'autres ne nous livrent que des noms que l'on n'a point 
rencontrés ailleurs, qu'aucun indice chronologique ne 
permet d'identifier avec quelque probabilité et à propos 
desquels se pose trop souvent le problème des martyrs 
Donatistes. Les dissidents décernaient les honneurs du 
culte à ceux qui étaient tombés dans les luttes à main 
armée contre les catholiques, ou ceux que la folie du 
martyre avait poussés à se détruire eux-mêmes -. La 
secte eut ses hagiographies, et il nous est parvenu quelques- 
uns de leurs récits ; elle eut aussi son épigraphie, que le 
formulaire ne distingue pas toujours de l'épigraphie catho- 
lique : . 

pondance de S. Cypricn (Epist. 42, Hartel, p. 590) comme excom- 
muniés. 

1 On les trouvera, cela va sans dire, dans le tome VIII du CIL, 
qui en ce moment n'est pas tout à fait à jour. Nous les citerons d'après 
P. Monceaux. Enquête sur Vépigraphie chrétienne d'Afrique, publiée 
en partie dans la Revue archéologique, 1903 à 1906, en partie dans les 
Mémoires de V Académie des Inscriptions et Belles-lettres, t. XII '1908), 
p. 161-339. 

(2 Optati Milevitani lib. III. ce. 4, 6. 8. 

I3) Monceaux, L'épigraphie Donatiste, dans Revue de Philologie, 
t. XXXIII (1909', p. 112-61 ; aussi dans Histoire littéraire de l'Afrique 



428 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

Nous en avons assez dit pour faire comprendre qu'en ce 
qui concerne l'Afrique, les résultats que l'on peut se pro- 
mettre de l'étude des documents ne sont pas en rapport 
avec leur nombre, et qu'une certaine réserve s'impose 
dans leur utilisation. 

Le plus ancien document que nous ayons sur les persé- 
cutions d'Afrique est une pièce de haute valeur, la Passion 
des martyrs Scillitains '. Elle raconte l'interrogatoire et 
le supplice de douze chrétiens envoyés de la ville de 
Scillium à Carthage pour y être jugés. Nous n'avons pas à 
nous occuper du récit lui-même qui est assez connu. Il 
nous donne la date du martyre, le 17 juillet icSo. Cet anni- 
versaire n'a pas cessé d'être célébré à Carthage. Speratus 
et ses compagnons sont inscrits à l'hiéronymien à cette 
date, et, on ne sait pourquoi, également au 16 septembre ; 
le calendrier du VI e siècle les marque au 17 juillet 2 . 
S. Augustin prononça deux sermons le jour de leur fête : 
per natalem sanctorum martyr uni Scillitanorum tractatus duo "° ; 
un autre est indiqué comme habitus in basilica sanctorum 
martyrum Scillitanorum ', celle, évidemment, dont Victor de 
Vite fait mention :; . Une inscription de 35g énumère des 
reliques, entre autres celles d'un S. Citinus, qui est, sans 
dont.;, un des compagnons de S. Speratus ,; ; le nom de ce 
dernier figure sur une mosaïque de Carthage 7 . 

chrétienne, t. IV, p. 437-84. Cf. Analcct. Bolland., l. XXIX, p. 467. 

(1 BHL. 757: BHG*. C645. 

(2) Des syn itionnent à la même date S. Speratus. 

Synax. eccl. < P., p.i , I canut.' m propre d< 1 updations, faites 

surtout sur 1 1 lées littéraires,ne pei met pas de conclure de là que 

le cul Scillitains fût répandu chez les Gre< , 

(3. Possidii indiculus, /'. L. t. XI. \ I, tg 

(4) Sertno < v, P.I.. t. XXXVIII. p. 841. 
Historia, I, 3. 

16) Mon< 1 WX, Enquête sur Vêpigr aphte de V Afrique chrétienne IV, 317. 
7) M . Enquêté, 2j8. 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIQUE. 429 

On rattache ordinairement à la môme persécution, mais 
sans raisons suffisantes, quatre martyrs dont le culte 
constaté, chose curieuse, par un texte païen. Maxim» 
Madaure écrit à S. Augustin et reproche aux chrétiens de 
préférer aux dieux de l'Olympe des hommes au nom 
bizarre comme Miggin, Sanam, 1' « archimartyr » Nam- 
phamo, Lucitas ', et il ajoute : Horumbusta, si memoratu 
dignum est, rclictis templis. neglectis maiorum suorum mani- 
bus, stulti fréquentant '-'. Le titre d'ardu martyr ne signifie 
pas nécessairement le premier martyr d'Afrique, mais 
peut-être le premier de Madaure ou de Numidie 3 . Au 18 
décembre, l'hiéronymien écrit clairement Namfamonis, qui 
se reconnaît également parmi les noms du 5 décembre. 
Le 2 du même mois, Meggenus, Megginus, est peut-être 
celui qui excitait la verve de Maxime de Madaure. 

Le martyr Miggin est un de ceux qui figurent le plus 
fréquemment sur les inscriptions africaines *. Deux fois 
nous le rencontrons en compagnie de Donatus et ceBaric, 
deux noms bien africains s , sans que nous puissions infé- 
rer de là que ceux-ci sont des compagnons de martyre. 

Les plus illustres victimes de la persécution de Sévère 
sont Perpétue et Félicité, avec les compagnons nommés 
dans leurs Actes. Tout le monde connaît ce morceau admi- 
rable, que nous lisons en latin et en grec c ,et qui, du temps 
de S. Augustin, jouissait d'une telle faveur que celui-ci 

li) Quis enim ferat Iovi fulmina vibrant i prae/erri Migginem, Iunoni, 
Minervae, Veneri, Vestaeque Sanamem et cunctis, pro nef as, dus inmor- 
talibus, urchimartyrem Namphamonem ? Maxime de Madaure dans 
Àugustini epist., 16, 2, Goldbacher, pars I, p. 37-38. 

(2) Ibid., p. 38. 

(3) Voir Neumann, Der rômische Staat und die allgemeine Kirche, 
1. 1, p. 286. 

Monceaux, Enquête, 251, 254, 288, 315, 317. 

(5) Monceaux, Enquête, 254, 288. 

(6) BHL. 6633 ; BHG-. 1482. 



430 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

croyait devoir dire à ses lecteurs : nec scriptura ipsa canonica 
est '. Déjà Tertullien saluait Perpétue du titre de fortissimo, 
martyr*, et nous avons trois sermons de S. Augustin, pro- 
nonces le jour de sa fête, le 7 mars 3 . La basilique Majeure 
s'éleva à l'endroit où furent déposés les corps des mar- 
tyrs '. On sait que Perpétue et Félicité sont inscrites dans 
le plus ancien martyrologe de Rome, et qu'elles font partie 
du cortège triomphal des martyres à S. Apollinare Nuovo 
de Ravenne. L'éclat de leur renommée a fait quelque peu 
oublier leurs compagnons. On rencontre les noms de 
Saturus et de Saturninus sur une mosaïque de Carthage 5 , 
les mêmes noms avec ceux de Rebocatus, Secundulus et 
ceux des deux saintes, sur une dalle où l'on a cru recon- 
naître la pierre tombale de ces illustres martyrs 6 . 

On arrive, avec un léger effort, à reconnaître dans 
l'hiéronymien, au 27 juin, le nom de Guddenis 7 , une 
martyre, dont on lisait encore, au IX e siècle, des Actes 
((Lie nous n'avons plus 8 . Cette pièce confirmait la date du 

(1) De anima, I, 12, P. L. t. XLIV, p. 481. 

(2) De anima, 55, Reifferscheid-Wissowa, p. 388. 
Serm. cclxxx-cclxxxii, P. L. t. XXXVIII, p. 1280-86. 

(41 Basilicam maiorem ubi corpora sanctarum martyrum Perpétuas et 
Felicitatis sepulta sunt. Victor de Vite, IIist.,1,3. On croit l'avoir 
retrouvée de nos jours. Delattre, La basilique de Damous-el-Karita à 
Carthage, Constantine, 1892. 

(5) Monceaux, Enquête, 228. 

Drlattre, Basilic/ maiorum. Tombeau des saintes Perpétue et 
Félicité, dans Comptes rendus de l'Académie des inscription 
belles-lettres, 1907, pp. 193-195, 515-31- Voir aussi Bulletin de la 
Société nationale des Antiquaires de France, 1908, p. 198. 

17» Martyrologe hiéronymien au 27 juin : Zeddini, ZidJini, Giddini ; 
au 26 : in Africa Gaudcntis. 

(8) Quentin, Les martyrologes historiques, p. 174. Le résumé, qu'a 
repi .-11118 1111111'), est intéressai)! : Apud Carthagincm natale 

sanctae Guddenes \quae Plutianoet Zêta consulibus [a. 202] iussu Rufini 
broconsulis quater dix > i temporibus equulei extensione vexata et ungula- 
rum horrenda laceratione cruciata, carceris etiam squalore diutissime 
ajjlicta, novissime gladio caesa est. 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L' AFRIQUE. 43 1 

27 juin, comme aussi le sermon de S. Augustin, habitas in 
basilica tnaiorutn in natali martyris Guddenis '. 

Voici deux martyrs que Tertullien nous fait connaître, 
Mavilus, mieux Maiulus, d'Hadrumète, condamné aux 
bêtes 2 , et Rutilius, sanctissimus martyr, qui essaya d'abord 
de fuir la persécution, mais fut saisi et brûlé vif 3 . Il est 
probable que le premier n'est autre que le Maiulus de 
l'hiéronymien et du calendrier de Carthage, au 11 mai. Il 
serait peut-être téméraire de vouloir retrouver l'autre mar- 
tyr dans un des Rutilius de l'hiéronymien. S. Cyprien nous 
a également conservé quelques noms de martyrs apparte- 
nant aux persécutions de Septime Sévère. Castus et Aemi- 
lius avaient d'abord cédé à la violence des tourments ; 
ils rachetèrent héroïquement leur faiblesse '. Le calendrier 
de Carthage les enregistre au 22 mai ; de même l'hiéronv- 
mien, qui les répète encore, au 6 octobre, mais, à ce qu'il 
semble, sous la rubrique in Apulia. S. Augustin les a loués 
dans un de ses sermons prononcé le jour de leur fête 5 . Cele- 
rina, Laurentius et Egnatius, tous trois de la parenté 
du confesseur Celerinus, étaient commémorés dans l'église 
de Carthage ; S. Cyprien l'atteste expressément °. Une 

(1) Sermo ccxciv, P. L. t. XXXVIII, p. 1335-48. 

(2) Ad Scapulam, m, Oehler, 1. 1, p. 545. 

(3) Dcfuga in persecutione, v, Oehler, t. I, p. 471. On peut se deman- 
der si, dans le récit déplaisant où Tertullien, De ieiunio, 12, met en 
scène un martyr, condito mero tanquam antidoto pracmedicatum, le mot 
pristinus est un simple adjectif ou le nom même du martyr. L'édition 
Reifeekscheid-Wissowa, p. 291 écrit Pristinus ; Bonwetsch, Die 
Schriften Tcrtullians (Bonn, 1878), p. 70, également. K.J. Necmann, Der 
ri'nnischc Staat und die allgemeine Kirchc, p. 188-89 se prononce pour 
pristinus. 

(4, De lapsis, 13, Hartel, p. 2^6. 

(5) Sermo cclxxxv, P. L, t. XXXVIII, p. 1293-97. L'anniversaire des 
deux martyrs est probablement rappelé dans une inscription de Cartha- 
ge. Voir Bulletin de la société des Antiquaires de France, 1908, p. 199-200. 

(6) Epist. 38, 3, Hartel, p. 583. 



432 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

Celerina est au martyrologe hiéronymien, à la date du 
3 février, et une basilique de Celerina est signalée par 
Victor de Vite ', qui ne la distingue pas de celle des 
Scillitains. C'est tout près de cette église, dans le monas- 
tère de Biguae, que furent déposées plus tard les reliques 
de S. Liberatus et de ses compagnons -. 

La persécution de Dèce fit périr un bon nombre de 
chrétiens à Carthage. Mappalicus, loué par S. Cyprien, 
est le plus connu d'entre eux 3 ; il se retrouve au 19 avril 
clans le calendrier de Carthage, et dans l'hiéronymien 
aux deux jours précédents. 

La lettre du confesseur Lucien à Celerinus, incor- 
porée dans la correspondance de S. Cyprien, énumère les 
martyrs suivants, en indiquant d'un mot le genre de mort 
de chacun d'eux : ... martyrum quorum nomina subicio, 
Bassi in petrario, Ma.ppa.lici in guaestione, Fortunionis in 
carecre, Paulus a guaestione, Fortunata, Victorinus, Victor, 
Heremius, Credula, Ilereda, Donatus, Firmus, \ r enustus, 
Fructus, Iulia, Martialis et Ariston, quiDeo volente in carcere 
famé necati suai '■. Il faut y ajouter un autre martyr Paul, 
celui dont on se réclamait pour traiter les lapsi avec une 
indulgence excessive :; . L'inscription de ces noms au 

irtyrologe de Cartilage ne peut faire aucun doute, 
encore que nous ne les retrouvions plus. 

Xi la persécution de Valérien, ni peut-on dire, aucune 

1 //,■ ioria, I, 3 : basilicam... Celerinae vcl Scillitanorum. 
(:.>! Passii) VII martyrum,']. ] 51 IL. 4906. 

■ /. to, .| : 22, z : 27, i, Harti i.. pp. $2, 534, 541. 
1 | Epi I ;, 2, H MMia., p. 531. 

(5 Cyprien, Epist. 27, 3 : 35, 1, Hartel, pp. 543. 571. Ce qui m .us 
décide à le distinguer du Paulus qui mourut des suites de la question, 
; la phrase de Lucien: secundum Pauli praeceptum et ceterorum 
martyrum quorum nomina subicio. 



LA GAULE. L 'ESPAGNE. L' AFRIQUE. 433 

persécution d'Afrique, ne compta de martyr plus illustre 
que Cyprien, l'évêque de Carthage. L'histoire de sa vie el 

son martyre ont été racontés d'une façon digne de lui '. 
et son triomphe a jeté sur l'église qu'il avait gouvernée un 
éclat incomparable. Carthage lui éleva trois basiliques, 

l'une à l'endroit même où il subit le martyre, là où est 
La mensa Cypriani*-, une autre sur son tombeau, aux 
Mappalia 3 , une troisième non loin du port *. 

L'anniversaire du saint, les KuTiptavà 5 , se célébrait 
avec une solennité et une allégresse, d'où la piété était 
parfois absente, et S. Augustin, dans un des sermons pro- 
noncés à cette occasion, rappelait le temps où les lieux 
sanctifiés par le corps du martyr étaient profanés par les 
danses et les chansons 6 . Cette fête du 14 septembre était 
observée à Rome dès le milieu du IV e siècle 7 , à Constan- 
tinople même, comme en témoigne S. Grégoire de 
Nazianze, tout en faisant une étrange confusion entre 
l'évêque de Carthage et le légendaire Cyprien le mage 8 . 
En Espagne elle l'était au temps de Prudence '•', dont une 

(1) BHL. 2041, 2037. 

un, Sermo ex, 2, P. L. t. XXXVIII, p. 1413; Enarrat. 
m Psalm. LXXX, 4, 23, P. L. t. XXXVII, pp. 1036, 1046. Les sermons 
exiv, cxxxr, cliv. clxix portent l'en-téte : habitus in mensa Cypriani. 
Victor de Vite, Hist. I, 5, 16 : Sed etiam foris muros quascumque 
[ecclesias voluit occupavit et praecipue duas egregias et amplas saneti 
martyris Cypriani. unain ubi sanguimm fudit,aliam ubi eius scpultiim est 
corpus, qui locus Mappalia vocitatur. 

. Augustin, Con/ess.,V, S, 15. Sur les trois basiliques de S. Cyprien, 
voir Monceaux, Ilist. lut., t. II, p. 371-S6. 

(5 Procope, De bello Vandalico, I, 21, Dindorf, p. 397. 
(6) Sermo cccx, 5, P. L. t. XXXVIII. p. 1415. Les sermons 309-313 
ont été prononcés le jour de la fête de S. Cyprien. 
7 Depositio martyr uni. XVIII kal. oct. 

Orat. XXIV, LIK1-.457, 1 : Mixpoû KuTipiavôç biéqpurev f|,uâç- ùj 
xf|ç cniuaç" Kcd ûueîç r|véaxea6e oi ttùvtwv uâMov tov uvbpa 0au- 
udcovTeç kcù Taîç bi' ërouç Tiutûvreç ÉKeîvov Tiuaîç te kcù uavrrfûpeai. 
Peristeph. xi. 237. 

Cuit. M-trt. 2S 



434 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

tics hymnes fameuses est consacrée à la gloire de Cyprien 1 . 
Un détail donnera une idée de la popularité de cette fête. 
Les matelots donnaient le nom de Kimpiavù aux. tempê- 
tes qui rendent en cette saison la navigation périlleuse -. 

L'évéquc d'Hippone Theogenes, qui fit partie du concile 
de 256 ", doit avoir suivi d'assez près l'évêque de Car- 
thage. On l'identifie habituellement, mais sans autre motif 
que l'homonymie, avec le Theugenes marqué en compagnie 
de trente-cinq autres martyrs, à l'hiéronymien, le 26 jan- 
vier *. Quoi qu'il en soit, l'église d'Hippone l'honorait 
comme martyr et S. Augustin officiait dans la memoria 
sancii Thcogenis 5 . 

On sait que le texte du concile de 256 a trouvé en Afri- 
que, à Carthage probablement, un annotateur peu éloigné 
des événements, qui a fait suivre les noms d'un certain 
nombre d'évêques des titres d'honneur qu'ils conquirent 
plus tard : martyr, confessor et martyr ( 6 ). Les martyrs, sans 
compter Cyprien, sont les suivants : Secundinus de Ccdias, 
Cassius de Macomades, Iader de Midilis, Vendus de Rusi- 
cade, auxquels il faut ajouter les trois suivants, dont le 
lieu de la déposition en divers cimetières ou basiliques de 
Carthage est clairement indiqué : Successus d'Abbirger- 
maniciana, positus in Tcrtulli ; Leucius de Thevestc, in 
Fausti positus ; Libosus de Vaga, in novis areis positus ( 7 ). Ce 
dernier est peut-être le même qui figure dans l'hiéroni- 

(1) Peristeph. xm. Ennodius, à son tour, a célébré S. Cyprien dans 
vers, Car m. I, 12. 

(2) Pkocope, De bcllo Vandalico, I, 20, Dindorf, p. 393. 

Hiitcntiac episcoporum, 14, Hartel, p. 443. 
(4 Monceaux, Hist. IHt., p. 147. 
I51 Sermo, cclxxiii, 7, P. L. t. XXXVIII, p. 1251. 

' 1 M cati, D'alcuni sussidi per la criticad&l testo di S. Cipriano, 
Studi e documenta t. XIX, p. 330-49. 

7 Sententiae episcoporum, an. ri, 16, _'..', 30, 31, 45, 70, 87, Hartel, 
p. 442-61 ; Mercati, p. 346. 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIQUE. 435 

mien, au 29 décembre, dans un groupe d'Africains : Libosi 
episcopi ('). 

Le 6 mai — c'est la date du calendrier de Carthage et 
de l'hiéronymien — en l'année 259, furent martyrisés à 
Lambèse, après avoir été emprisonnés à Cirta, les saints 
Marianus et Jacques, dont nous avons des Actes intéres- 
sants*. Un certain nombre d'autres martyrs, clercs et 
laïques, font partie de leur groupe. La Passion les signale, 
mais ne nomme que Aemilianus, Tertulla, Antonia et les 
évêques Agapius et Secundinus. Ce dernier apparaît aussi 
dans la notice de l'hiéronymien. S. Augustin a prononcé 
un sermon le jour de leur fête 3 . Une inscription de la 
période byzantine, gravée sur le rocher près de Cirta 
(Constantine), doit être rappelée ici. 

4- II II nonas septembres passione marturorum 
Hortensium, Mariani et Iacobi, Dati, lapin, 
Rustici, Crispi, Tati -f- Mettuni, Bictoris, Sil- 
bani, Egiptii ; sancti Dei, memoramini in con- 
spectu Domini ; quorum nomina scit is qui fecit. 
Indictione XV '. 

A moins de supposer qu'il y ait eu une troupe de mar- 
tyrs, par exemple, à l'époque des Vandales, dont les chefs 
portassent précisément les mêmes noms que ceux de Lam- 
bèse, cette inscription présente beaucoup de difficultés. 
Que signifie le nom de Horte}ises,quc rien, dans la Passion, 
ne justifie ? Et cette date, qui n'est pas celle des martyro- 

n C'est S. Libosus qui, au concile, prononce ces paroles : In evan- 
gelio dominas, ego sum, inquit, veritas ; non dixit : ego sum consuetudo. 
Hartel, p. 448. 

(2) Voir P. Franchi de' Cavalieri, La Passio SS. Mariani et Iacobi, 
Roma, 1900. 

(31 Scrmo cccxxxiv, P. L. t. XXXVIII, p. 1288-1293. 
4 Monceaux, Enquête, 295. 



436 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

loges ? Et ce monument à ciel ouvert, en un endroit où 
jamais il n'y a eu de basilique \ que peut-il désigner 
sinon le lieu du supplice des saints ? Or le placer ici c'est 
se mettre en contradiction avec la Passion, d'après laquel- 
le les saints furent décapités au bord d'un torrent, près 
de Lambèse et non près de Cirta -.La solution la plus pro- 
bable est que, à Cirta, où l'on devait particulièrement s' in- 
téresser à des martyrs, qui avaient passé par les prisons 
de cette ville, il se forma peu à peu une légende, qui loca- 
lisa dans ses environs ce qui s'était en réalité passé dans 
le voisinage de Lambèse. Sous la domination byzantine, 
une inscription fut gravée à cet endroit pour consacrer le 
souvenir du martyre "°. On ne rend point compte du mot 
Hortcnses. La date pourrait être celle que l'église de Cirta 
avait adoptée pour célébrer les martyrs. 

Les saints Lucius, Montanus et leurs compagnons ont 
été martyrisés les 23-25 mai 259. Leur Passion ' cite un 
certain nombre de noms comme Victoriens et Flavianus, 
que l'on est tenté d'identifier, ainsi que Lucius et Monta- 
nus, avec des homonymes cités ailleurs 5 , et d'autres com- 
me Primolus, Donatianus, Reims, Victor, Quartillosa,Suc- 
cessus et Paulus, dont le rôle est plus effacé dans le récit. 

Tout ce que l'on peut dire avec certitude, c'est que Lu- 
cius et Montanus figurent à l'hiéronymien et au calendrier 
de Carthage, le 23 mai. Le 25, apparaît Flavianus avec une 
fimia. dont il n'est pas question dans la Passion. Une 
inscription de la région de Tebessa, sur une table d'autel, 
memoria sancti Montant', désigne probablement le principal 

r Sui le site, voir F. Wieland, Ein Ausflu* ins altchristlichc Afnka 
(Stuttgart, 1900), p. 161-^2. 
(z\ Franchi, t. c., p. 24-26. 

ci lie de M. Monceaux, t. c, p. 268. 
BHL. 6009. 

(5) Voir a ce sujet Monceaux, Histoire littéraire, t. II, p. 119. 

(6) Monceaux, Enquête, 264. Cf. 270. 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIOUE. 437 

de ces martyrs ; Donatianus, dont les reliques sont men- 
tionnées sur l'inscription de Tixter ' et sur une autre 
d'Aubuzza *, est peut-être un de ses compagnons. 

Faut-il suivie Prudence 3 , et faire du massacre de la 
« Massa candida » un épisode de la persécution de Valé- 
rien ? On peut éprouver quelque hésitation, d'autant plus 
que le poète nous met ici en présence d'une légende qui 
ne semble autre chose que l'explication d'une expression 
topographique. La troupe des martyrs devrait son nom à 
ce l'ait que, placée dans l'alternative de sacrifier aux idoles 
ou de se jeter dans une tranchée remplie de chaux vive, 
elle aurait, sans hésiter, choisi ce genre de mort. Or, on 
a fait remarquer que le calendrier de Carthage — probable- 
ment au 18 août comme l'hiéronymien — emploie la formu- 
le sanciorum Massae Candidae, où Massa Candida n'est pas 
le nom des saints mais un nom de lieu, comme aussi dans 
ce texte de S. Augustin : sola inproximo quae dicitur Massa 
Candida plus habet quant ccntum quinquaginia très martyres 4 . 
Le mot massa est pris ici dans le sens de domaine, qu'il a 
fréquemment dans les textes anciens, notamment dans le 
Liber pontificalis et clans le Registre de S. Grégoire 5 . La 
Massa Candida était une propriété ou un territoire voisin 
d'Utique, où un grand nombre de martyrs avaient été 
ensevelis \ Combien étaient-ils ? Prudence donne le chif- 
fre rond de trois cents : 

(i) Monceaux, Enquête, 317. 

(2) Monceaux, Enquête, 250. 

(3) PerisUph. XIII, 76-87. 

(4) Enarr. in Psalm. XL1X, 9, P.L. t. XXXVI, p. 571. Dans d'autres 
endroits, S. Augustin se conforme à l'usage qui applique l'expression 
aux saints eux-mêmes. 

51 Duchesne, Le Liber pontificalis, 1. 1, p. cxlix ; L. M. Hartmann, 
Gregorii 1 papae Registrum, t. II, p. 563. 

(6) Sur tout ceci, Pio Franchi de' Cavahbri,Ni«w« note agiografiche 
iRoma, 1902), p. 39-51- 



438 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

l'rosihiere alacres cursu rapido simid treccnti '. 

Le chiffre cité plus haut, dans le texte de S. Augustin, 
n'a pas la portée qu'on serait tente de lui attribuer ; il est 
amené par le commentaire de L'évangile, où il est question 
des cent-cinquante-trois poissons pris dans un coup de 
filet -'. S. Augustin reste donc dans le vague, mais il nous 
dit assez que le nombre des martyrs de Massa Candida fut 
très considérable. 

11 y eut à Utique une basilica Massae Candidac où S. Au- 
gustin prêcha : '. Nous avons de lui un sermon m natali 
martyrum Massae Candidac * et dans plusieurs endroits de 
ses discours il parle incidemment de ces martyrs s sans 
manifester nulle part, il est bon de le remarquer, qu'il ait 
connaissance de la légende popularisée par Prudence.Une 
inscription de Calama (Guelma) les désigne clairement : 

-j- Sub hoc sacro sancto belamine altarii sunt 
memoriae sanctorum Massae Candidae, sancti 
Hesidori, sanctorum trium puerorum, sancti 
Martini, sancti Romani n . 

Parmi les nombreux martyrs qu'aucun indice ne permet 
de rattacher aux persécutions du début ou du milieu du 
III e siècle, il s'en faut que la majorité appartienne sans 
conteste à la persécution de Dioclétien. Certes, il en est 
un bon nombre, mais les historiens mettent volontiers au 
compte de ce persécuteur tous les martyrs d'époque indé- 
terminée. Comme nous n'écrivons pas une histoire des 

(i i Peristeph., xm, 85. 
■1 Mon< 1 m x, Hist. lilt., t. II, p. 144. 
Enarr. in Psalm. CXLIV, i, 17. P. L. t. XXXVII, pp. 1869, 1880. 
Sermo ccevi, P. L. t. XXXVIII, p. 1400-1405. 
/ narr. \n Psalm. XLIX,9, P. L. t. XXXVI, p. 671 ; In Psalm. 
1,1V, 17, P. !.. t. XXXVII, p. 1880; Sermo cccxi, io, P. L. 
t. XXXVIII. p. 1417. 

6) Monceaux, Enquête, 261. 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIQUE. 43g 

persécutions, il nous sera permis de grouper ici, par pro- 
vinces ', les martyrs que les textes permettent de classer 
parmi les victimes des édits de Dioclétien, en ajoutant 
ceux que l'on peut identifier avec une certitude suffisante 
et assigner à un territoire, sans toutefois les dater. Nous 
dirons quelques mots, pour terminer, de ceux dont le mar- 
tyre ne peut guère être contesté, mais qu'il est impossible 
de situer dans le temps et dans l'espace. 

En Proconsulaire, nous avons à citer d'abord Félix, 
èvêque de Thibiuca, martyrisé en 303. Malgré les rema- 
niements que l'on a fait subir à sa Passion, dans le but 
de transformer S. Félix en un saint italien '-', on reconnaît 
qu'il a probablement souffert la mort à Carthage et que 
son tombeau s'y trouvait in via quae dicitur Scillitanorum ". 

Ensuite Saturninus,Dativus et leurs compagnons,arrètés 
à Abitina et envoyés à Carthage en 304. Voici la liste des 
noms des martyrs d'après la Passion * : Saturninus, Satur- 
nin us iunior, Félix, Maria, Hilarion, Dativus qui et Sena- 
tor, Félix, alius Félix, Emeritus, Ampelius, Rogatianus, 
Quintus,Maximianus, Thecla, Rogatianus, Rogatusjanua- 

(i) La répartition des villes par provinces devrait changer d'après 
les époques. Nous n'entrerons pas dans ces détails. 
(2) BHL. 2S94, 2895. 

3 Voir Analcct. Bolland., t. XVI, p. 27-28. D. Quentin, Les marty- 
rologes historiques, p. 530-32, hésite à identifier avec Thibiuca le siège 
épiscopal de Félix Tubzaccnsis. comme les manuscrits l'appellent le plus 
communément. Sauf Bède, qui pourrait avoir puisé à une source diffé- 
rente de la Passion, et Surius dont le texte n'est pas sûr, les rédactions 
connues de la Passion ne favoriseraient pas l'identification propostV. 
Je serais enclin à croire, au contraire, que la Passion primitive portait 
bien Thibiuca. Dans une version, que nous pourrons publier un jour, 
celle du manuscrit du British Muséum, addit. 11880, IX<-' siècle, f. 126, 
nous lisons : in civitatc Tibiucensi. Bède a pu trouver la bonne forme 
dans son manuscrit, et Surius. dans le sien, celle qui s'en rapproche le 
plus : Tibtura. 

4 BHL. 7492, 



4^0 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

rius, Cassianus, Victorianus, Vincentius, Caecilianus, 
Restituta, Prima, Eva, Rogatianus, Givalius, Rogatus, 
Pomponia, Secunda, Ianuaria, Saturnina, Martinus, 
Dantus, Félix, Margarita, Maior, Honorata, Regiola, 
Victorinus, Pelusius, Faustus, Dacianus, Matrona, Caeci- 
lia, Victoria, Hercctina, Secunda, Matrona, Ianuaria. La 
relation du martyre, qui devint une arme entre les mains 
des Donatistes, ne nous est point parvenue dans son 
intégrité ', et c'est ainsi que nous ne sommes pas fixés sur 
le sort final de la plupart de ceux qui y sont nommés. 
Plusieurs de ces noms ne se rencontrent certainement 
dans aucun martyrologe ; d'autres sont trop communs 
pour qu'on puisse se flatter de les reconnaître 2 . Sur un 
petit nombre, on ne se trompera guère. Ainsi Eva et Regio- 
la, au 30 août avec Félix, dans le calendrier de Carthage 
sont probablement deux martyres d'Abitina " ; l'Ampelius 
du 12 septembre, le Rogatus du 24 juin pourraient faire 
partie du même groupe. Et qui sait que Prima n'est pas 
la martyre indigène titulaire de la basilique élevée à 
Carthage par Justinien 4 ? En parcourant la collection des 
documents épigraphiques africains, on recontre une quin- 
zaine de noms de martyrs d'Abitina : Datianus (n. 317) ; 
Emeritus (267,272); plusieurs Félix (242, 250, 254,262, 

il Voir sur cette pièce, Monceaux, Histoire littéraire, t. III, p. 140- 
147. 

z Le nom de Saturninus, notamment, revient si souvent en Afrique 
— et ailleurs <<n s'en souvient — que la plus grande réserve s'impose. 
S. Fulgcnce s< retira près de la basilique d'un S. Saturninus à quel- 
que distam • de Cagliari : iuxtabasilicam sancti martyris Suturmnipro- 
cula strepitu 1 l'A IL. j2u8, n. 5t. Serait-ce un Saturninus afri- 

111 ? 

I31 I outei Félix — il y en a quatre dans h ;roupe - parce 

que, tout, on commémore un Félix romain. 

I 1;, De aedif.Vl, 5: tiûv tivi émxujpiujv àft'ujv TTpiur|. 

DlNDORF, p. 33g. 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIQUE. 44I 

269, 2S3, 294, 304, 311, 316) ; Ianuarius (239); Maria (315) ; 
Martinus (261) : Matrona ^289, 290) ; trois Rogatus (250) ; 
le prêtre Saturninus (23S); Victoria (304, 317) ; Victorinus 
(317) ; Vincentius (193, 262, 304, 337). Comme on l'a fait 
justement remarquer, pour ceux de ces noms qui étaient 
d'un usage fréquent, l'identification reste douteuse ; pour 
les noms rares, la coïncidence est un sérieux indice '. 

Le martyre des saintes Maxima, Secunda et Donatilla, 
à Thuburbo, doit se placer entre 303 et 305 ; les Actes 2 
ne permettent pas de préciser davantage l'année s . Le jour 
anniversaire est fixé au 30 juillet par l'hiéronymien, d'ac- 
cord avec le calendrier de Carthage. Deux inscriptions 
font mention de leurs reliques *. 

Ajoutons ici Catulinus, dont nous n'avons pas d'Actes, 
mais qu'une notice exceptionnellement claire de l'hiéro- 
nymien au 15 juillet — c'est aussi la date du calendrier — 
permet de localiser à Carthage : In Africa civitatc Carthagine 
natale sanctorum Catolini diaconi et reliquorum martyrum qui 
requiescunt in basilica sanctae Faustae. S. Augustin prêcha 
le jour de sa léte 5 . La basilique de Sainte-Fauste est 

(1) Monceaux, Enquête, p. 164. Nous lui avons aussi emprunté le 
relevé des inscriptions qui précède. Ajoutons encore l'inscription : 
sancti Rogatiani martyres trouvée à la Mechta Aïn-Zer'aba, en Siti- 
fienne. Gauthier, Notes archéologiques concernant la région de Toc que- 
ville. Recueil des notices et mémoires de la société archéolo- 
gique DE CONSTANTISE, t. XLII (igoSl, p. II5. 

(2) BHL. 5809. 

(3) Monceaux. Histoire littéraire, t. III, p. 149, s'appuie, pour le fixer 
à l'année 304, sur un passage interpolé des Acta Crispinae. 

(4) Monceaux, Enquête, _-^5, 337. Le martyrologe hiéronymien, au 
9 lévrier, annonce : ad membras Ammonis Aetniliani Lasse etc M. Mon- 
ceaux dans son Histoire littéraire, t. III, p. 536 y voit la commémorai- 
son d'un Acmilianus, martyr à Membrcssa, dans la Proconsulaire. Je 
ne suis pas certain que Membras représente Membrcssa, ni que Acmi- 
lianus doive être rapproché de ce nom. 

(5) Possidii indiculus, c. ix. L'hiéronymien annonce également, le 
23 avril : in Africa Cutulini. 



442 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

une invention du rédaction de la notice. Il faut lire in 
basilica Fattsii. Cette église, très-vaste, est souvent citée 
clans les fastes de l'église de Carthage ; elle était parti- 
culièrement renommée par le nombre des corps saints 
qui y reposaient : muliis martyrum corporibus insigniia ('). 
Deux villes de la Proconsulaire, Thugga et Thabraca, 
ont gardé de remarquables vestiges d'une dévotion très 
ardente aux martyrs ( 2 ). Il est malheureusement impos- 
sible de savoir si leurs hommages s'adressaient à des 
concitoyens ou à des martyrs d'adoption. 

Les fouilles d'Uppenna,en Byzacène,ont livré, en double 
exemplaire, une inscription en mosaïque, dont voici le texte: 

Haec sunt nomina martirum Petrus Paulus 
Saturninus presbyter. 

Idem Saturninus, Bindemius, Saturninus, Do- 
natus, Saturninus, Gududa, Paula, Clara, Lucilla, 
Fortun, Iader, Cecilius, Emilius. Passi die nonas 
augustas, depositi vi idus novembres. Gloria in 
escelsis Deo et in tera pacs ominibus 3 . 

Le texte qu'on retrouva d'abord n'était que la repro- 
duction d'une mosaïque plus ancienne, du IV 1 siècle, à ce 
qu'on pense, dont une partie fut découverte ensuite, et 
qui permit de corriger la date de la Passion en I III nonas 

i Epistula africanorum episcoporum ad ïoannem p. f Mansi, Con- 
. t. VIII, p. 808. 
' ' inceaux, L'inscription des martyrs de Dougga, Bulletin 

ARCI DU COMITE DES TRAVAUX HISTORIQUES, 1908, p. 87- 

104 ; cf. Analcct. Bolland., t. XXVIII, p. 315-17 ; L. Poinssot, Nou- 
velles inscriptions tic Dougga, Nouvelles archives des missions 
SCIENTIFIQUES, t. XYIII > 1910 . p. 83-174 ; P. GAUCKLER, Mosaïques 
tombales d'une chapelle de martyrs à Thabraca, Monuments et MÉMOI- 
1 , t. XIII (1907), p. 175-2:37. 
Monceaux, Enquête, 238, 334. 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIQUE. 443 

:ustas. L'interprétation n'est pas aisée. Il paraît bien 
qu'il faille distinguer deux parties dans la liste des 
reliques ; la première comprend les noms des apôtres 
Pierre et Paul et s'arrête à Saturninus presbyter, 
lequel pourrait être le prêtre martyr d'Abitina. Les 
autres appartiennent à un seul groupe, martyrisé le 2 
août. Où et dans quelles conditions ? C'est ce que l'in- 
scription ne dit pas, et les martyrologes nous laissent 
complètement dépourvus. Les corps reposaient-ils clans la 
basilique d'Uppenna ou bien n'y avait-il là que des parcel- 
les ou des « souvenirs » ? En faveur de la première hypo- 
thèse on pourrait dire que, rarement, les séries de reliques 
ont une même provenance. On s'ingénie à varier, et à 
emprunter des reliques aux églises les plus diverses. Se rap- 
peler Victrice, Gaudence de Brescia, Marcel rAcémète,les 
inscriptions d'Espagne, et, en Afrique, celles de Calama, où 
les martyrs de Massa Candida côtoient S. Isidore, S. Mar- 
tin^. Romain, les Trois enfants ', d'autres qui réunissent 
S. Etienne, S. Laurent, S. Julien, S. Nabor 8 , ou S. Etien- 
ne, S. Speratus et des compagnons de S te Perpétue 3 , ou 
encore S. Laurent.S. Hippolyte, S te Euphémie, S. Menas*. 
Il est bien vrai que ce ne pouvait être là une règle inflexi- 
ble, et que les collections de reliques se formaient au 
hasard des circonstances. Il y a même plus d'apparence à 
ce que l'inscription d'Uppenna soit une simple liste de 
reliques. Le début n'indique certainement pas des corps 
entiers ; elle ne serait donc pas homogène si, sous une 
même rubrique, elle énumérait des objets sacrés d'une 
valeur si disparate. Ensuite, le fait que le jour de la dépo- 
li' Monceaux, Enquête, 261. 
_• Ibid., 306. 
Ibid., 22S. 
14 Ibid., 297. 



444 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

sition suit de trois mois celui de la Passion autorise à pen- 
ser qu'il ne s'agit nullement de la sépulture des martyrs. 

On a relevé sur une mosaïque d'une des basiliques de 
Thelepte une inscription en l'honneur des saints Ianuari et 
comitum '. Le nom est trop commun pour qu'il puisse 
être question d'identifier ce Ianuarius avec un homonyme 
déterminé, notamment avec le domnus Iannarius qu'une 
curieuse inscription de Masclianae a fait connaître s . 

En Maurétanie, nous avons à enregistrer, à Tingi, 
d'abord, S. Marcellus et S. Cassien martyrisés, le premier, 
le 30 octobre, le second, le 3 décembre suivant 3 , probable- 
ment en 298 *. S. Cassien était célèbre au temps de Pru- 
dence : ingerct Tingis sua Cassianum s . 

Tigava est la ville de Maurétanie où le vétéran 
Typasius souffrit la mort, à la date du 11 janvier, 
sous Dioclétien. Ses Actes qui ne sont pas de première 
main, mais contiennent quelques bons matériaux 8 , nous 
apprennent ce détail intéressant, que sur la tombe du 

(1) Monceaux, Enquête, 239. Cf. S. Gsell, Édifices chrétiens de The- 
lepte, clans Aïti del 11 congresso di archeologia cristiana (Rome, 
1902 1, p. 195-224. 

<) En voici le texte, tel que l'a publié M. Monceaux dans le Bulletin 
de la Société des antiquaires de France, 1908, p. 350 : Domnus Iaïn]narius 
l >tdev[i]nculutus exivit et gratias cgit, Simplici, liga[tus\ ; (b)ono tuo 
se[rmone] liga[tus]. Il s'agirait d'une inscription commémorative pla- 
cée à l'endroit où a été arrêté le martyr Jannarius. L'éditeur pro- 
pose cette interprétation « sous réserves. » Nous partageons ses hési- 
tations. Ajoutons encore, d'après la lecture de M. Monceaux, une in- 
scription trouvée à Henchir Rouis iNumidie) : Laboravit ca\lendas\ 
iulia[s] D[e]i [m]a[r)tur lunua\rius\ etc. Recueil DES notices et 

MÉMOIRl - DE I \ SOI H if Al:< HÉOLOQIQUE DE CONSTANTINE t. XLII 
(1909), p. 337. 

13, BHL. 5_'53, 1636. 
t Monceaux, Histoire littéraire, t. III, p. 119. 
(5) VcristcphAY,^. 
BHL. 8354. 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIQUE. 445 

martyr, on plaça son bouclier.dont les fidèles coupaient de 
petits morceaux,qui servaient à guérir les malades et à déli- 
vrer les possédés. On a cru reconnaître le nom de notre 
saint sur une inscription d'Oppidum Novum (Duperré), 
non loin de Tigava : Fioras, Vitalionis, Tipasi, Marciae et 
Ceseliac '. 

Césarée de Mauritanie compte aussi un certain nombre 
de martyrs, dont nous avons des Actes, qui ne sont point 
des textes de premier choix, mais qu'on aurait tort toute- 
fois de négliger absolument. Ceux de Fabius, le porte- 
drapeau, nous apprennent qu'il fut martyrisé le 31 juillet, 
on ne sait quelle année de la persécution de Dioclétien, 
et que Césarée et Cartenna se disputaient ses reliques i . 
Des Actes de Victor nous tirons la date du jour, 26 août, 
non l'année 3 . Un Victor, tout à fait isolé, se rencontre 
dans l'hiéronymien précisément au 26 août. Serait-ce le 
martyr de Césarée ? Les manuscrits des Actes de S te Mar- 
ciana * ne s'accordent pas sur la date du martyre. Les 
uns indiquent V id. ianuar., les autres V id. iul. L'hiérony- 
mien du 11 juillet donne raison à ces derniers : in Mauri- 
tanie! civitate Caesarea Marciani. S. Arcadius, d'après sa 
Passion, aurait été exécuté le 12 janvier 5 . Ici le martyro- 
loge ne nous vient pas en aide. Mais un sermon de Zenon 
de Vérone s en l'honneur de S. Arcadius ne laisse aucun 
doute sur le fait du culte 7 . Au 23 janvier, le martyrologe 

r 1 Monceaux, Enquête, 325. 
|->)BHL. 2818. 

(3) BHL. S565-8567. Cf. J. de Guibert, dans Analect. Bolland. 
t. XXIV, p. 257-64. 

(4) BHL. 5256, 5 -'59- 

(5) BHL. 659. 

(6) BHL. 658. 

; Une inscription sur un linteau, à Novar, en Sitificnne : Arcadi 
utere in Christo, pourrait bien, d'après M. Monceaux, Enquête, 309, se 
rapporter à notre saint. Cela nous paraît douteux. 



446 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

hiéronymien annonce in Mauritanie civitaie Neocessarea 
passio sancti Severiani et Aquilae uxoris eins'. C'est un 
emprunt à des Actes perdus. Une inscription de Césarée, 
célèbre en archéologie i , contient la mention suivante : 
ecclesia fratrum hune restituit titulum M(arci) A(ntonii) 
I(uli) Severiani c.v. On a proposé d'identifier ce Severianus 
avec le martyr du 23 janvier n . De Rossi a rejeté cette 
identification ' et il est difficile de ne pas lui donner raison. 
Une dédicace, trouvée à Sitifi, nous révèle les noms de 
deux martyrs, dont les corps, ou à tout le moins des reli- 
ques, reposaient dans un sanctuaire de cette ville : 

Martiribus sanctis promissa Colonicus insons 
Solvit vota sua laetus cum coniuge cara. 
Hic situs est Iustus, hic atque Decurius una, 
Qui bene confessi vicerunt arma maligna, 
Praemia victores Cristi meruere coronam ■. 

A Castellum Lemeleffense, clans la Maurétanie Sitifien- 

ne, deux diacres, Primus et Donatus furent tués par les 
Donatistes 6 . Il est possible qu'ils aient été placés par les 
catholiques au rang des martyrs. Toutefois, nous n'en 
avons aucune preuve. 

Une pierre trouvée à Aïn-Melloul(au sud-ouest de Sitifis) 
porte les lignes suivantes : me(n)sa martyrum.Donatus, Félix, 

(1) Les martyrologes historiques ajoutent ignibus combustorum, pro- 
ven doute d'un exemplaire de l'hiéronymien plus complet que 

nôtres. 
z) Bucheler, Carmina, 115 ; Monceaux, Enquête, 225. Cf. De 

tttino, iS8r, p. 120. 
3 (i-ell, Les monuments antiques de l'Algérie, t. II (Paris, 1901), 

P-399- 

i Voir CIL. VIII, p. 978. 

(5) Buchbler, Carmina 317 ; Moncbaux, Enquête, 200. 
6) Optati lib. II, 18, Ziwsa, p. 5_-. 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIQUE. 447 

A vici, Baric, qui passi sunt Gitruzis. Ces mêmes noms, 
saufle troisième, figurent sur une autre inscription '. Ici 
nous apprenons, et c'est là une indication précieuse, la 
localité où ils ont souffert. Malheureusement, Gurusis 
est absolument inconnu. Il n'est pas probable que ce soit 
l'endroit de la trouvaille. Sur les lieux mêmes l'inscription 
eût été autrement libellée. Il n'y a donc aucune raison 
de penser que Gurusis soit situé dans la Sitifienne plutôt 
qu'ailleurs. La table, trouvée à Bordj Rdir, avec inscrip- 
tion : Me(n)sa Casti et Flori martures -, nous laisse dans les 
mêmes incertitudes. Il peut y avoir quelque intérêt à noter 
que les deux noms, plus exactement Castus et Florianus, 
figurent, avec beaucoup d'autres, à l'hiéronymien, le 3 
mars. 

Nous ne pouvons omettre une inscription très intéres- 
sante trouvée dans la localité actuelle de Renault. Elle se 
rapporte à des saints totalement inconnus, mais qui sont 
certainement du pays. 

Memoria beatissimorum martyrum id est Ro- 
gati, Maienti, Nassei, Maximae quem Primosus 
Cambus genitores dedicaverunt. Passi XII kal. 
nov. CCXC provinciae 3 . 

Une autre main a ajouté après coup, en tête de l'inscrip- 
tion : memoria Bennagi et Se.xti kal. aug.(?) Rien de plus clair 
que la partie principale de ce texte. Voici quatre martvrs 
qui ont succombé en 32g, et auxquels leurs pères ont 
élevé un monument. La date nous oblige à faire à leur 
sujet une des suppositions suivantes. Ces chrétiens ont 
succombé dans une émeute païenne, ou dans un combat 

(1) Monceaux, Enquête, 311, 254. 
_ Monceaux, Enquête, 318. 
3 Mo.nxeacx, Etiquete, 32S. 



448 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

entre catholiques et Donatistes, et rien ne permettrait 
de distinguer, dans ce cas. à quel camp ils apparte- 
naient '. 

A Tipasa, également en Mauritanie, S te Salsa fut vic- 
time d'un mouvement populaire, qu'elle avait provoqué. 
L'année de son martyre est incertaine, mais on le place, 
avec beaucoup de probabilité, vers la fin du règne de Con- 
stantin. La date de la fête est difficile à déterminer. L'hié- 
ronymien indique le 20 mai et le 10 octobre ; les deux 
manuscrits de la Passion donnent respectivement le 26 
août et le 2 mai, et cette dernière date est aussi celle de 
deux calendriers mozarabes, tandis que d'autres la met- 
tent au 29 avril. On a découvert, en se guidant d'après les 
données topographiques de la Passion -, la basilique de 
Sainte-Salsa à Tipasa 3 ; deux inscriptions, trouvées dans 
cette basilique, mentionnent le nom de la martyre *. 

Les Actes de S. Maximilien :i nous transportent en 
Numidie, à Theveste, où le martyre a lieu le 12 mais 295. 
Une dame, du nom de Pompciana, obtient le corps et le 
transporte à Carthage, pour le déposer à côté de S. Cy- 
prien. Crispina aussi est une gloire de Theveste. D'après 
ses Actes, elle fut martyrisée en 304, le 5 décembre \ Ce 
jour-là, le calendrier de Carthage annonce : sanctorum tnar- 
tyrum Bili, Felicis, Potamiae, Crispinae et comitum, et, de ces 
compagnons, il n'est fait nulle mention dans les Actes. 

L'idée de les identifier avec des martyrs de l'hiéronymien, au 
1 11 tobre, paraît bien hasardée, et nous ne nous v arrêterons pas. 
(2) BHL. 7467. 

Voir Gsell, Les monuments antiques de l'Algérie t. II, p. 323-33 ; 
O. Grandidier, Deux monuments funéraires à Tipasa, Atti del II 

CONGRESSO DI ARCHEOLOGIA CRJ NANA (Roma, 100 M, p. 51-77. 

I Monceaux, Enquête, 223, (Bucheler, 318), 323. 
BHL. 58x3. 

(6) BHL. 1989. 



LA GAULE. L'ESPAGNE, l' AFRIQUE. 449 

L'hiéronymien confirme cette énumération : civitate Togora 
natale Iuli, Ftlicis, Potatniae, Crispini et aliorum VIL Comme 
Thagora n'est pas le lieu du supplice mais le lieu d'origine, 

il faudrait dire que la notice dépend d'une Passion, et d'une 

Passion où les compagnons de Crispina sont mentionnés. 

On a soutenu que la grande basilique découverte à Tébes- 

1 abritait la sépulture de sainte Crispina - ; mais les 

juments que l'on a fait valoir n'emportent pas la con- 
viction. Rien d'ailleurs n'est plus certain que la popularité 
du culte de S lc Crispina. Nous avons deux sermons de S. 
Augustin prononcés le jour de sa fête 3 , et il est peu de 
martyrs dont il entretienne plus souvent son public en 
d'autres occasions l . Une inscription portant (memeria) 
sanctae Crispinae martiris a été trouvée près de Tebessa 3 . 

C'est encore aux environs de Tebessa,à Henchir Djenen 
Khrouf, qu'on a découvert cette inscription qui révèle 
l'existence d'une troupe de martyrs inconnus jusqu'ici : 
III idus iunias natale sancti Varagi et coniitum eius c . Et 
dans une autre direction, à Ain Ghorab, cette dédicace à 
une martyre non moins ignorée : Ad liane domum Dei tri- 
bunal basihcae dominae Castae sanctae oc venerandae martiri 
Sabinianus un a cum coniuge et filis votum perfecit '. Encore, 

(1) Gsell, Les monuments antiques de l'Algérie, t. II, p. 265-91. 

(j) Xuovo bullcitino di archcologia cristiana, t. V (1899), p. 50-63. 

(3) Enarr. m Psalm. cxx, cxxxvn, P. L. t. XXXVII, pp. 1605-18, 
1774-84. 

Sertit, cclxxxvi, 2 ; cccliv, 5, P. L. t. XXXVIII, pp. 1298, 1565 ; 
De sancta virginitate, 44, Zvciia, p. 290. Sermo de die S. Eulaliae, dans 
Revue Bénédictine, t. VIII, p. 419. 

(51 Monceaux, Enquête, 337. 

(6) Monceaux, Inscriptions chrétiennes du cercle de Tebessa, Recueil 

DES NOTICES ET MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DE CoN- 
STANTINE, t. XLII, (1908), p. 233, II. 4S. 

(7) Ibid.,p. 195, n. 1. 

Cuit. Mai t. 2q 



450 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

à Kemcllcl, une inscription votive, assurément curieuse, 
qui se présente malheureusement comme une énigme : 
Mcmoria armigerorum votum complevit Deo grattas '. Une 
pierre brisée, provenant de la basilique d'Aïn Zoui, a 
gardé les noms suivants, probablement des noms de mar- 
tyrs : Silvani, Priini, Donati, Tunnini, Felicis, Lucatis et 
la/unis -. 

Sur Hippone et les environs nous sommes bien rensei- 
gnés par S. Augustin. Il y avait dans sa ville épiscopale 
une basilique des XX martyrs ; il y prononça plusieurs 
discours, dont deux au moins, le jour de l'anniversaire s ; 
ailleurs dans ses écrits il parle d'eux *. Il est hors de doute 
que S. Augustin avait des Actes de ces saints. Malheu- 
reusement il se contente de quelques allusions et ne cite 
que trois noms de martyrs, l'évêque Fidentius et les sain- 
tes Valeriana et Victoria. 

Au 15 novembre, l'hiéronymien cite, sous la rubrique 
in Africa Yppone Regio, quelques noms, parmi lesquels on 
reconnaît Fidentius (Fidentianus) et Valeriana. Un Satur- 
ninus et un Calendion sont nommés le même jour. Le nom 
de Calendion reparaît le 17, le 20, le 21 novembre. Fst-ce le 
même? Fst-ce un saint d'Hippone ? Fst-ce encore celui 
d'une inscription d'Aquae Caesaris près de Tebessa : 
nomen martyris Calendionis 5 ? 

Il v avait à Hippone une autre basilique, celle des VIII 
martyrs. Elle lut bâtie par le prêtre Leporius sur l'ordre 

(ij Ibid., p. 209, n. 15. 

(3) Monceaux, Enquête, 269. 

Serm. cxlvih, cccxxxv, cccxxxvi, P.L.t. XXXVIII, pp. 799- 

1 1 17-5°- 

(4) De civil. Dci, XXII, 8, 9 ; Sermo de die S. Eulaliae, Revue 

1: m'.i.k tins, t. c, p. 419. 
, Monceaux, Enquête, 255. 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIQUE. 45I 

d'Augustin 1 , qui mentionne plusieurs fois les Ocio-.On 
est tenté de les reconnaître dans cette annonce du calen- 
drier de Carthage, au i novembre : sancti Octavi, qui est 
devenu Octaviae dans L'hiéronymien. Mais c'est une sim- 
ple conjecture. La basilica Leontiana portait le nom de son 
fondateur, un des prédécesseurs de S. Augustin, qui y 
célébrait son anniversaire 3 . Rien n'indique que Leontius 
soit un martyr. 

Non loin d'Hippone, à Tuniza, on vénérait un martvr 
du nom de Félix, d'après l'hiéronymien du 6 novembre : 
in Toniza Africae Felicis. Dans les martyrologes du IX e siè- 
cle on trouve rapproché de cet énoncé un passage d'un 
sermon de S. Augustin : Félix martyr, ver e f dix nomine et 
corona, cuius hodie dies est, et il raconte en peu de mots 
que le martyr a été trouvé mort en prison *. L'identifica- 
tion n'est pas sans vraisemblance ; Félix était du pavs. 
Il est possible d'ailleurs que le premier compilateur qui se 
soit avisé de commenter par S. Augustin le martyrologe 
du 6 novembre, ait trouvé, en tête du sermon, quelque indi- 
cation, qui nous manque actuellement, sur la date de la 
fête 5 . 

Nous grouperons ici quelques saints d'Afrique, moins 
connus, auxquels S. Augustin s'est intéressé. Le Qua- 
dratus dont il a célébré l'anniversaire 6 , est celui du 
calendrier de Carthage, au 21 août. Le sermon qui 

(1) Sermo ccclvi, 10, P. L. t. XXXIX, p. 1578. 
(a) Aussi dans le sermon déjà cité sur S l e Eulalie. 

(3) Sermo cclxii, /'. L. t. XXXVIII, p. 1207-1209; Epist. XXXIII, p. 
114-jo. M. Monceaux, Hist. litt., t. III, p. 152, distingue la depositio 
d'avec le dies natalis de Leontius. C'est le même anniversaire. 

(4) Ettatr. ni Psalm. cxxvn, 6, P. L. t. XXXVII, p. 1680. 
(S)Act. SS., nov. t. III, p. 131. 

(6) Sermo in natali Quadrati martyris, P. L. t. XLVI, p. 881. Un 
manuscrit du Munt-Cassin ajoute la date : XII kalcndas septembres, 
dans Bibliothcca Casinensis, t. I, p. 22T. 



452 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

débute Christianorum fides ' a été prêche in basilica sancti 
mariyns Quadrati, et cette basilique ne se trouvait pas 
dans la ville épiscopale de S. Augustin, mais à Hippo 
Diarrhytus (Bizerte), dans la Proconsulaire -. Le martyr 
Agileus 3 est celui du 25 janvier ; l'hiéronymien le rattache 
à Carthage, avec raison, car il y avait à Carthage une 
basilica sancii martyris Agilei *, et l'évêque de cette 
ville, Dominicus, transmet de ses reliques à S. Gré- 
goire : beati Agilegi martyris benedictio7iem 5 . A deux 
reprises, Possidiqs cite un sermon per natalem sancti 
Salvii*'. Deux inscriptions trouvées à Aïn Regada ont 
livré le nom de Salvius, avec les noms de deux autres 
martyrs inconnus, Nivalis et Matrona '' ; un Salvius 
est marqué au calendrier et à l'hiéronymien, le 11 jan- 
vier 8 . Le Nemesianus puer, qu'Augustin cite, en passant, 
parmi des martyrs très connus '•', n'est peut-être pas diffé- 
rent du Nemessianus mentionné, entre le 17 et le 25 dé- 
cembre, dans le calendrier de Carthage, ou de celui de 
l'inscription des Tixter '". 

Sans en tirer argument pour rattacher ces groupes à la 



ii) P. L. t. XLVI, p. 921-32. 

(_m Dans le manuscrit déjà cité du Mont-Cassin ie sermon est intitulé 
Sermo habitas ubi supra (c'est-à-dire Ypponi Zarito) in basilica sancti 
mariyns Quadrati. 
131 Possidii indiculus, ix, P. L. t. XLVI, p. 19. 

Synodus Carthag. sub Bonifacio ep. 525', Mansi, Concilia, t. VIII, 
p. 636. La sancti Agilei basilica est également citée clans la Vie de 
S. Fulgence, BHL. 3208, n. 56. 
(5) Gregorii I Registr., XII, r, Hartmann, p. 348. 

Indiculus ni, x, t. c, pp. 8, 20. 
7 Monceaux, Enquête, -.-89, 290. 

(8) L'héroïsme de Firmus, évêque de Thagaste, dont S.Augustin 
mte l'histoire (De m, ,23) ne lui coûta pas la vie, et Tonne 

saurait démontrer qu'on lui ait jamais rendu aucun culte. 
Scrmo cclxxxyi, 2, /'. L. t. XXVIII, \>. 1298. 
(10) Monceaux, Enquête, 317. 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIQUE. 453 

Numidie, nous ferons remarquer que S. Augustin pro- 
nonça des sermons in naiali MassilUanorum ', [cr natalem 
Carthaeriensium -'. die natali mariyrum Bolitanorum \ On 

reconnaît les martyrs du calendrier de Carthage et de 
l'hiéronymien au 11 juillet, au 2 février, au 17 octobre. Il 
sera peut-être permis de rapprocher du groupe des Volitani 
les martyrs Primus et Quintasus, que l'on a trouvés réunis 
sur une inscription * ; on les rencontre également dans 
l'hiéronymien, le 17 octobre, où ils semblent faire partie 
de l'énumération des Belitani 5 . Il faut ajouter, cependant, 
que Quintasus figure seul au calendrier de Carthage, le 
10 octobre. On se réclame également d'Augustin pour 
parler d'un groupe de Sufetain martyres Ml y a en effet une 
curieuse lettre de lui, adressée ductoribns ac principibus vel 
senioribtes Coloniae Sufetanae, pour se plaindre du massacre 
de soixante chrétiens, à l'occasion de la profanation d'un 
sanctuaire d'Hercule. « On vous rendra votre Hercule, 
dit le saint ; rendez-nous les âmes que vous nous avez 
enlevées 7 . » Mais, dans tout cela, il n'y a rien qui montre 
que S. Augustin ait considéré comme des martyrs ceux 
qui avaient, peut-être d'une façon inconsidérée, provoqué 
des représailles, et aucun martyrologe ne fait allusion à 
des martyrs de Sufète. En revanche, on peut invoquer le 
témoignage de S. Augustin pour démontrer la légitimité 
du culte de S. Nabor, donatiste converti, victime de la 

(1) Sermo cclxxxiii, P. L. t. XXXVIII, p. 1286-88. 

(2) Possidiiindiculns, ix, P. L. t. XLVI, p. 19. 
Sermo clvi, P. L. t. XXXVIII, p. 849. 

(4) Monceaux. Enquête, ^65. 

(5)11 ne sera pas inutile de faire remarquer que ia rubrique in Mau- 
ritania n'appartient pas à cette liste, et qu'elle n'est probablement 
qu'une déformation de in Abretannia. Voir Analcct. Bolland. t. XXX, 

p. 44-. 

(6) Cf. Acta SS. aug. t. VI, p. 553. 
{7)Epist. l. Goldbachpr, t. II, p. 143. 



454 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

vengeance de ses anciens coréligionaires. Le saint docteur 
lui-même composa l'épitaphe acrostiche, où il affirme sa 
qualité de martyr '. Signalons encore, pour la Numidie,les 
martyrs Félix et Gennadius, dont la basilique était située 
dans la campagne d'Uzaluirr, et les martyrs de Milev que 
signale, sans les nommer, cette inscription : 

Tertiu idus iunias depositio cruoris sanctorum 
marturum qui sunt passi sub préside Floro in civi- 
tate Milevitana in diebus turificationis inter quibus 
hic Innocens est ipse in pace °. 

Puis encore, à Rusicade, S tc Digna, sans doute une 
martyre locale, à qui l'évêque Navigius érigea une basi- 
lique : 

Martyris ccclesiam vcnerando nomine Dignae '. 
On n'oserait affirmer que Calama ait eu des martyrs 
propres, parmi lesquels un S. Vincent. Il faut cependant 
signaler cette particularité qu'une des portes de la ville 
était confiée à la garde de deux martyrs : 
Defensio martirum tuctur posticius ipse 
Clemens et Vincentius martircs custodiunt introitum 

ipsum ■'. 
Une autre inscription de Calama rappelle un des deux 
noms : Hic reliquiae beati Pétri apostoli et sanctorum Felicis 
et Yïncentii martyrum*. Comme ces deux derniers appa- 
raissent sur une inscription trouvée non loin de Sitifi, en 



i De Rossi, Inscriptions christ. Urbis Romac, t. II, p. 461 ; Mon- 
ceacx, Enquête, 191. 
12) De miraculis S. Stcphani, I, 2, P. LA. XLI, p. 834-35. 
(3) Mm .1 1 m ■. , lintjiiélc, 293. 

.) Bii< heler, Carmina, 909; Monceaux, Enquête, 198. 
Bu< m 1 BR, Carmina, 297 ; MONCEAUX, Enquête, 193. 
I Moi 1 BAUX, Enquête, 262. 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIQUE. 455 

compagnie d'une sainte Victoria ' et que les trois noms 
figurent dans la liste des martyrs d'Abitina, on éprouve 
quelque hésitation. 

Il resterait à énumérer les saints qui, clans le martyro- 
loge de Carthage — nous ne parlerons pas de l'hiérony- 
mien — et dans les inscriptions ne se prêtent à aucune 
identification. La liste de ceux qu'on relève dans les docu- 
ments épigraphiques présente d'autant moins d'intérêt 
que, dans la plupart des cas, s'interpose le spectre du Dona- 
tisme pour jeter la suspicion sur les inconnus dont le dos- 
sier est insuffisant 2 . On peut retenir quelques noms accom- 
pagnés d'une date, parce que, pour ceux-là du moins, un 
moyen de contrôle peut surgir. Ainsi le Félicien connu 
par cette inscription : memoria Fcliciani passi III kal. 
iulias.... "°, et qui n'est pas le Félicien du calendrier de 
Carthage, dont la fête tombe le 29 octobre. Un martyr, 
qui sans doute s'appelait Paul, avait son anniversaire à 
la fin de septembre ou au commencement d'octobre *. J'en- 
vie la perspicacité de ceux qui parviennent à tirer quel- 
que chose d'une inscription comme celle d'Aubuzza 5 , et de 
certaines autres qu'il serait superflu de citer maintenant. 
Le sol d'Afrique n'a pas livré tous ses trésors et il n'est 
pas téméraire de supposer que l'hagiographie tirera son 



(1) Monceaux, Enquête 304. 

(2) Que dire, par exemple de cette mention : me\mOf%%\ marturu\m] 
Feliounis (Felicionis ?) datée de l'année 361 de la province, c'est à dire 
de 400, en pleine période de lutte entre catholiques et donatistes ? 
S. Gsell, dans Bulletin archéologique du comité des travaux historiques, 
1908, p. CCI. 

(3) Monceaux, Enquête, 275. 

14) Monceaux, Enquête, 310: [Pa]vli men[sa] .... [ha]bet nata[le....] 
quintu.... octobres. 

15 i Monceaux, Enquête, 250. Je ne citerai pas le n. 292, parce que je ne 
parviens pas à y lire les noms des martyrs « Natalis » et « Rcnatus. » 



456 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

profit des trouvailles futures et arrivera à éclaircir des 
mystères pour le moment impénétrables. 

Il est à peine nécessaire d'ajouter que beaucoup de 
saints étrangers fuient honorés en Afrique. Une bonne 
vingtaine d'anniversaires du calendrier de Carthage leur 
sont réservés ; on y remarque surtout des saints d'Italie et 
quelques espagnols. La série des sermons de S. Augustin 
répond assez bien à ce choix ; avec les apôtres Pierre et 
Paul et S. Etienne — on sait avec quel zèle il s'employa à 
propager son culte — les saints qu'il a célébrés de pré- 
férence sont S. Laurent, les SS. Gervais et Protais ', 
S' Eulalie, S. Fructueux et avant tout S. Vincent. 
L'épigraphie complète ces données. Les reliques les 
plus répandues sont celles des apôtres Pierre et Paul -, 
de S.Laurent 3 , de S. Etienne* et de S. Julien 8 . En 
dehors de S. Hippolyte 6 , de S. Sébastien "' de S. Vincent 8 



(l) Le Serin, cclxxxvi, a été prononcé le jour de la fête de ces saints. 
Nous y relevons ce passage, c. 5 : Celebramus ergo hodierno die, fratres, 
memoriam in hocloco positam sanctorum Prolasii et Gcrvasii. Mediolancn- 
sium martyrum, n<>n eum dicm quo hic posita est, sed eutn diem hodie cele- 
bramus quando inventa est pretiosa in conspectu domini mors sanctorum 
eius per Ambrosium episcopum. P. !.. t. XXXVIII, p. 1299. Citons à ce 
propos ces lignes du De civitate Dei, XXII, 8,7: Victoriana dicitur 
villa ah Hipponc Regio minus triginta milibus abest. Memoria martyrum 
ibi est Mediolancnsium Protasiiet Gcrvasii. 

■ Monceaux, Enquête, 195, 238, 247, 248, 262, 266, -.74, 288, 317, 
326, 3 ■'*, 330, 33~>. S. Fulgence de Ruspe avait déposé des reliques des 
res clans l'église quae Secunda dicitur. BHL. 3208, 65. 
(31 Monceaux, Empiète. 274, 279. 282, 297, 305, 306, 320. 

d., 28, 245,303, 306. Il est fail mention dans le Liber des pro- 
missionibus et praedictionibus Dei, IV, 6, d'un couvent de Carthage, 
monasterio puellarum, in quo reliquiae sancti Stephani sitae sunt. P. L. 
t. LI, p. 842. 

bai k, Enqu te, 237, [".241,279,284,285,306. 
Ibid., 274, 297. 
17) Ibid., 246. 
(8/ Ibid., 193,262,304 ; à Tamalla (Tocqueville) : Hic abetur rcliquias 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIQUE. 457 

et peut-être de S. Pastor ', des SS. Nabor et Félix •'. de 

S. Liheralis 3 , les autres noms appartiennent à l'Orient : 
Isidore. Romanus, Pantaléon, Menas 4 , Anastasie, Euphé- 
mie : '. les Tmis Enfants 6 . 

Il est assez naturel de se demander si le dénombrement 
des martyrs, dont le culte est constaté avant la fin du 
VI siècle, peut servir de base à une évaluation du nombre 
absolu des martyrs et si cette question, si longtemps dé- 
battue, se trouve à la veille de recevoir une solution défini- 
tive \ 

On n'aura pas de peine à comprendre que notre statis- 
tique, alors même qu'elle serait complète, ne pourrait four- 
nir qu'un élément partiel de solution. D'abord les recher- 
ches qui précédent ont presque exclusivement pour objet 



martiris Bincenti. Gauthier, dans Bulletin archéologique du comité 
des travaux historiques, 1909, p. 56. 

1 il Monceaux. Enquête, 280, 281. Il y a un martyr espagnol de ce 
nom. Mais l'identification est problématique. 

2 Ibid., 316. Les deux noms séparés se rencontrent aussi parmi 
les saints africains. 

3 Au musée de Tebessa, une caissette à reliques avec cette 
inscription : Hic memoria sancti Liheralis. GuÉNlN, Inventaire archéolo- 
gique du cercle de Tebessa, Nouvelles archives des missions scien- 
tifiques, t. XYJI 11909, p. 147. Nous avons cité plus haut, p. 312, 
un martyr romain de ce nom, qui, il faut le dire, semble n'avoir pas 
joui d'une très grande notoriété. L'existence d'un homonyme africain 
n'est pas exclue. 

(4) Monceaux, Enquête 261, 240, 246, 297. Cf. Analect. Bolland., 
t. XXIX, p. 119. 

5 Monceaux, Enquête, 256, 297. 
(6) Ibid., 234, 261. 

7 On peut se rendre compte de l'état de la question en parcourant 
l'article de M. P. Allard, M. Harnack et le nombre des martyrs, dans 
Rbvue des questions historiques, juillet 1905, p. 235-46. Certains tex- 
tes mériteraient une discussion plus approfondie ; mais ils sont bien 
groupés. 



45S CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

les victimes des persécutions romaines. Et puis, le culte 
des martyrs ne fut pus introduit partout à la même époque, 
et beaucoup de noms, on peut le craindre, étaient oubliés 
lorsqu'on inaugura les commémoraisons annuelles. On 
devine aussi qu'il y eut des moments de trouble, où l'on 
ne songea guère à l'avenir, et il se produisit dans les listes 
de martyrs des lacunes irréparables. 

Il y a doue eu beaucoup plus de martyrs qu'il n'y eut 
d'anniversaires institués, et il va sans dire que nous 
n'avons aucune idée de la proportion des abémères sur le 
nombre total, du moins en ce qui concerne les premières 
persécutions. 

Il est permis de croire qu'elle est minime pour la période 
Dioclétienne, celle qui, incontestablement, fit le plus de 
victimes. Lorsque cette persécution éclata, toutes les 
églises avaient adopté l'usage d'honorer leurs martyrs et 
les souvenirs des heures tragiques n'avaient eu le temps 
de s'effacer nulle part lorsque sonna l'heure du triomphe. 
Les listes étaient alors aisées à constituer, et ce fut, on 
peut en être certain, une des premières préoccupations 
des évéques de les mettre en ordre, dès que la paix fut 
rendue à L'église. L'ensemble des anniversaires de cette 
période représenterait donc, mieux que pour les précé- 
dentes, le nombre des victimes des édits impériaux. Mais 
on a le droit d'affirmer qu'il y a bien des l'êtes de martyrs 
dont les documents existants ne portent aucune trace. Ce 
qui le prouve, c'est que le hasard des découvertes nous 
a révélé plus d'une fois et des noms et des commémo- 
raisons dont personne, jusque là, ne soupçonnait l'cxis- 

teni 

Ainsi, il y eut plus d'anniversaires institués que nos 
recherches ne permettent de l'établir. Nous n'avons donc 
pas des données suffisantes pour y asseoir un calcul, et 



LA GAULE. L'ESPAGNE. L'AFRIQUE. 459 

les chiffres que nous pourrions risquer n'auraient pas 
même un degré d'approximation qui leur assurerait quel- 
que valeur. Mais tout le monde accordera que ni les texte> 
ni les statistiques ne justifient les nombres fantastiques 
lancés par des apologistes, à qui les affirmations ne coûtent 
rien. S'ils voulaient bien prendre la peine d'aligner quel- 
ques chiffres, ils sauraient que, pour atteindre leur pre- 
mier million, il faudrait trouver place au calendrier pour 
un peu moins de trois mille noms par jour. On aura beau 
dépouiller les martyrologes, fouiller les chroniques, accu- 
muler les témoignages de toute sorte et en grossir la 
portée, ils nous laisseront toujours très loin de compte. 

Mais toute cette arithmétique est bien mesquine en 
présence du grand fait que les documents les plus précis 
nous permettent de constater. Durant plusieurs siècles, 
dans tous les pays, de nombreux chrétiens de toute race 
et de toute condition ont volontairement sacrifié leur vie 
pour une même cause, pour le droit d'adhérer à des véri- 
tés sublimes et de conformer leurs actes à leur croyance. 
C'est là un spectacle que le monde n'avait jamais vu. 
Certes, il y eut, avant les martyrs, de nobles victimes de la 
conviction et du devoir,et loin de nous de marchander notre 
admiration à un Socrate, à un Thraséas. Mais en quoi 
ces isolés qui moururent, sans cloute, avec résignation 
et courage, font-ils songer au chœur des martyrs respirant 
la joie et l'ivresse du triomphe ? Il suffit largement à la 
gloire du christianisme que le nombre des martyrs soit 
celui que nous relevons dans des témoignages indiscuta- 
bles. 

Car il ne faut pas oublier que cette troupe d'élite n'ab- 
sorbe point toute la somme des douleurs et des angoisses 
endurées par l'église, durant ces années terribles, où le 
glaive était sans cesse suspendu sur la tête des fidèles. On 



460 CENTRES DU CULTE DES MARTYRS. 

aurait tort de se laisser impressionner exclusivement par 
les récits détachés, où l'intérêt de la lutte se concentre sur 
quelques héros. Il nous est resté des relations d'ensemble 
qui t'ont pénétrer clans la vie des communautés en temps 
de persécution. L'histoire des martyrs de Palestine et 
celle des martyrs de Perse, pour ne citer que ces exem- 
ples, fait comprendre toute l'étendue des sacrifices dont 
les églises de ces régions payèrent leur attachement à la 
foi. Est-on autorisé à dire qu'il en fut autrement partout 
ailleurs, et que, s'il nous était donné de lire l'histoire com- 
plète de l'époque, nous verrions nécessairement, en d'au- 
tres pays, se dérouler un tableau moins tragique et le 
spectacle d'une constance moins digne d'admiration ? 



CHAPITRE IX. 

DÉDUCTIONS ET SYSTÈMES. 

Dans les pages qui précèdent, nous avons laissé parler 
les faits. Est-il bien nécessaire de les interroger encore, 
d'examiner clans le détail les opinions qui semblent les 
contredire, et formuler des conclusions sur l'origine du 
culte des saints issu du culte des martyrs ? Vaut-il la 
peine de montrer qu'il ne découle d'aucune théorie pré- 
conçue sur les intermédiaires entre Dieu et l'homme, 
d'aucun système sur la dépendance hiérarchique des êtres 
dans l'ordre surnaturel, ni sur l'échelle mystique qui réu- 
nit la terre au ciel, en passant par les saints, les anges, 
le Christ ? Ce sont là des spéculations dont il n'y a nulle 
trace aux époques de formation. On ne les voit surgir 
qu'au moment où le besoin se fait sentir de réduire les 
faits en système. Mettre ces idées à la base d'un exposé 
du développement du culte des saints, comme on l'a fait 
récemment ', c'est au moins donner à entendre qu'elles 
en sont le fondement historique. Pareille vue des choses 
ne répond pas à la réalité. 

Un système qui résiste bien moins encore à l'épreuve 
des faits c'est celui, imaginé par des philologues, hélas, 
qui à travers les saints cherchent à reconnaître les dieux 

(i) Lucius, Die Anfdnge des Heiligcnkults, p. 1-13 ; M. von Wulf, 
■;• dû llcilige und Heiligenverehrung in den ersten christ lichen Jahr- 
hunderten (Leipzig, 1910), p. 1-150. 



462 DÉDUCTIONS ET SYSTÈMES. 

de l'Olympe que ces saints ont remplacés. On aurait 
toutes les raisons de ne point se prêter à une nouvelle 
discussion de cette fantaisie, qui prend parfois les appa- 
rences d'une gageure, si l'insistance avec laquelle revien- 
nent les mêmes affirmations audacieuses n'était l'indice 
d'une confusion d'idées qu'il faut essayer de dissiper. 

On le sait, les uns posent en thèse générale que le culte 
des saints est une transformation du culte des dieux et 
des héros. Rarement la proposition est énoncée sous une 
forme aussi crue. Mais elle se trouve au fond de beaucoup 
de raisonnements, dont on évite de tirer les dernières 
conséquences. D'autres s'appliquent à montrer, dans des 
cas particuliers, que tel saint célèbre n'est qu'un dieu 
déguisé, un échappé du Panthéon habillé d'une défroque 
chrétienne. L'effort d'érudition, la fertilité des combinai- 
sons, la subtilité — je me garderai de dire la finesse — des 
raisonnements déployés dans ces exercices a grandement 
contribué à dérouter des lecteurs inexpérimentés, et a 
fini par mettre à la mode un jeu d'esprit qui n'est pas 
simplement ingénieux. Nous ne voulons pas prétendre 
qu'aucune idée juste n'a été émise dans ces essais de 
démonstration. Nous n'essaierons pas, quand elles se 
rencontreront, de dissimuler celles qui paraissent accep- 
tables. 

Ce n'est point faire tortàla nouvelle écolequedese refuser 
a recommencer la discussion des exemples qu'elle a choisis, 
et à montrer, par le menu, comment elle a réussi à retrou- 
ver Aphrodite dans S te Pélagie ', Priape dans S. Ty- 

II. Usi Mr. Legenden der hl. Pelagia, Bonn, 187g; Id., Vortriigc 
und Aufsâtze, Leipz 1 107 : - f.DELEHAYB,L« légendes hagiographiques, 
, .224-32; L mann, dans Berliner philologische Wochenschrift, 

5 dcc. 1908 ; E. Maass, Aphrodite und die heilige Pelagia, Neue Jahr- 

BÏiCHER FUR DA> KLASSISCHE Al I KK il M, t . XXVII I IQIl), p. 457-68. 

CI". Analect. Bolland, t. XXXI, p. 342. 



DÉDUCTIONS ET SYSTÈMES. 463 

chon', les Dioscures dans les saints Gervais et Protais, les 
saintsCosraeet Damien et dans d'autres couples de saint . 
Mithra dans S. G . et quelles relations intimes on a 

découvertes entre S. Démétrius \ S" Thècle \ S.Phocas 6 , 
S. Gilles 7 , S Agathe 8 , S.Sébastien 9 , entre plusieurs 
autres saints et des personnages connus du monde mytho- 
logique. Presque toutes ces prétendues métamorphoses 
reposent sur des rapprochements futiles, et lorsqu'on / 
prend la peine de peser un à un les arguments que les 
critiques font valoir, on demeure confondu devant les 
conséquences logiques d'une erreur initiale. Ce n'est guère 
qu'en se dérobant au sens de la réalité concrète, pour se 
réfugier clans l'abstraction, que l'on peut arriver à se per- 
suader qu'Aphrodite et Priape ont trouvé place sur les 
autels chrétiens. 

Mais il ne sufht pas, pour juger une théorie, de citer une 
série d'applications malheureuses. Que faut-il penser des 
idées générales dont elle s'inspire ? Le christianisme 

11) Usener, Sondcrbare Heiligen. I. Dcr heiligc Tychon (Leipzig, 
19071, p. 111-49- Cf. Analect. Bolland. t. XXVIII, p. 120-22. 

(2) Rendel-Harris, The Dioscuri in the Christian Legends, London, 
1903 ; Id. Tlie cultof the hcavenly Twins, Cambridge, 1906. Cf. Analect. 
Bolland t. XXIII, p. 427-33 ; t. XXVI, p. 332-33. 

(3) A. von Gutschmidt, Kleine Schriften, t. III, p. 175-202. Cf. 
K. Krumbacher, Dcr heiligc Gcorg (Mùnchen, 1911), p. 303"3°4- 

(4)Gelzer, Die Gencsis dcr byzantinischen Tliemcnvetfassung, Ab- 

HANDLUNGEN DER KON. (lESELLSCHAFT DER WlSSENSCHAFTEN, phil.- 

hist. Classe, t. XVIII, 5 (Leipzig, 18991, p. 54. 

(5) Ltcius, Die Anfânge des Heiligenkults, p. 205-14. 

(6) L. Radermachbr, St. Phocas, dans Archiv fur Religionswissen- 

SCHAFT, t. VII I9O4), p. 445-52. 

(7) E. Maas, dans Jahrcshefte des oest. archaeologischen Instituts, 
t. IX, p. 181. 

(8) R. Eisler, Weltenmantel und Ilimmclszelt, Mimchcn, 1910. Cf. 
Analect. Bolland. t. XXX, p. 470-74. 

<9) S. Minocchi, // martirio di S. Sebastiano, Xuov.v antologia, 
1 agosto, 1911, p. 440-50. Cf. Analect. Bolland. t. XXXI. p. 343'44- 



464 DÉDUCTIONS ET SYSTÈMES. 

n'a-t-il donc rien emprunté aux païens et le culte des 
saints n'est-il pas visiblement une transposition chrétienne 
d'une des manifestations les plus caractéristiques de la 
religion antique ? 

Posée en ces termes la question est vague et on risque- 
rait de se tromper également en y répondant par une simple 
affirmation ou par une simple négation. Le culte des saints 
est un composé d'éléments fort divers et il faut, pour 
s'entendre, ne pas le considérer comme un phénomène 
religieux dépendant d'un facteur unique. 

Sans vouloir pousser trop loin le travail d'analyse, il 
faut au moins distinguer : 
l'objet du culte ; 
les formes extérieures du culte ; 
l'esprit qui anime la dévotion. 

Quelle est, dans tout cela, la part qui revient au paga- 
nisme, par voie d'emprunt ou d'infiltration ? 

L'objet du culte c'est, tout d'abord, le martyr, et plus 
tard, lorsque la persécution a cessé, c'est l'ascète et l'évê- 
que. Ce sont toujours des individualités bien déterminées. 
On a commencé à les honorer dans un milieu, où tout le 
monde les connaissait, à un moment. où l'on était en mesure 
de leur rendre témoignage. Rien d'obscur ni de suspect 
au point de départ, lorsque le culte d'un saint s'établit 
normalement. Nous pouvons donc affirmer, à tout le 
moins, que la très grande majorité des saints, dont la sta- 
tistique nous a fait connaître le nom et l'église d'origine, 
n'a rien de commun avec les dieux de l'Olympe. La plu- 
part d'entre eux ont payé de leur vie le refus d'offrir à ces 
dieux un grain d'encens. 

Parmi les cultes installés dans l'ancienne église chré- 
tienne, ceux-là surtout appellent quelques réserves qui 



DÉDUCTIONS ET SYSTÈMES. 465 

«•ut pour origine une révélation privée ou une invention 
de reliques. Nous avons dit comment la plupart d'entre 
eux prenaient naissance, et comment ils avaient ce défaut 
originel d'être soustraits au contrôle delà tradition. Si 
nous ne sommes pas autorises, par le fait, à les déclarer 
illégitimes — car la légitimité aux yeux du peuple pouvait 
leur être conférée par l'autorité des pasteurs — nous pou- 
vons toujours garder quelque inquiétude au sujet du point 
de départ. 

Mais à prendre les choses au pire, quelles peuvent être 
les origines de ces cultes nouveaux ? On se souvient des 
exemples que nous avons cités. Comme il s'agit d'événe- 
ments extraordinaires, que l'on disait ordinairement lies 
à des faits surnaturels et dont le souvenir intéressait 
vivement les fidèles, on peut croire que les chroniqueurs 
et les hagiographes ne nous ont pas laissé ignorer grand 
chose en cette matière, et que l'ensemble de leurs récits 
fournit une base d'appréciation suffisante. 

Lorsque les révélations ou les découvertes de reliques se 
rapportent à un saint connu d'ailleurs, par exemple à 
S. Etienne ou à S. Georges, les seuls doutes qui puissent 
s'élever ont trait à l'authenticité des reliques, et nous 
sortons de notre sujet. 

D'autres fois, il est vrai, ce sont des inconnus que l'on 
voit surgir, des noms nouveaux qu'on entend pour la pre- 
mière fois. Mais, parmi eux, on chercherait en vain un 
exemple qui donne quelque appui au système que nous 
combattons. Nulle part, parmi les saints « trouvés », on 
n'en signale dont le nom fasse songer à un dieu de l'Olym- 
pe, nulle circonstance n'invite à regarder de ce côté. 

Je sais bien qu'au moyen âge, il y eut des périodes 
d'exaltation morbide, durant lesquelles il se produisit de 

Cuit. Mart. 30 



466 DÉDUCTIONS ET SYSTÈMES. 

rettables contusions; que, parfois, une précipitation 
coupable assura les honneurs du culte à des personnages 
qui n'y avaient aucun droit, disons même à des êtres dont 
l'existence n'était point certaine ; et l'on n'oserait affir- 
merque jamais le nom d'un dieu n'ait été pris pour celui 
d'un martyr, dans des milieux où l'absence totale de disci- 
pline et d'esprit critique s'alliait à une dévotion indiscrète. 
Encore faudrait-il en avoir des exemples certains ', et, 
alors même, il n'y aurait pas lieu de parler d'influence 
païenne. On ne continuait ni ne renouait des traditions 
depuis longtemps perdues ; on commettait des erreurs 
grossières, qui ne se rattachaient à aucun système. 

On a prétendu que l'église s'était servie du culte des 
saints comme d'un moyen de christianisation, que la foi 
nouvelle est entrée dans plus d'un pays à la suite de la 
dévotion aux martyrs. Une des méthodes employées par 
les missionnaires pour déraciner les superstitions païennes 
aurait été la substitution, à L'idole locale, d'un saint dont le 
nom rappelait celui de cette divinité. Démétrius aurait 
supplanté Déméter, Dionysius aurait remplacé Dionysos, 
Ilélie aurait pris la place deHélios et ainsi de suite. Il s'éta- 
blissait, dit-on, une sorte de confusion entre la divinité et 
le saint homonyme. Sans renoncer formellement à ses 
dieux, sans presque s'apercevoir du changement, on pas- 
sait à la religion nouvelle. II se faisait une sorte de com- 
promis tacite entre les deux cultes, et le saint se substi- 
tuait au dieu, sans que celui-ci perdit ses adorateurs. 

Cette explication a paru si plausible à quelques savants, 

qu'ils ont cru pouvoir s'en servir pour déterminer le voca- 
ble païen de certains temples remplacés par des églises 



1 1 Voir ce que nous avons dit à ce sujet à propoï de Sanctus Silvanus, 

LECT. BOLLAND., t. XXV, p. 158-6.2. 



DÉDUCTIONS ET SYSTÈMES. 467 

chrétiennes. En réalité, elle n'est qu'une théorie érudite 
imaginée en dehors de l'étude des faits. On n'en trouve 
pas la moindre trace dans les textes historiques. Nulle 
part on ne voit le missionnaire se servir du culte des saints 
comme d'un appât, ou d'une préparation à des doctrines 
plus hautes. Son premier soin, partout où il met le pied 
en terre païenne, est d'abattre les idoles et de proscrire 
les cultes existants. 

Il arrive que, chez un peuple déjà en grande partie con- 
verti, pour enrayer une propagande païenne trop active 
ou pour miner l'effet d'un étalage trop provocant, on ait 
recours à une sorte de concurrence chrétienne. On élève 
autel contre autel, on ouvre une basilique vis-à-vis d'un 
temple. A Daphné, le culte de S. Babylas fut introduit 
pour contrebalancer le succès du sanctuaire d'Apollon ; 
dans le Gévaudan, ce fut le culte de S. Hilaire qui eut 
raison de la superstition ; à Menouthi, les martyrs Cyr 
et Jean achevèrent défaire oublier Isis et son temple.' 
Mais, dans tous les cas sur lesquels nous possédons des 
données certaines, tout indique que, loin d'employer des 
moyens équivoques pour écarter les influences païennes, 
on les combattait ouvertement, en leur opposant l'attrait 
des rites chrétiens. Et c'est faire injure aux évoques de ce 
temps-là que de les juger assez naïfs pour avoir reconnu 
quelque efficacité à ces jeux de mots puérils, qui peuvent 
faire la joie d'un érudit, mais qui ne sont décidément pas 
le moyen à conseiller pour faire changer un peuple de 
religion. Voyez-vous le succès d'un prédicateur essayant 
de faire croire que la Vénus Maritime, Vénus Pelagia, 
n'est autre chose qu'une martyre chrétienne nommée 
Pélagie, ou que le dieu Men est un héros chrétien dont le 
vrai nom est Menas ? 

Je sais bien que les plus graves personnages ne s'inter- 



t 



468 DÉDUCTIONS ET SYSTÈMES. 

disaient pas, quand l'occasion s'en offrait, un innocent 
calembour, et Cyrille d'Alexandrie, en opposant saint 
Cyr, Kûpoç. à Isis, cpie l'on qualifiait de « madame », Kupd, 
n'oublia pas de faire ce rapprochement. Mais qui ose- 
rait dire qu'il ait compte sur la vertu de ce jeu de mots 
pour convertir les gens de Menouthi ? Le choix du Palatin 
comme emplacement d'une église de S. Césaire peut avoir 
été déterminé par le souvenir des empereurs. Cela ne veut 
pas dire que, sans le martyr de Terracine, dont le nom se 
prêtait si bien à christianiser le palais des Césars, on 
aurait inventé un S. Césaire ou canonisé quelque César 
pour être fidèle à la pratique courante. 

Toutefois, s'il n'est point permis de prétendre que, fré- 
quemment, l'objet même du culte, le saint, est le résultat 
d'une métamorphose, il faut pourtant tenir compte de 
certaines transformations qui affectent en quelque maniè- 
re le personnage lui-même. Mais ce sont des modifications 
qui n'influent en rien sur l'introduction du culte et qui le 
supposent déjà établi. Nous voulons parler des déforma- 
tions que subit l'image du saint dans la légende litté- 
raire comme dans les milieux populaires. 

Sur la très grande majorité des martyrs, les églises 
n'avaient conservé aucun récit autorisé, et la plupart des 
cultes se développaient silencieusement autour des tom- 
beaux, sans autre tradition cpie celle du nom, du titre de 
martyr, de l'anniversaire. C'était assez pour les membres 
éclairés de la communauté ; le populaire ne pouvait long- 
temps s'en contenter. Il n'aime point à rester dans le 
vague, et l'on ne peut entretenir sa ferveur sans lui dire 
avec précision quel est celui à qui s'adressent ses homma- 
. ce qu'il a souffert, quels ont été les effets de son inter- 
cession. 

Or, il v a toujours moyen de satisfaire cette pieuse 



DÉDUCTIONS ET SYSTÈMES. 46g 

curiosité. Pour intéresser le peuple à l'histoire d'un grand 
capitaine, il suffit de lui faire des récits de bataille alertes 
et vivants ; il ne songera pas à demander les preuves. 
Pour lui faire écouter l'histoire d'un saint il n'y a qu'à 
multiplier les épisodes émouvants et les faits merveilleux. 
Cette psychologie a inspiré une foule d'Actes artificiels, 
composés de traits épars, empruntés à des récits connus, 
ou puisés au trésor des traditions populaires. Or, ce trésor 
ne se renouvelle guère ; il s'alimente à un petit nombre 
de sources, toujours les mêmes, remontant à une très 
haute antiquité. Ce que le peuple a raconté sur les an- 
ciens, il le met sur le compte des modernes ; telle his- 
toire qui a couru sur le compte d'un héros ou d'un dieu a 
fini par se rattacher à un grand homme, et une fois entrée 
clans la grande circulation, rien ne pouvait l'empêcher 
de s'introduire dans quelque combinaison hagiographique. 

Il est parfaitement certain que l'on reconnaît, dans cer- 
taines légendes de saints antiques, des éléments qui ont 
également servi à orner des légendes païennes, thèmes de 
rechange que la littérature populaire adapte au héros du 
jour, sans se préoccuper d'autre chose que de le mettre en 
relief. 

Il convient de ne pas donner à ces récits plus d'impor- 
tance qu'ils ne méritent. Quelque abondante que soit la 
floraison littéraire qui s'épanouit autour d'un personnage, 
elle ne démontre par elle-même que sa célébrité et la place 
qu'il tient dans les préoccupations de la foule ; elle ne 
saurait, si elle n'a en même temps une valeur documen- 
taire, servir à le caractériser et à le fixer dans l'histoire. 
Mais elle ne doit pas servir non plus à le compromettre, si 
ses mentes sont d'ailleurs solidement attestes et sa phy- 
sionomie suffisamment accusée. Irons-nous révoquer en 
doute l'existence du martyr S. Lucien, parce qu'il a plu 



470 DÉDUCTIONS ET SYSTÈMES. 

à l'imagination populaire de rééditera son sujet la fable du 
dauphin d'Arion ? Relèguerons-nous S. Hippolyte dans 
le domaine de la mythologie parce que les hagiographes 
lui ont infligé le supplice du fils de Thésée? Suffit-il que 
quelques bonnes femmes maltaises aient mis le nom de 
S te Agathe à la place de Pénélope, dans l'histoire du voile, 
pour établir l'identité entre la patronne de Catane et 
l'épouse d'Ulysse ? D'autre part, si l'on n'avait, contre le 
culte de S te Barbe, d'autre difficulté que celle de sa légende, 
calquée sur celle d'Andromède, il y a longtemps que toute 
hésitation aurait disparu. 

Nous sommes en droit de conclure, croyons-nous, que le 
paganisme n'a eu aucune influence sensible sur la création 
de l'objet du culte des saints. L'Olympe n'a pas été chris- 
tianisé en masse ; on n'a point travaillé à le transformer 
en détail, ni systématiquement, et quand l'église a voulu 
ibattre l'idolâtrie en lui opposant le culte des saints, 
elle l'a fait au grand jour, avec des armes loyales. 

Seule, la légende a maladroitement jeté sur quelques 
saints un reflet de paganisme, en leur appliquant parfois 
telle histoire brillante qu'elle tenait des poètes. Mais la 
légende est pour le saint ce qu'un manteau d'emprunt est 
à sa statue, dont souvent elle transforme totalement la 
physionomie et voile les lignes sculpturales. Parfois il 
suffit de l'écarter, pour faire apparaître dans sa beauté 
l'a uvre de l'artiste. Trop souvent, hélas, le vêtement 
adhère avec tant de force qu'à vouloir l'arracher on risque 
de briser la statue. 

I Usons un mot des tonnes extérieures du cultedes saints, 
lu. pour un observateur superficiel, tout parait ra emprun- 
té. Pas un acte extérieur, pas un rite dont on ne retrouve 
au moms l'équivalent dans la religion antique. Ne parlons 



DÉDUCTIONS ET SYSTÈMES. 47 1 

ni de Pencens, ni des cierges, ni de l'invocation, ni des 
fêtes, ni des pèlerinages, ni des ex-votos offerts aux héros 

et aux dieux. L'analogie va bien plus loin. Là aussi on 
trouve l'équivalent de nos patrons, les dieux s'occupant 
de préférence d'une classe de protégés : là surtout se ren- 
contrent les spécialités dans l'intervention céleste, des 
protecteurs à qui l'on ne s'adresse que pour obtenir une 
certaine catégorie de faveurs. 

On rapporte même des faits étranges qui sont la 
réplique exacte de nos inventions de reliques,, révéla- 
tions surnaturelles qui désignent la cachette, transla- 
tions solennelles de la dépouille des héros. Les païens con- 
naissaient, comme nous, les visions, les guérisons extra- 
ordinaires, attestées par des inscriptions, les offrandes, 
destinées à perpétuer la mémoire des bienfaits obtenus. 
Il est même certains rites, auxquels nous prêtons moins 
d'attention parce qu'ils sont tombés en désuétude, mais 
qui revêtent un intérêt singulier dès qu'on les compare 
aux institutions païennes, dont ils sont une imitation 
évidente, et. pour tout dire, un prolongement. En un mot, 
en recueillant les détails épars dans les écrivains classi- 
ques et dans les monuments, on arrive à composer un 
tableau, qui reproduit trait pour trait tout l'ensemble de 
l'organisation et des pratiques du culte des saints. 

Notre génération n'est pas la première qui ait été frap- 
pée de ces ressemblance-. Des juges mieux placés que 
nous pour les apprécier les constatent, et, dès le commen- 
cement du V e siècle, nous voyons les adversaires essayer 
d'en tirer parti contre nous, tandis que les écrivains ecclé- 
siastiques ne songent pas un instant à les nier. S. Jérôme, l 
soutenant, avec sa verve coutumière, le choc de Vigilan- 
tius, a donné la vraie réplique à tous ceux qui se disaient 
scandalisés des analogies trop nombreuses qui existaient 



472 DÉDUCTIONS ET SYSTÈMES. 

entre les cérémonies des deux cultes. « Parce qu'autrefois 
nous honorions les idoles, on nous défendra d'honorer 
Dieu, de peur que nous n'ayons l'air de lui rendre les 
mêmes honneurs qu'aux idoles?» Et il conclut: Illud fiebat 
idolis et ideirco detestandum est ; hoc fil mariyribus et ideirco 
recipieudum est '. Presque toute la polémique patristique 
contre les païens et contre certains rigoristes se réduit à 
défendre le culte des martyrs du reproche d'idolâtrie. 
« Vous ave/ transformé les idoles en martyrs, disait Fauste 
le Manichéen, et vous les honorez delà même manière. » 
— « Non, répond S. Augustin, ce n'est pas aux martyrs, 
mais au Dieu des martyrs que nous élevons des autels. 
Quel est l'évoque qui, à l'autel, en présence des corps des 
saints, s'est jamais avisé de dire : Nous vous offrons; 
Pierre, ou Paul ou Cyprien. Ce que nous offrons est 
offert au Dieu qui a couronné les martyrs -.» 

Théodoret fait aux païens une réponse analogue 3 , leur 
fait comprendre qu'ils devraient être les derniers à cher- 
cher querelle aux chrétiens au sujet du culte de leurs 
héros et insiste sur la dignité et la décence des fêtes chré- 
tiennes, en opposition avec celles de l'ancienne religion, 
qu'elles ont avantageusement remplacées. « Les temples 
de vos dieux sont détruits sans même laisser une tra 
dit-il aux païens; on ne sait même plus comment étaient 
faits les autels. Les matériaux ont servi aux sanctuaires 
des martyrs. Carie Seigneur a introduit ses morts à la 
place de vos dieux : il a congédié ceux-ci pour réserver 
leurs honneurs aux martyrs. Au lieu des Pandia, des 

n Contra Vigilantium, vu, /'. /.. t. XXIII. \>. 546. 
(2) Contra Faustum, XX, ai, /'. /.. t. XLII, p. 384. Voii aussi Sermo 
cclxxiii, P. L. t. XXXVIII, p. 1251. 

Hufîç bî, iL (ivhpeç, oÛTe Ouaiaç OOT6 uf|V ypàç T() ÎÇ M ( 'pTU- 
oiv (iîToWuonev à\\' ijjç Goiouç kcù GeorptXeîç Tepaipouev uvbpaç. 
1 ,r (,, . 1 kct. curatio, viu, 34, Raeder, p. 207, 



DÉDUCTIONS ET SYSTEMES. 473 

I sia, des Dionysia et d'autres solennités, on célèbre les 
fêtes de Pierre, de Paul, de Thomas, de Sergius, de Mar- 
cellus, de Léontius, d'Antonin, tic Maurice et des autres 

martyrs, et à la place tics anciennes pompes et de leurs 
obscénités de tout genre, nous célébrons des réjouissan- 
ces modestes, sans ivresse, sans rires et plaisanteries 
bruyantes, mais avec des cantiques religieux, des dis- 
cours pieux et des prières mêlées de larmes '. » 

L'attitude de S. Grégoire de Nazianze ■ et de Cyrille 
d'Alexandrie 7 ' devant le réquisitoire bilieux de Julien est 
sensiblement le même. Ils lui contestent le droit, au nom 
de sa religion et de ses principes, d'adresser sur ce point, 
aux chrétiens, le moindre reproche. 

Il n'y a donc pas lieu de nier les ressemblances de 
détail, ni même l'analogie des saints, serviteurs du vrai 
Dieu, et honorés d'un culte d'ordre inférieur, avec les 
héms, eux aussi élevés au-dessus de l'humanité, quoique 
d'un moindre rang que les dieux. Mais nous n'avons garde 
de conclure que le culte des saints est une dérivation du 
culte des héros. 

D'abord, si on signale, à diverses époques et en divers 
lieux, des faits isolés qui ont leurs parallèles chez les chré- 
tiens, ce n'est qu'en les groupant artificiellement que l'on 
parvient à constituer un ensemble, qui est la reproduction 
païenne de ce que nous voyons chez nous. Nulle part on 
ne trouve le culte des héros organisé dételle façon que 
l'église n'eût qu'à l'imiter en l'adaptant à ses besoins. Et 
puis, n'avons-nous pas assisté à toutes les phases de la 
formation du culte des saints ? N'est-il pas évident que 
nous sommes en présence d'un développement parallèle 

i fJ., fig. ibid. p. 218-19. 

(2) Contra Iulian. I, 69, 70, P. G. t. XXXV. p. 590. 
3 Contra Iulian. X. P. G. t. LXXVI, p. 1016-24. 



474 



DÉDUCTIONS ET SYSTÈMES. 



et indépendant? Des situations analogues, une succession 
de laits du même ordre ont abouti à des résultats presque 
identiques. Le point de départ nous est connu. Nous l'a- 
vons trouvé dans l'église elle-même; c'est dans l'église 
aussi que le germe s'est développé, mais, en même temps, 
dans une société très civilisée, où le sentiment religieux 
existait de longue date et avait tousses moyens d'expres- 
sion. L'église les adopta, lorsqu'ils n'offraient rien de 
répréhensible,et s'en servit comme d'un langage approprié 
à communiquer ses idées et ses sentiments. 

En dehors des cérémonies et des rites consacrés, nous 
nous sommes trouvés en présence d'une certaine classe 
de faits extraordinaires, dont on nous montre l'équivalent 
chez les païens, phénomènes merveilleux à divers degrés, 
relatés dans des documents qui ont parfois une étrange 
ressemblance avec nos récits de miracles ou avec les in- 
scriptions destinées a commémorer les faveurs célestes. 

Avant de se prononcer sur la relation qui existe entre les 
deux séries de faits parallèles, il faudrait pouvoir se rendre 
compte de la nature des laits eux-mêmes, et déterminer, 
dans les témoignages qui s'y rapportent, quelle est la part 
de la réalité, de l'imagination et souvent aussi de la con- 
vention. Ce ne serait pas trop d'un ouvrage spécial pour 
éclaircirce problème, (pie Ton a cru susceptible des soluti- 
ons les plus radii sans ; [river à contenter personne '. 

Ce cpii nous intéresse en ce moment c'est de savoir si 
la passion du surnaturel, le besoin de croire aux commu- 
nications sensibles de la divinité est un héritage de la 
religion que le christianisme est venu détruire, et si la 
culture hellénique seule a pu l'introduire dans l'église. 
Si cela était, les phénomènes qui sont la cause ou la con- 

i o Weinrek h, Antike Heilungswunder, Gicsscn, 1900 : S, Herr- 
i, Antike Wunderkuren, Berlin, 19 iz, Programme. 



DÉDUCTIONS ET SYSTÈMES. 



475 



séquence de cette croyance se constateraient-ils, avec une 
!e intensité, chez les peuples qui n'ont eu qu'un con- 
tact superficiel avec la tradition classique et chez ceux 
qui en ont été pénétres ? Le sujet dépasse de bien loin les 
bornes du monde gréco-romain, et met en jeu des causes 
plus universelles. Il ne nous parait guère logique, dans 
conditions, de conclure à la survivance ou à l'imitation. 
Cette fois encore des circonstances et des besoins spiri- 
tuels identiques ont produit des effets analogues et inex- 
pliqués. Nous (levons nous borner à le constater sans 
avoir le moyen de sonder le mystère. 



Resterait à considérer l'esprit dans lequel le culte des 
saints fut pratiqué dès l'origine. Il y a d'abord la vieille 
objection du retour inconscient au polythéisme. Les pères 
de l'église y ont répondu, et sur un ton qui montre qu'ils 
ne la jugent ni sérieuse ni redoutable. Elle ne l'est pas, en 
effet, sous cette forme du moins. Aucun chrétien, médio- 
crement instruit, n'a jamais hésité à mettre une distance 
infinie entre Dieu et les amis de Dieu ; à ceux-ci il n'a 
jamais reconnu d'autre pouvoir que le pouvoir d'interces- 
sion et il n'y a jamais eu dans l'église chrétienne une con- 
fusion quelconque entre le domaine du symbole et celui de 
la piété envers les saints. 

On dit alors que, tout au moins, le culte des saints i 
une déviation du christianisme primitif, qu'il détourne les 
fidèles du grand précepte de l'adoration en esprit et en 
vérité. On veut se persuader que la prière adressée à 
l'intercesseur empêche l'âme de s'élever au-dessns de la 
créature et de monter jusqu'à l'auteur de tout bien. 

Il est permis de ne point partager ces appréhensions. 
Le commerce familier avec les saints est, pour un grand 
nombre, le moyen le plus aisé de s'élever au-dessus des 



(M 



476 DÉDUCTIONS ET SYSTÈMES. 

choses de ce monde, et ce besoin de se ménager,auprès du 

Christ lui-même, des médiateurs plus rapprochés de nous, 
témoigne de l'idée transcendante que l'on a conçue de 
l'être divin. Tous n'en ont pas également conscience, et 
certains tempéraments plus grossiers ne s'en rendront 
jamais compte que vaguement. Mais ôtez-leur cet échelon 
pour monter jusqu'à Dieu, et voyez s'ils iront d'un seul 
bond jusqu'aux sommets inaccessibles, où habite l'indivisi- 
ble Trinité. 

Voici une formule plus répandue. Tant que l'église, dit- 
on, se recruta clans une élite, parmi les âmes dégoûtées du 
paganisme, ayant renoncé à l'erreur sans arrière-pensée, 
elle put se conserver pure de toute contamination. Il n'en 
fut plus de même lorsque la foule en masse franchit le 
seuil de l'église, moins par conviction que par entraîne- 
ment. Elle restait secrètement attachée à ses anciennes 
pratiques, aux cérémonies pompeuses de l'ancienne reli- 
gion, à la mythologie brillante et sensuelle qui lui tenait 
lieu de dogme. La doctrine sévère du christianisme ne 
laissait aucune place à tout cela ; le refuge naturel se 
trouva dans le culte des saints, qui donnait quelque satis- 
faction à des instincts, dont le sacrifice eût dû être exigé 
sans condition. 

Ce point de vue n'est pas entièrement dépourvu de jus- 
tesse. Le triomphe du christianisme amena dans le sein 
de l'église beaucoup d'éléments mal préparés et difficile- 
ment assimilables, et il se trouva un grand nombre de nou- 

lux venus qui ne laissèrent point, en entrant, le vieil 
homme a la porte du sanctuaire. 

Il est évident que ces demi-païens se sentaient moins 
dépaysés qu'ailleurs aux fêtes des martyrs, où ils trou- 
vaient une réunion nombreuse, des cérémonies brillantes, 
>ées parles discours des orateurs en renom. Souvent 



DÉDUCTIONS ET SYSTÈMES. 477 

même la solennité religieuse se terminait par des réjouis- 
sances profanes qui n'étaient pas le moindre attrait des 
grandes panégyries. Il est naturel que leur succès ait été 

assure surtout par le concours des nouveaux fidèles, qui 
pouvaient y jouir légitimement d'une partie de ce qu'ils 
avaient quitté. C'était inévitable, et l'on en conclura que le 
sentiment qui amenait beaucoup de néophytes au tombeau 
des martyrs avait besoin d'être épuré, qu'il n'était guère 
inspiré par les hautes pensées qui avaient animé les pre- 
mières générations. On peut même dire qu'ici les chejs 
subirent souvent, comme il arrive, l'entraînement des 
foules et ne combattirent pas avec une extrême énergie 
les tendances populaires. Mais aller jusqu'à prétendre 
qu'ils organisèrent le culte des saints en faisant des em- 
prunts habiles à l'ancienne religion, de manière à flatter 
l'âme naturellement païenne, c'est ce qui n'est pas con- 
forme à l'histoire. 

Un des traits les plus singuliers de l'antique dévotion, 
et que l'on s'étonne de rencontrer si tôt dans l'histoire, 
c'est l'importance donnée à la relique du martyr, regardée 
comme le siège d'une vertu surnaturelle. C'est là une 
conception que l'on serait tenté de faire remonter à des 
influences étrangères, tant elle paraît dangereuse et difficile 
à concilier avec l'esprit du christianisme. Pourtant, c'est 
en vain que l'on rechercherait dans les cultes païens quel- 
que chose qui ressemble à la puissance des reliques, et ce 
que l'on voudrait regarder comme une survivance nous 
apparaît avec tous les caractères de l'originalité. 

Il y aurait moyen de signaler aussi dans le culte des 
saints, tel qu'il se pratique, bien des traces de préoccupa- 
tions qui ne dénotent point une grande élévation d'âme, 
et qui accusent un niveau religieux où le paganisme sem- 
ble n'avoir pas eu de peine à atteindre. Nous n'y insis- 



478 DÉDUCTIONS ET SYSTÈMES. 

terons pas, car c'est là un t'ait certain, qui ne demande 
guère d'explications. 

Mais tout cela ne porte aucune atteinte à l'essence de 
l'institution, et rien n'est beau comme le culte du mar- 
tyr tel que nous l'entrevoyons dans la poésie des origines. 
C'est l'hommage respectueux et reconnaissant de la com- 
munauté à celui qui s'est sacrifié pour elle ; c'est la con- 
fiance en celui qui a tout donné au Christ, dont il peut 
désormais tout attendre ; c'est la prière qui monte vers 
lui, simple et discrète, comme celle que nous relevons sur 
cette épitaphe rustique : in oraiionis tuis roges pro nobis quia 
scunus te in Christo. 

On peut regretter que ce caractère de noblesse et de 
simplicité n'ait point toujours été respecté ; on peut ne 
point aimer la dévotion exubérante et tapageuse qui s'y 
est parfois substituée; on peut condamner les abus dont 
le culte des saints a été le prétexte. Ceux qui se croient 
autorisés par là à refuser aux saints leurs hommages, 
renoncent à une belle part de l'héritage clés siècles chré- 
tiens. 



TABLES. 



NOMS DE SAINTS. 



Abacuc lui. 

Abacuc Rom. 332. 

Abdo330, 331. 

Abibus 234, 245. 276. 

Abrames 119. 

Abundantius 366. 

Abundius H ter os. 216. 

Abundius Rignano 366 

Abundius Rom. 318. 

Acacius 267-271, 276. 

Achilleus3_>7-jS, 358. 

Acisclus 415. 422. 

Acontius33D. 

Acutius 342-43. 

Adai 246. 

Adauctus 188. 

Adauctus Rom. 329-30. 

Adclphius 247. 

Adventor 386. 

Adria 326. 

Adrias 184. 

Aefimus 345. 

Aegidius4Ô3. 

Aelius Publius 23S. 

Aemilianus Afric. 441. 

Aemilianus Durost. 272, 284-85. 371. 

Aemilianus Lambaes. 435. 

Aemilius Afric. 431. 

Aemilius Afric. 442. 

Aetherius 291. 

A ira 297,422. 

Africanus 67. 

Agape Antioch. 235, 360. 

pe Rom. 326. 
Agapc Thessalon. 2^4. 
Agapetus Thessalon. 265. 
Agapitus333. 
Agapius 435. 
Agatha 338, 341, 354"55, 37°. 37L 4^3. 

470. 
Agathonice 176. 
Agathonicus 272, 276, 280. 
Agathopusftow. 129, 323-25. 

Cuit. Mart. 



Agathopus Thessalon. 264-65. 
A abus = Agatus = Acacius. 
Aggaeus 284, 374. 
Agileus452. 

Agnes 57, 68, 315, 316, 336, 345> 37<>, 

371, 372, 389. 
Agricola 94, 95, 373-74, 390, 404. 
Alapbion 118. 

Albanus 412. 

Alexander Aegypt. 250. 

Alcxander An.iun. 168, 404, 479-80, 491. 

Alexander Antioch. 226, 235. 

Alexander Apam. 189. 

Alexander Baccan. 364. 

Alexander Drizip. 279-80, 288, 405. 

Alexander Lugdun. 10, 400, 401. 

Alexander Pamphyl. 288. 

Alexander Rom. via Noment. (vani, 

3I5-I7- 

Alexander Rom. via Salar. 312, 313. 

Alexander Tibur. 57, 159, 319. 

Alexion i(8. 

Amantius 320. 

Amarandus 104, 392. 

Ambrosius 90-96. 

Ammon Aegypt. 250, 255. 

A m mon Afric. 441. 

Ammonaria 250. 

Ammonius 251. 

Ampclius 439, 440. 

Ananias 249. 

Anastasia 68, 274, 275, 292, 294, 340, 

370, 372. 376, 405, 457- 
Anastasius 292. 
Anatoclia 405. 
Anatolia357, 372. 
Andochius 402. 
Andréas 66, 177, 187, 210, 225, 262, 272, 

271, 274, 290, 370. 37i> 37 8 > 379. 384. 

390, 404. 
Andronicus 194. 
Anthedonius 118. 
Antberia 255. 

31 



4& 



TAULES. 



Anthimus 17g, iSt, 341. 
Antiochianus 292. 
\ ;• induis Galat. 1S7. 
Antiochus Sard. 356. 
Anl ipas 175, 176. 
Antolianus 389. 
Antonia 435. 
Antoninus Antioch. 234. 
Antoninus Apam. 219, 239. 
Antoninus Placent. 375. 
Antoninus, Antonius Rom. 332. 
Antonius 118, 253. 
Antymasius 343. 
Apatir 259. 
Aphraates 119, 232. 
Aphrodisius 195, 196. 
Apodemus 414. 
Apollinaris Ravenn. 57, 34r, 367, 368, 

37i» 372- 
Apollinaris Remis 411. 
Apollonius Aegypt. 253. 
.onius Antioch. 227. 
Apollonius Intcramn. 360. 
Apollonius A'o»z. 301. 

istoli 66, 163, 269, 276, 400. 
Aquila 446. 
Aquilina 276. 
Arcadius Afric. 445. 
Ai idius Hispan. 421. 
Ai 1 heiaus 334. 
Arcs 217. 
Ai iadne 191. 
Ari ton Post. 336. 
Ariston }3 2 - 

Ai migeri 450. 
Arontius 352. 
Alternas 343, 345. 

nius CPoli 66, -.75. 
Artemius Rom. 33-'. 
A --5- 

79- 
A 

A 1409. 

Asterius Ostiac 334, 335. 

A ' : ; . A-^IS I'J5. 

• ius Salon. 292. 
A ter 250. 
Atl 99, 114- "7i 2 53- 



Athcnogcnes 207. 
Audifax 326, 33-'. 
Augurius 416. 

Augustinus Capuae 345, 346. 
Augustinus Concord. 378. 
Augustinus Hippon. 148-58. 
Aurea 334. 
Aurci sancti 408. 
Aurelius 228-39. 
Aurelius Paluest. 118. 
Autonomus 185. 
Auxentius 208. 
Azarias 249. 

Babylas 44, 65, 69, 70, 146, 175, 181, 

225, 227, 228, 422, 467. 
Bacchus 238, 243, 276, 341. 
Balbina 327. 
Bai alas = Barlaam. 
Barbadus 227. 

Bai haï a 247, 470. 
Bai ic 429, 447. 
Barilis = Barlaam. 
Barlaam 228, 229, 246. 
Barnabas 103, 260. 
Bartholomaeus --45, 270. 
Basilcus Amas. 199. 
Basileus Rom. 322. 
Basilidcs Alcxandr. 24, 132. 
Basilides Alcxandr. 250. 
Basiliscus 200. 
Basilius Ancyr. 187. 
Basilius Antioch. 235. 

ilius Concord. 378. 
I : isilius Scythop. 213, 214. 
Basilla 12S, 293, 310. 
Bassa 184. 
I ; ssus Afric. 432. 
Bassus Aegypt. 251. 

sus Ihracl. ? 281. 
Batwins 291. 
Baudilius 389, 422. 
I Si baia 247. 

tani = Volitani. 
Benignus 104, 402, 406. 
Bcnnagus 447. 
Bernice 136, 140, 230, 231. 

ts 250. 



NOMS DE SAINTS. 



483 



Bcssus 386. 
Bethat;aton 11S. 
Bibiana 33S, 341. 
Bieentius = Vincentius. 

fcor = Victor. 
Bilis 4: 

Bindemius 442. 
Blandina 10, 23. 
Blasius 20S. 
Blastus 310, 311. 
Bolitani = Volitani. 
Bonosa 335, 336. 

Caecilia 323-42, 339-40, 371, 372. 

Caccilianus Afric. 440. 

Caecilianus Ccicsaraug. 414. 

Caecilius 24. 

Caesarius Cappad. 134. 

Caesarius Tcrrac. 347,351, 352, 468. 

Caius Donon. 374. 

Caius Caesaraug. 4^ 

Calendion 450. 

Callinicius Gangr. 186. 

Callinicus 223. 

Callistiatus 271. 

Callistus 20, 301. 

Caloccrus 323. 

Candida, Candidus 2S0. 

Canio 345, 349. 

Cantianilla, Cantianus, Cantius 376. 

Capitani sancti 425. 

Caprasius 393-94. 

Caritas 326. 

Carpophorus334. 

Carpus 9, 176, 273. 

Cartcrienses sancti 425, 453. 

Carterius 202. 

Cassianus Afric. 440. 

Cassianus Caesaraug. 414. 

Cassianus Forocorn. 371, 372, 373. 

Cassianus Tingi 415, 444. 

Cassiodorus 353. 

Cassius Damasc. ? 241. 

Cassius ep. 434. 

Cassius 390. 

Cas ta 449. 

Castor Alexandriae 252. 

Castor CPoli 252. 



Castor Tarsi 196. 

Castorius 295, 320. 

C 351. 

Castulus 159, 320, 321. 

Castus43i, 447. 

Catulinus 441. 

Celerina 431. 

Celcrinus 431, 432. 

Celsus 95, 96, 383. 

Ccrealis Antioch. 225. 

Cerealis Rom. 326. 

Cesclia 445. 

Chelidonius 413. 

Chindcus 287-88, 405. 

Chionia 264. 

Chrestos 287. 

Christina 364, 372. 

Christophorus 184-85, 356, 422. 

Chrysanthus 313-14, 371. 

Chrysogonus340, 371, 372, 376. 

Cirycus 197. 214, 242, 276, 390, 422. 

Citinus 428. 

Clara 442. 

Claudianus Hierap. 189. 

Claudianus Pamphyl. 194. 

Claudius Acgis 195. 

Claudius Rom. 295, 320. 

Claudius Rom. 314. 

Clemens/>. 291, 338-39, 372. 

Clcmcns Afric. 454. 

Clemens Ancyr. 188. 

Clcmcns Cher son. 291. 

Collulhus 252, 255. 

dncordia 318. 

Conon 194, 242, 276. 

Constantia, Constantius 350. 

Constantinus 362. 

Cornélius^. 76, 132, 158, 302, 3^6, 327, 

372- 

tclius centurio 101, 213. 
Cosconiusno. 171, 183. 
Cosmas 75, 167, 172, 194, 217, 221, 222, 

223. 245, 246, 255, 274, 276, 341, 406, 

422, 463- 
Credula 432. 
Cremcntius 414. 
Crcscens 3x8. 
Crcscentia 352. 



4*4 



T Al ÎLES. 



Cresccntianus 328. 

Criscentio 12g, 159, 315, 31 

Crispina372, 448-49. 

Crispinianus 411. 

Crispinus Hispan. 419. 

Crispinus Ital. 387. 

Crispinus SuessioH. 411. 

Crispus A fric. 435. 

Crispus Rom. 31..'. 

Cronion 250. 

Cucufas 415, 417. 

Cyprianus 42, 50.72, 73, 83, 110. 112, 
133, 134, 140, 171, 236, 251, 302, 325, 
327. 341. 345, 372, 433. 4 f8. 

Cyra 192. 

Cyriaca 318. 

Cyriacus ('Poli 246, 275. 

Cyriacus Hierap. 189. 

Cyriacus Ostiae 334. 

Cyriacus Rom. 328, 329. 

Cyriacus Corinthi ? 262. 

Cyrilla 318. 

Cyrillus Antioch. 225. 

Cyrillus Axiop. 287-88. 

Cyrillus Caes. Capp. 202-203. 

Cyrillus Gortyn. 261. 

Cyrillus Heliop. 2 1 >. 

Cyrus 71, 76, 221, 223, 254, 257, 258, 
341, 467,468. 

us 440. 

Damasu . [64. 

D mianus 167, 172, 194. 217. : r, 222, 
276, 372, 406, 42 . 163. Vid. Cosmas. 
Daniel 246. 

! Pala t. 166. 
Dantu^ 440. 
Daria3i; 
Da i, i ,28; 88, 405. 

.anus =: I I mis. 

Dativus . 
1 1 

\d. I » fus. 
D 446. 

Demetrius 2 ,293, 335, 373, 

373- 4 r '.5, I 1 

ius 342-43, 3 15. 
Digna 454. 



Diodorus Aphrod. 175. 

Diodorus Laodic. 240. 

1 liodorus Pamphyl, 194. 

Diodotus 175. 

Diogenes 310-11. 

Diomedes 183, 272. 

Dionysia . hgypt. 250. 

1 )ionysia Lampsac. 177. 

Dionysius Aegypt. 250. 

Dionysius Afric. 422. 

Dionysius f/>. /l/t\v 165. 

Dionysius Mcdiol. 79, 108, 383. 

Dionysius Paris. 408. 

Dionysius .Vv;\ 75, 220-21. 

Dioscorides 252. 

Dioscorus 250.252, 255. 

Dius 202, 251. 

Dometius 223, 237, 246, 276. 

Dominata 353. 

Domini très 399, 415, 422. 

Domitilla 301, 328. 

Domnina 230, 231, 360. 

Domnina 195. 

Domnio 292. 

Donata 312. 

Donatianus 407. 

Donatianus 436. 

Di matilla 425. 441. 

Donatus Afric. (variij 377, 429, 432, 

442,446. 
Donatus Aretii 363. 
Donatus Epir. 262. 
Donatus 150. 
Dorotheus Adrianop. 279. 
Dorotheus Nicom. 179, 180. 
Dorotheus arianus 290. 
Dorymedon 190. 
1 |! osis, Drusina, 230, 231. 

Egnatius 431. 
Elasippus 403. 
izarus 234. 
Eleutherius ('Poli 273. 
1 i uthi rius Ital. 353, 359. 
Eleutherius Paris. 408. 

est. 166. 
Elias Palacst. 217. 
Elpis 326. 



NOMS DE SAINTS. 



4' s : 



Emerentiana 315,316, 372. 

erita 15U. 330. 
Emeritus 439. 440. 
Emeterius 413. 
Emilius = Acmilius. 
Emmerayes 259. 
Engratia 414. 
Ennata 2 
Ephebus 336. 

Epimachus Aegypt. 250. 253. 
Epimachus Chalced. 1S4. 
Epimachus Rom. 322. 
Epipodius 400, 401. 
Epolon 227. 
Eraclius = Heraclius 
Brasmus 351. 
Eronenses sancti 425. 
Eudoxia 25 \. 
Eucthius 179. 
Euhmia = Euphemia. 

snia 310, 322, 371, 372. 
Eugcnius Rom. 318. 

. nius Trapez. ~oi. 
Eugenius 208. 
Eugraphus -'93. 

Llia, 372,389- 4*3- 4 T 5- 422, 456- 
Eulogius 416. 
Euphemia 67, 1S4, 238, 272, 370, 371, 

37*, 373. 378, 3S4; 404. 412, 443» 457- 
Euplus 355. 
Eupsychius 2< '5. 
i bius Gazât 219. 
Eusebius Pannon. 294, 295. 
Euscbius Rom. 332. 
Eusebius Rom. 339. 
Eusebius Vercell. 1x7,370, 385, 387. 

i '43- 

Eustathius Rom. 341. 

Eustathius £/>. Antioch. 70,114, 116,233, 

28-'. 
Eustathius Antioch. 233, 235. 
Eustathius 208. 
Euticius 342-43. 345- 
Eutropius Post. 335, 336. 
Eutropius Santon. 104, 394-95- 
Eutyches Heracl. 2S0. 
Eutychius Forent. 365-66. 
Eutychius Rom. 86, 87, 90, 324. 



ius = Euticius. 
Eutycianus 421. 
Eva 440. 

Evangelistae 257. 
Evcntius 315. 
Evotus 414. 
Exsuperantius 361. 
Exsuperius 399. 

Fabianus .1. 125. 

Fabianus Rom 371. 

Fabius 445. 

Fai undus 421. 

Faustinus Brix. 379, 384. 

Faustinus Rom. 330. 

Faustus Aegypt. -'51-53. 

Faustus Caesaraug. 414-15 

Fclicianus Ajric. (bini) 455. 

Felicianus G ail. 399. 

Fclicianus Rom. 300, 315-16. 

Felicissima 361. 

Felicissimus Petits. 361,362 

Felicissimus Rom. 129, 323, 324, 325. 

Félicitas Capuae, 345-46, 372'. 

icitas Carthag. n, 37-'. 4-'5--' f, ' 4 2 9- 
Félicitas Rom. 158, 313-14, 3-6- 
Félicitas 384. 
Felicula 327-28, 370. 
Félix Ajric. (varii) 439, 446, 448, 450, 

45 (-• 
Félix Apul. 350. 
Félix Caesaraug. 414. 
Félix Epetii 2Ç2. 

ix Falisc. 364. 
Félix Gerund. 389, 415, 417. 
Félix Heracl. \ ':) 281. 
Félix Ilispal 420. 

ix Lucan. 352. 
Félix Mediol. 90, 372, 377, 381, 382,457. 
Félix Sol. 53, 79, 100, 144, 159, 33I.34 1 - 

345. 347. 349- 
Felixi?om. 329. 330. Vid. Adauctus. 
Félix Rom. via Aurel. 332. 
Félix Rom. via Noment. ,15. 317. 

Félix Rom. via Sal. 31-M3. 
Félix Rom. 159. 
Félix Scdeloc. 40.'. 
Félix Thibiuc. 439. 



4 S6 



TABLES. 



Félix Tonizae 451. 

Félix L'zali 454. 

Félix Vicetiae 377. 

Ferreolus 105. 391, 398-99, 402, 407, 

42J. 
Ferrucio 402. 
Festus Ncap. 342-43.345- 
Festus Rom. 310, 311. 
Ficarenses sancti 425. 
Fidelis 380. 
Fidentius 450. 
Ficles 326. 
Fioras ? 445. 
Firmus 432. 
Flavianus Afric. 436. 
Flavianus Antioch. 225. 
Flavianus Xoviod. 288. 
Flavius Clemens3oi. 
Florentius 358. 
Florianus Afric. 447. 
Florianus Noric. 296, 371. 
Florus 447. 
Fortun 442. 
Fortunata 432. 
Fortunatus 376-77. 
Fortunio 432. 
Friedrich 290. 
Fronto Antioch. 225-26. 
Fronto Caesaraug. 414. 
Fronto Thessalon. 364. 
Fructuosus, 80, 132, 415-16, 456. 
Fructus 432. 
Fuscianus 411. 

Gaianus 292. 
Gaius Bonon 283. 374. 
Gaius Eumen. 189. 
Gai us Xicomcd. 180. 
Gaius Nisib. 247. 
dus A'"»;. 159. 
( faudcntius 79, 92, 379, 380. 
Gavinus 356. 
< , lasinus 241. 
( I mellus 187. 
(. nesius A relut. 341, 389, 396, 398, 

4'5- 
Gen siu Herucl. 280. 

< 1 : / ' ;crn. 104, 39J. 



Gennadius 454. 

Genovefa 408. 

Georgius 103, 167, 179, 214, 217, 342, 

246, 255, 372, 356, 370, 373, .)<>.;. 
Gereon 409. 

Gcrmanus Autissiod. 391, 421. 
Germanus Hispan. 421. 
Gcrmanus 203. 
Gervasius 79, 90, 93,94, 106, 113, 145, 

148, 160, 338, 341, 368, 37,', 379, 381, 

383, 399, 4°4. 4°5> 422, 456, 463. 
Givalius 440. 
Glyceria 281. 
Glycerius 235. 
Gordianus Rom. 322. 
Gordianus Thomis 287. 
Gordius 45, 53, 202. 
Gorgonius Nicom. 179, 180, 
Gorgonius Rom. 320-..' 1. 
Gregorius M. 61-63, 8i, 141. 
Guddenis 430. 
Gududa 442. 

Gurias Edcss. 45, 234, 245. 
Gurias Antioch. 245. 

Habib = Abibus. 

Habundius= Abundius. 

Hedistus 280. 

Heli287. 

Helias 466. 

Helpidius 45, 247. 

Hcracleon 240. 

Heraclides 250. 

Hcraclius 287, 289. 

lierais J50. 

1 1. rasmus = Erasmus. 

1 lerculanus Port. 335-36. 

Hei culanus Rom. 312. 

Hereda 432. 

Hcrcmius 43,' 

1 [ei enaeus = Irenaeus. 

M rmas Nisib. 247. 

Hei nus Bonon. 283-84, 374. 

Hermès Ht >■«< l. ij<), .:Sy. 

I Ici nus Massil. 397. 

I [ermes Rom. 310-11. 

Hermias 201. 

Hermione 276. 



NOMS DE SAINTS. 



4.S7 



Hcrmogcncs 292-93. 
Hcrmylus 2S2-S3. 
Héron 250. 
Hesperius 235. 
Hesychius Aegypt. 251. 
Hcsychius Antioch. 225-26, 229. 
Hesychius ( 'Poli 267 
Hesychius Durvst. 133. 
Hesychius Hieros. Vid. Isicius. 
Hesychius Nicom. 18081. 
Hilaria 312, 314. 
Hilarinus 334. 
Hilarion Palaest. 11S. 
Hilarion Afric. 439. 
Hilarius 366. 
Hippolistus345, 349. 
Hippolytus Abellin. = Hippolistus. 
Hippolytus Antioch. 225-26. 
Hippolytus Rom. 37, 54, 76, 112, 129, 
159, 226, 301, 308, 318, 326, 335, 336, 

345. 362, 37^. 443- 45 6 > 47°- 
Hirenaeus = Ircnaeus. 
Honoratus 335. 
Hortcnses sancti.435. 
Hvacinthus Amastr. 186. 
Hyacinthus Rom. via Lubie. 321. 
Hvacinthus Rom. via Salar. 87, 310-12, 

373- 
Hyacinthus in Sabin. 357. 

la 276. 

Iacob Edess. 247. 

Iacobus ap. 115. 245, 341. 371. 

Iacobus Afric. 11, 435. 

Iacobus Hieros. 72,204, 215. 

Iacobus Nisib. 71, 247. 

Iacobus Syr. 109, 119, 162. 

Iadere/». 434. 

Iadcr 442. 

Iahin 450. 

Ianuarius Afric. (varii) 439, 440, 441, 

444. 
Ianuarius Neap. 342-43. 
Ianuarius Rom. 129, 313, 323-25. 
lapin 435. 
Iason 313. 
Ieremias 166. 
Ignatius 7, 16, 42, 44, 69, 231. 



Ingenuus 250. 

Innas 290. 

Innocentes martyres 1S2, 187, 215. 

Innocentius 31S. 

[oannes Baptista 67, 71, 74. 75, 76, 9S, 

roo, 109, 143, 162, 207, 214, 216, 239, 

241, 246, 272, 274, 311, 371, 379, 395, 

400, 404, 405, 422. 
[oannes ev. 48, 115, 165, 166, 174, 242, 

*54- 311- 37°. 37i, 378, 384, 401, 405, 

406. 
Ioanncs Aegypt. 341, Vid. Cyrus. 
loannes Rom. via Salar. 311. 
Ioanncs Rom. 339-341, 370, 372. Vid. 

Paulus. 
loannes Thcssalon. 266. 
lob 102. 
Iovinus 322. 
Iovita 379. 
Irai' 259. 

Irenaeus Axiop. 2S7. 
Irenacus Lugdun. foo, 40t. 
Ircnaeus Rom. via Labic. 320. 
Irenacus Rom. via Tiburt. 318. 
Irenacus Sirm. 293. 
Irenaeus Tusc. 364. 
Irène Thessalon. 264. 
Irène CPoli 274, 276. 
Isaias 166. 
Ischyrion, 250. 
Isicius 216. 

Isidorus Chio 261, 275, 457. 
Isidorus Aegypt. 250. 
Ismael 271. 
Iulia Afric. 432. 
Iulia Corsic. 356. 
Iulia Ilispan. 421. 
Iuliana 344. 
Iuliancs 328. 
Iulianus Aegypt. 250. 
Iulianus Antioch. 75, 112, 119, 145, 184, 

196, 217, 220, 226, 232, 240, 277, 381, 

422. 443. 456. 
Iulianus Brivat. 105, 390-91, 398, 399, 

406, 408, 411. 
Iulianus Rom. 318. 
Iulianus Sabas. 221. 
Iulianus 241. 



488 



TABLES. 



Iulitta Caesar. 139, 205. 

Iulitta Tars. 197. 

Iulius Afric. 449. 

Iulius Caesaraug. 414. 

Iulius Durost. 133, 278, 284, 2S6. 

Iulius 352. 

Iunilla 403. 

lusta 420. 

Iustina Antioch. 236. 

Iustina Mogunt. 408. 

Iustina Patav. 372, 378. 

Iustinus 24, 301, 318. 

lustus Aegypt. 254. 

Iustus Afric. 446. 

lustus Complut. 415, 417. 

lustus Hieros. 216. 

lustus Hispal. 420. 

Iuvcnalis 359. 

Iuventia = Iovita. 

Iuventinus 136, 140, 227, 228. 

Largus 328. 

I . mrentinus 363. 

Laurentius 57, 62, 63, 68, 81, 112, 129, 
150, 151, 159, 164, 171, 190, 274, 309, 
3Ï8, 337» 339. 345. 362, 363, 370, 371, 
372, 390, 395. 4°5. 408, 422, 43 1, 443. 
456. 

Legio Thebaea 403, 404, 410. 

Léo 319. 

Leocadia 420. 

Lconida 288, 405. 

I. ontius Tripoli 146, 210, 219 ; 237, 

24- r ,242, 339, 358,451. 

Leontius 288. 

Leonid Alexandr. 8, 250. 

L( onid( • Corinthi 262. 

Leonidcs 263. 

I onilla 403. 

Leu a Brundus. 341, 354. 

Lcucius Carthag. 434. 

1 22) Vid. Thyi 

Liberalis Afric. 457. 

Libéral is Rom. 312. 

I 

Liberius 375. 

Libosu 434-35- 

Liminius 390. 



Longinus Antioch. 228. 

Longinus Cappud. 204. 

Longinus Rom. 311-12. 

Lucas cv. 66, 176, 273, 276, 378, 384, 

404. 
Lucas Afric. 450. 
Lucas Emcs. 240. 
Lucas Orthos. 103, 210. 
Lucas 263. 

Lucia 310, 341, 354, 355, 372. 
Lucianus Hclenop. 182, 200, 202, 203, 

231, 235, 287, 469. 
Lucianus Tripoli 211. 
Lucilla 442. 
Lucillianus 271. 
Lucina 332. 
Lucitas 429. 
Lucius Afric. 132, 436. 
Lucius Rom. 8, 301. 
Lucretia 420. 
Lugdunenses martyres 9, 12, 13, 18, 

400, 401. 
Lupcrcus 414. 
Lupulus 345-46. 
Lupus 284. 
Luxorius 356. 

Macarius 250. 

Mai'cil'inius Phryg. 190. 

Macedonius Syr. 119. 

Machabaei 4, 115, 233. 

Macrina 166. 

Macrobius 287. 

Magdales 211. 

Magnus Fabrater. 352. 

Magnus Rom. 325. 

Maientius 447. 

Maior 218. 

Malchus 211. 

M:, mas 53, 133, 203, 275, 276. 

Mannis 191. 

Manuel 271. 

Mappalicus 43 •. 

Mai ana u>2. 

Man 1 lia 250. 

Mai cellianus 327-28. 

M.iii ellinus Capuac 34^). 

Marcellinus Rom. 129, 320, 321. 



NOMS DE SAINTS. 



489 



Marcellus Acoemet. 76, 273, 296. 
Marcellus Aegypt. 253. 

Marcellus Ajtic. 444. 
Marcellus Antioch. 234 
Marcellus Apam. 219, 239. 
Marcellus Cabil. 401. 
Marcellus Capuae .',45, 346, 347. 
Marcellus Rom. 312, 317. 
Marcellus 370. 
Marcia 445. 
Marciana 445. 
M in ianus . legypt. -'53. 
Marcia nus Antiot h. 235. 
Marcianus CPoli 16S. 272. 
Marcianus Durost. 2S5-86. 
Marcianus Heracl. 280. 
Marcianus Syr. 118. 
Marcus ev. 253, 254, 257, 370. 
Marcus Ace. 353. 
Marcus Arethus. 240. 
Marcus Rom. 327, 328. 
Mardarius 208. 
Maria Deipara 134, 422. 
Maria Afric. 439, 441. 
Maria Rom. 326. 
Marianus ir, 435. 
Marinus Anazarb. 195. 

Marin ch. 225-2- . 

Marinus Antioch 103, 2^2. 

Marinus Caesar. 211. 

Marinus CPoli 276. 

Marius 332, 359. 

Maro Cyr. 119. 

Ma un. 358. 

Martha326, 332, 359. 

Martiajis Afric. 432. 

Martialis Caesar aug. 414. 415. 

Martialis Rom. 312. 313. 

Martinianus 331-32. 

Martinusgs, 117, 144,343. 367, 405.406, 
422, 438, 44i- 

Martyres Acaunenses 41 (-04. 

Martyres Aegyptii 67, 166. 

Martyres Aegyptii 217. 

Martyres Lugdunenses 9, 12, 13, 18, 
400, 401. 

Martyres Persac m. 

Martyre- Y 20S. 



Mai t) 1 es \'II Hicros. 216. 

Mart\ rcs \ II Rom. 313. 

Mai tyres Y1II 450. 

Martyres X 260. 

Martyres XVIII 414. 

Martyres XX 450. 

Mai lyres XX VII Aegypt. 253. 

Mai t\ res XXXIII 209. 

Martyres XXXVIII Philippop. 278. 

Martyres XL Heracl. 281, 290. 

M . ■ 1 \ res XL Rom. 319, 320. 

Martyres XL Sebast. 12, 73, 74, 102,113, 

162, 184, 205-208, 217, 245, 379. 
Martyres XLY 208, 209. 
Martyres L 209. 
Martyres LX 314. 
Mai lyres CCCCIV 197. 
Martyres omnes 247-48. 
Martyrius Anaun. 168,371. 
Martyrius CPoli 272, 276, 379-80, 404. 
Massae Candidae martyres 437-3S, 443. 
Massilitani = Maxulitani. 
Matrona Afric. (variae) 440-41. 
Matrona Afric. 452. 
Matrona Thess. 265. 

Matthaeus 339, 371. 
Matutinus4i4. 

Mauri sancti 409. 

Mauricius Acaun. 403. 

Mauricius Apam. 219, 239. 

Maufilius 238. 

Maurolcon 317. 

Maurus Parent. 292, 375. 

Maurus Rom. 313-14. 

Maurus Rom. 317. 

Maurus 387. 

Mavilus 431. 

Maxima Afric. 447. 

Maxima Hispan. 421. 

Maxima TJiuburb. 425, 441. 

Maximianus 439. 

Maximilianus Rom. 312. 

Maximilianus Thevest. 161. 448. 

Maximinus 136, 140,227-28. 

Maxinuis Adrianop. 279. 

Maximus Antioch. 235. 

Maximus CPoli 267-69. 

Maximus Xeap. 344, 355. 



4 go 



TABLES. 



Maximus Rom. via App. 323. 

Maximus Rom. via Salar. 312. 

Maximus chorcp. 203, 41g. 

Maximus 241. 

Maxulitani sancti 425, 453. 

Ml lania 74, 98, 211. 

Melanippus 1 10. 

Melasippus 403. 

Meletius 114. 116, 166. 

Memmia 328. 

Memnon 278. 

Mcnaius 257. 

Menas ii2, 191,217, 238,255,256, 257, 

272, 276, 292, 341, 443, 457, 467. 
Menius 240. 
Mcrcuria 250. 
Mercurius Apul. 353. 
Mcrcurius Caesar. 205, 255, 353. 
Merendinus 318. 
Métras 250, 254. 
Mettunus 435. 
Michaeas 101. 
Miggin 429. 
Mile 191. 
Milix 331. 
Mi nous 276. 
Misael 249. 
Mocius 240, 267-69, 276, 288, 384, 405, 

422. 
Modestus 352. 
Muntanianus 352. 
Montanus A/ric. 132, 436. 
Montanus Sirm. 293-94. 
Moyses, 20, 302. 
Mucius = Mocius. 
Mustiola 363. 

Nabor A/ric. 453. 

Nabor Mediol. 79, 90, 332, 372, 377, 

381, 382, 443. 457. 
Namphamo 429. 

1 17. 

N'a. (,96, [60, 332, .',68,379,381, 

383,386, 405. 

nus 45 •. 
Nemesion 250. 
Nemesius Aegypt. 251. 

lesius Rom. via Latin. 87, 312. 



Nemesius Rom. via Tiburt. 318. 

Néon Acgis 195. 

Ncon Lingon. 403. 

Néon Rom. 326. 

NCICUS322, 327-28, 358. 

Nestabus 219. 

Nestor Gazae 219. 

Nestor Pamphyl. 194. 

Nicandcr 285-86. 

Nicasius 411. 

Nicctas 196, 290. 

Nicetius 406. 

Nicostratus 295, 320. 

Nilus 250. 

Nivalis452. 

Nominanda 312. 

Nonnus 335-36. 

Notarii, sancti, 272. 

Novicius 447. 

Octavius Antioch. 235-36. 
Octavius Taurin. 386. 
Optatus 414. 
Or 255. 

Orestes Scbast. 208. 
Orestes Tyan. 205. 
Oricntius 352. 
Orontius 235. 

Pachomius 251. 

Pamphylus 212-13. 

Pancratius Rom. 57, 331, 372, 395- 

Pancratius Tauromen. 355-56. 

Pantaleon 276. 

Panteleemon 181-82, 217, 220,276,457. 

Papias Pamphyl. 194. 

l 'apias Rom. 315-17. 

Pappus 207. 

Paprus 317. 

Papylus 176, 272. 

Parthenius Lampsac. 281. 

Parthenius Rom. 323. 

Pa 1 1 1:1 si us 421. 

Pasicrates 286. 

Pastor . \fric. 457. 

Pastor Complut. 415, 417. 

Pat roc lu s 407. 

Paula A/ric. 442. 



NOMS DE SAINTS. 



491 



Paula Bethl. 117, 127, 143. 

Paula 241. 

Paulina Ravenn. 372. 

ranima Rom. via App. 326. 

Paulina Rom. via Autel. 332. 

Paulina Rom. via Sal. 31-'. 

Paulinianus 292. 

Paul i nus Atttioch. 226. 

Paulinus Nol. 53. 54, 79, 92, 100, 141. 

i59. 163, 347-48- 
Paulus ap. 57, 61, (.4. 78, 109, 115, 131, 
139. 159» 161, 165, 166, 185, 193, 218, 
219, 275, 276, 302-308, 323, 328, 329, 
342, 345, 371, 395, 405, 422, 44^, 456. 
Paulus Aegypt. 250. 
Paulus Afric. 432. 
Paulus Afric. 436. 
Paulus Afric. 455. 
Paulus Antioch. 225-26. 
Paulus Bithyn. ? 289. 
Paulus CPoli 67, 109, 272. 
Paulus Derb. 191. 
Paulus Gavai. 392-93. 
Paulus Lampsac. 177. 
Paulus Narbon. 388-89, 415. 
Paulus Nicop. 209. 
Paulus Port. 337. 
Paulus Rom. 372 Via. Ioanncs. 
Pclagia 216, 231, 250, 372, 462. 
Pcmcnsus = Pygmenius. 
Pergentinus 360. 

Perpétua 9, 10, 17, 110, 112, 334, 341, 
372, 425, 426, 429, 443. VU. Félicitas. 
Pet h ion 245. 
Petrenses sancti 425. 
Pctronilla 328, 370 

Petrus ap. 57, 78, 81, 115, 131, 142, 159, 
161, 165, 166, 167. 1S5, 219, 275, 276. 
302-308, 323, 332, 345, 371, 390, 395, 
405, 408, 422, 442, 454, 456. 
Petrus Alcxandr. 45, 238, 251, 253. 
Petrus Lampsac. 177. 
Petrus Mc'.it. 210. 
Petrus Nicom. 179 
Petrus Rom. via Labic. i2u. 320-21. 
Petrus Scbast. 207. 
Philantes 199. 
Phileas 250. 



Phiiemon Coloss. 21S, 272. 

Philemon Thebaid. ^^1,, 255. 

Philctus 225. 

Philippus ap. 275, 290, 341. 

Philippus Gortyn. 261. 

Philippus Heracl. 279, 288-89. 

Philippus Hierap. 48, 190. 

Philippus Rom. 312-13. 

Philogonius 114. 

Philoromus 250. 

Philotheus 255. 

Philoxenus 254. 

Phocas Orthos. 103, 210. 

Phocas Sinop. 67, 75, 198, 211, 237, 292 

463- 
Pinnas 290. 
Pionius 174. 
Pistis 326. 

Platon 184, 186, 275, 276. 
Plotinus 209. 
Plutarchus 250. 
Pollion Ciball. 294-95. 
Pollion Rom. 331. 
Polycarpus 41, 46, 48, 50, 51, 85, 173, 

183, 189, 372, 373.. 392. 
Polychronius 260. 

Polyeuctus 203, 209, 210, 273, 367, 368. 
Pomponia 440. 
Pontianus 76, 83, 301, 332. 
Porphyrius 9. 
Potamia 448, 
Potamiacna 24, 132,250. 
Pothinus 8. 
Pracstabilis 337. 
Praxedcs 315, 321. 
Prilidan 227. 
Prima 440. 
Primitiva 337. 
Primitivus Cacsaraug. 414. 
Primitivus Hispan. 421. 
Primitivus Rom. 318. 
Primolus 436. 

Primus Afric. (varii) 446, 450, 453. 
Primus 300, 315-16. 
Priscianus 350. 
Priscus Caesar. 211. 
Priscus Capuae 344-46. 
Priscus CPoli 276. 



492 



TAIïLES. 



Priscus Nucer. ni, 346, 349, 350-51- 
Privatus 392-93. 
Probus Anazarb. 194, 2^7, ..76. 
Probus Hispan. 421. 

Processus 331-32. 
Procopius 213, 237, 272, 283. 
Proculus Bonon. 373, 405. 
Proculus Interamn. 359-60. 
Proculus Puteol. 342-43. 
Promus 217. 

Prosdoce 136, 140, 230-31. 
Protasius79, 90, 93, 94, 106, 113, 145, 
148, 160,338, 341, 368, 372, 379, 381, 

3S3. 399- 4°4. 4°5, 422, 45 6 > 463- 
Proterius 235. 
Protus Aquil. 376. 
Pr<>; us Rom. 87, 310-11, 373. 
Ptolemaeus Aegypt. 250. 
Ptolemaeus Rom. 301. 
Publius Athen. 262. 
Publius Caesaraug. 414. 
Publius 23S-239. 
menius 330-31. 

Quadratus 451-52. 

Quartillosa 436. 

Quartus Capuae 345, 347. 

Quartus Rom. 322. 

Quattuor Coronati 77, 295, 320, 334, 

Quindeus = Chindeus. 
Quinta 250. 
Quintasius 453. 
Quintilianus 414. 
Quintinus4ii. 
Quintus Afric. 439. 
Quintus Capuae 345, 347. 
Quintus Rom. 322. 
•us 387. 

= Cirycus. 
rillus = Cyrillu 
Quirinus Rom. 323. 

inus Sise. 77. 295. 325. 341, 371. 

Rc nus, 430. 
Restituta 440. 
Revoi al us 430. 
Rhin 



Rodopianus 175. 

Rogata 405. 

Rogatianus Afric. (varii) 439, 440,441. 

Rogatianus Saint:. 407. 

Rogatus Aftic.fvarii) 439,440, 441, 447. 

Romanus Antioch. 75, 211, 220, 221, 

225, 229, 230, 232-33, 272, 438, 457. 
Romanus Gerund. 417. 
Romanus Orthos. 103,210. 
Ri imanus Rom. 318. 
Romulus 363. 
Rubrenses sancti 425. 
Rufina Hispal. 420. 
Rufina Rom. 352-35- 
Rufinianus 330. 
Rufinu